« Essaye d’abord de jouer avant de réclamer de l’argent, espèce de touriste » : le combat de cette joueuse française qui court après son salaire en EuroCup

Clara Mertz a vécu une expérience douloureuse à Peja, où elle pensait découvrir la Coupe d’Europe
En France, Clara Mertz n’a jamais évolué plus haut qu’en Nationale 2. L’an dernier, elle jouait en troisième division espagnole. Alors quelle opportunité, fin septembre, que ce coup de fil du KBF Peja 03, avec ce contrat de deux mois à la clef !
Un club kosovar, oui, rien de très transcendant là-dessus. Mais une possibilité, surtout, de découvrir la Coupe d’Europe pour la première fois de sa carrière, aux côtés notamment d’Eve Wembanyama, la recrue phare du club pour l’aventure EuroCup.
3 minutes et 21 secondes de jeu au total
« J’étais très contente d’avoir cette proposition », raconte celle qui sortait d’une présaison très chaotique en deuxième division espagnole avec… le Barça. « Je me suis sentie très chanceuse. Je n’ai même pas réfléchi deux secondes, j’ai direct accepté. Jouer l’EuroCup est quelque chose de grand : tout le monde n’a pas la chance d’évoluer au sein de cette compétition, ça ne pouvait qu’être un plus pour moi. Je me dis que c’est une belle opportunité pour moi, pour mon CV, et de montrer ce que je vaux. »
Presque quatre mois après, Clara Mertz (25 ans) est de retour à la case départ : à Lleida, où elle tente d’assurer le maintien du club en troisième division espagnole (7,4 points à 48% et 5,7 rebonds). Entre-temps, rien ne s’est passé comme prévu à Peja : seulement 3 minutes et 21 secondes de jeu au total en EuroCup, réparties en deux apparitions, 99 secondes lors d’une victoire historique en République tchèque puis 102 en Lituanie, avec un point à la clé. Et surtout, une grande partie de son salaire n’est toujours pas arrivé sur ses comptes.
Pour le volet sportif, la joueuse clame avoir été écartée dès les premières séances, sans raison. « Quand ils m’ont signé, ils voulaient me faire venir directement », raconte-t-elle. « Je suis arrivée au Kosovo deux jours après et mon intégration le premier jour s’est très bien passée avec les filles. Il y avait une superbe ambiance. Pourtant, au bout d’une semaine, je m’étais peut-être entraînée 15 minutes en tout. À chaque entraînement, je me retrouvais sur le côté à regarder la séance, sans aucune explication de la part du staff. Les autres joueuses ne comprenaient pas du tout pourquoi j’avais été appelée en renfort en urgence si je venais pour rester debout à regarder l’entraînement pendant 1h10. Ils ne m’ont même pas testé, je n’ai rien pu faire ou montrer, ne serait-ce que l’échauffement. Après avoir subi pendant une ou deux semaines, des entraînements sur le côté ou des déplacements dans différents pays pour jouer 90 secondes, j’ai dit stop. Ils m’ont répondu que couper mon contrat était sûrement le mieux pour eux aussi. »
« De quel argent parles-tu ? »
Vient donc le moment du paiement. Contrat à l’appui, qu’elle nous a fourni, l’intérieure originaire de Sélestat devait toucher 1 500 dollars par mois. Ce qui, ramené à sa présence sur place (du 30 septembre au 21 octobre), aurait dû lui valoir 1 100 dollars au total. Sachant qu’elle avait déjà perçu une avance de 200 euros en liquide de la part de son coach afin de venir contourner un petit problème de carte bleue.
Problème, ce petit coup de pouce en cash constitue finalement la seule somme reçue pour ses trois semaines sur place. Au moment de se séparer, les deux parties étaient d’accord sur le chiffre de 750 dollars restants à régler, soit 644 euros. Mais Clara Mertz atteste ne jamais avoir rien perçu.

