Wembanyama et Nanterre : l’histoire d’un gamin de U11 devenu légende… et actionnaire de son club formateur

Victor Wembanyama, à droite, au Mondial de Bourbourg en 2015
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À partir de 5€Essai gratuitLa nouvelle a fait l’effet d’une petite bombe dans le monde du basket français. Victor Wembanyama (2,24 m, 22 ans), 22 ans, franchise player des San Antonio Spurs et déjà considéré comme l’un des joueurs les plus dominants de la NBA, entre au capital de Nanterre 92 — le club des Hauts-de-Seine où il a grandi de 2014 à 2021.
Un investisseur pas comme les autres
Ce n’est pas un geste de communication. Ce n’est pas un placement financier opportuniste. « Ce n’est pas artificiel, même pas business. C’est avant tout affectif. », expliquait-il simplement dans L’Équipe. Wembanyama devient ainsi la première personne physique actionnaire de l’histoire du club — toutes les parts de la SAS étant jusqu’ici détenues par l’association JSF.
Pour comprendre pourquoi ce geste fait sens, il faut remonter aux origines. Il faut raconter comment un gamin de dix ans, déjà démesurément grand, a débarqué un mercredi après-midi dans un gymnase de Nanterre et y a trouvé bien plus qu’un club de basket.
Les racines d’un champion
Né le 4 janvier 2004 au Chesnay, Victor grandit dans une famille où le sport et l’excellence sont des valeurs cardinales. Son père Félix, originaire de République démocratique du Congo, était sauteur en longueur et triple-sauteur de haut niveau (7,41 m et 15,56 m en records personnels). Sa mère Élodie de Fautereau-Vassel, ancienne basketteuse semi-professionnelle devenue éducatrice, mesure 1,90 m.
Cette génétique hors norme n’explique pourtant qu’une partie du phénomène Wembanyama. Car ce qui frappe d’emblée ceux qui l’ont côtoyé, c’est moins sa taille que son intelligence. « On n’aurait pas dit, dans sa tête, qu’il était plus jeune. Il était super mature, super intelligent », se souvient Jules Bravin, qui a évolué à ses côtés pendant plus de quatre saisons à Nanterre. « Il réfléchissait vraiment à l’endroit, ça m’avait marqué. Et ensuite, sa créativité, sa curiosité. »
Cette soif d’apprendre dépasse largement le cadre sportif. Victor s’intéresse aux Lego, à Star Wars, aux romans de science-fiction, aux échecs, au théâtre, à la musique. Avec Bravin, il partage sa passion pour Alpha Wann ou Freeze Corleone, et dévore les romans de la série CHERUB. « J’aime beaucoup lire. J’aime bien faire des dessins. Il ne faut pas être trop sur ma console », dira-t-il à son entraîneur Frédéric Donnadieu.
Le coup du destin
L’histoire de Victor à Nanterre commence par un coup de téléphone. En décembre 2013, Mickaël Allard appelle Frédéric Donnadieu, alors entraîneur et aujourd’hui président du club : il a vu un « très, très grand gabarit » jouer en U11 du côté de Versailles. Il croyait même, en arrivant au match, que c’était l’assistant assis sur le banc.
Victor arrive à l’essai quelques jours après avoir eu 10 ans. Donnadieu est immédiatement frappé par son attitude : « Il était très souriant. Je me suis dit : ce jeune-là, il est super bien dans sa peau, parce qu’il était très à l’aise, sans excès de confiance. » Mais c’est sur le terrain que le choc se produit. « J’ai commencé à entraîner à 13-14 ans, je me suis dit : je n’ai jamais vu ça de ma vie. »
À la fin de la séance, Donnadieu adopte une approche sans pression : « Ce que je retiens, c’est que je t’ai trouvé super souriant, super à l’aise. Vois si t’as envie de revenir. » Victor revient tous les mercredis. Frédéric Donnadieu appelle alors immédiatement son père, président du club, Jean : « Je lui dis : je viens peut-être d’entraîner le plus fort joueur de toute ma vie. Et il me dit : mais quelle équipe as-tu entraînée là ? Je dis : les poussins. C’est un phénomène. C’est un truc de fou. » Sa mère appelle quelques semaines plus tard, après une première participation fondatrice au Mondial U11 de Bourbourg (avant le titre en 2015), pour officialiser son inscription.
Une intelligence supérieure
Ce qui distingue Victor de tous les autres prodiges que Nanterre a formés, c’est moins son gabarit que son rapport au savoir. « J’avais capté que c’était un jeune supérieurement intelligent », raconte Donnadieu. « Dans de l’analyse premier degré, il comprend tout. Et surtout, tu n’as pas intérêt à lui dire des conneries, parce qu’il les retient. »
Cette exigence se manifeste à l’entraînement. « Des coachs m’ont dit : des fois, Victor, c’est perturbant, il nous pose plein de questions. Oui, parce qu’il avait besoin de tout comprendre. Il ne faisait pas un truc comme un mouton. » Mais cette curiosité n’est jamais irrespectueuse : « Il n’a jamais, une seule fois, manqué de respect à un entraîneur. »
Une famille, un bouclier
Le développement de Victor bénéficie d’un accompagnement familial exceptionnel. Ses parents protègent leur fils des feux des projecteurs sans jamais l’étouffer. Lorsque Donnadieu s’interroge sur leur discrétion vis-à-vis des médias, le père répond : « Si dans un an il tombe amoureux, qu’il n’a plus envie de faire du basket, on ne veut pas qu’il le subisse plus tard. Il y en a eu d’autres avant lui, heureusement pour eux qu’il n’y avait pas encore Internet. »
La volonté de normalité est constante. « Ses parents me disaient : Victor, c’est un licencié comme un autre, il doit passer la serpillère pour les pros etc. Dès qu’ils pouvaient accompagner, ils étaient là. Mais ils ne l’ont jamais poussé. Ils n’ont jamais eu besoin de le motiver. »
Progressivement, une véritable cellule de développement se met en place autour de lui — entraînements personnalisés, préparation physique sur-mesure avec Vincent Dziagwa, soutien scolaire. « Il y avait 20 personnes réunies autour de son cas. Il devait jongler entre les espoirs, les pros, le Centre Fédéral, le bac… Il y a beaucoup d’adultes qui n’auraient jamais supporté cette charge-là. »

