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Sauvetage de Monaco, turbulences à l’ASVEL, disparition du Portel : Philippe Ausseur décrypte l’été agité de la LNB

Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de match de basket que l'actualité de la LNB n'est pas riche... La preuve, malheureusement, en ce mois de juillet, avec les feuilletons autour de l'AS Monaco et de l'ASVEL, qui se finissent bien, contrairement à celui du Portel. Président de la ligue, Philippe Ausseur s'est longuement exprimé sur tous les dossiers en cours.
Sauvetage de Monaco, turbulences à l’ASVEL, disparition du Portel : Philippe Ausseur décrypte l’été agité de la LNB

L’AS Monaco et l’ASVEL sortent d’un mois de juillet éprouvant, mais seront bien sur la ligne de départ en octobre 2026

Crédit photo : Miko Missana
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L’AS Monaco est en passe d’être sauvée… On imagine que le président de la LNB est soulagé par cette nouvelle positive sur l’avenir du champion de France ? 

Oui, que l’on puisse réussir à sortir par le haut est une bonne nouvelle pour l’image de notre championnat, pour l’ensemble du basket français. Cependant, cela a été compliqué : le temps nécessaire montre que la DNCCG a relevé ses exigences. On n’est pas à l’abri de devoir encore renforcer les règles. C’est normal car il fallait tirer des leçons de ce qui s’est passé : si la saison a été extrêmement positive sur le plan sportif, on a vu toutes les vicissitudes sur l’extra-sportif…

C’est une bonne conclusion pour Monaco : le plan Mashburn a été choisi, mais il y avait au moins un autre dossier solide sur la table. Cela signifie qu’investir dans le basket français, malgré toutes les difficultés, reste intéressant.

Est-ce réellement une sortie par le haut, après un tel feuilleton et un club qui voit son budget divisé par trois ? 

Il y a différents éléments dans ce que vous dites. Mais oui, c’est une sortie par le haut, car on préfère toujours qu’un club continue à vivre, quand bien même avec des ambitions à la baisse, plutôt qu’une liquidation judiciaire. Certes, la comparaison entre les 38 millions de budget la saison dernière et les 12-13 millions de la prochaine peut paraître déceptive mais il faut remettre cela dans le contexte du basket français. C’est un très beau budget qui peut satisfaire de très belles ambitions, y compris dans un cadre EuroCup.

« Il n’y a pas que le sportif qui prime,
Monaco doit se structurer ! » 

Vous aviez dit en 2025 que l’AS Monaco était un club de niveau EuroLeague sur le sportif, mais un club de Nationale 4 sur la partie administrative. Est-ce une opportunité de changer cette dichotomie ? 

La reprise permet effectivement cela. Je n’ose pas dire que l’AS Monaco doit repartir dans une première saison de re-structuration : il faut une première saison de structuration. Il est indispensable que le club consolide ses fondations. Le message qu’on a fait passer aux autorités monégasques et au repreneur est qu’il faut éviter que l’AS Monaco retombe dans ses travers passés en termes de structuration et de gouvernance. Il faut renforcer la partie administrative et financière, probablement en recrutant un vrai directeur à côté du domaine sportif.

J’ai écrit au club que l’on souhaitait que l’on nous présente très vite un plan de structuration administrative et financière. Je pense que la DNCCG sera sur place au mois de septembre pour vérifier un certain nombre de choses et encourager le club à se structurer, pour qu’il n’y ait pas que le sujet sportif qui prime. Je pense que le message a été entendu par les autorités monégasques, étant donné que le club a un impact sur l’image de la Principauté. C’est un actif qui doit être surveillé, dans le bon sens du terme. Il faut surtout que la Principauté ne subisse plus ce genre d’évènement, comme elle a pu le subir, comme nous.

C’est en ce sens que la Principauté semble vouloir être plus active au sein du club…

Oui, sans s’impliquer dans la gestion, ce qui n’est pas son rôle. Mais elle peut avoir un rôle de surveillance, au travers par exemple d’un administrateur au sein du club, afin d’être au cœur du suivi administratif et financier des évènements de l’ASM.

