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Fabien Causeur, la grande interview bilan : « Je n’aurais jamais imaginé une telle carrière ! »

Huit jours après l'annonce officielle de sa retraite, Fabien Causeur retrace le fil de sa carrière. Ou comment un jeune combo-guard recalé par le centre de formation du Mans Sarthe Basket est devenu une légende absolue du Real Madrid...
Fabien Causeur, la grande interview bilan : « Je n’aurais jamais imaginé une telle carrière ! »
Crédit photo : Julie Dumélié

Fabien, voilà une semaine que vous êtes officiellement à la retraite. Avez-vous été surpris de la quantité de messages reçus ces derniers jours ? 

Toujours un peu oui ! Bizarrement, c’était surtout le fait de faire le post qui me rendait nerveux. Je sais depuis octobre que je suis à la retraite. Mais je voulais en profiter avant de l’annoncer, je voulais un peu déconnecter. J’ai mis mes enfants à l’école à Madrid et je ne voulais plus les refaire bouger, ils sont petits. Là, j’ai trouvé que c’était un bon moment avec le début de l’année pour officiellement tourner la page.

Honnêtement, oui, pour l’ego, ça fait toujours plaisir de voir qu’autant de gens m’ont écrit, des anciens coéquipiers qui m’ont écrit des mots d’admiration. Quand on est joueur, on ne se dit pas ces choses-là car on est toujours en compétition.

Y-a-t-il un message qui vous a plus touché qu’un autre ? 

(il réfléchit) Pas spécialement un en particulier, non. Ce qui m’a le plus marqué, c’est de voir des anciens adversaires, à qui je n’ai presque jamais parlé, me contacter. Ou des ex-coéquipiers qui me disent qu’ils ont appris comment être un vrai professionnel en me regardant. Arriver avant l’entraînement, bien me préparer, rester après pour shooter : je le faisais tous les jours. C’est le leadership que les gens ne voient pas. Pas juste pousser un coup de gueule en match ou prendre le ballon à un moment chaud. C’était naturel pour moi car je l’ai appris assez jeune dans ma carrière. Avoir su toucher d’autres personnes de cette manière-là, c’était spécial pour moi.

« Je voulais jouer un an de plus »

Vous savez donc depuis octobre que c’est fini mais à la base, vous espériez repartir pour un tour cet été…

Je voulais jouer un an de plus. Mais avec mes conditions : je voulais jouer l’EuroLeague et je voulais une situation stable pour ma famille. Je sais que c’est des conditions assez fortes. Quand tu ne vises que l’EuroLeague, tu te restreins à seulement 20 équipes. Mais je voulais finir là où j’ai toujours voulu être, là où mon niveau était encore selon moi : l’image qui colle à moi, c’est l’EuroLeague. Gamin, je n’ai jamais eu des rêves de NBA : je voulais jouer en EuroLeague, c’était le jeu qui m’attirait.

Fabien Causeur, l’homme des Final Four (photo : Julie Dumélié)

Y-a-t-il un peu d’amertume de ne pas avoir eu la sortie espérée ? 

Oui et non. Évidemment, j’aurais aimé préparer à savoir que c’était mon dernier match. Je ne l’aurais dit à personne, à part ma famille, ça aurait pu être un joli moment à partager. Mais je voulais continuer à jouer. Si ça se trouve, j’aurais été bon et j’aurais continué un an de plus. Tant qu’il se sent en bonne santé, un compétiteur en veut toujours plus. Mais il n’y a pas de frustration car je suis content d’être en bonne santé après 20 ans d’une carrière aussi intense. J’ai plein d’ex-coéquipiers qui ont des problèmes de genou, des problèmes de dos. J’en connais certains qui ne peuvent même pas jouer avec leurs enfants. Moi, je me suis mis au padel direct, j’ai continué la muscu, je joue avec mes enfants. Je ne vais pas mentir : je sens que j’ai encore deux années dans les jambes mais je suis en paix avec ma décision.

« Je pars de loin… »

En 2017, vous nous aviez dit que l’objectif au début de votre carrière était de jouer en Pro B. Pas trop déçu de ne jamais l’avoir atteint ? 

