
Jason Ricketts Mahinmi a traversé des moments sombres en Autriche la saison dernière
Plus de trois heures de discussion à cœur ouvert avec un quasi-inconnu. La dernière étape thérapeutique de son processus de guérison ? « Complètement », rigole Jason Ricketts Mahinmi (26 ans), avant de redevenir plus sérieux. « C’était la première fois que je me sentais aussi vulnérable mais ça m’a fait un bien fou. »
Le jeune frère de Ian Mahinmi, de treize ans son cadet, avait surtout un message primordial à délivrer : celui de l’importance de la santé mentale, trop souvent négligée dans le sport. Éprouvé par les drames de la vie, son esprit puis son corps l’ont progressivement lâché la saison dernière en Autriche. Et le Normand a tutoyé les abysses, manquant de définitivement basculer vers quelque chose d’irrémédiable.
Mais désormais, heureusement, Jason Ricketts Mahinmi va mieux. Alors qu’il se prépare dans les entrailles du Kindarena depuis plusieurs semaines, il aspire à découvrir l’ÉLITE 2 après une première partie de carrière de nomade. Et il avait envie de raconter ce qu’il a traversé. Pour lui. Et pour tous ceux qui pourraient s’identifier à sa situation, à son message.

« Je m’appelle Jason Ricketts Mahinmi, et j’ai 26 ans. Je me suis mis au basket parce que je voulais faire comme mon grand frère, Ian Mahinmi. Il a été mon modèle. Grâce à lui, j’ai côtoyé la crème de la crème. Petit, je faisais des passes à Manu Ginobili à l’entraînement des Spurs. Je dînais chez Tony Parker et j’avais Eva Longoria qui me disait à table : « Parle-moi en Français ! » (il rigole)
« George Hill me déposait à l’école »
Jason Ricketts Mahinmi, à propos de sa « vie de rock star » à Salt Lake Ciy
Mais surtout, j’ai vu les sacrifices qu’il a fait, je sais tout ce qu’il a fait pour gagner. J’étais à Miami quand il a été sacré champion NBA. J’avais 11 ans. Il a appelé maman avant le Game 6 : « On est sûrs de gagner, venez ! » Sauf que j’avais encore école, que ma mère et ma sœur travaillaient. « Prenez des vacances, débrouillez-vous mais je prends vos billets ! » Voir l’engouement des finales NBA aussi jeune, c’était fou ! Les fans du Heat nous faisaient des doigts d’honneur, jetaient des trucs sur notre bus. Et voir son grand frère jouer, faire une très bonne prestation en finale NBA, c’était incroyable ! Ça marque à vie.

De mon côté, j’ai été licencié au SPO Rouen de mes 7 à mes 14 ans, puis je suis parti au Pôle Espoirs, et au STB Le Havre pendant deux ans. Après, je suis parti aux États-Unis. J’ai fait deux ans en high school à Salt Lake City et ça a été la meilleure époque de ma vie. Ah, c’était incroyable ! J’avais une vie de rock star. Je vivais avec George Hill, le meilleur ami de Ian, dans l’ancienne maison de Deron Williams. J’avais tout le premier étage pour moi, une salle de bain en marbre, George Hill qui venait à tous mes matchs à domicile, qui me déposait parfois à l’école. Si ce n’était pas lui, c’était la femme du GM du Jazz… J’étais la re-sta de l’école ! J’avais Gordon Hayward ou Joe Ingles dans mon salon, j’allais me faire couper les cheveux chez Rudy Gobert, etc. Il n’y a pas beaucoup de jeunes français qui ont ce lifestyle !