Le sauvetage de Monaco, « une bonne nouvelle pour le basket français » selon Philippe Ausseur (photo : Julie Dumélié)

La DNCCG a durci les règles cet été, ce qui a ralenti la procédure de Monaco. Pouvez-vous détailler ces exigences accrues ?

Tout à fait. C’était nécessaire. On ne peut plus se contenter des engagements de dirigeants et actionnaires qui promettent de combler les trous. On a vu les limites de ce modèle. On est passé vers des règles plus strictes. Oui, nous sommes dans un championnat où les exigences financières et économiques sont les plus élevées. Dans notre nouveau cadre de régulation, soit l’argent est déposé sur des comptes bancaires, soit il y a eu une garantie de première demande auprès d’une banque de premier rang.

Pour Monaco, la DNCCG a obtenu cela au cours de cette phase d’appel. Le plan Mashburn a été validé à l’aune de ces nouvelles obligations.Une bonne partie des fonds est sur un compte CARPA (Caisse des Règlements Pécuniaires des Avocats, compte bloqué, ndlr). Le reste des garanties a été obtenu auprès de la banque JP Morgan. Il y a eu une demande faite sur les saisons suivantes, pour que ce ne soit pas qu’un feu de paille, mais qu’on soit sur un vrai projet de développement de Monaco.

« Le nom Mashburn, un red flag au début »

Aussi louables soient-elles, ces règles financières peuvent être considérées par certains de vos clubs comme un frein à leur compétitivité sportive sur la scène européenne…

C’est effectivement à la fois à notre avantage et à notre désavantage. Dans le basket européen, nous faisons face à une économie de mécènes, parfois des riches fortunes grecques ou turques, parfois des clubs de foot, comme le Real Madrid. Ce n’est pas durable, ce n’est pas comme ça que l’on peut prétendre développer durablement le basket. L’EuroLeague est une magnifique compétition mais son modèle économique est catastrophique.

On voit bien que l’EuroLeague essore nos clubs : l’ASVEL, Paris, Monaco… Les situations sont toutes différentes, mais ils ont tous perdu minimum 10 millions d’euros. C’est une situation que nous subissons aussi, ligue française. Le choix est terrible : soit on dit qu’il n’y a plus de clubs français en EuroLeague, ce n’est pas souhaitable, soit on renonce à nos règles de régulation, ce n’est pas souhaitable non plus. Notre chemin de crête est d’accepter les limites de l’EuroLeague, mais que les compteurs soient remis à zéro en fin de saison, au risque effectivement de pénaliser la compétitivité sportive de nos clubs. Mais je vous rappellerai les propos historiques de Pierre Seillant : « Que valent les titres à crédit ? »

Le nom de Jamal Mashburn, pour l’ancien président de la DNCCG que vous êtes, qui avait refusé l’engagement de l’Élan Béarnais à l’époque CSG, n’a-t-il pas éveillé un signal rouge ? 

Si, évidemment. Il y a eu un « red flag », cela n’a très clairement pas aidé Monsieur Mashburn, on ne va pas se mentir. Cela a encore renforcé les exigences de la DNCCG. Mais s’il était effectivement à l’origine du projet américain de Pau, la vérité est qu’on ne l’a pas revu après. Il n’était absolument pas concerné par ce qui est arrivé après. Dont acte.

L’une des victimes collatérales de cette attente interminable est Saint-Quentin, paralysé pendant deux mois dans son recrutement dans l’attente d’un éventuel repêchage…

C’est bien sûr un sujet… J’imagine toute la difficulté pour Saint-Quentin. C’est aussi un équilibre à trouver entre vouloir aller vite, pour que l’éventuel repêché soit fixé sur sa situation, mais quand même donner le temps suffisant pour qu’un projet de reprise puisse se concrétiser. Il vaut toujours mieux qu’un club continue à vivre que l’inverse. Pour le cas très précis du SQBB, je pense que sa reconstruction sera plus facile en ÉLITE 2 qu’en Betclic ÉLITE. Mais je comprends l’impatience qu’il a pu y avoir localement…

« La LNB a aidé Le Portel financièrement » 

On a beaucoup lu ces dernières semaines que la mansuétude à l’égard de Monaco avait été autrement différente que celle accordée au Portel, liquidé en juin. Or, il s’agit de deux situations totalement différentes…

Je m’inscris totalement en faux contre ce raccourci, qui est terrible. J’ai d’abord une vraie pensée pour Le Portel, je regrette vraiment la disparition de l’ESSM. C’était un club historique, qui avait un côté très attachant, avec ses particularités, et ses limites, par rapport à son territoire. Mais il y avait une belle salle, un vrai public, des supporters très attachés, une terre de basket. Mais soyons clairs, que s’est-il passé au Portel ?

