ITW Nicolas Batum : « Aujourd’hui, 80% de mon jeu c’est mon cerveau »

Nicolas Batum en NBA, c’est 1173 matchs joués en saison régulière
Le calendrier NBA et ses particularités. Le 7 janvier, les Los Angeles Clippers entament un road-trip sur la côte Est, qu’ils terminent trois jours plus tard, pour retourner à Los Angeles pour deux matchs les 12 et 14 janvier. Et le 16 janvier, les revoilà de l’autre côté du pays pour trois nouveaux matchs sur la côte Est, afin de clôturer ce road-trip qui aura donc été coupé à la moitié. C’est donc au milieu de cet enchaînement de matchs et de voyages que Nicolas Batum (2,03 m, 37 ans) nous a accordés une interview à Washington, où ses Clippers ont gagné 110-106, avec 3 points et 3 rebonds du Français en 19 minutes.
Le natif de Lisieux s’est rendu disponible dans un couloir à côté du vestiaire, après avoir échangé sur le parquet avec ses compatriotes Bilal Coulibaly et Alexandre Sarr, et récupéré à manger avant de prendre un nouvel avion pour jouer… le lendemain à Chicago. Au milieu de ce calendrier serré, l’homme aux 18 saisons NBA a partagé pendant une quinzaine de minutes les secrets de sa longévité si exceptionnelle. Le tout toujours avec sincérité, sympathie, et bien sûr son habituel sourire en coin.

Nico, vous sortez d’un match contre les Wizards où vous avez eu chaud à la fin, comment ça s’est passé pour vous ?
Ouais on a eu chaud… C’est vrai qu’il y a des matchs comme ça. Surtout dans ce road-trip qui est un peu costaud, un peu bizarre. On était sur la côte Est il y a quelques jours, puis rentrés sur Los Angeles juste pour quatre jours, et là on est de retour à l’Est. Et c’est des longues distances à chaque fois, donc on marque un peu le pas. Mais depuis deux matchs c’est mieux, surtout les jeunes. Les jeunes ils “step-up” là, les Jordan Miller, les Kobe Sanders, tous ces mecs-là font un très très gros job depuis deux matchs. C’est bien, parce qu’on a besoin d’eux, surtout sur des matchs comme ça où on n’a pas Kawhi [Leonard], où on enchaîne les voyages… Ça fait du bien.
En parlant de jeunes, il y en a un qui a fait un très bon match en face, Alexandre Sarr. Ça te rend fier de voir des jeunes français performer comme ça ?
Bien sûr, bien sûr. Je trouve qu’on a une génération assez intéressante cette année. Contrairement à l’année dernière où on pouvait attendre plus de choses de certains, cette année je trouve qu’ils font de bonnes saisons. Certaines font de très très bonnes saisons, et lui en fait partie. Je pense qu’il est en train de confirmer des choses. Il continue à apprendre, de toute façon un “big man”, ça prend toujours un peu plus de temps. Mais je trouve qu’il a une plus grosse patience dans son jeu, une énorme panoplie, et il a moins peur d’aller au contact.
Parce que là, [Ivica] Zubac et [Brook] Lopez, c’est solide quoi, il faut se les coltiner physiquement. Mais il n’a pas eu peur d’y aller. Je crois qu’il marque 28 points c’est ça ? Il prend quasiment 20 tirs… C’est bien. Après il faut continuer à progresser, mais il est sur la bonne voie, c’est sûr.

