PRO B

SOUFFELWEYERSHEIM - GRIES-OBERHOFFEN : QUAND LA "GUERRE DES CLOCHERS" ATTEINT LE STADE DU PROFESSIONNALISME

Crédit photo : Myriam Vogel

Séparés de moins de 20 kilomètres de distance dans le Bas-Rhin, le BCS et le BCGO, deux clubs devenus rivaux en Nationale 2, se retrouvent désormais ensemble au niveau professionnel, en Pro B, pour la première fois de leur histoire. Samedi soir, nous étions au quatrième et dernier derby de la saison.

Bienvenue au cœur du derby du Bas-Rhin, le match le plus atypique de la LNB. 7 800 habitants à Souffelweyersheim, 2 750 à Gries, 16 kilomètres de distance entre les deux communes et pourtant, deux équipes de Pro B. Aux portes de Strasbourg, le basket professionnel sert de théâtre à un affrontement entre voisins, digne des championnats régionaux, « une guerre  de clochers » pour reprendre les mots de Stéphane Eberlin, l'entraîneur du BCS. « C'est le match de l'année pour le public », souligne Romuald Roeckel, le président du BCGO. « Il y a une rivalité historique entre les deux clubs et une vraie effervescence autour de ce derby. »

Le souvenir des bouillants derbys de Nationale 2

Entre Souffelweyersheim et Gries-Oberhoffen, c'est une affaire vieille de près de 30 ans. La première trace d'un affrontement officiel remonte à la saison 1992/93, à l'époque où les deux équipes se débattaient en Nationale 3. « Je pense que la rivalité date du moment où Souffel, coaché par Stéphane Jung, est monté en Nationale 2 en 2003 », explique Guylaine Gavroy, journaliste sportive aux Dernières Nouvelles d'Alsace. « Gries était déjà dans la division et était le deuxième club derrière la SIG. Tout le monde pensait que Gries monterait en Nationale 1 parce qu’il avait le budget pour, et finalement c’est Souffel  qui a accédé à la Nationale 1 puis à la Pro B. » Au fil des accessions de Souffelweyersheim, les deux clubs se sont ensuite un peu perdus de vue. « Et puis à l’issue de la saison 2015/2016, Souffel a été relégué en Nationale 1 et Gries est devenu champion de France de Nationale 2 et est monté », poursuit Guylaine Gavroy. « Les deux clubs se sont donc retrouvés dans la même division. Valentin Correia et Fred Minet, qui étaient à Gries, n’ont pas été prolongés et l’ont su tardivement. Et ça ne leur a pas plu. Ils ont appelé Stéphane Eberlin qui les a recrutés. Il y a eu des échanges tendus sur les réseaux sociaux et tout s‘est enflammé. Au point que le BCGO a d’ailleurs refusé de disputer les matches amicaux de présaison face à Souffel. Depuis, c’est plutôt tendu dans les coulisses ou dans le public, où s’échangent des petites phrases assassines, plus que sur le terrain. » Chaque camp peut se targuer de matchs références : Stéphane Eberlin se souvient d'une victoire autoritaire décrochée à Noël dans la toute nouvelle Forest Arena à l'époque Nationale 2, « quand  c'était de bons vieux derbys, extrêmement chauds, où l'on se devait de faire dominer son village », tandis que le BCGO peut se targuer d'une véritable correction infligée en mai 2018 (114-81), le soir où l'on célébrait sa montée en Pro B.

Champions de France NM1 2018 et 2019, Gries et Souffel sont donc réunis pour la première fois de leur histoire au niveau professionnel. Pour quelles relations ? « Nous entretenons de très bons rapports avec Souffelweyersheim, il n'y a pas de souci là-dessus », soutient le président Roeckel. Le son de cloche est légèrement différent du côté du coach Eberlin, qui a insisté en conférence de presse sur « l'animosité entre certaines personnes », ce qui concorde plus avec quelques petits propos de dirigeants entendus à l'issue du derby le week-end dernier. Néanmoins, le natif de Mulhouse précise que les choses se sont considérablement apaisées depuis l'avènement d'une nouvelle génération de présidents, Eric Mittelhaeuser et Romy Roeckel ayant chacun succédé à leurs pères respectifs.


