[Rétro] Quand Moustapha Fall était un jeune pivot contesté à l’AS Monaco en Pro B

« Que voulais-je dire en déclarant que c’était à Monaco que j’avais appris à dominer ? Eh bien, que… Hein, j’ai dit ça moi ?! Quand ça ? » Eh oui, en mars 2016, Moustapha, à notre micro. Mais en six ans, avec une carrière qui évolue sur une trajectoire météorique et une expérience grandissante de l’exercice médiatique, on a tout à fait le droit de ne plus penser la même chose. « Non, du coup, je ne dirais plus cela », sourit le pivot de l’Olympiakos, adversaire de l’ASM en quart de finale de l’EuroLeague à partir de ce mercredi. « En revanche, Monaco, c’était vraiment la première fois que j’ai pu avoir un vrai rôle dans une équipe, être titulaire, faire partie à 100% du projet, ne plus être considéré comme le petit jeune. »

Retour en 2014. À l’époque, Moustapha Fall (2,18 m), âgé de 22 ans, est l’intrigant intérieur de l’équipe finaliste des playoffs de Pro B, Poitiers, capable de dominer un match (35 d’évaluation contre Châlons-Reims en novembre 2013) à peine quatre ans après avoir démarré le basket par hasard avec les cadets département de Neuilly-sur-Marne. Toujours sous contrat avec le PB86, il veut sortir de son cocon et aller grandir ailleurs. En Pro A, Le Havre étudie son profil afin de remplacer Bangaly Fofana mais c’est surtout l’AS Monaco qui planche sur le dossier Fall. « Son agent Hirant Manakian m’avait appelé pour me dire qu’il aimerait bien que Moustapha vienne chez moi car il avait besoin d’un autre discours, d’une autre psychologie », se souvient Savo Vucevic, l’ex-entraîneur de la Roca Team. « Je le connaissais un peu, mais sans plus. Après avoir regardé les vidéos, j’ai de suité décidé de le prendre. J’ai vu quelque chose en lui. »

« J’ai rarement vu une telle lecture chez un grand »

Tout juste sacré champion de France NM1, l’ASM ressemblait alors à un OVNI dans le paysage du basket tricolore. À tel point que la Ligue Nationale de Basket a longuement bloqué l’accession du club, arguant de la situation géographique de son siège social. Malgré l’imbroglio qui s’est étendu jusqu’à début septembre, Moustapha Fall y a vu l’assurance de pouvoir continuer à jouer les premiers rôles, rassuré par le recrutement monégasque, et de pouvoir disposer d’un rôle conséquent. « J’ai été rassuré par le fait que c’était un Français, Jonathan Tornato en l’occurrence, à mon poste », confie celui qui opérait auparavant en rotation d’Ahmad Nivins puis de Laurence Ekperigin à Poitiers. « Je n’avais pas de doute que j’allais avoir du temps de jeu si j’étais performant. » Deux visions devenues réalité puisque dix mois plus tard, la Roca Team sera sacrée championne de France Pro B avec pratiquement 20 minutes de moyenne par match de son géant francilien.

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Depuis sa saison à Monaco, Moustapha Fall a considérablement évolué physiquement
(photo : Sébastien Grasset)

Parfois ralenti par des pépins physiques dans la Vienne, Moustapha Fall s’est considérablement renforcé en Principauté. « On a fait énormément de travail adapté avec lui », raconte Savo Vucevic. « Au début de chaque entraînement, pendant l’échauffement et les courses, je le mettais sur un côté avec un préparateur physique afin qu’il puisse se mettre en rythme pendant une vingtaine de minutes. » Une mutation physique, évidemment dédoublée d’un apprentissage purement basket. « Au vu de sa taille, on a tout fait pour le rapprocher du panier », confirme le Monténégrin. Séduit par sa vision du jeu, il tentera également de développer ses qualités de distributeur sur les situations de short roll. « J’ai rarement vu une telle lecture chez un grand », affirme-t-il, soulignant les progrès de son ancien protégé dos au cercle.

