L’analyse data du Paris Basketball : un style de jeu atypique face à ses limites

Francisco Tabellini et Paris proposent un basket particulier que l’on décrypte
Par Hugo Loustalot,
Le Paris Basketball est un club qui innove aussi bien sur qu’en dehors du terrain. Son style de jeu atypique lui permet d’être de loin l’équipe la plus efficace de Betclic ÉLITE au net rating (offensive rating – defensive rating) avec +22.7. En revanche, la méthode parisienne se heurte à des difficultés en Euroleague.
Le contexte au sein du Paris Basketball
Depuis la saison 2023-24 et l’arrivée de Tuomas Iisalo à la tête du Paris Basketball, le club de la capitale caracole aux premières places du classement de Betclic ÉLITE. Arrivé en terre parisienne avec dans ses bagages l’ossature du Telekom Baskets Bonn, le coach finlandais, accompagné de son meneur et MVP T.J. Shorts (1,75 m, 28 ans), avait obtenu cette saison-là de très bons résultats sur la scène nationale (vainqueur de la Leaders Cup et finaliste de Betclic Elite) et européenne (vainqueur de l’Eurocup). Puis, alors que le club présidé par David Kahn devenait la deuxième force financière de France, Tiago Splitter prit les rênes de l’équipe pour la saison 2024-2025, lors de laquelle il remporta le championnat et la Coupe de France, tout en terminant à une très belle 8e place en EuroLeague.
Aujourd’hui, entraîné par Francesco Tabellini et malgré une hausse de 53% de son budget prévisionnel et de 42% de sa masse salariale prévisionnelle entre la saison passée et la saison actuelle, Paris a régressé en termes de résultats sportifs. Il n’est plus en course pour remporter la Coupe de France, il a été éliminé en quart de finale de Leaders Cup et est 16e d’Euroleague aux trois quarts de la saison. Hormis la Betclic ÉLITE où l’équipe est à sa place, à savoir 2e derrière Monaco, le reste est un peu décevant. Il faut toutefois préciser que la barre avait été mise très haute lors des dernières saisons et qu’en réalité les Parisiens, avec leurs 8 millions d’euros de masse salariale (18e d’Euroleague), ne s’en sortent pas s’y mal. Cependant la méthode de Francesco Tabellini, peu commune, fait face à des limites. Plongez au cœur de cette méthode pour décrypter le jeu parisien.
Un rythme de jeu très élevé
La saison passée, du côté de Nymburk en BCL, Francesco Tabellini faisait jouer son équipe sur le rythme le plus élevé des trois coupes d’Europe majeures réunies (EuroLeague, EuroCup et BCL). En effet, son PACE (nombre de possessions sur 40 minutes) s’élevait à 78.1.
Le coach italien veut que ses joueurs se projettent le plus vite possible vers l’avant pour prendre de vitesse la défense adverse et jouer plus de possessions. La retranscription de cette philosophie de jeu saute aux yeux en regardant les matchs du club parisien qui joue beaucoup sur de la première intention. Les joueurs sprintent vers l’avant lors de la transition défense/attaque, à l’instar du très rapide balle en mains Nadir Hifi, pour franchir leurs défenseurs.
Cette volonté de jeu rapide se traduit directement dans les chiffres. Paris dispose du pace le plus élevé de Betclic ÉLITE (79.6) et d’EuroLeague (77.8). C’est aussi la 2e équipe qui marque le plus de points sur contre-attaque de Betclic ÉLITE (12.7 points par match). Ce rythme très élevé est tenable car le coach parisien, dans la lignée de ses prédécesseurs, réalise de très nombreuses rotations programmées. Il est notamment courant de voir 4 ou 5 joueurs être remplacés en même temps. De plus, en Betclic ÉLITE, le joueur qui joue le plus (Nadir Hifi) ne passe que 21 minutes par rencontre sur le parquet et tous les membres de l’effectif jouent au moins 10 minutes.
En EuroLeague, Nadir Hifi (1,85 m, 23 ans), le plus gros temps de jeu de l’équipe (22.4 min), ne dispose que du 77e temps de jeu moyen du championnat alors qu’il en est le 3e meilleur marqueur (19 points). Cette manière de répartir les temps de jeu individuels a pour but de conserver un très haut degré d’intensité et de rythme et par conséquent d’être le plus efficace possible sur l’intégralité du match. Cette tendance à jouer rapidement s’inscrit dans une philosophie de jeu plus globale appelée le “relentless basketball”.
