Angoisse, iPad dans le couloir et joie différée : le maintien rocambolesque du BCM Gravelines-Dunkerque, « toujours debout »

Les prières gravelinoises ont été entendues : pensionnaire de Betclic ÉLITE depuis 1988, le BCM y renouvelle son bail pour une saison supplémentaire
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À partir de 5€Essai gratuitSandwich en main, Jean-Christophe Prat a débarqué profondément soulagé dans la salle de presse d’Ékinox samedi, après avoir validé son troisième maintien consécutif à la tête du BCM Gravelines-Dunkerque.
En allant saluer chaque personne présente, le technicien nordiste s’est platement excusé pour son retard. Vingt bonnes minutes s’étaient effectivement déjà écoulées depuis le buzzer final, scellant la 22e défaite maritime de la saison. Mais comment s’en étonner ? L’ancien entraîneur du Paris Basketball attendait forcément la fin de Nancy – Saint-Quentin, dont le score final allait déterminer le destin du BCM. Il n’a pas voulu regarder les images des trois dernières minutes, préférant s’isoler dans son vestiaire coach, mais il en est ressorti libéré du poids d’une saison « épuisante », alerté par les cris de joie de ses joueurs.
« Je ne sais pas quoi dire », nous avait-il prévenu en s’asseyant. Il a pourtant largement trouvé les mots…

Jean-Christophe, avec tout ce que vous avez traversé cette saison, le BCM arrive de nouveau à bon port : 39e saison consécutive en Betclic ÉLITE.
Et encore, vous ne savez que la moitié de ce qui s’est passé… (il souffle) Je ne cherche aucune excuse, je suis responsable. Cette semaine, j’ai relu les entraînements de présaison : on était six professionnels pour démarrer, il nous en manquait quatre. Quand vous connaissez l’importance de la présaison pour bâtir un effectif, ça ne partait pas bien dès le premier jour. Mais ce n’est pas une excuse. Ce groupe a été extrêmement responsable, avec des mecs incroyables humainement, qui n’ont jamais rien lâché, même quand ils ont pris des coups dans la tête. Je suis heureux pour eux que l’histoire se termine bien, heureux pour le club qui n’est pas épargné depuis l’incendie de Sportica. À ce moment-là, je décompresse.
« Un deuxième cycle qui va permettre de basculer vers le futur »
On en revient à ce 25 décembre 2023, quand Sportica a brûlé… Depuis, le BCM survit.
On est toujours debout. On vient de finir un premier cycle de trois saisons qui est extrêmement compliqué, parce qu’on a perdu beaucoup de budget. On doit quand même pouvoir faire mieux que cette saison-là. L’année dernière, on avait terminé à un match des play-in, suite à une défaite sur un tir à Strasbourg. Maintenant, on va pouvoir basculer sur un deuxième cycle qui risque d’être tout aussi difficile. À partir de septembre, la première pierre de Sportica doit être posée. Ce deuxième cycle doit emmener le club jusqu’à l’arrivée d’un nouvel écrin de 4 000 places. C’est un cycle sympa parce que ça permet de basculer vers le futur, alors qu’on était peut-être encore sur les cendres de ce qui s’est passé.

Comment avez-vous vécu cette soirée un peu bizarre, où vous avez dû attendre la fin de Nancy – Saint-Quentin un bon quart d’heure après votre match pour être assuré du maintien.
J’aurais préféré que l’on ait notre destin en mains. Ce qui est rigolo, c’est que certains joueurs sont partis directement à la douche pour s’isoler et ne voulaient pas savoir le résultat de Saint-Quentin. D’autres ont regardé la fin du match dans le couloir avec le staff. Il y a quelques effusions de joie, quelques cris.
« Je n’ai même pas regardé les images de Nancy – Saint-Quentin »
On a vu beaucoup de téléphones au bout du banc pour suivre le score de Saint-Quentin pendant votre match. Et vous ?
Rien du tout. Surtout pas (il rigole). C’est la pire des choses. J’avais demandé au staff de rester déconnecté total, de se contenter sur ce que l’on peut maîtriser, c’est-à-dire nous.

Quand avez-vous appris le score du SQBB alors ?
Quand il restait trois minutes. Je suis sorti, je suis arrivé dans le couloir. Certains regardaient sur leur iPad et m’ont dit qu’il y avait +9 pour Nancy à trois minutes de la fin. Je n’ai même pas regardé les images, je suis allé dans le vestiaire coach et j’ai appris notre maintien avec les cris de joie de mes joueurs.
Vous n’avez même pas pu regarder la fin du match ?
Non. J’avais besoin de me mettre dans un coin, tranquillement, et de me poser.
« On peut être un petit village mais avoir des idées… »
Parce que cette saison a été lessivante ?
Clairement. Parce qu’on a été sur la brèche tout de suite. On joue les cinq premiers matchs sans Tajuan Agee, à part le Paris Basketball, ni Chris Babb, les deux joueurs emblématiques de ce premier cycle. Tajuan se blesse, Chris ne pouvait pas jouer à cause de son traitement TDH non reconnu par la Fédé. On a basculé à 3-12 à mi-championnat. Mais on fait une belle deuxième partie de saison, avec 5-5 sur les dix premiers matchs. On a un momentum incroyable quand on gagne trois matchs de suite en janvier et qu’on perd d’un point à Cholet alors qu’on est à +16 à quatre minutes de la fin. On aurait pu basculer sur quelque chose de totalement différent. Sur l’ensemble de la saison, on a joué sept matchs dans la dernière minute, on en a perdu six. Si on en gagne trois de plus, on est quasiment en play-in. C’est la beauté du basket, ça se joue à tellement rien. Il y a des choses qu’on a bien fait, d’autres qu’on a moins bien fait. Pour l’instant, c’est difficile de les décrypter… Ma pensée est peut-être incohérente car il y a beaucoup d’émotions qui remontent à la surface. Sincèrement, ça a été un roller coaster toute l’année.
Merci…
Je voudrais juste avoir un mot pour le président de la JL Bourg, Julien Desbottes. Je voudrais le féliciter en mon nom, et au nom du BCM. Quand j’ai démarré ma carrière à l’ASVEL en 2002, je me rappelle très bien qu’on entrait dans une cour d’école quand on venait jouer la JL Bourg. C’était un patronage, avec des toilettes à la turque. C’est pour ça que j’aimerais féliciter le président pour tout le travail accompli. Quand on voit d’où ce club est parti et où il est arrivé, avec des idées en fait… C’est ce que j’aimerais impulser à Gravelines : on peut être un petit village mais on peut avoir des idées. Ce que la JL Bourg a accompli est remarquable : ça donne des idées à plein de clubs…

Avec les félicitations de Freddy Fauthoux
« Félicitations à Gravelines pour leur maintien. Je suis très content pour eux parce que c’est un bastion historique du basket français. Ce sont des dirigeants que j’apprécie beaucoup. C’est un club qui a eu de la malchance en perdant sa salle emblématique : j’imagine que ce n’est pas simple à gérer. Et puis, ça fait très longtemps que je les joue (depuis sa première saison à Pau-Orthez, en 1989/90, ndlr) : on voit souvent les mêmes têtes mais ça fait toujours du bien de voir des gens que l’on connait et que l’on apprécie. »
Propos recueillis à Bourg-en-Bresse,





























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