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ITW Brandon Jefferson : « Éric Bartecheky ne voulait pas de moi »

ITW Brandon Jefferson : « Éric Bartecheky ne voulait pas de moi »
Crédit photo :

Meilleur marqueur de Betclic ÉLITE avec ses 18,2 points par match, Brandon Jefferson (1,73 m, 30 ans) a été le grand bonhomme de la saison paloise. L’année du renouveau sportif à l’Élan Béarnais, bouclée (ou pas encore…) avec le premier trophée du club depuis quinze ans et sa première demi-finale depuis seize ans, malgré un contexte administratif et financier explosif en coulisses.

Remarquablement imperméables aux turbulences traversées par les prémisses de cet Élan Béarnais sous pavillon américain, les joueurs se présenteront ce jeudi en troubles-fêtes à Gaston-Médecin pour la première manche de la demi-finale contre l’AS Monaco. Avec, à leur tête, un infernal lutin, Brandon Jefferson, qui avait énormément de choses à dire…

Brandon, vous venez d’arriver à Monaco afin de disputer la première demi-finale de l’Élan Béarnais depuis 2006. Forcément un bon sentiment ?

C’est super ! Je dois remercier Dieu en premier mais c’est l’aboutissement d’une longue saison, avec beaucoup de hauts et de bas. On a gagné la Coupe, on est au Final Four, c’est très bien mais ce n’est pas notre objectif ultime. On a de l’ambition ! On sait que ça va être dur à Monaco mais on aborde ce rendez-vous avec beaucoup de confiance.

Comment envisagez-vous cette série contre l’AS Monaco ? Bien sûr, Pau fait figure d’outsider mais vous avez une vraie carte à jouer…

Oui, c’est évident que l’on ne sera pas favoris mais on joue un bon basket en ce moment. On a aussi vu que Monaco avait eu du mal en quart de finale. Ils ont l’un des meilleurs joueurs d’Europe avec Mike James donc ça leur donne forcément confiance de l’avoir avec eux. C’est une équipe avec énormément de talent mais tout peut arriver ! Il ne faudra pas trop les respecter, entre guillemets, les affronter comme si c’était n’importe qui en face.

Avez-vous tiré des enseignements de leur série contre Strasbourg où l’on a vu qu’un fort collectif était passé tout proche de les sortir ?

C’est vraiment dommage que la SIG se soit effondrée comme cela. Mais oui, en effet, on peut retirer les bonnes choses de ce que Strasbourg a fait contre Monaco. Surtout que je les connais très bien, j’ai joué pour eux la saison dernière, je connais les systèmes donc je sais comment ils ont attaqué Monaco. On va pouvoir s’en servir, oui.

« Mon absence des finalistes pour le MVP ? Un manque de respect »

Vous avez déjà parlé de Mike James. Votre duel sera l’un des plus attendus de la série. Même de votre côté, forcément ?

Oui, je suis très excité ! Je n’ai jamais contré lui, il n’était pas sur le terrain lorsqu’on a affronté Monaco cette saison. J’ai envie de voir si je tiens la comparaison avec l’un des meilleurs meneurs d’Europe. Mais j’aborde ce duel avec de la confiance. Je connais mon jeu, je vais m’en tenir à mes qualités. Mais je suis vraiment impatient de me mesurer à lui : ça va être sympa !

Y-a-t-il une solution pour l’arrêter ?

(il souffle) Il ne faut pas que l’on laisse jouer des un-contre-un. Il va marquer des points, il va rentrer des shoots mais il faut qu’on lui rende la vie difficile. Il faut augmenter le degré de difficulté de ses tirs.

Vous sortez d’une prestation à 28 points en quart de finale pour éliminer les Metropolitans 92 du MVP Will Cummings. Était-ce une heureuse coïncidence ?

Non, ce n’était pas une coïncidence (il rit). J’ai été déçu de ne pas recevoir le trophée de MVP, je pensais que je le méritais. Mais j’étais ravi de l’affronter dès le premier tour, encore plus de pouvoir les sweeper, pour pouvoir montrer ce que je valais par rapport à lui et son équipe. Notre qualification est vraiment tout ce qui importe. Je préfère ne pas être MVP mais toujours être en lice en playoffs !

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Brandon Jefferson et l’EBPLO avant le début du quart de finale à Levallois
(photo : Olivier D’Almeida / Metropolitans 92)

Vous aviez un dossier solide pour le trophée de MVP : meilleur marqueur, leader d’une équipe du Top 6… Et pourtant, vous n’avez même pas été dans les trois finalistes ?