D’un point de vue basket, j’étais un peu au-dessus grâce à la formation française. J’étais habitué à jouer au BCMO devant 80 personnes et là, je me retrouve dans des grandes salles américaines pleines à craquer ! Un autre monde, vraiment. Je suis le leader de l’équipe la deuxième année, on va deux fois en finale. Bref, c’était le kif ! Mais ensuite, il y a le problème de mes notes et j’ai dû passer par le Junior College pendant deux ans à San Francisco. C’était dur ! C’est la rue le JuCo, les gars ont tous la dalle pour aller en NCAA. On m’a fait comprendre que je n’étais personne ici. Je suis passé du statut de star à pas grand chose, ça m’a bien remis les pieds sur terre. Puis je me suis blessé au genou, je n’ai pas joué de l’année et je n’ai pas pu aller en NCAA. »

« J’ai démarré ma carrière professionnelle en deuxième division suisse pour me relancer, me remettre dans le jeu européen, avant de partir en première division. J’ai aussi été en Islande, dans un village de 4 000 habitants, au Luxembourg, en Slovaquie, en Autriche… (On l’interrompt pour lui rappeler qu’il a grand même fait un crochet par la France, à Sorgues, en NM2, en 2022, ndlr) C’est à oublier, ça. Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ce move !
Ma meilleure expérience est en deuxième division grecque, en 2022, avec l’AE Psychiko Athènes, où on est monté ! Au début, j’étais isolé, en difficulté mentalement, avec peu de temps de jeu derrière des vétérans. Je me suis alors demandé comment impacter l’équipe autrement. Je suis devenu un vrai « locker room guy », comme Thanasis Antetokounmpo aux Bucks. Sans trop jouer, je suis devenu une pièce maîtresse de l’équipe. Quand on a validé la montée, le coach m’a pris dans ses bras et m’a dit : « Sans ta bonne humeur, sans ton énergie et ton investissement pour rassembler le groupe, on n’aurait jamais gagné ! »

« Maintenant, je veux surtout parler de l’aspect mental. Je sors de deux années très, très difficiles mentalement. En décembre 2023, j’enterre ma grande sœur puis je pars jouer en Slovaquie dans la foulée. En rentrant, je fais une surprise à mon papa, je passe un peu de temps avec lui et il part en avril 2024… Je vous laisse imaginer les traumas avec lesquels je vis. Mon père, c’était mon pilier, mon mentor, mon prof d’histoire, mon tout. Quand j’avais quelque chose, j’appelais mon papa. Le perdre, c’était un choc… Je vais mieux mais ça reste très dur aujourd’hui.
De voir les émotions de ma mère, de ma sœur, de ma nièce, de voir Ian autant dans le mal, c’était difficile… Donc moi, je ne pouvais pas être dans le mal. Il fallait bien que quelqu’un sorte la tête de l’eau. Jusqu’à mon départ en Autriche, je portais un peu la famille sur mon dos d’un point de vue émotionnel. Puis, quand je me suis retrouvé à Furstenfeld, tout ce qui s’est passé a commencé à me rattraper. C’était la première fois où je me retrouvais vraiment tout seul. En arrivant, je sentais que ça brûlait à l’intérieur, que ça avait besoin d’être évacué, mais je me suis dit que ce serait impossible de jouer si les émotions sortaient. Donc je me suis dit : « Mets ça de côté et quand la saison se terminera, tu t’en occuperas ». Mais ce serait trop facile…
« J’ai passé deux jours allongé sur le canapé, incapable de parler »
Jason Ricketts Mahinmi, à propos de son 25e anniversaire passé à Rouen
Quand je suis arrivé en Autriche, j’étais traumatisé de fou. Je me suis rendu compte qu’il ne restait que ma maman. Je l’appelais au moins quatre fois par jour parce que j’avais tellement peur qu’elle parte. Je ne lui ai jamais avoué mais elle a dû le ressentir. Elle m’a dit : « Écoute, mon fils, ça va, pas besoin de m’appeler tous les jours, ça va aller. »
L’Autriche, ça a été la survie totale. Il y a eu une première alerte en octobre pour mon anniversaire. J’ai pris l’avion pour rentrer à Rouen. Et par habitude, la première chose que je fais quand j’atterris est prendre mon téléphone pour regarder si mon père m’a envoyé un message… J’étais tellement triste que je n’arrivais pas à parler. J’ai passé deux jours allongé sur le canapé, incapable de bouger, de parler. Ma mère ne savait pas quoi faire.