(il rigole) Non, ça va… Je ne veux pas mettre un tacle à mon agent mais je me souviens de son projet pour moi quand j’étais en centre de formation au Havre. Pour lui, mon objectif à long-terme devait être devenir bon combo-guard de Pro B, voire un joueur de Pro A, mais pas beaucoup plus. J’aurais dû prendre une photo de ce truc-là et lui envoyer là. J’aurais déjà été très content d’être professionnel car ce n’est pas donné à tout le monde. L’ascension a été assez brutale car à 16 ans, j’étais encore à Brest avec mes parents. Quand on y pense, je pars de loin…

De tellement loin que vous aviez été refusé par le centre de formation du Mans…

Si le MSB n’avait pas lui-même pris les devants de me proposer au STB, je serais rentré à Brest et il ne se serait rien passé en fait. Philippe Desnos avait appelé Jean-Manuel Sousa pour lui parler de moi et je suis parti faire un essai au Havre.

Fabien Causeur a intégré le centre de formation du Havre après un refus du Mans (photo : Olivier Fusy)

Qu’est-ce qui fait que vous étiez un jeune lambda à l’époque ? 

Mon jeu n’était pas spécialement flashy. Je n’étais pas le prospect athlétique, pas le gars qui sautait, je ne sortais pas du lot sur ces qualités-là, qui sont très regardées dans le basket français. On cherche des mecs qui mettent la tête au cercle, qui ont des bonnes qualités défensives et on les fait bosser sur des qualités individuelles derrière en leur façonnant leur tir. Moi, je suis arrivé avec une bonne technique, en étant un bon shooteur, mais je n’étais pas un bon défenseur et je n’étais pas athlétique. Les gens se disaient que je ne pourrais pas jouer car ça sera trop athlétique pour moi. Petit à petit, on me faisait quand même jouer car j’avais ce talent en attaque. Je ne suis jamais devenu athlétique mais j’ai appris à souffrir en défense et à utiliser mes capacités pour jouer à ce niveau-là.

« Cholet et Vitoria, les deux gros tremplins »

À tel point que vous avez signé deux chefs-d’œuvre défensifs sur deux finales d’EuroLeague contre Kostas Sloukas..

Oui, j’ai fini défenseur attitré au Real Madrid… À la base, ce n’était pas ma qualité mais il fallait être couteau suisse. J’avais Jaycee Carroll, Sergio Llull, etc, devant moi : eh ben ils sont tous meilleurs attaquants que moi ! Donc qu’est-ce que je peux faire pour vraiment jouer ? Défendre sur tous les meilleurs attaquants. J’en ai vu : les Mike James, Kostas Sloukas, Juan Carlos Navarro, Vassilis Spanoulis… Et j’en ai pris des points sur la tronche quand même (il rigole) Mais tous ces mecs-là m’ont fait commencer à étudier les vidéos pour progresser. Avoir faim de s’améliorer, c’est la clé du succès, dans le basket et dans la vie.

Fabien Causeur, de mauvais défenseur en centre de formation à stoppeur du Real Madrid (photo : Sébastien Grasset)

Si l’on rembobine un peu plus tôt, le public français vous a découvert au Havre, au sein d’une génération exceptionnelle…

Oui. C’était une équipe qui jouait le maintien. Il n’y avait pas trop d’argent, pas d’autres choix que de faire confiance aux jeunes. Avec Romain Duport, Pape Sy et Rudy Jomby, on a vite fait intégré les entraînements des pros. Avant nous, il y avait eu Samir Mekdad et Ian Mahinmi, pour qui ça avait bien fonctionné. Christian Monschau m’a appelé dimanche : il m’a dit que je jouais très juste, que je ne faisais pas d’erreur, que ça rentrait dès qu’on me disait une chose. Ils m’ont rapidement jeté dans la fosse aux lions et ça s’est bien passé.

