ITW Téa Cléante : « Mon plan est de faire 3 ans aux États-Unis… Je suis venue pour l’école aussi ! »

Cléante porte le n°19 avec Penn State, comme avec l’ASVEL
Les infrastructures sont gigantesques. Pour un match de basket universitaire féminin, le Xfinity Center des Maryland Terrapins (en bordure de Washington DC) compte 17 500 places assises, plus de 6 000 places de parking, des grandes tribunes de presse… Il représente ce que les jeunes basketteurs-ses français et européens sont venus chercher aux États-Unis, puisqu’il accueille aussi une fanfare, des chants universitaires, des soirées à thème… C’est dans ce contexte que nous avons retrouvé Téa Cléante (1,76 m, 19 ans), non pas joueuse des Maryland Terrapins mais des Penn State Lady Lions.
La meneuse française a fait ce choix de s’envoler vers les États-Unis à 19 ans pour tenter une nouvelle expérience, à la fois personnelle et sportive. Son université a payé des indemnités de transfert pour acheter la fin de son contrat à l’ASVEL (qui allait jusqu’en 2027). Son choix est différent des autres prospects de sa génération 2006 comme Nell Anloma, Inès Pitarch-Granel ou Stella Colas, qui sont restées en France. Mais celui-ci doit l’amener dans les plus hautes sphères du basket féminin.
Et surtout, ce choix lui réussit, comme en témoigne ce sourire qui arbore son visage au moment de faire sa première interview en français en États-Unis. « Son anglais ? C’est beaucoup mieux aujourd’hui, mais c’était un peu compliqué au début » rigole l’attachée de presse de l’équipe. Après un match typique de sa première saison – avec une solide performance individuelle mais une défaite de son équipe, Téa Cléante nous a accordé quelques minutes de son temps – avant de prendre un bus de nuit pour rentrer sur son campus au milieu de la Pennsylvanie.
Et sinon, interview enregistrée avec…. Téa Cléante (2006) ! 🇫🇷✅️
Son adaptation à la NCAA, aux US de manière générale, et ses objectifs futurs qui vous verrez sont assez intéressants 👀
Bientôt sur @Be_BasketFr ! pic.twitter.com/GE2T8jhtk6
— Tom Compayrot (@Tom_Cprt) February 13, 2026
[Interview enregistrée le 12 février]
Téa, on voulait prendre de tes nouvelles un peu. Comment ça va en ce moment, et de manière générale ?
Bah ça va bien. Ça fait beaucoup de changements quand même, d’aller sur un autre continent avec la langue, la différence de jeu sur le terrain, et puis les différentes cultures aussi… Mais franchement c’est cool, je kiffe, c’est grave bien ici.
Sur ce match-là, vous avez bien tenu pendant un moment avant de craquer à la fin… C’est un peu l’histoire de votre saison non ?
Ouais… On sait qu’on est vraiment petites en taille sur le terrain, donc si on ne fait pas les box-outs c’est compliqué, parce qu’on leur laisse souvent des deuxièmes chances. C’est ça qui nous a posé problème aujourd’hui. On a bien tenu pendant la première mi-temps, je pense qu’on était bien. Mais à force… Des fois, elles ne marquent pas sur la deuxième possession, mais quand ça finit par rentrer, c’est compliqué.
Collectivement, c’est donc un peu compliqué pour vous. Autant de défaites, ça te rappelle un peu le Pôle France…
Ouais [rires].
Il y a quand même une bonne ambiance dans l’équipe ?
Oui, c’est ça. Il y a une bonne ambiance, du coup c’est cool quand même. Et puis on sait que là, on a quatre matchs qui arrivent contre des équipes qui sont un peu du bas de tableau comme nous. Donc, on sait que c’est des équipes à prendre [elles ont remporté 3 de ces matchs, ndlr]. On savait qu’aujourd’hui elles étaient “rankées” n°20. Mais là ça sera des équipes un petit peu moins fortes sur le papier.
Bon, tu arrives bientôt à la fin de la saison. Comment s’est passée l’adaptation aux États-Unis de manière générale ?
Déjà le pain ça me manque… [rires]. Mais sinon en vrai, il y a quand même une différence de culture. Je trouve que les gens ici sont beaucoup plus sociables, ils disent tout le temps “bonjour”, “ça va ?”… En France, je trouve que ce n’est pas comme ça. Au début je ne comprenais pas. Je me demandais pourquoi ils me demandaient tous si je vais bien. Mais maintenant je me suis habituée.