Ça me parait insensé ! N’importe quel connaisseur de basket sait que c’est fou… Je ne connais pas la justification de la ligue mais c’est fou. J’ai été très déçu mais c’est comme ça. J’ai reçu beaucoup de messages de joueurs du championnat, me disant que j’étais leur MVP de la saison. La reconnaissance de mes pairs veut dire beaucoup pour moi, plus que celle de la ligue. Je suis heureux que mes adversaires aient pu voir ce que j’ai accompli cette saison.

Vous avez senti un manque de respect ?

Complètement. C’était un manque de respect, à 100%. J’ai dit ce que j’avais à dire sur Instagram ensuite et voilà. Comment je peux terminer meilleur marqueur du championnat, dans une équipe terminant sixième avec un trophée en poche, n°2 du championnat à l’évaluation, et ne pas être dans les trois finalistes ?! Que je ne sois pas MVP, ce n’est pas un scandale en soi. Mais que je ne sois pas dans les trois finalistes, c’est de l’irrespect. Je ne sais pas quelles sont les raisons, si c’est à cause de ce qui se passe en coulisses à Pau, si le club n’est pas aimé, etc. Aucune idée.

MVP ou non, vous avez formé l’une des meilleures doublettes de meneur avec Justin Bibbins cette saison à Pau…

Pour vous dire la vérité, cela a été un peu difficile au début. Il a fallu s’apprivoiser, apprendre à se connaître. Mais on sait que ce n’est pas facile de nous contenir, de nous arrêter. Vu qu’on est deux petits meneurs, tout le monde cherche à nous poster mais on peut utiliser notre vitesse. Et en attaque… On cause énormément de problèmes ! Si vous regardez bien le championnat, vous pouvez voir que de nombreuses équipes ont opté pour ce système à deux meneurs cette saison. Cela perturbe vraiment les défenses, il y a beaucoup de mismatchs, deux playmakers sur le terrain. Regardez Cholet, ils avaient trois petits meneurs et ils ont été la meilleure équipe de la phase retour. C’est dur à arrêter ! Justin et moi, on joue avec beaucoup de rancune. Personnellement, j’ai été ignoré toute ma carrière. Je dois prouver que ma place est ici, que je suis l’un des meilleurs joueurs de ce championnat. Je sais que Justin ressent la même chose. Nous sommes petits donc il faut que l’on montre notre valeur match après match. À cause de notre taille, on sera facilement négligés dans le cas contraire.

« J’ai été ignoré toute ma carrière »

Car sur le papier, deux meneurs de 1,73 mètres, c’est rare… Ce n’était pas gagné d’avance et pourtant, c’est un succès absolu.

C’est vrai. Je vais vous dire une petite indiscrétion. Comme beaucoup de gens, notre coach lui-même, Éric Bartecheky, ne pensait pas que cela fonctionnerait. C’est Taqwa (Pinero) qui m’a fait venir à Pau, c’est lui qui a eu cette vision. J’ai adhéré à son discours et tout est devenu vrai ensuite.

La saison de l’Élan Béarnais est-elle déjà réussie, quoiqu’il arrive ?

Bien sûr ! Personne ne nous pensait capables d’accomplir tout cela. J’ai signé à Pau avec un seul objectif en tête : aider ce club à retrouver les playoffs. On l’a fait, et on a même gagné la Coupe en plus. Donc oui, cette saison est déjà réussie.

Et maintenant, vous pouvez viser le titre avec peut-être moins de pression que l’ASVEL ou Monaco…

Exactement… Tout le monde prédit la finale ASVEL – Monaco mais ça ne veut pas dire que l’on ne doit pas jouer sans une certaine notion d’urgence. Regardez ce qui s’est passé pour Dijon à l’Astroballe : ils ont pris une claque, ce genre d’équipe a énormément de talent donc ça peut vite devenir très moche. J’espère que ce match ASVEL – Dijon nous servira de leçon en quelque sorte : il faut que l’on arrive sur le parquet en étant l’équipe qui attaque, qui agresse, pas l’inverse. Mais oui, on peut jouer sans s’inquiéter. Ils sont censés gagner, pas nous. Cela ne veut pas dire que l’on vient sans ambition et sans confiance !