En rentrant en Autriche, ça allait mieux avec le quotidien mais mon corps a commencé à me lâcher. La nuit, c’était impossible de dormir, mon cerveau ne s’arrêtait jamais. Je pousse, je pousse mais c’est dur de sortir de mon lit. Je peux y passer la journée à ne rien faire, parce que je suis tellement fatigué. Je change de comportement aussi : d’habitude, je suis un mec très peace et là, je deviens nerveux. À l’époque, je ne me rends pas compte que c’est une dépression. Mais c’en est une grosse. Je n’en pouvais plus. En plus, je me blessais tout le temps : luxation du doigt, grosse entorse de la cheville, genou en vrac.
« Je fixe le plafond de minuit à 6h »
Jason Ricketts Mahinmi, sur ses nuits sans sommeil en Autriche
La chute totale est arrivée le 25 décembre. Mon père adorait cette fête, nous mettait la musique de Noël à chaque fois, n’était pas bien s’il n’avait pas son Christmas pyjama et je me retrouve seul en Autriche avec un entraînement pour le premier Noël sans lui… Ça m’a mis un coup de ouf. La patate a commencé à monter de plus en plus. Pour la séance du matin, j’ai connu le même épisode qu’en octobre à Rouen. Impossible de parler. Mes coéquipiers me demandent ce qui se passe, je réponds : « Rien ». Le minimum, c’était hochement de tête ou « I am OK ». Je suis rentré chez moi, je me suis fait à manger puis posé devant les matchs NBA mais mon esprit n’était pas là. Ce soir-là, je n’ai pas dormi. Et je me suis re-blessé lors du match du lendemain.
Le mois de janvier était horrible. Je ne souhaite cela à personne. J’étais obligé de prendre des anti-inflammatoires tous les jours. Je n’arrive toujours pas à dormir : je fixe le plafond de minuit à 6h, je tourne en rond, je scroll sur mon téléphone, je regarde des séries. Le matin, c’était comme si je m’étais fait tabasser par Hulk parce que je ne récupère pas. Je n’arrivais plus à switcher mon état d’esprit pour les entraînements, pour les matchs. C’était dur. J’arrive quand même à sortir de grosses perfs contre Oberwart et Vienne mais je ne sais pas comment j’ai fait. Mon papa devait être avec moi… Il fallait me voir après les matchs, je ne pouvais pas marcher.