Des passages éclairs de défense à attaque et d’attaque à défense
Le “relentless basketball” (basketball incessant) consiste à réduire au maximum les temps de transition entre la défense et l’attaque et vice versa. Concrètement, lorsque les Parisiens doivent passer de la défense à l’attaque, ils cherchent toujours à aller vite de l’avant pour prendre de court leurs adversaires et imposer leur tempo.
De l’autre côté du terrain, quand il faut passer du statut d’attaquant à celui de défenseur, les joueurs de la capitale mettent une forte pression sur leurs adversaires dès la remise en jeu pour ralentir la montée de balle. C’est l’un des outils leur permettant d’avoir la meilleure efficacité défensive de Betclic ÉLITE (102.5 au rating).
Cependant, cette défense peut être risquée face à de meilleurs collectifs et individualités, comme cela est le cas en EuroLeague où cela fonctionne logiquement moins bien. En effet, dans la compétition reine en Europe, Paris ne dispose que du 14e defensive rating (nombre de points encaissés sur 100 possessions) avec 117.6 points, loin de ses standards dans le championnat national. Et ce, bien qu’elle soit la première équipe à provoquer le plus de balles perdues en proportion à ses adversaires (16.3%) et donc celle qui provoque le plus de balles perdues à ses adversaires (14.8). Ces balles perdues sont souvent causées par une forte pression dès la remise en jeu car Paris est 3e d’EuroLeague au pourcentage de balles perdues adverses suite à un panier marqué (16.5%).
Mais si les Parisiens sont très souvent présents pour ralentir la montée de balle adverse et gratter des ballons, c’est aussi grâce au second pilier de la méthode Tabellini, à savoir le principe du “Tagging up” qui rentre en adéquation avec cette volonté de ralentir un maximum la montée de balle adverse.
L’excellente présence au rebond offensif
Si le Paris Basketball peut asphyxier l’attaque adverse dès la remise en jeu, c’est aussi possible grâce au fait que les Parisiens pratiquent beaucoup le “tagging”. Cela consiste à venir se coller au dos des défenseurs qui protègent le rebond défensif pour leur mettre la pression et leur réduire l’espace de rebond sécurisé. Et, forcément, cette pression permet au champion de France en titre de ralentir les potentielles relances adverses, tout en pouvant attraper plus de rebonds offensifs.
Dans les chiffres, la supériorité parisienne au rebond offensif est nette. C’est l’équipe qui prend le plus de rebonds offensifs par match en Betclic ÉLITE avec 15.8 prises. Certes le fait de jouer sur un rythme élevé lui permet d’avoir plus de possessions, donc de prendre plus de tirs et de potentiellement avoir plus de rebonds offensifs jouables. Or, même au pourcentage de rebond offensif jouable capté, l’équipe parisienne domine puisqu’elle en capte le plus de Betclic ÉLITE avec ses 42.7% et est 5e en Euroleague (35.0%).
Dans ce secteur, des joueurs comme Allan Dokossi (2,05 m, 26 ans) et Mouhamed Faye (2,09 m, 21 ans), voire même Enzo Shahrvin sur un temps de jeu plus réduit, font preuve d’une grande efficacité permettant d’offrir de nouvelles chances à leur équipe, ce qui mécaniquement augmente les possessions se terminant par des paniers marqués (un rebond offensif n’offre pas une nouvelle possession). Paris est en effet l’équipe de Betclic Elite qui marque le plus de points sur seconde chance (14.4 points par match).
Parmi les joueurs qui ont joué plus de 200 minutes en Betclic ÉLITE, Allan Dokossi (5.2 rebonds offensifs) et Mouhamed Faye (4.5) sont les 4e et 7e rebondeurs offensifs les plus prolifiques sur 40 minutes. Enzo Shahrvin (6.7) l’est même encore plus, mais il n’a joué que 126 minutes. En EuroLeague, parmi les joueurs qui comptabilisent plus de 400 minutes de temps de jeu, Mouhamed Faye a le 8e meilleur pourcentage de rebond offensif jouable pris (12.8%) et Allan Dokossi, le 11e (12.3%).
L’important nombre de rebonds offensifs pris par Paris s’explique aussi par le fait que c’est l’équipe qui tente le plus de tirs à 3-points de Betclic ÉLITE et d’EuroLeague. Le mécanisme est simple : plus une équipe tire à 3-points, plus les tirs à 3-points ratés ont tendance à engendrer des rebonds longs car le ballon rebondit plus loin, ce qui favorise l’équipe qui attaque (surtout quand elle réalise un bon tagging) car elle est souvent plus éloignée du panier. Même si la plupart des équipes d’EuroLeague ont un pourcentage de rebond offensif provenant de tirs à 3-points pris inférieur à celui provenant de tirs à 2-points, ce n’est pas le cas du Paris Basketball qui prend 36,4% des rebonds offensifs jouables sur les tirs à 3-points (4e), alors qu’il n’en prend que 36,2% sur les tirs à 2-points (6e).