Après la famille, c’était un peu compliqué au début. Elle me manquait quand même. Je suis toujours partie de la maison, j’étais au Pôle, à l’INSEP avec un an d’avance… Donc j’ai l’habitude. Mais là on ne parle pas du même pays, on parle même d’un autre continent, donc ils ne peuvent pas venir comme ça. Après, mon père est quand même déjà venu deux fois, du coup ça fait du bien. Mais voilà, je pense que ce sont les deux choses qui ont été les plus dures.
Et au niveau basket, quelles sont les grandes différences que tu as observées par rapport au basket européen ?
Je dirais le rythme. C’est un peu ce que tout le monde dit, mais c’est la vérité. Au début, j’étais en mode “pourquoi personne n’annonce de système ?”, “pourquoi on ne se calme pas ?” [sourire]. Et en fait, j’ai compris qu’ici, on annonce des systèmes seulement de temps en temps. Mais le plus souvent, c’est si tu peux y aller, tu y vas direct quoi.
Même pour toi en tant que meneuse, c’est encore plus compliqué non ?
Bah oui ! J’étais habituée à soit jouer la contre-attaque, soit annoncer le système et jouer de manière posée. Ici, il n’y a rien de tout ça. C’est plutôt si tu peux foncer, tu y vas. Et après, c’est soit tu passes le ballon, soit tu ne le passes pas si tu peux finir directement.
Tea Cleante of Penn State was absolutely on 🔥 St Joes University. Cleante scored 23 points going 9-11 from the floor and 5-6 from downtown. pic.twitter.com/axQia2V5ks
— RareFootage (@RareFootageNews) November 17, 2025
Qu’est-ce qui t’a poussée à faire ce ce choix de de la NCAA ?
Je m’attendais à ce changement de jeu. Quand tu écoutes les reportages, tout le monde dit ça sur les États-Unis. Je dirais que je voulais avoir une nouvelle expérience. Déjà dans ma vie, j’avais quand même pour objectif d’être bilingue. Du coup, je savais qu’en venant ici, ça allait m’aider. Et puis je me suis dit que c’était un jeu différent, donc que ça allait m’apprendre des trucs que je n’ai pas forcément appris en France, comme je l’ai dit. Quand tu vas vite et que tu n’annonces pas tout le temps de systèmes, en fait tu dois être plus physique. Alors qu’en France on utilise plus d’écrans, etc. Donc je voulais ajouter quelques trucs à mon jeu.
« Trois ans aux États-Unis, c’est le plan ! »
Téa Cléante
Et ton plan c’est de faire plusieurs saisons ici, ou une seule ?
Ouais, trois ans aux États-Unis, c’est le plan. Je ne sais pas si ça sera seulement à Penn State, mais ça serait cool de rester ici. Après, je ne sais pas de quoi demain est fait…
La Draft WNBA, tu y penses quand même, mais au long-terme alors ? C’était une stratégie définie depuis longtemps ?
Oui plutôt dans trois ans, pour bien me préparer avant d’y aller. En fait, j’ai toujours voulu aller en université. En plus, ici, je peux faire mes études. Ah oui, j’ai oublié de préciser ça aussi, mes parents vont me tuer… [rires]. Je suis aussi venue pour l’école. Si je veux avoir mon diplôme, c’est quand même mieux de rester 3 ou 4 ans. Dans l’idée, ce serait ça. Parce qu’en France, c’est quand même compliqué de faire des études quand on est en professionnel, on le sait. Étant donné que l’année dernière, en plus, j’ai joué en Coupe d’Europe avec l’ASVEL… Avec deux matchs par semaine, c’était compliqué.

Tu étudies pour quel diplôme, quels sont tes cours ?
En gros, ici, tu as une “major”, donc une matière principale. Après, tu as quelques matières autour qui sont un peu semblables. Et à la fin, tu es “graduated”, enfin diplômé quoi. Ma major c’est “RPTM”, c’est un truc de management [=Recreation, Park, and Tourism Management, ndlr]. Au premier semestre, j’étais en communication. C’est ça qui est bien ici, c’est que tu peux vite changer si ça ne te convient pas. Moi j’aimerais bien être community manager plus tard…
C’est vrai ? Après ta carrière ?
Ouais, après ma carrière [sourire]. Je ne sais pas si ça sera dans la mode, parce que j’aime bien ça, ou pour une équipe de sport, parce que c’est forcément ma passion. Mais voilà, on a vu que management c’était un peu mieux pour ce que je voulais faire.
« J’aimerais bien être community manager plus tard ! »
Téa Cléante
La vie sur le campus, ça se passe comment ? Apparemment, tu as une francophone dans l’équipe ?