Ensuite, il y a ce passage pendant trois ans à Cholet, qui a fait office de tremplin vers l’EuroLeague…

J’arrive par la petite porte, du STB, où j’avais signé un bon match contre Cholet. J’avais le choix entre eux et Roanne. Je me disais que je suis à un âge où il faut que je bosse et qui mieux qu’Erman Künter pour ça ? J’ai appris énormément avec lui, il m’a pris sous son aile, j’ai pris beaucoup de confiance au fur et à mesure des années là-bas. Mon titre de champion de France est très spécial, c’est le premier trophée de ma carrière pro, ça reste le seul de l’histoire de Cholet donc c’est assez marquant. Ça me permet d’entrer en équipe de France. La saison d’après, c’est l’explosion en EuroLeague et je sens que j’ai le niveau. Je vois qu’il y a des gars meilleurs que moi mais que je pourrais atteindre leur niveau en travaillant.

Fabien Causeur s’est réellement révélé à Cholet

Après, vous partez à Vitoria et c’est là où vous avez appris le très haut niveau.

Le Havre a évidemment été le premier club qui est venu me chercher mais Cholet et Vitoria sont derrière les deux gros tremplins pour moi. De 22 à 29 ans, ce sont des années clefs pour un sportif. J’ai énormément bossé, je me suis beaucoup amélioré sur mon jeu. J’ai côtoyé six coachs en quatre ans à Vitoria, mais chacun avec un style différent. J’ai appris quelque chose qui m’a beaucoup aidé ensuite avec le Real Madrid : m’adapter à des rôles différents. Je me lance dans l’EuroLeague à fond, le championnat espagnol qui est le meilleur en Europe donc ça a été génial pour me développer.

« L’impression d’être bête en arrivant à Bamberg »

Paradoxalement, Baskonia est le seul club avec lequel vous n’avez jamais remporté le moindre trophée. Alors que cela a été l’un des clubs les plus importants de votre carrière…

Oui, c’est frustrant, honnêtement… On a fait un Final Four, certains clubs prennent cela comme un titre. Mais non, ce n’est pas un trophée. Ça aurait été bien d’en gagner un là-bas, de laisser une marque là-bas. Comme à Milan, d’ailleurs. On prend une Supercoupe d’Italie mais ce n’est pas un titre très important. J’aurais vraiment aimé, surtout que j’étais capitaine la dernière année. C’est comme ça, on ne peut pas tout le temps gagner.

En tant que capitaine, Fabien Causeur a mené Vitoria vers le Final Four de l’EuroLeague (photo : acb Photo / Igor Martín)

Bamberg, ce fut court mais intense : une seule saison, un doublé.

Pour beaucoup, cela ressemblait à un pas en arrière après Vitoria. Mais c’est ce dont j’avais besoin. Je revenais d’une longue blessure au dos : il fallait que je me remette en selle, que je reprenne confiance. J’ai pu évoluer pour le coach Andrea Trinchieri qui m’a lui aussi énormément appris : j’avais l’impression d’être bête en arrivant là-bas. Il est vraiment quelqu’un qui est très tactique, avec beaucoup de systèmes, de lectures. Les débuts ont été difficiles : j’avais du mal à rentrer dans son système mais il a réussi à m’intégrer. J’ai fini comme un poisson dans l’eau.

« Quand je reçois le contrat du Real,
je suis chez le président du Bayern Munich… »

En en 2017, vous débarquez au Real Madrid. La grande histoire de votre carrière ? 

Clairement, clairement… C’est l’endroit où j’ai toujours voulu jouer. La signature au Real s’est jouée à rien. Lorsqu’ils me transmettent une offre, je suis chez Monsieur Hoeness, le président du Bayern Munich. Je suis chez lui, à table, en plein repas, et ils me mettent un contrat devant moi. Et à un moment donné, mon agent me donne un petit coup de coude pour me montrer son téléphone avec l’offre du Real Madrid. J’ai dit cordialement à Monsieur Hoeness que j’allais y réfléchir mais dans ma tête, je savais déjà que je voulais aller au Real, alors que je n’avais même pas vu les chiffres proposés. Comme quoi à une journée près, je signais au Bayern Munich et je n’aurais peut-être jamais été au Real Madrid.

