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Rebond : Pourquoi le « sale boulot » est devenu le nerf de la guerre et comment l’enseigner ?

Arnaud Provenzale, coach formateur à Tarbes et créateur de contenus pédagogiques autour de l’entraînement, signe sa deuxième chronique pour BeBasket, cette fois consacrée au rebond.
Rebond : Pourquoi le « sale boulot » est devenu le nerf de la guerre et comment l’enseigner ?

Arnaud Provenzale, coach formateur à Tarbes et créateur de contenus pédagogiques autour de l’entraînement

Crédit photo : DR

​« REBOOOND ! » Il ne se passe pas un match, des U9 à la Betclic ELITE, sans que ce cri ne résonne depuis le banc, à chaque match, dans chaque gymnase de France.

Vous connaissez le proverbe : « celui qui contrôle les rebonds, contrôle le match ». Cette maxime, attribuée à Bill Russell, résonne dans la tête de beaucoup de coachs qui ne se privent pas de la répéter lors du traditionnel briefing d’avant match. Vous voulez le cran du dessus ?  » No Rebounds, No Rings  » ! Celle-là serait de Pat Riley, coach légendaire des Lakers et du Heat.

Serait-on sur un cliché ou une phrase en l’air ? Non, c’est bien une réalité mathématique et stratégique. Le rebond est bien ce moment clé entre la défense et l’attaque (ou l’inverse), ce moment de possession où le ballon ne devient plus à personne et où la possession (ressource précieuse au basket) change d’équipe ou est prolongée. Voilà pourquoi le rebond, c’est le nerf de la guerre…

Reprenons les bases

1. Le Rebond Défensif : valider un « stop »
Le rebond déf est le point final d’une bonne défense. Rappel à toujours garder en tête (dans la conception et mise en pratique de nos entraînements) : la défense ne se termine pas lorsque l’adversaire tire ! La défense se termine lorsque notre équipe récupère la balle (donc possiblement sur un rebond). Vous avez beau avoir fait la meilleure défense du monde, si l’adversaire, après un tir difficile, récupère son rebond, votre effort défensif initial n’a servi à rien !

Le rebond déf est aussi généralement la première étape d’une volonté de lancer une contre-attaque. Un rebondeur qui capte la balle et est capable de libérer la balle vite vers l’avant peut permettre de surnombrer en un court laps de temps.

2. Le Rebond Offensif : Le bonus tactique
Soyons clair, le rebond off est une véritable arme de destruction massive pour le moral de l’adversaire et une vraie mine d’or pour l’efficacité de votre équipe.
Qu’il est frustrant de se battre, défensivement, comme un beau diable pendant le temps d’une défense, et de voir l’adversaire, après un tir raté, récupérer son ballon pour relancer une action de plus de 10 secondes. L’impact, sur le moral de la défense (consciemment ou inconsciemment) est dur ! Sans parler de l’aspect énergivore…

Par ailleurs, statistiquement, le deuxième tir (après un rebond offensif) est souvent plus facile car la défense est désorganisée après avoir tenté d’empêcher ou de contester le premier tir. C’est également un moyen de provoquer des fautes, car, sous le cercle, l’intensité est telle que le défenseur, souvent en retard ou mal placé, peut commettre une faute en essayant d’empêcher le « Putback » (tir marqué immédiatement, après une prise de rebond, sans que le ballon ne touche le sol ou ne soit dribblé).

Chronométriquement parlant, en NBA ou FIBA, récupérer un rebond offensif relance une possession à 14 secondes. Cela permet de ralentir le rythme si vous menez au score ou de fatiguer (physiquement et mentalement) la défense.

La géométrie du rebond a changé

Première chose à prendre en compte, statistiquement, environ 70% des tirs ratés à 45° ou depuis un corner rebondissent du coté opposé au cercle.

Mais il faut savoir que notre sport évolue, et avec l’explosion du tir à 3 points depuis ces 10 dernières années, la zone de tombée de balle se déplace. Car statistiquement, un tir de loin qui n’est pas scoré, à tendance à rebondir plus loin du cercle qu’un tir de près. Cela crée donc une zone de rebonds « longs » qui se situe globalement mi-distance, entre la ligne des lancers francs et les 3 points.
On observe donc que les ailiers et arrières récupèrent de plus en plus de ballons qui autrefois tombaient plus facilement dans les mains des pivots.
Plus le jeu avance, plus le rebond n’est pas seulement une histoire de taille mais aussi de lecture et de trajectoire. Même si, évidemment, les top rebondeurs sont en grande majorité des joueurs de grande taille comme nous allons le voir par la suite.