Pourtant, sur le parquet, Moustapha Fall se fait parfois bousculer, chahuté dans un championnat peu adapté à son gabarit, regorgeant de pivots sous-dimensionnés, toniques et explosifs. « Ça m’a aidé, ça m’a appris à défendre sur des petits intérieurs, sur tous types de joueurs », certifie-t-il toutefois, en citant notamment le nom du MVP Davante Gardner (Hyères-Toulon) parmi ceux qui l’avaient impressionné à l’époque. Et si ses statistiques n’ont pas été exceptionnelles (6,7 points à 67%, 5,9 rebonds et 1,5 contre pour 11,6 d’évaluation), il fut d’une importance fondamentale dans le sacre de l’AS Monaco. « Il était tellement important dans mon dispositif », encense Savo Vucevic. « En défense, il dissuade tout. Il fallait le voir quand il se mettait à faire le parapluie dans la raquette, on ne pouvait pas shooter face à lui. Il faisait tellement de choses déterminantes qu’on ne voit pas dans les stats. Mais des fois, les gens ne regardent que ça, qu’est-ce que je peux y faire ? »

L’incompréhension Killingsworth

Allusion, peut-être, à la fin de son aventure monégasque, précipitée par la volonté du président Sergey Dyadechko, mécontent du rendement de la doublette Fall – Tornato, de faire venir le référencé Marco Killinsworth, auparavant vu dans sa ville natale de Donetsk. « En février, on gagne à Toulon, le leader, et on s’ouvre un boulevard vers la Pro A », s’était épanché Savo Vucevic à ce sujet l’année dernière. « J’entendais quand même que Moustapha Fall n’était pas bon, qu’il fallait recruter un autre intérieur et mettre Obasohan de côté. J’ai mis mon veto mais un autre joueur est arrivé quand même. » Une signature qui a « suscité une incompréhension totale pour tout le monde », selon l’actuel Athénien. « On était très bien classé, je pense qu’on avait une bonne raquette donc personne n’a compris pourquoi on enlevait Obasohan pour ajouter un troisième pivot. » Jeune joueur en quête de responsabilités, lui s’inquiète légitimement et s’en ouvre auprès de son coach. « Il avait peur », glisse ce dernier. « Mais moi, j’avais pris un engagement avec lui et je lui faisais vraiment confiance. Alors je lui ai dit que l’arrivée de Killingsworth n’était pas son problème et qu’il continuerait à être sur le parquet s’il ne baissait pas les bras. » Sauf qu’après un mois où il ne lui a accordé que 12 minutes de jeu, le technicien originaire de Bar se voit ordonner par ses supérieurs de mettre sa recrue sur le terrain. Il ne s’exécute pas et est remercié dans la foulée par l’ASM. « Je ne voulais pas contribuer à détruire la carrière de Moustapha », clame-t-il sept ans plus tard, presque enorgueilli par cet épisode. « Je suis très heureux de son évolution. Sa carrière extraordinaire me fait dire que j’ai été juste et que j’ai pris la bonne décision. Il mérite. C’est un garçon tellement gentil et déterminé, un énorme travailleur. »

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Fred Adjiwanou, parmi les intérieurs croisés en Pro B par Moustapha Fall
(photo : Sébastien Grasset)

Vucevic remercié de façon rocambolesque, un entraîneur inconnu du nom de Zvezdan Mitrovic débarque alors sur le Rocher. De 18 minutes contre Souffelweyersheim le 7 mars 2015, son temps de jeu chute à 8 minutes la semaine suivante, à Lille, puis 13 à Poitiers. Ses deux plus faibles totaux depuis la 3e journée ! « Mais lui non plus n’a pas fait jouer Killingsworth ensuite », sourit Fall. De fait, le futur entraîneur emblématique de la Roca Team ne tarde pas à lui donner les clés et le Parisien termine même MVP de la 33e journée de Pro B (30 d’évaluation en 26 minutes à Saint-Quentin). « Zvezdan était un peu plus strict, demandeur, il a apporté une autre façon de fonctionner, sans toutefois changer grand chose à notre basket », avance le joueur, sans oublier d’avoir une pensée pour Savo Vucevic. « Il m’a donné de la confiance et des responsabilités. J’ai apprécié le fait qu’il se sacrifie pour nous. Il aurait pu se plier aux directives mais il s’y est opposé car il trouvait que cela n’avait pas de sens. Il est parti avec fierté, j’ai beaucoup de respect pour ça. »

