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LA SAISON WNBA DE YOANN CABIOC'H : "TU TE SENS TELLEMENT INVESTIS QUE T’AS ENVIE DE TOUT DONNER POUR L’ÉQUIPE"

Yoann Cabioc'h Chicago Sky 2019 1
Crédit photo : Yoann Cabioc'h

Yoann Cabioc'h a trouvé sa place dans le staff du Chicago Sky.

Futur coach de La Glacerie en Nationale 1 Féminine, Yoann Cabioc'h (à droite sur la photo ci-dessus) passe l'été à Chicago où il est coordinateur vidéo du Sky, la franchise WNBA locale. Après nous avoir conté son installation sur place, il fait le point un mois plus tard alors que la saison régulière est bien entamée.

Bonjour Yoann, on ne s’était pas revus depuis plus d’un mois maintenant. Comment se passe ta vie à Chicago ?

Enorme, énorme. Tout va pour le mieux, chaque jour, chaque semaine il y des petits détails qui font que ça s’améliore, en grande partie grâce à James (Wade) parce qu’il est très, très bon. Même s’il n’a pas d’expérience en temps que coach numéro un, il a une connaissance du basket et un "working spirit"... Le gars travaille tout le temps, il déconnecte jamais, c’est impressionnant. Honnêtement, c’est le plus gros bosseur que j’ai rencontré de toute ma vie, et de très loin. On pourrait penser qu’il a de la chance, qu’il gagné l’EuroLeague parce qu’il était bien à Ekaterinbourg mais c’est bullshit (une connerie). La vérité, c’est qu’il bosse plus que tout le monde.

Comment cela se concrétise au quotidien ?

C’est-à-dire qu’il veut tout savoir, pas dans le sens intrusif mais il veut tout comprendre. Si n’importe quelle personne du staff a un avis ou une opinion à donner, il va lui demander « qu’est ce que tu penses ? », « pourquoi ? » et « détaille-moi ce qui te fait penser ça ». Il force tout le monde à être meilleur et ça investit tout le monde. J’ai des exemples. Dernièrement, on a eu des problèmes au rebond offensif. J’ai pris l’initiative du lui faire une fiche de statistiques sur l’endroit où étaient pris les rebonds offensifs adverses et d’où venaient les rebondeurs. Et à partir de ce que je lui ai montré, il a transformé un peu les entraînements pour intégrer des exercices d’écrans retard spécifiques et depuis on est meilleurs là-dessus. Il est tellement à l’écoute qu’on s’investit beaucoup plus.

Le mois dernier, tu étais en plein training camp, comment s’est-il terminé ? Aviez-vous le sentiment d’être prêts pour débuter la saison ?

On n'était pas du tout prêt. Déjà parce qu’on a pas mal de joueuses majeures qui sont arrivées en retard, trois du cinq de départ notamment (Courtney Vandersloot, Allie Quigley et Jantel Lavender). Cela explique le tout début de saison compliqué mais maintenant l’alchimie commence à prendre. L’effectif et le staff comprennent ce que James (Wade) veut mettre en place. On commence à avoir une identité.

Personnellement, comment s’est passé ton début de saison et de carrière en WNBA ?

Maintenant que je maîtrise bien le côté pratique : la langue, le fonctionnement et les logiciels, je suis vraiment à me demander « comment faire progresser l’équipe ? », « qu’est ce qui n’a pas été au dernier match ? », « qu’est ce que je vais pouvoir transmettre comme informations à James (Wade) ? », « quelle relation je vais pouvoir développer avec les joueuses ? » Par exemple, ce matin j’ai montré à sept ou huit joueuses leurs séquences défensives, les choses à améliorer. Et pour qu’un coach laisse un jeune Français sans expérience faire ça seul avec les joueuses, c’est qu’il est fou ou qu’il est exceptionnel, parce qu’il a une confiance de fou. Ca permet de développer une relation avec les joueuses car elles se disent que je ne dis pas trop de conneries, qu’on peut me respecter. Le sport américain est paradoxal, parce que tu peux te faire trader à tout moment mais en même temps il existe un esprit famille très fort.