Mais sur les dernières rencontres, je me ridiculisais. Je n’aurais même pas dû jouer, j’étais dans le rouge complet. Je pensais que j’étais obligé de pousser mais ce n’était pas sain. Je me mettais en danger. Les anti-inflammatoires ne marchaient même plus ! Le déclic est venu sur un match contre Kapfenberg, l’équipe de Maxime Carène. Je me suis dit : « Mais qu’est-ce que je fais là ?! » Je me suis rendu compte que je jouais avec la peur au ventre, que mon corps était complètement off. Et surtout, j’étais complètement perdu. Il y a une action où je dois monter au cercle et je fais la passe. En défense, j’ai normalement la dalle et Nemanja Krstic me fait passer pour son petit. À la mi-temps, mon coach me défonce, les gars me regardent avec des gros yeux. Mais je réponds : « Je ne peux pas, je ne peux plus bouger, c’est fini. » Un matin, je me suis retrouvé avec le genou qui avait gonflé comme une boule de bowling. J’ai eu une conversation avec moi-même : soit je me ridiculisais jusqu’à la fin, soit je disais stop. Donc j’ai dit stop. Je ne m’y retrouvais plus.
« C’était une dépression complète »
Jason Ricketts Mahinmi, à propos de son passage en Autriche
Normalement, un jour de match, j’avais toujours la petite hype. Les papillons dans le ventre. Mais j’avais même perdu ça. Jour de match, pas jour de match, c’était la même chose. Je m’en foutais. La présentation des joueurs, j’y allais comme si j’allais chercher un croissant à la boulangerie. Sans émotion, sans plus rien. C’est dangereux de ressentir ça. À se demander si j’avais perdu l’amour pour le basket… On perdait tous les matchs et je n’en avais rien à faire. Alors que je suis un grand compétiteur, du type à devenir fou quand je perdais au Uno. Dieu seul sait comment Ian me remontait les bretelles quand je perdais. Là, j’étais en mode : « OK, peu importe, je m’en fous… »
Il faut parler de la puissance de Madame Sonia Ricketts Mahinmi. De voir comment ma mère est restée forte, voir comment elle a traversé tout ça, comment elle a continué à avancer et à être là pour ses enfants, c’est aussi ce qui m’a gardé sur Terre. Car soyons honnête : quand j’ai perdu mon père, j’étais prêt à partir aussi. Ce que je ressentais était trop fort, j’étais convaincu que je n’arriverais jamais à sortir la tête de l’eau. J’étais prêt à partir, avec lui. Quand j’ai perdu Papa, je me suis dit : « Mais il me reste quoi en fait ?! » C’est un peu égoïste de penser ça, j’ai mon frère, ma mère, ma nièce… J’ai arrêté d’avoir ces pensées quand j’ai vu comment cette situation a bouleversé ma famille, quand j’ai vu ma mère ou mon frère pleurer. Ça m’a détruit. J’ai dit : « No way, je ne peux pas leur faire vivre ça encore une fois. » C’est l’une des raisons pour lesquelles je suis resté. Car sinon, j’étais prêt… C’était trop en fait.

Quand ça ne va pas, il ne faut pas avoir peur de le dire aux autres. Moi, j’ai eu du mal. Mais quand tu ne peux plus, tu ne peux plus. Nous, les hommes, on a été éduqués à se la jouer cœur de pierre, à ne pas montrer nos émotions, mais c’est contre-nature d’agir comme ça. C’est un coup à devenir complètement fou, à ne plus pouvoir se contrôler. C’est très dangereux. Dieu merci, je n’en suis pas arrivé là. Mais j’étais à l’extrême… Il y a un moment où je n’avais plus envie d’être là. J’étais tellement dans le dark que s’il m’arrivait quelque chose, je n’en avais rien à foutre. Je ne ressentais rien. Et de voir que je n’arrivais même pas à trouver de la paix grâce au basket, ça n’a fait qu’empirer la situation.
C’était une dépression complète. Rien que d’en reparler, j’ai envie de pleurer… En Autriche, je savais que ça n’allait pas mais j’ai longtemps été dans le déni. Je ne pouvais pas en parler à ma mère, ça l’aurait fait paniquer. J’avais un coach mental, Frédéric, mais même avec lui, je ne pouvais pas. C’était tellement too much que je n’avais pas les mots. J’étais distant avec lui. Il m’appelait mais je repoussais nos rendez-vous à chaque fois. Je ne voulais pas affronter tout ça, je ne voulais pas aller dans cette darkplace. J’avais cette mentalité de guerrier où tu te dis que tu vas surmonter ça tout seul comme un grand, que tu n’as pas besoin de personne. Mais c’est totalement faux. »
NDLR : Si vous ou un proche êtes en détresse, vous pouvez contacter le 3114 (numéro national de prévention du suicide, gratuit et confidentiel, 24h/24).
« C’est une amie d’enfance, Jade, qui m’a fait extérioriser le fait que j’étais en grosse dépression. C’est elle qui m’a sauvé. Jade m’a dit que ce n’est pas grave de ne pas être bien, que ça arrive à tout le monde, que je ne peux pas être un superhéros. Quand elle finissait de travailler, elle me sortait de chez moi et on allait marcher dehors. On faisait nos 10 000 pas ensemble. Petit à petit, en marchant, j’ai commencé à parler, à lui dire certaines choses, ce que je ressentais, à mieux exprimer ses sentiments. Sans Jade, je ne sais pas comment j’aurais fait. C’est elle qui m’a redonné le sourire. Il n’y a pas un jour où elle ne venait pas direct me chercher après le travail. Je n’avais qu’une hâte, c’était qu’elle arrive, pour qu’on aille marcher ensemble. Elle m’a sauvé, vraiment. Elle est devenue ma deuxième superwoman avec ma mère.
« Être papa, c’est le meilleur job au monde ! »
Jason Ricketts Mahinmi, à propos de la naissance de son fils, Lael
Le déclic est venu de la naissance de mon fils, Lael, à la fin du mois d’août 2025. La première fois que je l’ai pris dans mes bras, ça m’a donné une force incroyable. Je lui ai dit : « Toi, je ne vais plus jamais te lâcher. » Il est devenu mon « Why ». C’est magnifique d’être papa, c’est tellement fort. C’est le meilleur job du monde.

