Finale d’EuroCup : Bourg-en-Bresse face à un immense défi contre le Besiktas Istanbul

Adam Mokoka et la JL Bourg défient le Besiktas Istanbul en finale de l’EuroCup
Par Hugo Loustalot,
Pour sa deuxième finale d’EuroCup après celle perdue contre le Paris Basketball en 2024, la JL Bourg-en-Bresse a une nouvelle fois rendez-vous avec son histoire dans un rôle d’outsider face à une équipe du Besiktas construite pour intégrer l’EuroLeague.
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La JL face à un immense défi
Remporter l’EuroCup permet d’obtenir une place en Euroleague pour la saison suivante. Or, lors de cette finale de l’antichambre de l’Euroleague, deux clubs aux contextes économiques bien différents s’affronteront. D’une part, le club bressan, même s’il parvenait à remporter l’EuroCup et donc à décrocher son billet pour la compétition reine, refuserait probablement de l’intégrer pour ne pas mettre en danger sa pérennité en raison de l’importance des coûts qu’engendre une saison de C1. D’autre part, à l’inverse, le club stambouliote est construit pour l’Euroleague. Intégrer la plus grande coupe d’Europe est l’objectif annoncé par les dirigeants turcs depuis le début de saison. Le Besiktas aurait même déjà obtenu son billet indépendamment de ses résultats sportifs. Ainsi, avec ses moyens financiers bien plus limités, la JL fait sur le papier office de petit poucet. A titre d’exemple, d’après François Lamy, consultant sportif à la JL Bourg-en-Bresse, la masse salariale nette des joueurs de son équipe s’élève à 1,6 million d’euros contre environ 7 millions de dollars pour le Besiktas.
Le club turc réalise une excellente saison. Il est tout simplement premier du championnat turc, devançant le Fenerbahce, soit le quatrième de la saison d’Euroleague. Il a terminé premier du groupe B d’EuroCup grâce au point-average mais à égalité au nombre de victoires avec… Bourg-en-Bresse (13 victoires pour 5 défaites). Sa première place lui octroie donc l’avantage du terrain sur ces finales et cela représente un atout majeur. Dans la très chaude ambiance de son antre, il ne s’est jamais incliné cette saison sur la scène européenne et ne compte qu’une seule défaite en championnat domestique contre une des meilleures équipes d’Europe, à savoir le Fenerbahce (87-101). En outre, le Besiktas, dont la dernière participation à la meilleure des compétitions européennes remonte à la saison 2012-2013 (année où la JL jouait encore en Élite 2), a remporté les deux confrontations de la saison contre les Bressans. Lors du premier match, les Français n’avaient pas existé en Turquie (90-60). Puis, lors du deuxième face à face à Ekinox, le match avait été bien plus disputé, mais les visiteurs en étaient quand même sortis vainqueurs (99-103). Cela montre l’ampleur de la tâche que Bourg-en-Bresse aura à réaliser s’il veut remporter le premier titre européen de son histoire.
L’armada du Besiktas détaillée
Élu meilleur coach de la saison d’EuroCup, devançant d’une place son homologue finaliste Frédéric Fauthoux, le sélectionneur de la Serbie Dusan Alimpijevic peut s’appuyer sur un effectif plus profond que celui du sélectionneur de l’équipe de France. En effet, l’effectif stambouliote est composé d’une très solide base de joueurs américains, qui pour certains sont déjà passés par la Betclic Elite, et de bons joueurs turcs.