– L’évolution du rythme du jeu impacte les statistiques du rebond en NBA

Dans les années 2000, ère plus lente qu’aujourd’hui, le jeu était plus haché avec moins de possessions. Le nombre de rebonds tournait autour de 40 ou 42 par match.
Dans les années 2020 c’est l’explosion : avec l’accélération du jeu et l’augmentation des tirs 3 points, le nombre de rebonds passe en moyenne, par équipe, à 44 ou 46 par match.

​Le paradoxe du Rebond Offensif : bien que le nombre total de rebonds augmente, le taux de rebond offensif a globalement baissé. On notera que les coachs préfèrent parfois demander à leurs joueurs de replier en défense (pour éviter les contre-attaques) plutôt que de se battre sous le cercle.

Dans une autre époque, le record NBA sur un match est détenu par Wilt Chamberlain avec 55 rebonds. C’était en 1960, le jeu depuis a bien changé évidemment… Impossible pour moi d’écrire un article sur le rebond sans parler également de Dennis Rodman, qui malgré sa petite taille (2,01m), était devenu un maître dans l’analyse des trajectoires de balle. Associez cela à une obsession mentale et une endurance psychologique qui lui permettait d’être prêt se battre sur tous les ballons jusqu’à ce que les adversaires abandonnent par épuisement ou frustration.

Le Rebound Percentage (REB%)

C’est bien la stat ultime pour mesurer l’impact d’un joueur aux rebonds. Le REB% mesure la part de ballons captés par un joueur par rapport au nombre total de rebonds disponibles. Et dans cette thématique là, c’est Andre Drummond le phénomène ! Bien qu’il joue moins de minutes aujourd’hui aux 76ers, il reste historiquement le joueur avec le meilleur REB% de l’histoire moderne de la NBA. Il capte environ 24% de tous les ballons qui rebondissent quand il est là. Et statistiquement, il est démontré qu’une équipe qui capte 30% de ses propres tirs ratés (rebonds off) augmente ses chances de victoire de près de 15%.

Et en France ?

Le chiffre qui donne le tournis dans le championnat féminin français appartient à Polina Tzekova ! Sous les couleurs du Tarbes Gespe Bigorre, Polina a capté 25 rebonds lors du match contre Bordeaux en janvier 1999. A cette époque la domination de Polina Tzekova est sans égale, et 25 ans après, ce record semble toujours intouchable.

Aujourd’hui coach dans le Sud-Ouest de la France, Polina nous livre ses impressions :

« Quand je jouais, au moment du tir, la seule chose qui me préoccupait c’est la position de mon adversaire ! Je réduisais la distance pour prendre le contact et j’essayais de la pousser le plus plus possible en dehors de la raquette.
Je trouve qu’aujourd’hui, on apprend pas assez, aux jeunes, les vrais fondamentaux. De nos jours, quand il y a un tir, le défenseur suit avec une grosse concentration le ballon mais ne va pas contacter l’attaquant. Tu comprends tout de suite que quelque chose ne va pas. Ou que personne ne lui a appris. Il faut un travail important de prise d’informations et de recherche de contact.
L’important c’est aussi l’envie, l’état d’esprit. Et j’avais l’habitude de toujours garder les mains « prêtes » et à la hauteur de mes épaules. Ne jamais baisser les mains permet de gagner du temps pour attraper le ballon. Ça demande beaucoup de patience pour travailler ces mouvements de timing et de coordination. « 

Polina Tzekova sous les couleurs de Tarbes (photo : DR)

Ma philosophie

D’après moi, le rebond est un fondamental trop souvent délaissé à l’entraînement. Et paradoxalement, chaque week-end, les coachs attendent et demandent énormément des joueurs. Les coachs attendent premièrement une volonté, une envie et une intensité physique. Ensuite les coachs partent du principe que le joueur doit anticiper les trajectoires et deviner où va tomber le ballon (tout ça dans une fraction de seconde rappelons-le). Et enfin, les entraîneurs demandent aux joueurs d’être capable de verrouiller une joueuse en faisant un box-out efficace pour augmenter le pourcentage de chances de récupérer ce ballon qui tombe. Enfin, le coach attend que le rebondeur soit capable de lire la situation pour savoir s’il doit remonter directement (avec toute la difficulté de ces tirs souvent contestés/contactés) ou ressortir vite la balle (avec toute la qualité de passe dont il doit faire preuve pour cela). Et nous espérons être performant en ne le travaillant qu’occasionnellement ? Paradoxal !