Mais quand il est arrivé, je n’étais pas encore soigné à fond. Je ne me sentais pas encore tout à fait moi-même. Je savais qu’il restait du travail à faire. Notamment parce que ne pas jouer m’a foutu la rage. Ma rééducation a été repoussée par ma convocation en équipe nationale du Bénin. J’étais complètement hors de forme mais pour le pays de mon père, c’était une obligation de répondre favorablement. Mais au fond, tout ce qui se passait me restait derrière le crâne. J’avais mon enfant mais toujours pas de club : ça rajoute du stress. J’étais là mais sans être là avec mon fils. Je suis fou amoureux de lui mais c’était le bazar total dans ma tête. J’avais le petit dans les bras mais je regardais BeBasket toutes les deux minutes pour voir qui avait signé, où, et toujours pas moi. Je m’entraînais mais ça ne servait à rien, j’avais même mal en faisant du yoga… En septembre, les hautes émotions de la paternité redescendent et ne pas avoir signé me met un coup. Sauf que je me voilais la face. Je n’étais pas prêt, ni physiquement, ni mentalement.
« Je me voilais la face »
Jason Ricketts Mahinmi, à propos de son impatience à retrouver un club
Je me suis repris en main fin novembre : « OK, tu as toujours mal, qu’est-ce qu’on fait maintenant ?! » En fait, je me voilais tellement la face que j’ai passé un arthroscanner avant l’accouchement et je ne voulais pas voir les résultats. J’avais peur de l’opération, peur du pire. Au final, un médecin m’a dit que je n’avais qu’une petite injection à faire.
J’ai eu le déclic mental après ma première séance sans douleur. Je me suis remis à faire des moves que je faisais en high school ! J’ai réalisé que si j’avais signé quelque part avant, je me serais ridiculisé. Rien n’arrive par hasard : si je n’ai pas de club, c’est parce que j’avais besoin de faire tout ce travail sur moi, mentalement et physiquement. Ça fait deux saisons que je joue sur une jambe et que j’arrive malgré tout à montrer de belles choses. Mais le manque de confiance dans mon jeu était réel. Et pour qu’un joueur admette perdre confiance, c’est fort hein ! En Autriche, j’avais des passages sur le terrain où j’étais en mode : « Mais qu’est-ce que je fais là ?! » Parce qu’on m’avait enlevé mon super-pouvoir.
« Depuis que je n’ai plus de douleur, je vais beaucoup mieux niveau basket. Et beaucoup mieux mentalement. J’ai fait plein de choses hors basket qui m’ont aidé : une interview avec un média béninois, la Fashion Week, mon association Juste 1 Sourire où on distribue des cadeaux de Noël aux enfants défavorisés de Rouen…
« Je me suis retrouvé »
Jason Ricketts Mahinmi, sur sa sortie du tunnel
Aujourd’hui, ça va. I am back ! Je suis de nouveau moi-même, je suis Jason, je me suis retrouvé et cette fois, je ne me voile pas la face. J’ai parlé avec une personne qui m’a dit : « J’avais laissé tomber Jason. » Elle m’a comparé à une bougie et m’a dit que la flamme en moi était en train de s’éteindre. Ça m’a bouleversé d’entendre ça. Elle m’a donné des choses à faire comme une lettre à moi-même, pour m’excuser de tout ce que j’avais traversé, et pour écrire tout ce qui me passait par la tête.
En ce moment, je suis seul à Rouen dans la grande maison. Ma mère est partie au Bénin et ça m’a fait tellement de bien de me retrouver seul. Je ne suis pas allé voir mon petit pour les fêtes. J’ai dit à la mère que je la laissais profiter avec Lael pour les fêtes et qu’on ferait un grand truc l’année prochaine. Le 24 décembre, j’avais entraînement individuel au RMB et j’étais trop excité, tellement dans un bon mood. J’étais tellement heureux après coup. Je sentais que j’étais en paix. J’étais invité à droite à gauche pour venir manger le soir du réveillon mais je n’avais pas envie. J’étais bien tout seul. J’avais ma PlayStation 5, un grand toit, je me suis fait un vrai plat, je m’étais bien entraîné le matin, j’étais comblé. je n’avais envie de rien faire, mais pas en mode dépressif comme en 2024 en Autriche. J’étais juste tellement bien dans mon cocon, heureux d’être avec moi. Ma marraine m’a invité mais je ne suis arrivé que vers 22h30.
« Ils sont partis, j’ai pleuré »
Jason Ricketts Mahinmi, sur sa soirée du 25 décembre avec ses amis
Ce soir-là, j’ai envoyé un message à Ian pour lui dire : « Grand frère, ça y est, je me sens mieux, enfin, ça fait tellement longtemps que je n’avais pas ressenti ça. » Il m’a répondu : « Petit frère, je le sens dans ta voix, ça s’entend que ça va mieux. » Que mon grand frère me dise ça, que je suis maintenant guéri et prêt à affronter tout ce qui se passera en 2026, c’est tout ce que je voulais.