L’ancien Villeurbannais (2022-23) Jonah Mathews est très efficace à mi-distance et est le meilleur scoreur de l’effectif avec ses 14 points par match en EuroCup. Anthony Brown (10,4 pts), passé par Limoges (2019-2020) et surtout par les Metropolitans 92 (2020-2021), représente un vrai danger derrière les 6,75 m (44,1% de réussite à 3-points). Son homonyme Vitto Brown, vu au Mans (2020-2021) et à Monaco (2024-2025), est un ailier-fort costaud en défense et capable de sanctionner de loin (43,9% à 3-points). En revanche, le “rim runner” français Ismaël Kamagate (2,11 m, 25 ans), blessé au genou, est forfait pour la finale. Arrivé il y a quelques semaines, Sertac Sanli, dans un registre différent du français, devrait avoir plus de temps de jeu que d’habitude et pourrait même enfiler la cape de facteur X grâce à son expérience des grands matchs et son adresse de loin (50% à 3-points).
En outre, les adversaires des Bressans pourront toujours compter sur le meilleur pivot de la compétition, Ante Zizic (2,10 m, 29 ans). Le pivot croate aux quatre saisons NBA avec un vrai rôle et aux six saisons d’Euroleague a été élu dans le meilleur cinq de la saison durant laquelle il a tourné à 12,6 points et 7,5 rebonds pour 17,8 d’évaluation. Il avait été très bon lors des confrontations contre la JL puisqu’il y avait marqué 15 points et pris 14 rebonds à l’aller et 26 points au retour. L’intérieur bressan Kevin Kokila, le seul rescapé de la finale contre Paris, devra, comme il sait très bien le faire, imposer un combat physique de tous les instants pour limiter Ante Zizic. Or, comme évoqué précédemment, le danger peut venir de partout dans cette équipe du Besiktas. La différence d’armes offensives entre les deux protagonistes se traduit directement dans leurs efficacités globales.
La domination du Besiktas à l’efficacité globale
Le net rating, c’est-à-dire la différence entre l’offensive rating (nombre de points marqués pour 100 possessions) et le defensive rating (nombre de points encaissés pour 100 possessions) permet d’évaluer l’efficacité d’une équipe au global. La différence de net rating entre les deux finalistes est flagrante. Le net rating burgien s’élève à +6,4 (6e), alors que le turc est de +14,8 (1er).
C’est vraiment du côté offensif que le Besiktas arrive à dominer ses rencontres. En effet, il est très efficace en attaque (123,0 d’offensive rating, soit le 2e à -0,1 du 1er et à +3,2 du 3e), alors qu’il ne se classe “que” 5e au defensive rating (108,2). Au contraire, Bourg-en-Bresse s’appuie davantage sur sa solidité défensive que sur sa capacité à marquer des points (3e defensive rating avec 106,9 unités et 9e offensive rating avec 113,3 pts). Mais au net rating, cette solidité défensive ne lui permet pas de totalement compenser le retard pris de l’autre côté du terrain. Ainsi, il sera très intéressant de voir si la solidité défensive bressane sera suffisante pour enrayer l’attaque de feu des locaux.
Les quatre facteurs les plus importants pour remporter le match
Dans son livre Basketball on Paper, l’analyste Dean Oliver a montré que les quatre facteurs clés qui permettent d’augmenter drastiquement ses chances de gagner un match sont : l’eFG% (pourcentage de réussite ajustée au tir dans le jeu), le TOV% (pourcentage de balles perdues), l’OREB% (pourcentage de rebonds offensifs) et le FT Rate (part des lancers francs tentés sur l’ensemble des tirs dans le jeu). Ils sont classés en fonction de leur degré d’importance et doivent être lus des deux côtés du terrain.

Comme évoqué précédemment, le Besiktas dispose de nombreuses armes offensives lui permettant de sanctionner à 3-points. Cela se traduit par le fait que c’est la deuxième équipe la plus adroite de la compétition dans ce secteur (39,4%). Mais c’est aussi l’équipe la plus en réussite à 2-points (58,4%). Grâce à ces hauts pourcentages de réussite au tir, l’effectif turc dispose de la meilleure réussite ajustée au tir (58,7% d’eFG%). Ainsi, les Bressans (53,8 d’eFG%, soit le 6e meilleur) n’ont pas l’avantage dans ce domaine notamment à cause de leur léger déficit de talent offensif.