Cette saison, en Leaders Cup et en Pro B : deux victoires partout !
(photo : Myriam Vogel)

Samedi soir, l'Espace des Sept Arpents a fait le plein à Souffelweyersheim pour la réception du voisin griesois. Certes pas une surprise au regard de la signification de la rencontre et de la configuration de la salle souffeloise : un gymnase de collège inauguré en 1972, où les enfants peuvent encore shooter à la mi-temps comme lors des rencontres du dimanche matin, deux tribunes de sept rangées chacune pour 632 places assises. Derrière un panier, six tambours pour ce qui constitue l'essentiel de l'animation sonore dans l'antre du BCS. Une centaine de supporters du BCGO ont également investi les Sept Arpents, s'avérant presque plus bruyants par séquences que leurs hôtes, bien timorés si l'on excepte la dizaine de membres du Kop BCS, en dépit des injonctions répétées (et répétitives) du speaker.  Sur le terrain, en revanche, peu d'identité alsacienne, si l'on excepte le shooteur strasbourgeois Antony Labanca et l'inoxydable Jason Bach. Mais les recrues sont toutes sensibilisées à l'importance de  ce match hors du commun. Arrivé de Gravelines-Dunkerque pendant la trêve hivernale, juste après la correction reçue par Souffelweyersheim à la Forest Arena (69-98), le jeune Louis Marnette a rapidement saisi, bien malgré lui, la signification de ce derby. « On a souffert suite au match aller, le coach nous a bien démontés », riait-il en conférence de presse samedi soir. « On m'a dit que c'était l'équipe qui mettrait le plus de dureté qui l'emporterait ».

Traditionnellement, la différence de styles s'observe sur le parquet : le tempo élevé et le passing game pour Gries-Oberhoffen, l'abnégation et la rigueur défensive pour Souffel. Samedi, le derby fut à l'image du BCS : intense, engagé, tourné vers la défense. Un homme a incarné cette dureté : Sylvain Sautier. « Quand il faut un vaillant, un combattant, un hargneux, on sait qu'il est là  », apprécie Stéphane Eberlin. Auteur de 14 points à 6/11 et 10 rebonds pour 20 d'évaluation, celui qui a effectué l'intégralité de sa carrière en Nationale 2 avec Lorient et Recy-Saint-Martin avant de poser ses valises en Alsace en 2018 fut le facteur X de Souffel. « Non non, c'est lui le vrai MVP » écrivait son coéquipier Joe Burton à son propos sur Instagram, alors que son nouveau club venait de le désigner meilleur homme du match. Auteur du panier de la victoire à 4,5 secondes au terme d'un pick and roll superbement mené avec Louis Marnette, l'ancien Roannais a parachevé le comeback de Souffelweyersheim, malmené pendant trois quart-temps (42-53 à la 29e minute) avant de se révolter dans le dernier acte (65-63, score final). De quoi laisser l'entraîneur griesois Ludovic Pouillart avec sa colère froide après la rencontre. « Je suis un peu abasourdi de ce que je viens de voir. Tactiquement, nous étions bien ce soir, leurs joueurs majeurs ont peu scoré. Je ne comprends pas les 21 rebonds offensifs laissés à Souffel. Normalement, en leur laissant autant de secondes chances, on aurait dû être à -40 et pourtant, on était à +11. On perd seulement douze ballons, mais quatre dans le money-time, dont la dernière touche où l'on est incapable de remettre la balle en jeu. C'est juste incroyable, ce n'est pas possible, on leur donne ce match. Il nous ont fait déjouer dans le dernier quart-temps : 21-9, -1 d'évaluation, il n'y avait plus rien, un trou noir. Il y avait vraiment la place pour prendre cette victoire, encore fallait-il être un peu plus dans nos standards. »