Le 25 décembre au soir, j’ai fait quelque chose que je n’avais pas fait depuis des années : j’ai invité tous mes gars à la maison. Il ne manquait que mon meilleur ami, Théo Maledon. J’avais fait à manger, on a joué aux cartes, à la PlayStation. Ça m’a rechargé les batteries à un point que vous ne pouvez même pas imaginer. Après leur départ, je leur ai envoyé un message pour leur dire : « Les gars, vous ne savez pas ce que vous avez fait en venant avec autant d’amour chez moi, c’est l’un des plus beaux cadeaux qu’on m’a jamais fait. » Ça faisait tellement longtemps que je n’avais pas autant rigolé que j’en avais mal au ventre. Ils sont partis à 5h du matin et j’ai pleuré. Ça m’a fait un bien de ouf. »
« Maintenant, ça fait deux ans que je veux à tout prix revenir en France mais deux ans que je me prends un mur. J’ai des débuts de contact : « Oui, on voit qui tu es, le petit frère de Mahinmi, mais… » Et ça s’arrête là. Je comprends que ça peut être un risque, que ça fait longtemps que je n’ai pas joué en France, mais c’est triste de voir que les coachs ne regardent que les stats. Pas le fait que j’ai pris des risques, que j’ai un background basket très riche, que j’ai réussi à performer dès mes 16 ans aux États-Unis, que je n’ai quasiment toujours été qu’avec des coachs des Balkans, que j’ai l’habitude d’évoluer avec le stress constant du joueur étranger.
Les gens ne s’en rendent pas compte mais la pression d’être un NJFL, c’est quelque chose de très lourd ! Tu ne peux jamais te détendre. Si l’équipe perd 2-3 matchs d’affilée, les gens commencent à te regarder bizarre. Même toi tu sais que tu es un siège éjectable. Si tu n’es pas fort mentalement, jamais tu ne vas survivre. C’est un monde de requins. C’est un fardeau et ça, je ne sais pas si ça rentre dans la réflexion des coachs français…
« Mes GOAT, c’est Lance Stephenson ou Quincy Acy »
Jason Ricketts Mahinmi, sur ses inspirations dans le basket
Malheureusement, on m’oublie en France… Pourtant, je suis JFL. Je ne suis pas super flashy mais je sais ce que je peux apporter : je suis un role player, l’energizer qui sort du banc, qui va aller batailler au rebond et mettre deux – trois tirs. Mes GOAT à moi, les gars dont je m’inspire, c’est Zach Randolph, Lance Stephenson, Quincy Acy, des joueurs qui ont la dalle ! Ou Tristan Thompson, une pièce maîtresse des Cavs de la grande époque. Ou mon frère bien sûr…