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Le 17 avril, Jefferson et les Palois se sont incliés 76-85 à Monaco en saison régulière
(photo : Miko Missana)

En revanche, en dehors du parquet, les mauvaises nouvelles se succèdent pour l’Élan Béarnais. Vous, les joueurs, avez été en première ligne avec des retards dans le paiement des salaires. Mais de ce que l’on voit, cela ne vous affecte pas du tout. L’équipe a-t-elle su tracer une séparation nette entre le domaine sportif et le domaine administratif ?

Non, au début, j’ai été affecté. Heureusement, je sais qu’en France, on sera payé quoiqu’il arrive. Aussi, j’ai été accompagné par une thérapeute énergétique, Éliane. Je la vois trois ou quatre fois cette semaine. Toute la saison, elle m’a aidé à ne pas me soucier de ce genre de choses, à me retirer de la pression, du stress, à rester dans l’instant présent, peu importe ce qui se passe autour. Elle m’a poussé à retrouver la raison principale pour laquelle je joue au basket : le plaisir. Elle a été tellement précieuse pour moi, tout le monde devrait avoir une Eliane dans sa vie ! Car oui, il y a l’histoire des salaires mais aussi tellement plus dont le grand public n’est pas au courant. Je me concentre sur ce que je peux contrôler. Après, en effet, c’est fou ce qui est en train de se passer au club ! Je vois les tweets, je reçois les SMS me demandant ce qui se passe mais ce n’est pas de mon ressort. Il y a des gens qui travaillent spécifiquement à normaliser la situation : je sais que Taqwa (nommé directeur général intérimaire) est sur le dossier, qu’il essaye de trouver des solutions. Mes coéquipiers et moi, on remplit notre rôle sur le terrain pendant ce temps-là. Ma famille, Taqwa et Eliane ont été mes piliers de la saison, au milieu de toute cette dramaturgie : un coach qui ne me voulait pas, qui ne croyait pas en moi, la perte de mon grand-père, les problèmes financiers, etc… J’ai dû traverser tout un cheminement spirituel pour faire de cette saison un succès.

Vous avez quand même signé à Pau, même en sachant que l’entraîneur ne voulait pas de vous ?

Oui, car j’avais confiance en Taqwa !

Oui mais au bout du compte, ce n’est pas Taqwa Pinero qui allait vous donner vos minutes…

Tout à fait. Alors il fallait prouver que je méritais d’avoir du temps de jeu. Même l’ancien GM (Dominique Loueilh) n’était pas favorable à ma venue. Je n’étais pas leur première option. Vu que Justin était déjà là, ils voulaient un meneur de plus grande taille. Je ne leur jette pas la pierre. Au début, ça a été vraiment dur pour moi. C’est là où Eliane m’a considérablement apporté. J’ai gardé confiance en moi, en mon travail. Ça a été rude mais je n’ai pas traversé cela sans raison.

« Ce qui se passe au club n’est pas normal »

Si l’on revient aux problèmes actuels du club, est-ce un sujet de conversation entre joueurs ?

Bien sûr qu’on en discute ! En France, ce n’est pas normal ce qui se passe. Ici, on n’est jamais payé en retard habituellement. Cela nous est arrivé deux mois d’affilée : une semaine de retard puis dix jours. Mais ce mois-ci, on a reçu nos salaires en temps et en heure, même un jour en avance. On a fait une petite fête dans le vestiaire (il rit). C’était comme un retour à la normale. Je sais que le club planche actuellement sur le sujet, je sais qu’il y a des gens qui essayent de solutionner le problème. J’ai une confiance aveugle en David Otto (co-fondateur de CSG, l’homme ayant repris le contrôle des opérations, ndlr) et surtout Taqwa, je sais qu’ils vont réussir à réparer tout cela. La preuve : de notre côté, les choses ont déjà l’air d’ailler un peu mieux vu qu’on a été payé à l’heure ce mois-ci. Mais il y a toujours beaucoup de problèmes.

La première demi-finale depuis 2006, le premier trophée depuis 2007 : l’équipe n’a-t-elle pas encore plus de mérite d’accomplir tout cela dans un tel contexte ?

Évidemment ! Cela rend notre saison encore plus dingue. Avoir remporté la Coupe de France dans ce contexte bancal, cela veut dire beaucoup sur nous. Nos cinq défaites d’affilée coïncident avec le début des problèmes financiers. Début avril, on va gagner à Dijon, énorme victoire à l’extérieur, on revient à Pau et on n’est pas payé. Ensuite, on joue Limoges, on perd et on lâche quatre autres matchs consécutifs en championnat. Mais au milieu, on gagne la Coupe de France. C’est incroyable ! C’est aussi pour cela que la ligue m’a autant déçu après la nomination des finalistes pour le trophée de MVP. C’est fou, c’est complètement fou… Bon, de l’eau a coulé sous les ponts depuis.