Si Souffelweyersheim n'avait pas nécessairement besoin d'un succès samedi pour valider le caractère réussi de sa saison, cela y contribue grandement tant toutes les composantes du club y attachent de l'importance. « C'est un match particulier et c'est important pour la fierté de le gagner », savoure Stéphane Eberlin. « J'ai dit aux joueurs que s'ils battaient Gries, ils seraient tranquilles pour la fin de la saison. Les supporters, les dirigeants, tout le monde est content maintenant et tout le monde a oublié notre série de cinq défaites d'affilée à domicile. » Et idem pour la claque reçue fin décembre  à Gries, une défaite de 29 points qui « leur a sûrement fait mal » songeait Kevin Dinal.

Un rapprochement est-il possible ?

Kevin Dinal, justement. À l'instar de Oumarou Sylla, Théo Diehl ou encore Daniel Lamadji, l'intérieur parisien a connu les deux clubs bas-rhinois. Révélé à l'échelle de la Pro B lors d'une belle saison 2014/15 à Souffelweyersheim, l'ancien Blésois a opté pour Gries-Oberhoffen afin de se relancer après quatre années frustrantes entre Dijon, Orléans, Bourg-en-Bresse et Évreux. « Les deux clubs possèdent une identité similaire », fait-il remarquer . « J'ai joué il y a cinq ans à Souffel et je retrouve exactement la même chose à Gries, que ce soit en terme de soutien populaire ou d'esprit familial dans le club. Quand les deux s'affrontent, c'est LE derby du championnat. »

S'il ne faut occulter la puissance de la métropole strasbourgeoise – notamment pour Souffelweyersheim qui, contrairement à Gries et Oberhoffen-sur-Moder, appartient à l'EuroMétropole de Strasbourg –, le fait de retrouver deux clubs de la même zone géographique, issus de deux petites communes, dans le monde professionnel est tout simplement exceptionnel. Hormis Le Portel et sa population de 9 250 stellistes, aucun autre club de LNB n'est issu d'une municipalité de moins de 10 000 habitants. Les deux villes les moins peuplées du basket professionnel français sont situés dans un rayon d'une quinzaine de kilomètres. La présence de Souffelweyersheim en Pro B entre 2013 et 2016 pouvait déjà être considérée comme une anomalie, que dire désormais depuis que le BCGO a également atteint le stade du professionnalisme ? Et si cela valorise l'exceptionnelle santé du basket bas-rhinois, on ne peut s'empêcher de s'interroger pour l'avenir : le BC Souffelweyersheim et le BC Gries-Oberhoffen peuvent-ils exister coexister durablement ensemble à l'échelle de la Pro B ? « C'est difficile à dire », évacue Romuald Roeckel, le président d'un BCGO qui a l'avantage de disposer de plus gros moyens financiers (1 448 000 € de budget contre 973 000 €, et 593 000 € de masse salariale contre 392 000 €) et de sponsors se situant sur un autre secteur géographique. «  Je pense néanmoins que ce sera compliqué sur la durée. En attendant, on profite du moment présent mais sur le moyen et long terme, cela reste à voir et à trouver. » La réponse est beaucoup plus tranchée du côté de Stéphane Éberlin. « À un moment, il faudrait penser à mutualiser. En Pro B, pour nous comme pour eux, c'est très difficile tout seul. Cela fait des années que je dis qu'il faudrait mettre cette guerre de clochers de côté et peut-être se mettre ensemble sur la section pro, à l'image de ce que Reims et Châlons-en-Champagne ont pu faire ensemble. À la différence que nous, nous sommes vraiment proches géographiquement. Je pense que c'est ce qu'il faudrait faire afin de pouvoir prétendre avoir un club de Pro B avec de vraies ambitions. » Pour que la rivalité devienne l'union des clochers. Quitte à ce qu'il n'y ait plus de derbys, qui constituent pourtant le point culminant dans les saisons de Souffelweyersheim et Gries-Oberhoffen.

À Souffelweyersheim,

09 mars 2020 à 21:10
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