Janelle Salaün se livre sur son parcours : Charleville, Villeneuve d’Ascq, Prague, la WNBA et son « caractère de cochon »

Janelle Salaün avec l’équipe de France à l’Astroballe en mars 2026
Janelle Salaün (1,88 m, 24 ans) s’est racontée sans filtre dans un long entretien accordé à Taille 6, en marge du tournoi de qualification de l’équipe de France à la Coupe du monde 2026. Entre souvenirs d’enfance, périodes difficiles, déclic à Villeneuve d’Ascq et découverte de la WNBA avec Golden State, l’ailière française a livré un témoignage riche sur sa construction comme joueuse… et comme personne.
Janelle Salaün revient sur les étapes marquantes de sa construction
Interrogée sur ses premiers souvenirs de sport, Janelle Salaün replonge à l’époque des Braqueuses et des Jeux olympiques de Londres 2012. Un moment fondateur pour celle qui allait ensuite s’engager pleinement dans le basket.
Auparavant, elle avait aussi touché à d’autres disciplines. La GRS ne lui a pas laissé un grand souvenir, contrairement à l’athlétisme : « L’athlé pour le coup, ça m’a beaucoup plus servi. C’est quelque chose que j’aimais beaucoup. C’est juste que je suis tombée amoureuse du basket. »
Dans l’entretien, elle revient aussi sur une enfance très tournée vers le sport, partagée avec son frère Tidjane Salaün, aujourd’hui en NBA. Entre compétitions, jeux vidéo et besoin constant de se dépenser, l’esprit de concurrence était déjà bien installé dans la fratrie.
Charleville, puis Villeneuve d’Ascq : des années formatrices
Janelle Salaün n’a pas esquivé les périodes plus compliquées de son début de carrière. Son passage à Charleville-Mézières, souvent oublié aujourd’hui, a pourtant joué un rôle central dans sa construction. Elle en parle avec recul : « J’en tire que des leçons. (…) C’est ce qui a fait ma force de caractère. »
Avec le temps, elle estime même que cette période difficile lui a été nécessaire : « C’est mon chemin et c’est OK. C’est OK d’avoir un chemin qui est pas tout lisse. »
Son arrivée à Villeneuve d’Ascq a ensuite marqué un tournant, même si tout n’a pas été immédiat. L’internationale française rappelle qu’elle n’a pas explosé du jour au lendemain : « Ça m’a pris quand même 3-4 ans avant d’exploser, avant d’être une joueuse majeure. »
Elle évoque aussi le rôle important de Rachid Méziane dans cette progression, malgré une relation parfois rugueuse au départ. Selon elle, ce travail l’a aidée à canaliser un tempérament très entier : « J’avais un caractère un peu de cochon. (…) Il m’a appris à être plus calme, à prendre du recul sur les choses. »
La saison 2023-2024, le déclic à Villeneuve d’Ascq
Finaliste d’EuroLeague et championne de France avec Villeneuve d’Ascq, Janelle Salaün a franchi un cap lors de la saison 2023-2024. Mais là encore, elle insiste sur tout le travail invisible qui a précédé cette explosion.
« Tout mon travail en amont qui ne se voit pas s’est vu finalement. » Pour elle, cette saison n’a pas été un miracle, mais la récompense d’années d’efforts, sur le terrain comme en dehors.
Elle souligne aussi l’importance de l’accompagnement mental, notamment avec une sophrologue, dans son évolution personnelle : « J’ai accepté que c’était OK de ne pas forcément aller bien tout le temps. » Un changement qui lui a aussi permis de davantage s’ouvrir aux autres, alors qu’elle se décrivait auparavant comme très fermée.
Schio puis Prague : Janelle Salaün aime la pression de l’étranger
Après Villeneuve d’Ascq, Janelle Salaün a choisi de partir à l’étranger, d’abord à Schio, puis à Prague. En Italie, elle a découvert un contexte plus doux physiquement que la Boulangère Wonderligue, même si elle garde un très bon souvenir de cette première expérience hors de France.
Elle ne cache d’ailleurs pas son goût pour ce statut d’étrangère : « J’adore. (…) J’ai adoré ma première expérience à l’étranger et c’est pour ça que je suis encore à l’étranger. »
Au-delà du terrain, elle décrit deux environnements très différents. Schio lui a offert un cadre chaleureux et familial, quand Prague lui semble plus froid, plus distant dans le fonctionnement du club.