Bon, nul besoin de conseiller de passer plus de temps dans le travail spécifique, vous l’aurez deviné. Ma façon de voir les choses c’est que, premièrement, le rebond c’est un effort collectif ! J’implique toutes les joueuses dans cet effort et surtout dans cette « volonté ! Les grandes, les petites, tout le monde doit être concerné ! Cela commence par la base : l’annonce du tir. Ensuite, chaque coach peut mettre l’organisation collective qu’il désire. Chez les jeunes, il me parait important d’apprendre à chaque joueuse d’être capable de « verrouiller » l’adversaire la plus proche (et donc apprendre / maîtriser tout le travail technique nécessaire). Plus le niveau va monter et plus on va pouvoir demander à une joueuse (la poste 1 souvent) de décrocher de ce rôle de rebondeuse pour se focaliser sur le rôle de safety, au-delà de la ligne à trois points, pour empêcher toute contre-attaque adverse. Chez les adultes, souvent le ratio sera de 3 au rebond, 2 en retrait.

Par ailleurs, j’associe très régulièrement le travail de prise de rebond à une thématique que, pour le coup, tous les entraîneurs travaillent quasiment quotidiennement : le tir extérieur ! Ces deux fondamentaux sont logiquement corrélés et il n’y a rien de plus facile à mettre en place. Votre exercice porte sur le tir extérieur ? C’est un concours ? Ok, ajoutez une autre colonne avec une joueuse qui vient attraper le rebond (avant que le ballon ne touche le sol) et qui doit remonter sans dribbler. Le tir extérieur, marqué, vaut 2. Si le premier tir est raté, un deuxième tir est permis pour 1 point. Première équipe en 20. Vous comprenez l’idée ? Je vous conseille de vous gratter la tête pour intégrer du rebond dès que vous avez du tir extérieur, vous verrez ce n’est pas si compliqué et cela donne le réflexe à nos joueurs de vouloir attraper la gonfle dès qu’il y a un tir. On peut imaginer une troisième colonne avec une autre joueuse qui va venir également se battre pour cette tombée de balle, pour ajouter les notions de contact, de prise de position préférentielle, de contestation, etc. En ayant ce réflexe pédagogique, vous allez voir que vos joueurs vont travailler le rebond presque tous les jours, sans forcément avoir l’impression d’y consacrer du temps.

Enfin, tips également très simple de mettre en pratique. A la fin de votre entraînement, vous faites faire un match ? Donnez 1 point bonus à chaque prise de rebond ! Simple. Efficace. Ah et prenons garde à ne pas stopper le jeu (oui car un entraîneur ça doit parfois stopper le jeu pour parler à ses joueurs) au moment du tir ! Laissons l’action aller au bout, laissons les joueurs jouer le rebond et après uniquement, on arrête le match pour donner notre feedback 😉

Quand et comment l’enseigner ?

– En U11 :
Chez les tout-petits, on sera naturellement dans le développement psycho-moteur. Il est bien, à cet âge, de dédramatiser le contact, et de cultiver l’agressivité naturelle. On doit donner l’instinct à nos jeunes de vouloir et se battre sur chaque ballon. Le travail de réactivité sera primordial et il va falloir apprendre à attraper le ballon fermement, à deux mains, dans le bon timing.

– En U13 :
Les choses sérieuses commencent ! A cet âge, on rentre dans l’apprentissage du box-out (écran retard). Nous reviendrons sur l’aspect technique plus tard. C’est le moment également de se battre pour donner l’instinct aux joueurs de ne pas se focaliser sur le ballon, au moment du tir, mais bien d’être capable de switcher sur la priorité : bloquer son vis à vis. Cela peut paraitre évident, mais à 11 ou 12 ans, pas si simple d’avoir ce réflexe !

Nous allons également pouvoir anticiper la tombée de balle, lire la trajectoire etc. Enfin, une fois le rebond pris, si le rebond est offensif, travailler tous les tirs proches du panier, après une feinte, après un jeu de pivoté, etc. Si le rebond est défensif, développer la capacité à pivoter face à une ligne de touche, en protégeant son ballon pour la passe de sortie de balle.

– En U15 :
La dimension physique devient prépondérante ! Le rebond devient une véritable bataille de positions. Chercher le contact de l’adversaire avant de sauter. Ne pas rester derrière, apprendre à crawler (mouvement de bras), à contourner avec des appuis rapides pour passer devant. Tout cela doit se faire avec une grande intensité et dans une vraie notion de duel (swim move). Enfin, priorité à la protection du cuir : « ballon à l’intérieur, coudes à l’extérieur » et ne jamais descendre le ballon sous le niveau de la poitrine.

– En U18 :
​Le rebond devient une arme stratégique intégrée au projet de jeu. Le triangle du rebond : Organisation collective où trois joueurs sécurisent la zone sous le cercle pendant que les deux autres préparent la contre-attaque ou assurent le repli. ​Transitions rapides : Le rebondeur doit être capable de lancer la contre-attaque immédiatement (prise d’informations dans le capter), soit par une passe laser, soit en initiant lui-même le dribble de relance.