D’abord, la Ligue a aidé Le Portel. Sans le crier sur les toits, la Ligue a fait le nécessaire sur la trésorerie sur les derniers mois, notamment en avançant un certain nombre de versements, pour que Le Portel puisse assurer les salaires des joueurs. Contrairement à ce qui circule, la LNB a autant aidé Le Portel que n’importe autre club, avec ce qu’elle est capable juridiquement de faire.

De plus, il s’agit d’une décision judiciaire. Malheureusement, le tribunal des affaires économiques a décidé qu’il n’y avait aucune issue favorable possible au Portel. Je le regrette. Je pense que l’ESSM a tardé à révéler sa situation réelle, ce qui est l’un de nos sujets à la DNCCG. Il était trop tard pour sauver ce qui pouvait l’être. Il n’y a pas d’histoire de mansuétude, de délai pour Monaco et pas pour Le Portel. On ne nous a tout simplement pas laissé le choix du délai, le tribunal a décidé que c’était terminé. C’est un vrai regret : en janvier-février, quand la crise monégasque a été déclarée d’ailleurs, il aurait été plus simple que Le Portel nous fasse une alerte à temps pour envisager une reprise.

Le Portel – Dijon le 16 mai, le dernier match pro au Chaudron (photo : ESSM Le Portel)

« Un excès d’optimisme à l’ASVEL » 

Passons au dossier ASVEL, qui a perdu sa recrue star Sylvain Francisco, partie au Panathinaïkos sans avoir disputé le moindre match à Villeurbanne, et doit largement diminuer ses prévisions de budget…

Bien sûr qu’il y a une forme de déception chez les supporters de l’ASVEL et tous les amoureux du basket de ne pas voir évoluer Sylvain Francisco et tous les autres joueurs annoncés en France. C’est parfaitement compréhensible. Mais cette situation rappelle aussi pourquoi la DNCCG existe : son rôle est d’être le garde-fou du championnat, de s’assurer que les engagements pris par les clubs reposent sur des bases financières solides. C’est aussi un mécanisme de protection du basket professionnel, puisqu’elle veille à l’équité du championnat.

Ensuite, sachons garder raison : il ne s’agit pas de remettre en cause l’ambition de l’ASVEL. On annonce un budget de 24 millions. Il s’agit d’un budget supérieur par rapport à la saison dernière, l’ASVEL demeure un club économiquement très puissant pour le championnat de France.

Ce qui s’est produit relève davantage d’un excès d’optimisme, et d’une volonté d’anticiper certaines opérations avant qu’elles ne soient totalement sécurisées de la part des dirigeants de l’ASVEL. On sait que Tony Parker est ambitieux, cherche en permanence à faire grandir son club : il a sans doute eu un peu de précipitation dans la conclusion d’un certain nombre de contrats, surtout dans la communication, mais certainement pas dans la volonté de tromper qui que ce soit à mon avis.

Le plus important aujourd’hui est que les règles aient joué leur rôle, que la DNCCG ait rempli sa mission, avec indépendance et responsabilité. Il ne faut surtout pas dire que l’ASVEL est une victime collatérale des règles plus strictes, elle en est presque plutôt bénéficiaire à mon sens. On a un cadre qui permet d’aborder la saison avec des bases plus saines, même si ce n’est jamais complètement sécurisé à 100%. C’est ainsi que doit fonctionner un championnat professionnel solide.

« La piste malaisienne de l’ASVEL s’est refermée » 

Que s’est-il passé concrètement pour l’ASVEL ? 