Tu as fait tes premiers pas sur un banc WNBA, peux-tu nous raconter comment se passe un match dans la peau du coordinateur vidéo du Sky de Chicago ?

Bah en fait non parce que moi je suis dans le vestiaire pendant le match. Sauf la fin des matches quand c’est serré, je vais près du banc mais sinon je branche mon ordinateur au livefeed avec une prise dans le vestiaire pour pouvoir capturer en direct sur Sportscode. Mon match, c’est dans les vestiaires à coder et à la mi-temps, je fais un rapport rapide à James (Wade). Par exemple, on a encaissé six paniers sur des pick and roll ou on a laissé tant de rebonds dans cette situation, etc. Il me demande de lui montrer telle chose ou telle chose, combien on marque de points par possession sur ce système ou cet autre système. Donc je suis seul dans le vestiaire. Il n’y aucune frustration parce que je prends un plaisir immense à le faire. C’est tellement précis et tu sais que tu peux avoir une importance pour changer le match ou donner une information qui peut être importante. Quand c’est serré, par exemple contre Seattle, j’ai fini de coder après le match et j’ai été voir les dernières minutes près du banc.

Ne ressens-tu pas un peu de frustration de ne pas pouvoir être sur le banc pendant les matches ?

Même pas. C’est là que James (Wade) est très fort parce qu’il pourrait y avoir une frustration mais tu te sens tellement investis, tellement important et considéré que t’as envie de faire les choses bien et de tout donner pour l’équipe.

Comment se passe ton avant-match ?

L’avant-match, je suis dans le staff normal. Je suis sur le terrain, il y a l’échauffement, on prend les rebonds, etc. Mon impératif c’est d’être à l’entre-deux dans le vestiaire devant mon ordinateur. Après, je prends toujours cinq, dix minutes pour me concentrer, revérifier les branchements. Je mets mon playbook à gauche, mon petit cahier à droite pour noter des trucs pour la mi-temps. Je prépare ma corbeille de fruits. J’ai mon rituel en fait, c’est marrant. Au départ, les joueuses ne savaient pas ce que je faisais mais elles commencent à comprendre parce que je leur remontre les séquences. Même si t’as un petit rôle, tu te sens utile.

Tes missions ont-elles évolué depuis le training camp ?

Non, elles n’ont pas évolué si ce n’est que les prises d’initiatives sont plus importantes parce que tu te sens en confiance. Alors tu peux donner ton opinion à James, proposer des exercices ou dire des choses aux joueuses. La place grandit un peu mais le rôle reste le même. Avec certaines joueuses, c’est devenu une habitude de leur faire un feedback vidéo, notamment sur la défense.

Le calendrier est assez surchargé, comment se passe la saison globalement en terme d’organisation, d’entraînements, de séances vidéos ?

Les séances vidéos sur le scouting des adversaires se fait le matin des matches avant le shooting. Si on joue en soirée, le matin on se réunit pour quinze minutes de vidéos et ensuite on part au shooting où on met des choses en place sur le terrain. Si on joue le matin ou le midi, alors on fait la séance vidéo la veille au soir. Il y a très peu de séances vidéos d’analyse collective, c’est seulement en cas de gros soucis comme sur les rebonds offensifs, les balles perdues ou le manque de dureté défensive en début de saison. L’entraînement c’est compliqué parce que généralement après un match, il y a un "day off" (jour de repos) sauf pour celles qui ont joué moins de quinze minutes, elles ont un entraînement personnalisé. Par exemple, demain (interview réalisée le mardi 18 juin), on a une séance d’une heure et demi et ensuite avion direct pour aller à New York.

Justement, comment se passe un déplacement en WNBA ?

Moi, je ne fais pas les déplacements comme Emre (Vatansever ; coach spécialisé en développement individuel) et John (Azzinaro). Dans la règle WNBA, tu n’as pas le droit d’avoir plus de deux assistants sur le banc. Après, j’ai quand même fait des déplacements à Indiana parce que ce n’est pas loin.