Dans la préservation du ballon, les deux équipes ont un niveau assez proche de la moyenne du championnat avec un léger avantage pour le Besiktas dont 15,4% (7e) de ses possessions se terminent par une balle perdue contre 15,7% (9e) pour Bourg-en-Bresse.
Prendre des rebonds offensifs permet d’obtenir des potentiels points sur secondes chances et dans ce domaine aussi le Besiktas est impressionnant. Il prend 35,5% de ses rebonds offensifs jouables, ce qui fait de lui la deuxième équipe la plus efficace au rebond offensif, alors que la JL est 7e de ce classement avec 32,9%.
Cependant, le club français a une tendance à obtenir une proportion de lancers francs sur ses tirs tentés dans le jeu supérieure à celle du Besiktas. Le FT Rate de Bourg-en-Bresse s’élève à 36,1% (9e) et celui du Besiktas à 33,9% (16e). Cela est intéressant car une équipe qui va souvent sur la ligne des lancers francs obtient, en théorie, plus de points faciles. Cependant, cela est à relativiser car l’adresse au lancer franc de la Jeu (73,6%) est inférieure à celle du Besiktas (76,3%).
Mais si sur les facteurs offensifs, la Jeu est au global moins performante que le Besiktas, s’agissant des facteurs défensifs, le niveau est un peu plus équilibré.

Les Bressans sont plus forts que les Stambouliotes pour réduire la réussite globale au tir de leurs adversaires dans le jeu et leur forcer des balles perdues. En effet, l’eFG% des adversaires des français est en moyenne de 49,8% (2e) contre 51,6% (6e) côté turc et 16,8% (5e) des possessions des adversaires de la JL se sont terminées par une balle perdue contre 15,4% (12e) pour les adversaires des turcs.
En revanche, la JL a bien plus de mal que le Besiktas quand il s’agit de sécuriser son rebond défensif car ses adversaires prennent en moyenne 32,4% (15e) de leurs rebonds offensifs jouables, alors que le Besiktas ne laisse en route que 27,2% (2e) de ses rebonds défensifs à sécuriser. Ainsi, connaissant la capacité des turcs à prendre des rebonds offensifs (voir plus haut), les Français devront monter leur niveau au rebond défensif s’ils ne veulent pas offrir trop de secondes chances à leur vis-à-vis. Enfin, les deux équipes font partie de celles qui ont le plus tendance à permettre à leurs adversaires de se retrouver régulièrement sur la ligne des lancers francs. Le FT Rate des adversaires de la Jeu est de 40,3% (15e) et celui du Besiktas est encore un peu plus mauvais car il est de 41,1% (17e).
Les motifs d’espoirs pour Bourg-en-Bresse
La pression est sur les épaules du Besiktas car il est le grand favori de la rencontre. De plus, l’absence d’Ismaël Kamagaté, bien que ce dernier ait réalisé une saison en dents de scie, pourrait être un peu préjudiciable aux Turcs au rebond car il est le deuxième rebondeur le plus efficace de l’équipe après Ante Zizic. Il ne faut pas se fier aux deux défaites de la saison régulière car aujourd’hui le contexte est différent.
Pour s’imposer, les Burgiens devront, comme à leur habitude, tenter de ralentir au maximum le jeu (leur pace moyen de 73 possessions sur 40 minutes, soit le 3e plus lent d’EuroCup) pour éviter de rentrer dans un match d’attaque pour lequel ils sont, sur le papier, plus faibles.
Enfin, le club de l’Ain dispose de profils athlétiques pour s’opposer aux scoreurs du Besiktas, à l’image d’Adam Mokoka ou d’Assémian Moularé et de scoreurs pour tenter de répondre à l’adresse adverse, comme Both Gach (14,0 points), Darius McGhee (13 points) ou encore William McDowell-White (7,8 points).





















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