ITW Sofiane Briki (Caen) : « Je ne suis jamais aussi fort que quand je lâche les chevaux »

Après un passage en Espagne, Briki retrouve une Elite 2 qu’il connaît bien. Crédit photo : Caen Basket Calvados
Arrivé à Caen avec un rôle clairement identifié, Sofiane Briki (1,93 m, 26 ans) a rapidement dû s’adapter. Résultats serrés, changement de staff en cours de route et responsabilités fluctuantes ont obligé l’arrière de 26 ans à revoir ses repères. Sans jamais perdre de vue l’essentiel : être utile au collectif, quel que soit son statut.
Un rôle qui évolue au gré des résultats
Dès les premières semaines, Sofiane Briki comprend que sa place ne sera pas figée. « Quand tu perds des matchs, le coach cherche des solutions », résume-t-il simplement. Arrivé avec un statut de titulaire, il passe parfois par le banc, parfois par le cinq majeur, selon les ajustements nécessaires.
Une situation qu’il vit sans frustration. « J’ai déjà été titulaire, j’ai déjà été remplaçant. Ça ne change pas tellement la donne ». Pour lui, la vraie hiérarchie se situe ailleurs. « Le plus important, c’est de finir les matchs et d’apporter à l’équipe ». Une philosophie illustrée lors de la première victoire sous Jean-Baptiste Lecrosnier : avec un début de match sur le banc, Briki a terminé la rencontre sur le parquet.
Le changement de coach, un constat collectif avant tout
Le départ de Stéphane Eberlin a marqué un tournant. Briki ne s’en cache pas : « C’est un constat d’échec de ce début de saison ». Pas parce que l’équipe était dépassée, mais parce que les détails n’ont jamais tourné dans le bon sens.
Il énumère ces matchs charnières qui auraient pu basculer autrement. « Des -2 contre Blois, contre Orléans… dans un monde parallèle, notre saison est totalement différente ». Pour autant, l’arrière refuse toute personnalisation. « Ce n’est pas forcément la faute du coach, c’est plutôt une faute collective ».
L’arrivée de Jean-Baptiste Lecrosnier impose alors une remise à plat. « Il faut digérer ce que le nouveau coach nous a dit, créer un nouveau lien ». Un électrochoc qu’il espère bénéfique : « Il faut que ce soit un bon choc, qu’on se ressaisisse ».
L’Espagne, sortir du confort et mûrir
Avant Caen, Sofiane Briki a connu l’Espagne. Une expérience courte, mais déterminante. « En tant que joueur étranger, on ne te demande pas la même chose ». De retour de blessure, dans un club en difficulté, il ne répond pas immédiatement aux attentes, mais en tire un réel apprentissage.
« Il y a moins de patience avec les étrangers. Ça fait mûrir, parce que tu n’es pas dans le confort ». Seul, à l’hôtel, loin de ses repères, l’ancien joueur de l’ASVEL, Saint-Chamond, l’Alliance Sport Alsace, Strasbourg et le SCABB prend conscience de ce qui fait sa force. « Tous mes bons matchs, dans toute ma carrière, c’est quand je lâche les chevaux ».
Cette prise de recul l’aide aussi physiquement. Après plusieurs mois de rééducation à Strasbourg, l’Espagne lui permet de se remettre en rythme et d’enchaîner ensuite sa meilleure saison individuelle. « Ça m’a permis de me relancer et de découvrir un style de jeu plus rapide, basé sur les lectures ».

Relâchement mental, clé de sa performance
Longtemps très exigeant envers lui-même, Briki a appris à mieux gérer la pression. « J’étais presque trop concentré », reconnaît-il. Aujourd’hui, il cherche avant tout à préserver sa spontanéité. « Ma force, c’est le relâchement, le feeling ».
Sa préparation individuelle repose sur cet équilibre. L’ancien pensionnaire du Pôle France regarde beaucoup de basket, analyse ses adversaires directs, mais refuse de se crisper. « Je ne suis jamais aussi fort que quand je sens les choses, quand je joue sans réfléchir à l’erreur ». Une maturité acquise avec le temps… et l’expérience de l’étranger.
Un apport qui dépasse les chiffres
Si ses statistiques sont visibles, Briki revendique aussi un rôle plus discret. « Je peux prendre feu à 3-points, mais j’ai aussi cette lecture du jeu ». Capable de scorer comme de créer, le Rhodanien se voit comme un lien entre les différents profils de l’équipe.
« Si le jeu n’est pas pour moi, j’aime faire la passe en plus, mettre quelqu’un d’autre en confiance ». Un rôle de facilitateur qu’il assume, aux côtés de joueurs identifiés dans ce registre, et qui participe à l’équilibre global du collectif.
La défense, un chantier personnel assumé
Conscient de sa réputation de joueur en difficulté en défense, Sofiane Briki ne fuit pas le sujet. « Je sais qu’on me target (cible) ». Une réalité qu’il cherche à renverser par l’intelligence de jeu plutôt que par la seule intensité physique.
Vidéo, anticipation, lecture des trajectoires : « Il faut que je sois plus malin, couper la passe, empêcher le joueur de me jouer ». Son objectif est clair : gagner en efficacité défensive s’il est ciblé… sans perdre ce qui fait sa valeur de l’autre côté du terrain.
Le public de Caen, un moteur émotionnel
À domicile, Briki mesure pleinement l’impact de l’environnement au Palais des Sports Caen-la-Mer. « C’est exceptionnel ». Même dans les moments difficiles, le soutien des supporters ne faiblit pas. « Ils ne nous ont pas lâchés ».
Une énergie qui change tout. « Quand j’arrive à la salle, je suis heureux. Je sais que ça va être une soirée de fou ». Et une motivation supplémentaire : « J’ai envie de les faire vibrer comme ils nous font vibrer ».

Réduire les trous d’air, l’enjeu collectif
Pour la suite, Sofiane Briki identifie un axe prioritaire. « Nos moments faibles sont trop longs ». Des passages à vide qui coûtent cher et cassent la dynamique.
La solution, selon lui, ne peut être que collective. « On n’est jamais aussi forts que quand on joue ensemble ». Avec un effectif capable de créer du danger à tous les postes, l’arrière est convaincu que Caen peut inverser la tendance en resserrant les liens dans l’adversité.
À 26 ans, Sofiane Briki semble désormais dans un entre-deux révélateur : assez expérimenté pour relativiser les statuts et les contextes, encore suffisamment ambitieux pour vouloir faire évoluer son jeu et son image. Dans une saison heurtée, où Caen cherche encore son point d’équilibre, son discours traduit surtout une chose : la volonté de s’inscrire dans la durée, en restant utile même lorsque tout ne tourne pas rond. Si la deuxième partie de saison devait se jouer sur la capacité du groupe à rester uni dans les moments creux, Briki apparaît comme l’un de ceux capables de maintenir le fil.



























Commentaires