Cela ne représente pas une grande différence à première vue, mais la différence moyenne des autres équipes de la ligue est d’environ 2 points de pourcentage en faveur des rebonds offensifs sur les tirs à 2-points. En revanche, si le Paris Basketball est très bon au rebond offensif, ses prestations au rebond défensif sont en deçà.
Une équipe à deux visages dans la protection du rebond défensif
En Betclic ÉLITE, Paris domine aussi bien au rebond offensif que défensif, où il tourne à 72.4% de rebond défensif sécurisé (1er), ce qui lui permet d’avoir de la relance, dont il est friand. Or, en EuroLeague, il est avant-dernier avec 64,6% de rebond défensif. Cette mauvaise protection du rebond défensif l’empêche de développer son jeu de relance et lui est donc préjudiciable en attaque. En effet, son nombre de possessions suivant un rebond défensif en est limité, alors que c’est une équipe efficace dans cette situation comme en atteste son offensive rating de 118.2 en Euroleague (5e) sur les possessions qui suivent un rebond défensif. De surcroît, s’il arrive à être fort au rebond offensif dans les deux championnats, mais seulement au rebond défensif en France, cela n’est donc pas lié uniquement au niveau des équipes d’Euroleague, mais aussi au profil parisien, notamment en raison du manque de pivot pour contrôler les intérieurs. En effet, le pivot Ismaël Bako a été décevant, ce qui a incité le club à s’en séparer, mais il n’a pas été remplacé.
La protection du rebond défensif est l’élément qui fait le plus défaut à la défense parisienne. Ses manquements octroient de nombreuses secondes chances aux attaques adverses. Cela, couplé à l’important nombre de possessions défendues lié au pace élevé, explique en partie pourquoi Paris est la 3e équipe qui encaisse le plus de points par match (91,6), mais n’a “que” le 7e plus mauvais defensive rating (117.6). Mais cela n’est pas le seul problème défensif parisien.
Un mouvement de balle qui dépasse la défense de Paris
Francesco Tabellini utilise beaucoup la défense “Hedge-and-Plug” sur pick and roll. Celle-ci consiste à faire sortir haut le défenseur du poseur d’écran (très souvent un intérieur) sur le porteur de balle (souvent le meneur) pour le repousser. Pendant ce temps, le défenseur initial du porteur de balle vient se positionner entre le porteur de balle et le poseur d’écran, qui est en train de “roller”, pour empêcher la passe entre les deux attaquants. Les trois autres défenseurs doivent venir dans les aides car ils doivent protéger la raquette en attendant que l’intérieur qui a effectué le “hedge” ne revienne sur son joueur. Ainsi, pour que cette défense fonctionne bien, il faut que l’intérieur soit suffisamment mobile pour sortir sur le porteur de balle et reprendre vite son joueur qui a “rollé”. Ceci peut expliquer le choix d’avoir des intérieurs mobiles et d’aligner régulièrement Allan Dokossi en 5.
Cependant, si l’attaque arrive à faire vite circuler le ballon, elle peut profiter des décalages créés par le temps de retard du défenseur qui a effectué le hedge, ce qui peut donc lui offrir des tirs ouverts. Malheureusement pour les Parisiens, les équipes d’Euroleague arrivent à attaquer cette défense et marquent donc des points. Cela se traduit notamment par le fait que Paris est l’équipe contre laquelle les adversaires réalisent en proportion sur tous leurs tirs marqués le plus de passes décisives (54.2%) de la Coupe d’Europe. La défense parisienne est donc souvent en difficulté quand l’adversaire la fait bien bouger grâce à sa circulation de balle.
De faux écrans mais de vraies différences
Le Paris Basketball est un adepte des “ghosts screens” (écrans fantômes). Comme son nom l’indique, l’écran n’est pas réellement posé, c’est une feinte d’écran pour créer de la confusion chez le défenseur et profiter du temps de latence des défenseurs qui hésitent entre changer ou rester sur leur joueur.
Cette tactique est régulièrement utilisée par les shooteurs parisiens qui font croire qu’ils viennent poser un écran alors qu’en réalité ils viennent réaliser une course en diagonale pour être servis directement et prendre un tir à longue distance ouvert. Par exemple, cet écran fantôme est souvent utilisé Sebastian Herrera (39.1% de réussite à 3-pts sur 5.3 tentatives en prenant en compte les chiffres de Betclic ELITE et d’EuroLeague). Mais il peut aussi être utilisé avec des intérieurs mobiles qui, au lieu de sortir à 3-points, vont proposer une coupe vers le cercle et être servis sur du short roll, puis n’auront plus qu’à lire ce que propose la défense pour profiter du temps d’avance généré.