Il y a eu une piste malaisienne (IBH, un fonds d’investissement, ndlr), qui s’est refermée, alors que Tony Parker le premier croyait dur comme fer à sa réalisation. Le budget de 59-60 millions ne pouvait tenir que si ce partenaire malaisien était au rendez-vous. Il y a probablement eu un peu de précipitation derrière pour dire que c’était acté. Malheureusement, cela n’était pas autant acquis que cela. On en revient à cette absence totale de régulation au niveau européen : dans un marché EuroLeague, où les dettes importent plus que le résultat net, il faut se positionner très vite pour avoir accès à des joueurs comme Sylvain Francisco. Les ligues vertueuses, comme l’Allemagne et peut-être demain l’Italie, sont pénalisées par cela.

La LNB était au courant des plans pharaoniques de l’ASVEL depuis plusieurs mois. Pourquoi a-t-il fallu attendre le 15 juillet pour avoir un feu rouge de la DNCCG ? 

Une DNCCG ne sera jamais au cœur d’un club. Elle doit garder son indépendance, et ne pas s’immiscer dans la gestion. Il y a des rendez-vous réguliers, au moins deux fois dans la saison : en février, pour présenter sa situation intermédiaire, et en juin, pour présenter l’atterrissage et le budget de la saison suivante. C’est à ce moment-là que les questions ont commencé à être posées, où la DNCCG a effectué elle-même un certain nombre de vérifications pour en aboutir au fait que cela ne tenait pas. Pour autant, l’ASVEL avait ce plan à 24 millions, qui n’a pas posé de problèmes pour être validé. Sauf que le club était parti un peu trop vite sur l’hypothèse à 59 millions en termes d’engagement et de communication.

Armoni Brooks portera-t-il réellement le maillot de l’ASVEL, et pas seulement le t-shirt pour une séance photo ? (photo : Infinity Nine Media)

Entre Smart Good Things, Skweek et IBH, y a-t-il une alerte sur les partenariats de l’ASVEL ? Cela commence à faire beaucoup d’associations malheureuses…

En tout état de cause, l’ASVEL doit avoir une réflexion à froid sur le processus qui amène à s’engager avec certaines parties qui nécessitent plus de contrôle sur la solidité et la pérennité. Cependant, ces trois cas sont tous différents, avec des profils de financements qui n’ont jamais rien eu à voir.

« Cela écorne, à tort, l’image du basket français » 

La pérennité de l’ASVEL est-elle remise en cause ? 

L’ASVEL et Tony Parker ont été très clairs : le projet du club est la NBA Europe. Contrairement à une idée reçue, je pense que la NBA Europe viendra avec un cadre de régulation beaucoup plus strict que l’EuroLeague. Il n’y a pas de remise en cause de ce projet. 24 millions, cela reste un très beau budget pour la Betclic ÉLITE, qui peut permettre d’avoir de grandes ambitions.

À l’international, la semaine qui vient de s’écouler n’est pas bonne pour l’image du basket français, dont l’image de marque est avant tout entretenue par la situation de ses deux locomotives…

Oui, c’est vrai. Mais j’ai plus un regret sur la communication qu’autre chose. L’histoire aurait pu être racontée différemment : « l’ASVEL passe son budget à 24 millions et Monaco est sauvé ». Factuellement, c’est ce qui se passe et c’est une belle histoire. Sauf qu’on est plutôt sur un narratif : « l’ASVEL visait 60 millions et ne peut avoir que 24… » C’est dommage. À tort, cela écorne l’image du basket français. Je maintiens que nous avons raison d’avoir un cadre de régulation plus strict qu’ailleurs pour éviter ce qui finira inévitablement par arriver, que les dettes rattrapent tout le monde, y compris les mécènes. On n’est pas à l’abri d’un nouveau ralentissement économique, même en Grèce. Quand on n’est pas sur des bases saines, quand les fondations sont du sable, cela ne peut pas durer éternellement…

Image Alexandre Lacoste
Alexandre Lacoste est arrivé sur BeBasket en 2011, lorsque le site se prénommait encore Catch & Shoot. Amateur de portraits et de reportages, généralement au plus près des équipes de France lors des compétitions internationales, il aime chercher des angles originaux et des sujets qui vont au-delà du simple résultat sportif.

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