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Dans l’adversité, Brandon Jefferson a su garder le sourire cette saison
(photo : Sébastien Grasset)

Vous avez signé deux ans avec l’Élan Béarnais : le contexte actuel peut-il remettre en cause votre engagement ?

Oui, j’ai encore un an de contrat mais j’ai aussi une clause de sortie pour cet été. Donc je peux partir. Je peux aller n’importe où…

Il y a quatre ans, vous avez débarqué en France en Pro B. Vous voici désormais l’un des meilleurs joueurs de Betclic ÉLITE. Mesurez-vous tout le chemin effectué depuis ?

Ça a été un sacré parcours ! Déjà, avec coach Germain (Castano) et Thomas (Drouot) à Orléans. Ils ont cru en moi, Germain m’a donné les clefs de l’équipe, on a gagné les playoffs, j’ai été MVP. Ensuite, pour ma première saison en Jeep ÉLITE, vite interrompue par le Covid certes, j’avais la conviction que j’étais l’un des meilleurs meneurs du championnat. L’an dernier, à Strasbourg, j’avais le sentiment d’être le meilleur poste 1 de Betclic ÉLITE. Bien sûr, il y en a beaucoup qui sont très bons : David Holston, Dee Bost, Thomas Heurtel, mais je me sentais comme le meilleur. Cette année, dans mon esprit, je suis passé du statut de meilleur meneur à celui de meilleur joueur du championnat, même si je respecte énormément Chris Jones ou d’autres. Mes performances actuelles sont la preuve du travail accompli, la récompense de la confiance de toutes ces personnes qui ont su me placer au bon endroit. Franchement, ça a été un sacré périple ! Mais voilà, quand je vous dit que j’ai été ignoré toute ma carrière, j’ai dû démarrer en Pro B en France et me frayer un chemin vers le sommet.

L’exemple Bobby Dixon : « Je veux jouer en EuroLeague ! »

Les gens vous regardent différemment cette saison : peut-elle marquer un tournant dans votre carrière ?

Oui, je vois que je reçois beaucoup plus de reconnaissance cette année. Et pour répondre à la question : oui, à 100%. Maintenant, les gens savent que je peux jouer au plus haut niveau. J’ai le sentiment que cette saison a tout changé pour moi. Malgré toute la dramaturgie autour du club, c’est Dieu qui a voulu me mettre à l’épreuve et j’ai su m’accrocher, persévérer, avec l’aide de Taqwa et d’Eliane.

Qu’espérez-vous pour la suite de votre carrière du coup ?

Mon objectif est de jouer en EuroLeague. J’espère être en mesure de pouvoir jouer 20-25 minutes dans une bonne équipe. Si l’on me donne ma chance, je sais que je peux être un bon meneur d’EuroLeague. Je peux aider une équipe, être titulaire ou sortir du banc, peu importe. Je peux être un Bobby Dixon, je peux être ce type de joueur ! Je sais qu’il a démarré en Pro B en plus aussi, c’est quelqu’un qui m’inspire. Je veux devenir un joueur d’EuroLeague.

Pour finir, vous avez fait partie de l’équipe qui a ramené Orléans dans l’élite. Qu’est-ce que cela vous a fait de voir l’OLB redescendre le mois dernier ?

Ça m’a beaucoup touché. J’ai conscience du travail que Germain et Thomas ont abattu là-bas mais ils ont dû faire face à énormément de malchance tout au long de la saison. Avec ce qui se passe à Levallois en ce moment, j’espère qu’ils pourront être repêchés. Si ça arrive, je sais qu’ils sauront tirer les leçons de cet échec pour ne plus que jamais que cela se reproduise. En plus, il y a la nouvelle salle qui arrive donc j’aimerais vraiment les voir rester en Betclic ÉLITE.

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Passé par la Finlande, l’Allemagne, la Slovénie et la Lega Due, le Texan a été lancé en France par l’OLB
(photo : Olivier Fusy)

Vous avez souvent parlé de Thomas Drouot : il risque de devenir entraîneur principal à Tours, pensez-vous qu’il peut réussir ?

On en a discuté récemment. J’espère qu’il aura le job à Tours, j’en serais très heureux pour lui. Bien sûr qu’il peut devenir un très bon entraîneur !

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