L’outil technique : le box-out

C’est certainement l’élément technique le plus important, alors prenons soin de le détailler. L’écran retard repose sur un principe simple : la gestion de l’espace. Le joueur ne doit pas avoir la volonté de sauter pour se battre « en hauteur » contre l’adversaire (qui plus est si l’adversaire est plus grand). Le joueur va devoir aller contacter son vis-à-vis en baissant son centre de gravité pour créer une barrière physique.

Phase 1 :
– Annoncer le tir !
– Identifier son adversaire direct
– Aller vers lui pour établir un premier contact, de face, avec l’avant-bras. N’attendez pas que l’adversaire vienne : « Hit first » !

Phase 2 :
– Tout en gardant le contact, effectuer un pivot pour se mettre dos à l’adversaire.
– Les appuis doivent être plus larges que les épaules pour encadrer les appuis du vis à vis. Les genoux fléchis pour baisser le centre de gravité et être le plus « lourd » possible pour résister au contact. La notion de « sealing » = s’asseoir sur l’adversaire.
– Les coudes doivent rester écartés pour « ressentir » de quel côté le défenseur va essayer de se déplacer et garder l’avantage.

Phase 3 :
– Maintenir la position, ajuster vos appuis latéralement pour ne pas laisser l’adversaire repasser devant.
– Fesses en arrière, si vous êtes capable de faire reculer le vis à vis, vous êtes en train de gagner cette lutte. Plus l’adversaire est loin de la tombée de balle, plus c’est bon pour vous et votre équipe.

Phase 4 :
– Lorsque le ballon est sur sa phase descendante, c’est le moment du catch ! Rompre le contact, attaquer le ballon, le plus haut possible, avec les deux mains.
– Une fois le ballon capté, le moment est venu de ne surtout de ne pas le reperdre ! Garder le ballon à l’oreille (« chin it »), écartez les coudes pour protéger le ballon des mains qui traînent.

Warning : le box out ne sert pas qu’à prendre le rebond pour soi-même. Souvent, un joueur fait un excellent écran retard pour permettre à un coéquipier de ramasser le ballon plus « facilement ». C’est le sacrifice ultime du collectif.

 

Oumou Diarisso (1,89 m, 22 ans) s’impose comme l’une des meilleures rebondeuses du championnat de France cette saison avec Angers. Oumou tourne en moyenne à 7,6 rebonds par match. Elle capte à elle seule environ 22 % des rebonds totaux de son équipe lorsqu’elle est sur le terrain. Elle nous livre son témoignage :

« ​Le rebond, ça a toujours été quelque chose d’un peu inné pour moi. Depuis que j’ai commencé le basket, j’ai toujours su me positionner au bon endroit et lire les trajectoires du ballon pour récupérer les rebonds et performer dans ce secteur.
​À l’UFAB49, les coachs nous sensibilisent beaucoup, lors des entraînements, à la réalisation de bons box-outs et à tout ce qui se passe au moment du tir ou avant la tombée du ballon.
​Si je me retrouve face à une joueuse très ancrée au sol, je sais que je vais mieux la maîtriser en la boxant de face. Sinon, je risque d’avoir du mal à la contrôler, peut-être parce qu’elle aura plus de puissance ou de vivacité. Tout dépend du type d’adversaire : je vais pouvoir contrôler certaines joueuses avec un bras, tout en utilisant l’autre pour aller capter la balle le plus haut possible.
​Mais ce qui est clair, c’est que la bataille se gagne, au sol, avant que le ballon ne touche le cercle, notamment dans cette notion de contact avec l’adversaire. »

Oumou Diarisso
Oumou Diarisso sous les couleurs d’Angers (photo : FIBA)

Conclusion

Le rebond est bien plus qu’une ligne de statistiques dans un box-score ou une affaire de centimètres sous la toise. C’est le thermomètre de l’envie d’une équipe, l’ADN de son abnégation (80% d’envie 20% de technique). Que vous soyez un pivot dominant ou un meneur de poche, chaque ballon qui traîne est un pas de plus vers la victoire. Maîtriser le rebond, c’est accepter de faire le « sale boulot » pour briller collectivement. Car si le tir fait lever les foules, c’est souvent le rebond qui fait gagner les titres.

Je vous propose 3 vidéos pour vous inspirer :

1) un exercice pour intégrer facilement le travail du rebond dès que vous travaillez le tir extérieur :

2) un exercice pour perfectionner la technique individuelle demandée au rebond :

3) quatre exercices pour varier le travail :

Et vous, quelle est votre astuce ou votre exercice favori pour transformer vos joueurs en véritables « aspirateurs à ballons » ?

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