Ouais, la Suisse Viktoria Ranisavljevic, c’est ma roommate en plus. Elle parle plein de langues, c’est trop bien. Et sinon… Il fait froid [rires]. Penn state, le campus est hyper grand. Donc il faut savoir quand même où sont tes cours, parce que tu ne peux pas être en retard. Vu la taille du campus, si tu ne connais pas l’environnement et tout, t’es foutu.
Tu ne peux pas te déplacer à pied. Entre mes cours, si je n’ai pas mon vélo électrique, je dois marcher 20 minutes. Je suis obligée d’avoir mon vélo pour ça. Mais tous les campus ne sont pas comme ça. Penn State est vraiment grand. C’est à University Park, dans la ville de State College, au milieu de la Pennsylvannie. C’est dans la campagne.
Et pour revenir au basket un peu, tu as suivi la WNBA la saison dernière ? Il y a eu 11 Françaises en tout, ça t’as inspirée ?
Bah ouais… Déjà de voir beaucoup de Françaises, et de voir aussi Monique [Akoa-Makani] qui va en finale pour sa première année. C’était cool de me dire que je jouais contre elle l’année dernière, et que là elle fait ça. Je ne peux que admirer ce qu’elle fait. En plus, elle a une bonne mentalité. Je trouve ça super. La WNBA ça reste mon objectif, donc ça m’inspire énormément de voir tout ça.
C’est pour ça que tu es venue ici aussi, pour te mettre sur le marché américain ? Mieux comprendre le jeu, comment ça joue ici…
C’est ça. Je me dis aussi que si je sais déjà parler anglais, ça va m’aider. Il y a plein d’aspects de la culture américaine qu’on n’a pas forcément en France. Donc si je suis déjà habituée, ça pourra être plus facile si je peux y aller un jour quoi.
« La WNBA, ça reste mon objectif »
Téa Cléante
Tu suis un peu la saison de tes amies en France ? Nell Angloma par exemple, ça commence à être très sérieux.
Oui je vois ce que fait Nell, c’est très bien. Elle est dans les mock drafts WNBA, c’est cool pour elle. Après je suis forcément beaucoup Aïnhoa [Risacher] parce que j’étais avec elle l’année dernière. Je suis aussi Kekelly [Elenga] aussi à Chartres, qui est ma super pote. Franchement je trouve que le championnat se renverse de semaine en semaine, donc c’est cool à regarder.
Il y avait une déception de ton côté l’été dernier, de ne pas avoir pu faire la Coupe du monde U19. Tu étais blessée c’est ça ?
Ouais je me suis blessée. C’était dur franchement, je n’ai pas accepté la situation pendant longtemps. La première semaine de camp, je me suis fait une déchirure au quadriceps. C’était très compliqué à gérer quand je suis rentrée chez mes parents, parce que je ne l’acceptais pas. Je m’étais beaucoup entraînée pour ça, je m’étais préparée. Mais mes parents justement m’ont beaucoup aidée, beaucoup soutenue. C’est grâce à eux que j’ai retrouvé le sourire.
À force j’ai accepté, je me suis dit que ça devait se passer comme ça, que c’était le destin. Et puis cet été je vais y retourner, et ça va bien se passer [à l’EuroBasket U20, ndlr]. Avec cette génération on a gagné deux fois le titre. Donc franchement, je ne vois pas pourquoi on ne le gagnerait pas une troisième fois. J’ai hâte d’y aller là.

Donc quel est ton programme ? Tu finis ta saison fin février c’est ça ? Et après ?
On finit février ou début mars, ça dépend si on fait le tournoi Big 10 [ayant terminé 16e de sa conférence, Penn State n’y a pas participé car le tournoi est réservé au Top 15, ndlr]. Ça va dépendre de nos prochains résultats. Sinon, notre dernier match de championnat est le 28 février. Après, je vais couper un peu je pense. Et après, je vais quand même m’entraîner. Je ne rentre en France que début mai, parce que je dois rester ici pour les cours. Et les stages équipe de France, j’imagine qu’ils vont commencer vers la première semaine de juin, donc je vais m’entraîner oui.
Pour conclure, on peut dire que tu aimes ta vie ici ?
Ouais franchement, c’est grave cool. Les infrastructures, les ambiances… C’est fou. Spécialement quand j’ai joué à Iowa, la salle était pleine, il y avait 16 000 personnes. C’était un truc de fou de me dire que j’ai 19 ans, et que je joue devant 16 000 personnes. C’était incroyable.
Depuis College Park, dans le Maryland
TEA IS HEATING UP FROM THREE 🔥
7:59 Q1 | 8-7 Penn State pic.twitter.com/mEm1aIgbYw
— Penn State Women's Basketball (@PennStateWBB) December 28, 2025





























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