Le Marseille Basketball est né : enfin un grand club à Marseille ?!

Enfin du basket à Marseille ?
Il était une fois, il y a fort longtemps, un club de basket professionnel à Marseille… 64 ans que la cité phocéenne n’a plus servi de refuge à une équipe de première division, depuis le chant du cygne du SMUC (1960/62). Les derniers éclats d’un âge d’or surtout incarné par l’Union athlétique de Marseille, sacrée championne de France en 1948 lors du Final Four à Roland-Garros, ensuite devenue OM Basket pour six saisons supplémentaires en D1.
Mais depuis ? Plus rien. Des années que le club phare de la ville, le SMUC, végète dans le ventre mou de la Nationale 2. Des années que Marseille doit se contenter de quelques délocalisations occasionnelles de Fos-Provence au Palais des Sports. Des années, des décennies même, de projets avortés…
La chimère OM Basket
Didier Rose et Robert-Louis Dreyfus avaient exploré ensemble la piste d’un OM Basket dans les années 90, mais le serpent de mer ne fut jamais aussi proche de devenir réalité qu’en 2002. Deux possibilités concrètes s’étaient alors présentées : l’absorption des droits sportifs de Montpellier, en détresse financière, avortée sur les conseils de Pape Diouf, et les négociations menées entre Bernard Coron, président de la JL Bourg, et Éric Di Meco, adjoint aux sports de Marseille, pour céder les droits sportifs du club bressan. Une piste validée par la FFBB et la LNB, avant que la mairie de Bourg-en-Bresse ne sauve finalement la JL.
Il y eut ensuite la fameuse époque des wild-cards, entre 2012 et 2014, promises à Fos-sur-Mer en cas de rapprochement avec Marseille. Président de la LNB, Alain Béral avait grandement poussé le dossier méridional en faisant notamment le tour des élus locaux. Cheville ouvrière du projet du FOPB, Antony Thiodet s’était entouré de quelques grands noms comme Marshall Glickman, ex-directeur exécutif des Portland TrailBlazers, éphémère PDG de l’EuroLeague par la suite. Mais Fos était resté sur le carreau à deux reprises, pour la plus grande incompréhension des dirigeants.
Tous ces échecs n’ont pas empêché quelques effets d’annonce, comme lorsque Mickaël Piétrus, pourtant sans lien avec Marseille, a pris la vice-présidence du SMUC en 2018 et a annoncé viser la Betclic ÉLITE à l’horizon dix ans. L’échéance est presque arrivée mais le club marseillais est toujours inlassablement en Nationale 2, une division qu’il fréquente sans discontinuer depuis 2015.
« La ville de Marseille se prête à un grand club »
Le SMUC ne sera pourtant plus en NM2 en 2026/27. L’entité omnisports universitaire a accepté de céder ses droits sportifs à une SAS dédiée, le Marseille Basketball, présidée par Charles-Antoine Assailly. « La ville de Marseille se prête à un grand club professionnel », nous explique le dirigeant passé par Fos-Provence. « On veut bâtir quelque chose de solide. »

Un potentiel qui se traduit par un immense vivier local : actuellement à 600 licenciés, le SMUC a servi de rampe de lancement pour de nombreuses promesses du basket français : les frères Grasshoff ou Ilias Kamardine en têtes d’affiche. « Ils sont fiers d’être passés ici mais doivent partir dès 14 ans s’ils veulent jouer en pro », entrepreneur local et vice-président. « Notre modèle est tourné vers la jeunesse : on veut être un club marseillais », martèle Charles-Antoine Assailly. « Donc si demain, on peut récupérer un Grasshoff ou un Kamardine, on le fera. » Autre preuve du réservoir phocéen : rien que ce week-end, deux enfants du SMUC (dont les pères, Mohamed et Charles, font partie du trio d’entraîneurs en NM2) ont marqué leurs premiers points en Betclic ÉLITE, Jelani Kanté à Chalon et Kyllian Michée à Monaco.

« Pour une ville comme Marseille,
l’enjeu ne peut pas être la NM1 »
Cornaqué par un directoire de huit personnes, où est toujours présent, pour l’instant, Mickaël Piétrus, le Marseille Basketball vise ouvertement grand. À long terme, c’est un billet pour une éventuelle NBA Europe qui est évoqué ! À plus court terme, déjà l’accession en Nationale 1, possible dès cette saison, avec un seul point de retard sur la deuxième place de la poule A de NM2, envisagée comme la première étape d’un chemin censé mener Marseille vers la Betclic ÉLITE en quelques années, idéalement déjà d’ici 2030.