Maintenant, c’est le club de ma vie. Je rentre là-bas par la petite porte, pas comme une star. Les gens me connaissaient de Vitoria, savaient que j’étais un bon joueur, mais au Real, on ne veut que des stars à la base. En fin de compte, je finis par être une légende du club. C’est beau. Ça montre que le travail et la détermination paient.

Justement, « légende du Real Madrid », vous réalisez ce que veulent réellement dire ces mots ? 

Je commence. Je m’en suis vraiment rendu compte quand je suis allé voir le Clasico la semaine dernière. Que l’EuroLeague et le Real Madrid aient accolé le titre de légende à mon nom, c’était waow… C’est l’un des plus beaux titres, si ce n’est le plus beau, pour un joueur. Ça reste un sport d’équipe mais qu’on te déroule le tapis rouge dans une institution telle que le Real Madrid dès que tu rentres, c’est extrêmement spécial. C’est bien pour ça, aussi, que je reste vivre à Madrid. Ma femme est originaire d’ici mais je veux être proche de ce club. J’ai toujours voulu y être et j’espère les aider d’une manière ou d’une autre dans le futur.

Fabien Causeur et ses 14 trophées en six saisons avec le Real Madrid (photo : Real Madrid)

Vous êtes le troisième étranger le plus capé du Real Madrid, ce qui est une statistique remarquable. Qu’est-ce qui a fait que vous avez pu connaître une telle longévité ? 

Je pense que j’ai su m’adapter un peu à tout. J’ai eu des rôles un peu différents chaque année. Lors de la première saison, la grave blessure de Sergio Llull me pousse un peu vers l’avant : c’est une opportunité énorme pour moi et je montre que je peux jouer au Real. On finit champion d’Europe et d’Espagne donc c’est énorme. L’année suivante, Llull est de retour, d’autres joueurs arrivent, il y a des matchs où je joue beaucoup moins, voire pas en première mi-temps, et il y a beaucoup de questions qui se posent… Mais j’ai fini par m’adapter, j’ai terminé la saison en trombe et ils m’ont re-signé trois ans.

Ça a toujours été un peu comme ça. Chaque été, les gens se disaient : « Fabien est là mais on ne sait pas ce qu’il va faire. » On verra comment il s’ajuste, etc. Ce n’est pas évident mentalement, tout joueur aime connaître exactement son rôle exact. Ils savaient que j’étais là, un peu en mode couteau suisse, que je m’adapterai quoiqu’il arrive et donc ils s’en foutaient (il rit). Ils se disaient que Fab sera là quand il faudra compter sur lui. Ça n’a pas été simple mais c’est la grosse qualité que j’ai réussi à avoir au Real.

« La finale d’EuroLeague 2018 m’a donné des ailes »

Vous étiez aussi connu comme l’homme qui se transformait dès que les mois de mai – juin arrivaient. Vous étiez l’homme des finales, celles d’EuroLeague en 2018 ou 2023, celle de Liga Endesa en 2022…

Les gens se rappellent plus facilement de celles-ci que celle que j’ai perdues. Cette finale de 2018 contre le Fenerbahçe Istanbul est celle qui change tout dans ma propre confiance. J’ai été très bon, je fais MVP d’une finale d’EuroLeague, certes pas du Final Four, mais ce n’est pas rien. Je l’avais déjà fait dans le passé à Bamberg, en Coupe et en championnat, mais c’était à un niveau moindre. Derrière, ça m’a donné des ailes pour la suite. J’étais prêt pour chaque finale et je savais que j’allais être bon. C’est une confiance interne qui grandit au fur et à mesure.

Pour quelqu’un qui ne devait devenir qu’un bon combo-guard de Pro A, au grand maximum, vous êtes le Français qui a connu le plus de Final Four d’EuroLeague avec six à votre actif…

Ce n’est pas rien. Même si je ne sais pas combien Nando en a fait (cinq, tous avec le CSKA Moscou, ndlr) et je le vois bien y participer cette saison avec le Fener… Je lui souhaite d’être devant moi car on n’a quand même pas la même carrière. C’est génial de partir en sachant que je suis le Français qui a fait le plus de matchs en EuroLeague et le plus de Final Four. L’image que je voulais avoir depuis tout petit, c’était jouer en EuroLeague. Mais je ne savais pas que j’irai aussi loin, et j’en suis très fier.