Sur le plan sportif, la Française reconnaît cependant sa déception de ne pas avoir atteint le Final Six d’EuroLeague avec Prague cette saison : « C’est décevant. (…) C’était même logique pour moi d’y aller. » Une frustration qu’elle tente de transformer en travail supplémentaire alors que le championnat tchèque n’offre que peu d’adversité.
« Je vis pour ça » : son rapport au clutch et à l’adrénaline
L’un des passages les plus forts de l’entretien concerne son rapport à la pression. Janelle Salaün raconte à quel point elle aime les moments brûlants, ceux où un match se joue dans les dernières secondes.
« Je vis pour ça. (…) Ça me donne des frissons. » Elle explique même qu’à Villeneuve d’Ascq, elle se créait seule des scénarios imaginaires à l’entraînement, comme une enfant rejouant les dernières possessions d’un grand match.
Cette attirance pour les contextes hostiles se retrouve aussi dans son regard sur les ambiances européennes : « J’adore quand le public est contre nous. (…) Il y a rien de mieux que de taire une salle. »
En équipe de France, Janelle Salaün veut aussi imposer une mentalité
Revenue en Bleue pour le tournoi de qualification à la Coupe du monde 2026, Janelle Salaün a aussi évoqué son évolution avec l’équipe de France. De sa première sélection en novembre 2022 à son rôle grandissant, elle admet avoir longtemps douté de sa place au plus haut niveau international.
Désormais, elle veut apporter plus que du scoring : de la défense, du rebond, de la lecture de jeu, mais aussi une forme de dureté mentale. Elle assume totalement cet état d’esprit : « Il n’y a pas d’amis. (…) Quand je suis sur le terrain, quand tu es en face de moi, on n’est pas amis. »
Selon elle, cette grinta manque parfois aux Bleues face à certaines nations plus agressives dans l’attitude, notamment les équipes américaines. Et elle entend bien contribuer à faire évoluer cela : « C’est OK d’être comme ça. (…) On va à la guerre ensemble. »
Golden State et la WNBA, un autre monde
Janelle Salaün est également revenue sur sa saison de rookie en WNBA avec les Golden State Valkyries. Elle explique avoir eu un vrai coup de cœur pour le projet, notamment pour la vision du jeu défendue par la coach.
Dans un effectif sans superstar établie, Golden State a bâti son identité autour de principes simples : défense, course et tirs à 3-points. Une formule qui lui a plu, tout comme l’environnement porté par le public.
L’ailière française raconte aussi combien cette expérience américaine l’a aidée à sortir de sa zone de confort, notamment dans la communication : « Ça m’a beaucoup aidé. » Aux États-Unis, dit-elle, parler sur le terrain est presque une obligation, là où en France la discrétion est souvent davantage valorisée.
Plus largement, Janelle Salaün estime que le basket féminin vit un moment historique sur le plan médiatique, notamment en WNBA. Elle admire la capacité du modèle américain à construire des figures fortes et des communautés autour des joueuses. Pour elle, l’un des axes de progression en France est clair : mieux raconter les personnalités et les parcours.
Une joueuse en quête de régularité, une femme tournée vers l’exemple
Enfin, Janelle Salaün a confié ce qu’elle attendait encore d’elle-même. Plus qu’un sommet statistique, elle vise la constance. Son idéal ? Être impactante chaque soir, dans tous les contextes.
« Mon prime, j’aimerais que ce soit ça. » Celui d’une joueuse régulière, difficile à arrêter, capable de peser en permanence.
Et lorsqu’on lui demande si elle est fière de son parcours, sa réponse résume bien le personnage. Oui, en regardant le chemin parcouru. Mais avec toujours cette exigence intérieure qui la pousse à viser plus haut. Elle accorde aussi une importance croissante à l’impact qu’elle peut avoir sur les plus jeunes : « Ce qui me rendrait fière justement, ce serait qu’il y ait une jeune qui vienne me dire : “Tu m’as inspirée.” »


























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