ITW Gaylor Curier, un nouveau chapitre à l’ESMS : « J’ai juste envie de prendre du plaisir »

Cette saison avec l’ESMS, Curier tourne à 16,5 points de moyenne.
Après plus d’une décennie au plus haut niveau, Gaylor Curier (1,99 m, 33 ans) a pris une décision que peu de joueurs assument aussi frontalement : lever le pied. Direction l’ESMS, club structuré de Nationale 2, pour continuer à jouer sans renier son corps ni ses envies personnelles. Dans cet entretien accordé à BeBasket, le natif de Massy dans l’Essonne se livre sans détour sur cette transition, entre lucidité sportive et projection hors du basket.
Un arrêt du monde pro, dicté par le corps
La réflexion de Gaylor Curier ne date pas de cet été. Elle s’est construite progressivement, au fil des saisons et des blessures. La dernière, en particulier, a agi comme un révélateur. « Suite à ma dernière grosse blessure, je n’ai jamais vraiment senti que je pouvais revenir à 100 %, donc c’était la fin pour moi », confie-t-il.
À ce moment-là, l’option d’un arrêt total est bien réelle. L’envie de se préserver prend le dessus sur celle de s’accrocher à tout prix au statut de joueur professionnel. « J’allais arrêter complètement », explique-t-il simplement, sans amertume, mais avec une forme de lucidité rarement affichée à ce stade d’une carrière.
Pourquoi l’ESMS et pas un autre projet ?
Si l’idée d’arrêter complètement le basket est présente, la proposition de l’ESMS vient bouleverser les plans initiaux. Presque un concours de circonstances. Un contact, une discussion, puis une réflexion rationnelle. Trois entraînements par semaine, une structure stable, un club champion de France de Nationale 2 et une organisation compatible avec une vie en dehors du basket.
« Ça cochait toutes les cases », résume Curier, qui voit dans ce projet l’opportunité de rester compétitif, de prendre soin de sa santé et de continuer à avancer sur ses projets personnels. Le feeling avec les dirigeants fait le reste. « Quand j’ai rencontré le président, ça s’est super bien passé, donc j’ai donné mon accord très rapidement ».
Un club structuré, familial et exemplaire
Au-delà du terrain, Gaylor Curier découvre un environnement qu’il juge particulièrement sain. « C’est impressionnant », insiste-t-il, évoquant un club capable de proposer de très bonnes conditions avec des moyens mesurés. « Beaucoup de clubs pourraient en prendre de la graine ».
L’ESMS se distingue aussi par son identité profondément familiale. Dans les Landes, le lien entre le club, les joueurs et le territoire est fort. « Les gens sont très fiers, très chauvins. Ils ont à cœur de défendre leur territoire, de mouiller le maillot », explique-t-il. Une ferveur qui ne se traduit pas par une pression constante, mais par une fierté collective et une atmosphère propice à l’engagement.
Trouver sa place dans un contexte différent
Sur le plan sportif, l’adaptation n’a pas été immédiate. Nouveau championnat, nouveaux espaces, rôle différent. « Ce n’est pas le même jeu, pas les mêmes espaces, pas le même style », reconnaît-il. Une période d’observation était nécessaire pour retrouver des sensations et comprendre les attentes du collectif.
Progressivement, Curier trouve sa place. Son rôle dépasse largement le scoring. « J’essaie d’apporter de la sérénité, de l’expérience ». Dans un championnat où le talent est bien présent, la différence se fait selon lui sur des détails. « La lecture du momentum, quand accélérer, quand ralentir ».
L’expérience plutôt que la posture
À ce niveau, l’ancien joueur professionnel refuse toute posture de donneur de leçons. « Je n’ai pas envie d’être Joe la science », affirme-t-il. Pour lui, l’apport se situe davantage dans la gestion des temps faibles, la stabilité émotionnelle et la prise de décisions justes que dans un apport purement technique.
Chaque week-end, il croise d’anciens adversaires, des ex-pros, des joueurs qu’il a connus plus jeunes. Un rappel que le niveau est dense et que l’expérience ne garantit rien sans humilité et intelligence de jeu.

Un rythme allégé mais une exigence intacte
Le changement majeur réside dans le rythme. Moins d’entraînements, plus de récupération. « Maintenant, quand j’arrive à l’entraînement, j’ai les jambes fraîches ». Une différence fondamentale après des années à enchaîner séances d’entrainement et matches.
Pour autant, Curier n’a pas relâché son exigence personnelle. Les routines, la musculation, le travail physique restent les mêmes. « Le travail que je faisais, c’était avant tout pour ma santé ». La vraie nouveauté, c’est le temps de repos, qui lui permet d’exploiter ses qualités athlétiques de manière plus ciblée.
Un projet sportif lucide et assumé
L’ESMS a marqué les esprits la saison passée, allant jusqu’à refuser la montée en NM1. Un choix que Gaylor Curier comprend parfaitement. « Aujourd’hui, ce n’est pas viable économiquement », tranche-t-il. Pour le club, l’objectif est clair : rester compétitif, vivre de belles émotions et viser des titres à l’échelon actuel.
Le groupe, encore jeune dans sa construction, progresse. « On a beaucoup avancé sur le passing game », note-t-il, tout en pointant des axes de travail persistants, notamment en organisation et en communication défensive. Rien d’alarmant à ses yeux, compte tenu du nombre limité d’entraînements et de la nouveauté du collectif.
Ne plus se projeter à long terme
Sur le plan personnel, Gaylor Curier a changé de regard sur la suite de sa carrière. « J’essaie de ne pas trop me projeter ». Après des saisons compliquées, l’objectif est simple : retrouver du plaisir et aimer ce qu’il fait au quotidien.
La question de la durée reste ouverte. Le basket occupe toujours les week-ends, impose des contraintes, même à ce niveau. Une réalité qu’il intègre pleinement dans sa réflexion globale.
L’entrepreneuriat comme nouvel espace d’expression
En parallèle du basket, Curier s’investit pleinement dans un projet entrepreneurial : Saad, une marque de vêtements dédiée aux hommes de grande taille. Une idée née d’un vécu personnel. « On a toujours galéré avec les vêtements trop courts ».
Associé à un professionnel de la mode, il découvre un univers exigeant et formateur. Développement produit, gestion des stocks, marketing, finance, levée de fonds : un apprentissage permanent. « C’est ultra formateur », insiste-t-il, soulignant combien cette aventure nourrit désormais son quotidien.

Un équilibre enfin trouvé
En prenant du recul sur sa carrière, Gaylor Curier affiche une forme d’apaisement. « C’est bizarre aujourd’hui de dire que c’est derrière moi », reconnaît-il, avant d’ajouter qu’il est désormais en paix avec ce parcours. Entre adrénaline du sport et excitation entrepreneuriale, l’ancien joueur du Limoges CSP et de l’Élan béarnais a trouvé un équilibre qui lui convient. Sans regrets, sans précipitation, et surtout sans se forcer à écrire la suite trop vite.
À l’ESMS, Gaylor Curier n’a pas seulement changé de championnat. Il a redéfini sa relation au basket, à son corps et à son avenir. En conciliant plaisir du jeu, lucidité sportive et projets personnels, il avance à son rythme, en accord avec lui-même.



























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