Nando De Colo rattrapera-t-il Fabien Causeur au nombre de Final Four ? (photo : Lilian Bordron)

Parmi les histoires que vous pourrez raconter à vos enfants, il y a le fait d’avoir été le roommate de Luka Doncic en déplacement pendant toute une saison…

Oui, j’ai pas mal de photos d’ailleurs ! Celles-ci, je les garde au chaud. Je pense qu’on ira le voir à Los Angeles en famille cette saison ou la prochaine, on profitera qu’il joue encore, et très bien.

Vous a-t-il écrit pour votre retraite d’ailleurs ? 

Non tiens, j’étais déçu (il rigole). Mais je pense qu’il ne s’est même pas rendu compte, il n’a pas dû voir passer le post ! À chaque fois qu’il vient sur Madrid, on se voit. Je ne le prends pas mal, c’est un bon pote.

Votre dernière saison à Milan ne restera certainement pas dans les mémoires, et ne devait pas être ce que vous attendiez…

Honnêtement, je ne le vois pas comme ça. J’ai pris énormément de plaisir à Milan. Mais j’ai eu une pubalgie, avec deux œdèmes sur l’os, à partir de janvier, ce qui a fait que je n’arrivais pas à revenir. On me disait que j’avais besoin de six mois de repos pour être bien. Mais ce n’était pas possible à ce moment-là. J’aurais vraiment eu des regrets si je l’avais fait. Donc j’ai forcé, j’ai forcé. Derrière, ça m’a tiré sur le dos. J’ai fini la saison comme je pouvais. C’est malheureux car de novembre à janvier, je jouais super bien, je prenais beaucoup de plaisir, j’avais beaucoup de minutes, on cartonnait. C’est dommage car j’aurais aimé faire plus, aider un peu plus, mais le corps envoie parfois des messages…

« Je méritais plus de sélections en équipe de France »

Le point noir de votre carrière de l’équipe de France, c’est l’équipe de France. Vous n’avez que 30 sélections, plus fait de compétition internationale depuis 2012, ce qui est assez improbable pour un joueur de votre statut…

Frustration, je n’irai pas là. Je l’ai accepté depuis longtemps. J’ai eu cette frustration pendant quelques années, oui, quand je ratais le coche, par blessure ou par décision de Vincent (Collet), même si chaque sélectionneur fait ce qu’il veut. Surtout qu’il y avait des médailles derrière. Quand tu vois des podiums passer et que t’es chez toi, bon… Certainement que ça m’a aidé de me reposer à chaque fois pour être au top en fin de saison mais on aime tous porter le maillot France, représenter son pays, gagner des titres. Je ne dirai pas que c’est un point noir car je préfère me concentrer sur le positif : j’ai fait des Jeux Olympiques, j’ai rencontré des gars géniaux qui m’ont beaucoup appris à un moment important de ma carrière. Maintenant, en effet, je pense que je méritais plus de sélections en équipe de France. Mon histoire n’était pas celle-là, tout simplement.

Vous avez vécu votre rêve autrement…

Voilà, c’est ça ! C’est pour ça que ce n’est pas une frustration. Mon histoire a été écrite de cette manière et ça me va très bien.

Seulement 30 sélections pour Fabien Causeur avec les Bleus (photo : FFBB)

On a écrit que votre carrière était l’une des plus surprenantes de l’histoire du basket français. Vous êtes-vous surpris vous-mêmes ? 

Clairement. Après, chacun prend confiance en soi. Moi, je peux dire que j’ai mérité d’arriver là où je suis arrivé. En tant qu’athlète, on a beaucoup d’ego et on sait tous le travail, les efforts et les sacrifices faits pour en arriver là. Mais quand je suis arrivé au STB, voire même à Cholet, je n’aurais jamais imaginé ça. Mais j’avais tellement de désir de certaines choses… Partout, j’étais le premier à la salle et le dernier reparti. Des gens m’ont écrit quand je suis parti du Real : « Qu’est-ce que la salle de muscu est vide quand tu n’es pas là ! » J’étais là une heure avant, je restais après à m’étirer, j’étais tout le temps à la salle, j’ai laissé mon empreinte un peu partout comme ça.