Début novembre, le président Endrit Basha lui a assuré qu’elle toucherait son dû, à condition de s’armer un peu de patience. « Je vais t’envoyer ça cette semaine, désolé pour ça, vraiment », lui-a-t-il écrit le 11 novembre. Avant de ne plus répondre à ses relances, puis de se montrer beaucoup plus virulent : « Essaye d’abord de jouer avant de réclamer de l’argent, espèce de touriste », « De quel argent parles-tu ? J’ai payé plus que tu ne le mérites. Tu es venue aider l’équipe, et qu’est-ce que t’as fait ? T’asseoir sur le banc et jouer une minute. » Le tout avec les captures d’écran à l’appui.
« Un manque de respect ! »
« Je suis maman solo : je vis du basket, avec une famille à charge », nous indique la joueuse formée à Geispolsheim, puis aperçue à La Tronche-Meylan, Dieppe, Saint-Chamond et Viagrande (Italie). « On sait bien que les salaires ne sont déjà pas incroyables donc je ne peux pas me permettre de rester un mois dans un club pour ne pas être respectée et encore moins ne pas être payée. Ils m’ont tué mon début de saison et mon opportunité de me montrer. Émotionnellement, c’est un peu dur à vivre. C’est un manque de respect, surtout que j’ai ensuite attendu plusieurs jours, où j’avais accepté de ne pas être payée, pour qu’ils me prennent mon billet retour et se trompent même sur la destination ! »
Revenue à Lleida dès le 29 octobre, la Franco-Congolaise s’est parfois vue conseiller de lâcher l’affaire, certaines anciennes joueuses passées par Peja lui assurant que le club kosovar ne la payerait jamais. Mais elle a saisi la FIBA, avec la possibilité d’aller jusqu’au Tribunal Arbitral du Basketball, d’autant plus que le KBF Peja jouait l’EuroCup pour la toute première fois de son histoire.
Le KBF Peja rejette tout en bloc
Contacté, le président Endrit Basha clame que Clara Mertz n’est restée que deux semaines sur place. Ce qui est déjà faux puisque son contrat courait à partir du 30 septembre et qu’elle a joué le 16 octobre à Vilnius, soit plus de deux semaines après. En réalité, son bail aurait pris fin le 21 octobre.
Ainsi, le dirigeant avance une somme totale de 750 dollars à régler (644 euros), avec un reste à charge de 444 euros, puisqu’il retranche l’avance déjà réglée par le coach. Endrit Basha soutient que sa femme s’est acquittée des 444 euros auprès de Mertz.

« Nous l’avons payée plus que ce qu’elle prétend », jure-t-il. « Si je devais autant d’argent à Clara, je la payerai 10 000 euros sans hésitation. La façon dont elle ment est honteuse. Nous l’avons fait venir pour jouer l’EuroCup, et vous savez ce qui s’est passé ? Elle n’était même capable de faire partie des dix meilleures joueuses de notre effectif et le coach ne l’a pas inclus dans notre roster. Des joueuses locales plus faibles ont pris sa place. Qu’est-ce que je peux dire de plus ?! Je l’ai payée même si elle était complètement hors de forme. Si je ne l’ai vraiment pas payée, pourquoi ne se tourne-t-elle pas vers la FIBA (la procédure est en cours, ndlr) ? Je peux même lui fournir le mail et le service exact où elle devrait adresser sa plainte. »
Nous avons demandé à Endrit Basha s’il avait une preuve du paiement, c’est-à-dire une trace d’un virement bancaire. « J’en ai une », a-t-il répondu. Avant d’envoyer une capture d’écran d’une conversation WhatsApp avec son coach, annonçant qu’il avait payé le billet retour de Clara Mertz et lui disant qu’il y avait besoin de 444 euros de plus pour le reste du salaire… Une somme que l’Alsacienne garantit ne jamais avoir reçu. Pour cause, le KBF Peja 03 ne lui aurait même jamais demandé son RIB…




























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