« On ne peut pas réfléchir simplement à l’étape d’après », justifie Alexandre Fassi, entrepreneur local et vice-président. « On est obligé de regarder la finalité. L’enjeu, pour une ville comme Marseille, ne peut pas être la Nationale 1. Les villes moyennes, c’est le basket de maintenant. Marseille, comme Paris, c’est le basket de demain. Les grandes métropoles ont un rôle à jouer. Mais quand on voit l’explosion en vol de Lille, il faut prendre son temps… On ne peut pas se permettre de laisser partir en fumée des années de travail. »

Surtout que les bases actuelles du SMUC sont encore relativement fragiles. Le budget de l’équipe fanion est actuellement inférieur à 300 000 euros, évidemment inadapté aux énormes ambitions du Marseille Basketball. « C’est pour ça qu’il faut que ce soit un projet de territoire », clame Alexandre Fassi. « L’écosystème pourrait être favorable s’il regarde le projet de la meilleure des manières. Mais on nous dit qu’il y a un vrai sujet d’attractivité au niveau du basket à Marseille. On nous répète que cela doit être la force sportive locale n°2. »
Dans quelle salle ?
Alors que le club prévoit d’ouvrir un actionnariat populaire, sous le modèle des socios, d’ici quelques semaines, le premier cheval de bataille sera la salle. Actuellement, le SMUC évolue au Technosport de Luminy, une enceinte de quelques centaines de places, située aux confins de la ville, à une quinzaine de kilomètres du Vieux-Port. Loin d’être idéal pour attirer des spectateurs ou des sponsors.
Certes vieillissant, mais central et grand (6 000 places), le Palais des Sports de Marseille se pose en alternative idéale. Mais la location représente un certain coût… Une autre option serait d’ériger une salle temporaire au Parc Chanot, à la manière de ce qu’a pu réaliser la SIG Strasbourg avant la finalisation du Rhénus. « On a sept mois pour trouver d’autres solutions que Luminy », résume Charles-Antoine Assailly.

Officiellement présenté ce mardi, le projet Marseille Basketball pourrait toutefois (déjà) subir un vrai coup d’arrêt dans cinq jours, avec le deuxième tour des élections municipales, en cas de victoire de Franck Allisio, le candidat du Rassemblement National. Le maire actuel, Benoît Payan, en ballotage à l’issue du premier tour (36,7%, contre 35% pour le RN) s’est personnellement engagé en faveur de l’arrivée d’un grand club de basket à Marseille. Mais en cas de prise du pouvoir du RN, la question du soutien des politiques publiques serait autrement plus aléatoire…
Les exemples Paris Basketball et Spartiates…
Sous la direction de Benoît Payan, la ville s’est même déjà largement impliquée dans le projet, notamment en nouant des discussions avec le Paris Basketball et en mettant les dirigeants marseillais en relation avec David Kahn, qui a porté son club vers un titre de champion de France à peine sept ans après sa création. Un rendez-vous est d’ailleurs prévu avec le président américain en fin de semaine.
Avant d’espérer imiter Paris, il faudra cependant passer plusieurs écueils. Déjà, ne pas rejoindre la longue litanie des projets avortés à Marseille. Et ensuite, se faire une place à l’ombre de l’OM, le géant sportif qui phagocyte tout dans la cité phocéenne. Ou presque tout ! Pour cause, Marseille est devenue ces dernières années une ville de… hockey sur glace (oui, vous avez bien lu). Actuellement engagés en playoffs de Ligue Magnus contre Bordeaux, les Spartiates sont, de loin, la meilleure affluence du hockey français, avec plus de 5 000 spectateurs par match, et une vraie ferveur populaire. La preuve qu’un autre sport peut exister à côté du foot.

« C’est magnifique ce que les Spartiates ont réalisé », applaudit Charles-Antoine Assailly. « Et c’est aussi super rassurant : si le hockey est capable de le faire, le basket est encore plus adapté à la ville de Marseille. » À la simple différence que les Spartiates sont arrivés par effraction en première division, sur dossier administratif. Tandis que le Marseille Basketball devra, lui, gravir trois échelons sportifs, avec toute la glorieuse incertitude que cela comporte. Surtout au cœur d’un tunnel de 64 ans…
À Marseille,



















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