La rigueur d’un professionnel avant l’heure
Jules Bravin se souvient de l’organisation impeccable de son jeune coéquipier : « Il avait son programme fait pour lui. Ses entraînements avec Vincent Dziagwa, sa muscu, ses séances individuelles… Ce qui m’impressionnait, c’était sa rigueur. Il avait un professionnalisme alors qu’il était hyper jeune. »
Cette vision claire de son projet ne laissait rien au hasard. « Tout ce qu’il faisait était déjà programmé dans sa tête pour l’avenir. Ok, à tel moment, j’en suis là. Là, je travaille mon tir. Là, je progresse physiquement. Tout était calculé, cadré. »
L’explosion
L’EuroBasket U16 2019 à Udine marque un premier tournant international. Initialement au bout du banc, Victor s’impose lors d’une entrée décisive face à la Serbie : ses contres renversent le cours du match et révèlent au monde entier l’étendue de son potentiel. Un an plus tôt, il avait déjà mené Nanterre au titre de champion de France U15, contre une équipe de Charenton qui comptait dans ses rangs de futurs joueurs NBA comme Maxime Raynaud et Armel Traoré.
Lors de ce Final Four U15, Frédéric Donnadieu le pressent alors clairement : « Si lui ne va pas au plus haut niveau, je ne vois pas qui va y aller. » Après un passage à l’ASVEL, Victor rejoint les Metropolitans 92 pour la saison 2022-2023, où il explose définitivement : plus jeune MVP de l’histoire du championnat de France, il inscrit 37 puis 36 points face à la NBA G-League Ignite à Las Vegas, s’attirant les éloges de Stephen Curry, LeBron James et Giannis Antetokounmpo.
Nanterre, toujours Nanterre
Le soir de la Draft 2023, Victor – qui a invité Frédéric Donnadieu sur place – demande à Adam Silver d’annoncer Nanterre plutôt que les Metropolitans 92, son dernier club en France. En janvier 2025, il insiste pour que les Spurs s’entraînent dans le gymnase de son club formateur. « Quand quelqu’un de l’organisation a voulu organiser la séance au Palais des Sports Marcel Cerdan de Levallois, Victor a dit : ah non, ce n’est pas mon club. Mon club, c’est Nanterre. »
Rien n’est laissé au hasard. « Ce n’est jamais un hasard s’il veut s’entraîner à Nanterre avec tous les Spurs, manger dans un kebab à Nanterre », observe Donnadieu. « Avec toute la pression qu’il a, il ne change pas d’un iota. Dans son comportement, dans sa politesse. »
L’entrée au capital officialise ce que tout le monde savait déjà. Wembanyama le dit lui-même : « Mon amour et mon implication pour le club n’ont rien de nouveau. Ce qui est nouveau, ce sont les moyens, les connexions, les leviers. » Son objectif : « Construire quelque chose de grand », à long terme, par petites étapes. Pas comme Tony Parker avec l’ASVEL. Quelque chose qui ressemble à Nanterre, à lui.
Jules Bravin, qui l’a vu grandir, résume peut-être mieux que quiconque ce qui fait la singularité du personnage : « Victor, je pense qu’il se souviendra toujours d’où il vient, des gens qui l’ont aidé au début. Aussi simple qu’il puisse être. » Un géant sur le terrain, une personne d’une authenticité remarquable en dehors. Et désormais, un actionnaire. Mais surtout, un enfant de la JSF Nanterre.




























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