Ce que Ian me dit tout le temps, c’est qu’il n’y a pas que les stats qui comptent. Malheureusement, la réalité ne marche pas comme ça. Personne ne se demande réellement qui est Jason, comment il se comporte dans le vestiaire, en dehors du terrain. Or, peu importe où je suis passé, j’ai laissé une image positive de moi. Je ne veux pas me mettre à genoux et faire de la peine, mais donnez-moi ma chance ! Regardez au-delà des stats, apprenez à connaître la personne… Pourquoi pas moi ? Pourquoi je n’aurais pas ma chance ? Tout ce que je veux, c’est une chance en ÉLITE 2, c’est tout.
« Être le frère de, c’est dur… »
Jason Ricketts Mahinmi, sur sa filiation avec Ian
En plus, l’étiquette « frère de », c’est dur. Toute ma vie, j’ai dû me méfier des gens autour de moi. Il y a beaucoup de jaloux, de personnes qui voulaient me faire du mal, qui m’enviaient de ouf. Et je ne parle même pas des comparaisons avec Ian… Depuis tout petit, j’évolue avec cette pression-là. Au Havre, c’était ultra difficile. Au BCMO, il y avait la tête de mon frère dans la salle ! Et aux États-Unis, c’était encore pire… J’allumais la télévision et je voyais mon frère sur ESPN.

Du coup, au début, je voulais faire mon propre chemin par moi-même. Je ne voulais pas utiliser mon frère. J’ai pris le nom de ma mère, Ricketts, je n’ai pas pris Comsport comme agence : c’était très bien, je vais faire mon propre truc. Comme ça, quand je serai au top, je pourrais me dire que j’y suis arrivé par moi-même. Mais dans ce milieu, tu ne peux pas… C’est Mouphtaou Yarou qui me l’a fait comprendre. C’est lui qui m’a dit que j’étais obligé d’utiliser, entre guillemets, mon frère de la bonne manière, que ça ne pouvait que m’ouvrir que des portes, qu’il y avait plein de gens prêts à aider ma famille. Cela s’est vérifié récemment quand Ian a appelé le président du Rouen Métropole Basket, Yvon Gueuder, afin que je puisse effectuer ma rééducation là-bas. »
« Depuis le début de l’année 2026, je suis bien. Très bien même. Je me sens prêt à rejouer au très haut niveau. Avant, je ne l’étais pas, ni physiquement ni mentalement. Vous allez revoir le vrai Jason, heureux, confiant ! Certains diront un peu arrogant, mais c’est comme ça qu’on a été éduqués, nous les Mahinmi (il rigole). Le même Jason qu’en high school, mais plus mature. J’ai tellement appris sur moi avec cette période.

Je n’ai pas peur de me taper sur l’épaule en mode : « Jay, tu l’as fait : chapeau mon gars, t’as réussi, t’as survécu ! » C’était chaud de traverser tout ce que j’ai traversé. Et c’est courageux de ouf d’en parler maintenant. Je suis heureux d’être toujours là, encore plus avec mon fils. Je suis très fier de moi d’avoir vécu tout ça, d’avoir sorti la tête de l’eau, et de respirer. Enfin. »

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