Tu codes les matches depuis chez toi dans ce cas ?

Oui, en fait on se réunit avec Emre (Vatansever) et John pour regarder le match. Emre note ce qui fonctionne contre l’adversaire, moi je code le match comme d’habitude mais pas à partir du live feed, ce qui m’oblige à le recoder ensuite après le match. A la mi-temps, j’envoie le truc à James (Wade) et John (Azzinaro) calcule le plus/minus en fonction des cinq alignés sur le terrain. Ca m’évite les déplacements parce que les Etats-Unis, ce n’est pas la Bretagne (rires).

Qu’est ce qui t’a le plus impressionné sur les matches WNBA et leur organisation ?

Plein de choses... Dejà, le nombre de gens qui sont dans l’organisation, il y en a de partout. Par exemple, il y a huit mecs dans une salle pour la production vidéo. Le nombre de spectateurs est aussi impressionnant même si ce n’est pas plein parce que ce sont de grandes salles.

Quelle joueuse du Sky de Chicago t’a particulièrement impressionné et pourquoi ?

Je pense Diamond DeShields parce qu’elle a un talent offensif pur. Elle est athlétique, adroite, elle a un sens du panier. Elle a un mental qui est stable. Je dirais aussi Courtney (Vandersloot) parce qu’elle sait marquer les paniers quand il faut en fin de match. Elle a une capacité à faire des stats, à prendre des rebonds, à faire des passes décisives. Elle dicte le tempo, elle voit tout sur le terrain. Elles ont toutes quelque chose pour jouer à ce niveau. Cheyenne Parker a une capacité à sortir du banc et à apporter directement. Allie (Quigley) est impressionnante sur le tir, ce n’est pas une légende. Autour des écrans sortants, j’ai jamais vu une joueuse aussi forte.

Quelle joueuse adverse t’a impressionné ?

DeWanna Bonner (Phoenix Mercury), meilleure marqueuse de la WNBA cette année (21,7 points). On sait qu’elle va nous tuer, du coup on fait tout pour qu’elle ne nous tue pas mais elle le fait quand même. On a gagné (82-75) mais elle a planté 28 points je crois, avec 12 rebonds. Quand tu ne connais pas DeWanna Bonner, tu te dis que ce n’est pas possible. C’est un squelette, elle est comme ça (il montre son petit doigt) mais elle est adroite, elle tire distance NBA. C’est un monstre.

Vous faites un très bon début de saison (3e avec un bilan de six victoires pour trois défaites), est-ce que tu t’attendais à démarrer aussi fort ?

On travaille bien donc ce n’est pas une surprise, j’espère que ça va continuer mais c’est trop tôt pour tirer un constat. Il faut qu’on arrive à choper les seize, dix-sept victoires le plus vite possible pour aller en playoffs et qu’après ce sera du bonus et on sera dangereux.

Un dernier mot pour finir cette interview ?

Depuis un an ou deux, j’avais affirmer des certitudes dans ma façon de fonctionner. Certaines fonctionnent, d’autres moins mais en fait là, j’apprends énormément. Je vois plein de choses donc je me dis qu’il y a des choses qu’il faut que je garde mais il y a d’autres choses qu’il faut que je change, que je fonctionne différemment. C’est hyper important que chaque coach Français regarde ce qui se fait ailleurs. Je suis conscient que tout le monde ne peut pas forcément accéder à la WNBA mais rien que d’aller voir le coach du club voisin pour voir comment il fonctionne, c’est super important. Si t’es coach en régional, d’aller voir le championnat national à côté de chez toi puis ensuite d’aller voir à l’étranger : en Lituanie, en Turquie ou en ex-Yougoslavie. C’est trop important. En un mois, j’ai changé !

30 juin 2019 à 09:45
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Breton (et fier de l'être) exilé dans le nord pour mes études de journalisme.
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