Un épisode qui laissera toutefois des traces dans la relation entre Moustapha Fall et l’AS Monaco. Alors que son plan initial, au moment de sa signature, était de retrouver l’élite en compagnie de la Roca Team, le joueur décide finalement de donner une autre orientation en s’engageant avec le voisin antibois. « Je sentais l’ambiance galère », confie-t-il. « Je savais qu’ils allaient ramener un gros Américain (Adrian Uter, ndlr), qu’ils étaient aussi en contact avec Junior Mbida donc que je n’allais pas pouvoir m’exprimer. Il n’y avait pas de stabilité à Monaco, ils étaient capables de signer ou de virer des joueurs à tout moment. Je ne ressentais pas la confiance du club. » Une décision qui aura suscité ensuite beaucoup de remords du club monégasque, qui s’est mordu les doigts de l’avoir laissé filer, au point d’essayer de le faire revenir à plusieurs reprises, pas plus tard que l’été dernier, par exemple, avant sa signature au Pirée. Soit, a posteriori, l’une des très rares erreurs du mandat Dyadechko.

Champion de France Pro B,
un trophée moins savouré que les autres

Désormais doté d’un superbe CV, avec un titre de vice-champion olympique en tête d’affiche, Moustapha Fall a ouvert son palmarès sur le Rocher. Reste ainsi le souvenir d’un premier trophée en pro, pourtant pas apprécié à sa juste valeur de son propre aveu. « Honnêtement, je n’ai pas autant savouré ce titre que celui de Chalon par exemple. Nous étions surdimensionnés pour la Pro B, j’avais juste l’impression que l’on a fait ce que l’on devait faire. Et puis, tu ne te sens pas vraiment champion quand tu ne fais pas les playoffs. » Néanmoins, la première place fut tout sauf aisée à sécuriser, avec une équipe de Hyères-Toulon qui n’a craqué qu’à la mi-avril. Reste aussi le souvenir, particulièrement utile pour la suite, de l’apprentissage du haut-niveau en coulisses. « C’est la première fois que je ressentais vraiment la pression du résultat. À Poitiers, j’étais encore un peu innocent, dans le confort d’un club familial. À Monaco, j’ai beaucoup appris sur la partie business du sport. Les dirigeants étaient habituées à avoir des résultats rapidement en mettant de l’argent, ils voulaient que tout aille vite. » Et puis, surtout, d’avoir trouvé une piste de décollage. « C’était une bonne saison, qui m’a permis d’accéder à la Pro A. Ça a vraiment été un lancement dans ma carrière. »

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Un joli butin pour une seule saison sur le Rocher

Depuis cet exercice 2015/16, les trajectoires des deux parties se sont recroisées à plusieurs reprises, notamment l’an dernier lorsque Fall était à l’ASVEL, mais évidemment jamais à de telles hauteurs. « Je n’avais aucun doute sur le fait que Monaco réussirait mais je ne pensais tout de même pas que cela irait aussi vite », avoue-t-il d’ailleurs. « C’est spécial de les retrouver en quart de finale de l’EuroLeague, oui, mais pas juste parce que c’est Monaco. Je n’avais pas imaginé partir à l’étranger et affronter un club français à ce niveau là. C’est particulier mais c’est bien, ça va être fun. » Fun, mais surtout équilibré et presque imprévisible, même si l’Olympiakos, dauphin de l’Olympiakos, peut légitimement être considéré comme le favori logique. « On a beaucoup de respect pour Monaco, la série peut pencher des deux côtés. » Du haut de sa courte expérience en Principauté, Moustapha Fall est bien placé pour savoir que l’ASM peut être tenace lorsqu’elle a une idée en tête…

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Rédaction Bebasket

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