C’est cette capacité de travail et d’adaptation qui vous a permis d’autant vous surpasser ?

Et le mental. C’est hyper important pour un athlète. Il y a des moments où j’ai eu de la chance, ou des opportunités, comme la blessure de Llull ou d’un autre joueur pour me lancer au Havre. Après, il faut savoir saisir sa chance. Il a fallu être bon lors de ces moments-là et c’est ce qui s’est passé. C’est ce qui me définit.

« On n’a pas trouvé beaucoup de paniers main droite
pour mes highlights »

Le tout sans jamais avoir mis de panier main droite, c’est fort…

(il rigole) Il y en a quelques uns, quand même ! J’ai demandé à mon gars s’il pouvait regarder pour en mettre un ou deux dans mes highlights mais on n’en a pas beaucoup trouvé !

Mais tout le monde savait tout le temps ce que vous alliez faire et ça passait quand même !

Il faudrait un jour que je me pose dans un podcast et que j’explique comment je voyais les choses. Tout le monde me disait : « Tu vas juste à gauche ! » Mais non, ce n’est pas vrai… Pour moi, le basket, c’est comme les échecs : tu bouges ton pion quelque part pour attaquer ailleurs. En fin de compte, il y a plein de choses que je faisais moi pour ensuite pouvoir aller à gauche. Ce n’est pas juste bourriner pour aller à gauche. Même si quelques fois, oui (il rigole) Il y a quand même beaucoup de technique pour arriver à ça. Si je vais à gauche une fois, je ferai dribble à droite la prochaine fois pour un floater main gauche. Il y a beaucoup de choses comme ça qui se construisent avec l’expérience.

Et Fabien Causeur est encore passé sur la gauche… (photo : Sébastien Grasset)

Dans votre post de retraite, vous écriviez que la nouvelle aventure allait démarrer maintenant. Qu’elle est-elle ?

Déjà, mon aventure, c’est profiter de mes proches et de ma famille. Je ne sais pas du tout, honnêtement. Il y a une partie de moi qui veut rester proche du basket car je pense avoir beaucoup à apporter à la prochaine génération. Mais avec le basket, il y a beaucoup de sacrifice sur les week-ends en famille. Et là, à vrai dire, j’y prends goût… Je prends beaucoup de plaisir à être avec mes enfants qui sont petits. Ils sont tellement contents d’avoir papa à la maison que je veux profiter d’eux et on verra. Le Real m’a demandé ce que je voulais faire mais je veux prendre le temps avant de décider.

« Coach ? Un peu too much pour moi »

Beaucoup de personnes vous verraient devenir coach. Est-ce quelque chose qui vous intéresse ? 

Il y a beaucoup d’aspects du coaching que j’aime. Mais tu dois mettre un peu de distance avec les joueurs pour qu’il n’y ait pas trop de frustration. Surtout, j’ai l’impression que ça prend tellement de place dans la vie des coachs que je préfère rester loin de ça pour l’instant. C’est un peu too much pour moi. J’ai pris tellement de plaisir à juste jouer : le coaching, c’est autre chose.

Dommage : là aussi, vous auriez pu viser un spot en Pro B…

(il rigole) Sans manquer de respect, je ne sais pas si j’aurais pris le temps d’aller là-bas en plus. Si j’avais voulu démarrer, j’aurais plutôt essayé de rentrer au Real Madrid pour apprendre. Mais pour l’instant, ce n’est pas le cas.

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Image Alexandre Lacoste
Alexandre Lacoste est arrivé sur BeBasket en 2011, lorsque le site se prénommait encore Catch & Shoot. Amateur de portraits et de reportages, généralement au plus près des équipes de France lors des compétitions internationales, il aime chercher des angles originaux et des sujets qui vont au-delà du simple résultat sportif.