La section pro de l’ESSM Le Portel va disparaître : direction la Pré-Nationale ?!

À partir de jeudi, sauf miracle, le basket professionnel n’existera plus au Portel
Abonnez-vous pour profiter dès maintenant d'une lecture fluide, rapide et sans aucune pub.
À partir de 5€Essai gratuitC’était le 19 mai 2007. Vaincu la semaine précédente par Liévin à domicile, Le Portel avait perdu la maîtrise de son destin en vue de cette dernière journée de NM1. Il fallait aller l’emporter à Toulouges, tout en espérant que son concurrent Charleville-Mézières trébuche à Saint-Vallier. Et le miracle s’était produit, permettant à l’ESSM de fêter sa première accession en LNB !
« Seul le sport peut nous faire vivre des moments comme ceux-là », s’enthousiasmait Arnaud Ricoux, alors déjà coach stelliste, dans les colonnes de La Voix du Nord. « J’ai vécu, nous avons vécu une saison extraordinaire. Que ce soit en Pro B ou en Promo région, il faut garder ces valeurs. » Près de 20 ans plus tard, ses propos résonnent encore étrangement…
Les repreneurs ont jeté l’éponge
Pendant 19 saisons en LNB, dont dix au plus haut niveau du basket français, l’ESSM a effectivement su garder ses valeurs et apportait une touche d’authenticité bienvenue, sorte de petit village gaulois dans la cour des grands, avec une ambiance terrible. Mais qu’en sera-t-il désormais ?
Jeudi, à moins d’un miracle, le tribunal de commerce de Boulogne-sur-Mer va acter la liquidation judiciaire de la section professionnelle de l’ESSM. Et c’est en promotion région, ou pas loin, que le club devra conserver ses fameuses valeurs. Plombée depuis plusieurs années par des problèmes financiers chroniques découlant d’une gestion hasardeuse, l’entité stelliste a fini la saison avec un déficit estimé à 800 000 euros par La Voix du Nord, sans que les dirigeants ne comblent eux-mêmes le trou cette fois.

Pendant quelques semaines, l’espoir d’un « projet ambitieux » porté par de nouveaux actionnaires s’est répandu aux abords du Chaudron. Mais le rêve a pris fin, malgré les posts Instagram présentant les partenaires ayant choisi de renouveler leur engagement aux côtés de l’ESSM pour le projet ÉLITE 2 version 2026/27. Les repreneurs ne reprendront finalement rien du tout. « On ne présentera rien jeudi (devant le tribunal) », a confirmé un investisseur potentiel dans les colonnes de La Voix du Nord, qui a révélé l’information en premier. Fin du bal, à moins d’un improbable nouveau projet de dernière minute.
Jusqu’en quart de finale d’une Coupe d’Europe
La fin, aussi, d’une formidable histoire, celle d’une commune de moins de 9 000 habitants qui a su se hisser jusqu’en finale de Coupe de France (2015) ou en quart de finale de Coupe d’Europe (FIBA Europe Cup 2018), alors même que son arrivée dans le monde pro en 2017 n’avait rien d’une certitude. À l’époque, l’équipe NM1 se produisant au sein de la salle Carpentier, à peine 800 places assises, et la LNB avait logiquement refusé d’homologuer cette enceinte.
En catastrophe, le club avait donc dû chercher des solutions de repli et, faute de bonnes relations avec la municipalité de l’époque, avait dû s’exiler dans l’antre du voisin SOMB, la Halle Damrémont, contraint de se plier à toutes les exigences boulonnaises. Cela n’avait pas empêché l’ESSM de se pérenniser en Pro B, qualifié pour les playoffs dès sa troisième saison, avant de prendre la décision la plus judicieuse de son histoire, en mars 2012, quand le bateau tanguait de nouveau : embaucher Éric Girard pour trois mois.

Il avait pour mission d’éviter un retour en Nationale 1. Il aura finalement placé Le Portel sur la carte du basket européen, avec son bail de trois mois qui se sera prolongé treize ans de plus, le temps de voir la nouvelle salle sortir de terre (le Chaudron inauguré en 2015) ! Surtout, avec lui aux manettes, l’ESSM ressembla à un miracle permanent. Promu surprise en Pro A en 2016 au terme de playoffs fantastiques (6e sur la ligne de départ), le club nordiste aura accroché neuf maintiens consécutifs, parfois aisément (deux qualifications pour les playoffs), parfois douloureusement (barragiste en 2025), une fois miraculo-administrativement (le Covid en 2020), toujours avec une vraie science.

Il y eut de belles histoires, comme la fidélité sans faille d’un Benoit Mangin, la vaillance des soldats historiques (Ronnie Taylor, Charles-Henri Bronchard, Garry Chathuant, Jakim Donaldson) ou l’éclosion inespérée de Nadir Hifi. Mais tout ceci appartient désormais justement à l’histoire, avec une liquidation annoncée d’ici jeudi, pour le plus grand soulagement (parce qu’il faut bien des heureux) des Béliers de Quimper, qui devraient bien pouvoir être repêchés en ÉLITE 2.
Heureusement, l’équipe réserve est montée en Pré-Nationale…
Et pour l’avenir du Portel ? Puisque la section professionnelle va disparaître, le sort du club reposera désormais dans les mains de l’association, qui, elle, a bien fait les choses. Vice-championne de Régionale 2 dans les Hauts-de-France, l’équipe réserve de l’ESSM a décroché son billet pour la Pré-Nationale.
À moins d’une dérogation lui permettant de viser un peu plus haut (NM3 ou NM2 ?), c’est donc en Pré-Nationale, soit la sixième division du basket français, plutôt qu’en RM2, que la balle orange continuera de rebondir du côté du Portel. Un drame pour une ville passionnée, qui avait encore réussi à remplir les 3 500 places du Chaudron lors de la dernière journée contre Dijon en mai, malgré une succession de corrections et la pire saison de toute l’histoire de la LNB (zéro victoire officielle). Certainement une nécessité pour tout aplanir, à l’image de ce qu’a su faire Hyères-Toulon par exemple, mais aussi un crève-cœur pour l’ensemble du basket français, qui perd l’une de ses plus belles ambiances, sauf peut-être à la pointe du Finistère…




















Commentaires