Les armes offensives parisiennes
L’arme offensive numéro une de l’équipe est sans nul doute Nadir Hifi. L’international français est tout simplement le meilleur marqueur à la minute d’EuroLeague (0.85 point par minute), juste devant son coéquipier Justin Robinson (0.79), et de Betclic ÉLITE (0.91).
Alors qu’il a été courtisé par de nombreuses équipes à l’intersaison, le club a dû mettre la main à la poche pour le conserver comme en témoigne la multiplication par quatre de son salaire (de 250 000 € à 1 000 000 €).
Nadir Hifi a un profil qui convient parfaitement au coach Francesco Tabellini car il a besoin de liberté pour s’exprimer, est très rapide balle en main et est capable de marquer des tirs très compliqués dont lui seul a le secret.
Mais les armes offensives de Paris ne se limitent pas qu’à Nadir Hifi. Le coach parisien autorise tout le monde à tirer de loin. Même un soldat comme Léopold Cavalière, spécialiste des tâches de l’ombre, peut se permettre de tirer de loin, même s’il est préféré dans un registre de jeu sans ballon en proposant des coupes vers le cercle. De surcroît, l’équipe pourrait devenir la première attaque de Betclic ÉLITE du XXIe siècle à passer les 100 points de moyenne sur la saison. Elle en est, au moment du bouclage de cet article, à 99,4 points par match, mais elle en était à 100,1 avant sa dernière rencontre à Limoges durant laquelle elle n’a inscrit “que” 86 points.
Les faiblesses offensives parisiennes
Même si Paris dispose d’une excellente attaque dans le championnat français (125,1 d’offensive rating, 1er), celle-ci fait face à quelques limites en coupe d’Europe contre des meilleures défenses. En effet, en EuroLeague, les Parisiens ne disposent que du 13e offensive rating (115,2). Ils peuvent avoir tendance à trop abuser du tir à longue distance et donc à manquer d’alternance.
Dans les chiffres, Paris est l’équipe d’Euroleague qui tire le plus de fois par match à 3-points (33,1). C’est l’équipe qui joue sur le rythme le plus élevé, donc cela tire forcément à la hausse les moyennes brutes, mais c’est aussi l’équipe qui a le ratio de tirs à 3-points tentés sur l’ensemble de ses tirs tentés dans le jeu le plus élevé (48,2%). Pour être encore plus précis, Paris est l’équipe qui tente en moyenne le plus de tirs à 3-points sur 100 possessions (42,6).
Le manque d’alternance dans le jeu offensif est aussi illustré par la dernière place parisienne au ratio de tirs tentés dans la zone de non-charge (8,5%), c’est-à-dire dans le petit arc de cercle près du panier. Ce manque d’alternance pourrait ne pas être rédhibitoire si Paris avait une adresse derrière les 6,75 m exceptionnelle, mais son adresse moyenne, bien que bonne (7e), ne s’élève presque qu’à un point de pourcent de plus que celle des autres équipes (36,7% contre 35,9%).
En outre, le Paris Basketball, dont le talent offensif individuel moyen est limité par rapport aux autres équipes, ne se classe qu’avant-dernier au taux de paniers assistés dans le jeu (56,3%). Par ailleurs, bien qu’il réalise une bonne saison, Justin Robinson (1,88 m, 28 ans) qui dispose du meilleur PER (Player Efficiency Rating) parmi les meneurs et les arrières de toute l’EuroLeague avec ses 22,6 unités (devant les 22,5 de Sylvain Francisco et 21,7 de Nadir Hifi) est en deçà de ce que pouvait réaliser T. J. Shorts (24,8 la saison passée). Qui plus est, son compère sur les lignes arrières Nadir Hifi, malgré son très bon niveau de jeu, doit davantage jouer sur un poste de meneur qui n’est pas vraiment le sien.
Il faut aussi préciser que les intérieurs laissent trop de lancers francs en route (34,4% de réussite pour Allan Dokossi et 48,8% pour Mouhamed Faye). Pour finir, Lamar Stevens (1,98 m, 28 ans), l’une des recrues phares de l’intersaison qui vit sa première expérience en Europe, doit encore s’améliorer dans la lecture du jeu. Son net rating est l’antépénultième de l’équipe en EuroLeague (-14,3), tout juste devant Enzo Shahrvin et Daulton Hommes.




























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