Il y a 19 Français cette saison en NBA, dont beaucoup d’ailiers. Tu te rends compte que ces jeunes-là ont peut-être grandi en te regardant jouer, et que tu es un exemple pour eux ?
Oui, un exemple peut-être, si tu veux… Maintenant je ne suis plus trop un ailier, mais c’est vrai que j’ai fait 90% de ma carrière en poste 2-3. C’est vrai que j’ai réussi à rester longtemps, et à marquer mon empreinte en tant que Français à ce poste-là. Oui, ça peut aider. De toute façon, je parle à beaucoup. Avec Bilal [Coulibaly] on se parle, Tidjane [Salaün] pareil, Moussa [Diabaté] c’est différent, mais ils me demandent des conseils de temps en temps. Je parle un peu avec le jeunes, c’est vrai que j’ai une connexion avec eux.
« J’ai réussi à marquer mon empreinte en tant que Français à ce poste-là »
Nicolas Batum
J’ai une stat’ pour toi. En NBA, il y a cinq joueurs de 37 ans et plus qui jouent au minimum 20 minutes par match : LeBron James, Kevin Durant, Stephen Curry, Russell Westbrook… et toi. Est-ce que tu te rends compte de la liste ? Quelle est ta réaction ?
Que des MVP sauf moi quoi… [rires]. Ouais, ça montre que… Je trouve que c’est assez intéress… En fait, je suis assez fier de moi par rapport à ça. Je ne suis pas All-Star, je ne suis pas All-NBA, mais je trouve quand même le moyen de continuer à jouer à mon âge. Et à jouer 20 minutes et quelques, et à apporter. Donc je pense que ça montre aussi à certains joueurs que si tu veux durer, ce n’est pas que à propos d’eux. Si tu fais les choses bien sur et en dehors du terrain, tu peux continuer à jouer jusqu’à 37 ans, et 18 ans en NBA. Voilà, dans mon équipe on a 2 superstars [Kawhi Leonard et James Harden, ndlr]. Après les autres, il faut se demander comment on fait quoi.
Si je peux être un exemple entre guillemets… Parce qu’il y a beaucoup de gens qui me demandent ça. J’ai beaucoup de joueurs qui me demandent sur le terrain, “mais ça fait combien de temps que t’es là ?”. Quand je dis 18 ans, ça choque beaucoup de gens. Parce que tu t’attends à ces noms-là en fait, tu ne t’attends pas au mien, qui continue à jouer. Donc oui, je suis assez content de ça.
La réaction de Nico Batum 🇫🇷 à cette stat :
« Que des MVP et moi quoi… En fait je suis assez fier de moi par rapport à ça
J'ai beaucoup de joueurs qui me demandent sur le terrain, "mais ça fait combien de temps que t'es là ??" » https://t.co/YdDHawF5bY pic.twitter.com/dGVC3xYVE0
— Tom Compayrot (@Tom_Cprt) January 20, 2026
Il y a aussi eu un gros travail sur ton corps pour tenir sur la longueur non ? Parce que certains joueurs de ton âge sont encore en NBA, mais jouent de moins en moins. Toi, tu joues encore plus cette saison [20 minutes de moyenne] que la saison dernière [17]…
Je joue 20 minutes certes, mais je n’ai plus le même jeu. Pendant une saison, j’ai déjà été leader en NBA en distance parcourue sur le terrain… Je peux t’assurer que ça ne va pas arriver cette année [rires]. Mais c’est vrai qu’il y a quand même les 80 matchs. J’en ai joué 79 la saison dernière, je crois que je n’en ai raté que 4 en comptant les playoffs. Cette année j’en ai juste loupé un parce que j’étais malade, ce n’était même pas une blessure.
Donc oui, j’essaye d’être assez résistant. Je travaille sur mon corps tout l’été, beaucoup beaucoup l’été. Je fais du foncier, de la résistance, et après pendant la saison c’est du maintien. Après comme je l’ai dit, je n’ai plus un jeu à risques non plus [sourires]. Je ne vais pas sauter partout, courir partout. Je fais mon job, tu vois mes courses hein. Je reste dans mon corner, je pose quelques écrans… C’est moins risqué donc c’est plus simple de durer.
Est-ce qu’on peut dire qu’aujourd’hui ta principale qualité est ton QI basket ?
Oui bah clairement. Bien sûr. Quand je joue aujourd’hui, 80% de mon jeu c’est mon cerveau. Je sais comment je dois jouer, avec qui je joue, ce que je dois faire, quand le faire, où me placer… Je sais que quand James a le ballon, je dois faire certaines choses. Quand c’est Kawhi, d’autres choses. Je sais avec qui je joue autour de moi. C’est beaucoup d’études, de vidéos. Je sais que je n’ai aucun système pour moi. Je dois surtout me demander qu’est ce que je peux apporter aux 4 mecs autour de moi. J’insiste, je m’intéresse, j’essaye de faire le meilleur boulot là-dessus.
« Quand je joue aujourd’hui, 80% de mon jeu c’est mon cerveau »
Nicolas Batum
Et à force, il y a certains joueurs que tu connais par cœur non ? Certains que tu affrontes depuis 10 ans, tu connais leurs moves, leurs tendances… C’est plus facile pour toi d’anticiper ce qu’ils vont faire ?
Oui bien sûr tu anticipes. Après maintenant en NBA, tout le monde joue de la même façon. Je dis pas que c’est plus simple de défendre, mais d’anticiper oui. Mais tu peux savoir ce qu’ils vont faire, les mecs vont quand même marquer 30 points quoi qu’il arrive. C’est la meilleure ligue du monde. Mais c’est vrai qu’en tant que vétéran, je connais mieux les mouvements et placements défensifs. Après, je ne défend plus sur le meilleur joueur comme avant. Il y a encore un an et demi, je défendais tout-terrain sur le meilleur joueur adverse. Pas cette année [rires]…
Tu as aussi une sacrée polyvalence, cette saison tu joues poste 3-4, la saison dernière c’était plutôt 4-5, plus tôt dans ta carrière c’était poste 2…
Et même cette année, des fois je suis encore pivot… J’ai fait des séries de playoffs entières en jouant poste 5. J’ai déjà défendu tous les postes sur un même match. Ça, c’est une qualité que j’ai développé avec le temps. Et je pense que c’est aussi ce qui me permet de durer.
« Maintenant en NBA, tout le monde joue de la même façon »
Nicolas Batum
Et ton shoot, quel est ton secret ? Tu es à 40% à 3-points chaque saison depuis 2020…
Ce sont les répétitions. C’est surtout l’été encore une fois où je bosse beaucoup, avec mon coach Benoît Gomis. Là-dessus, c’est que de la répétition. Et puis après dans la saison, il y a une routine. Moi, je ne bosse pas des trucs en extra. Je bosse vraiment ce que je vais faire en match. On regarde des vidéos, on analyse ce qu’il se passe sur tel système, et je vais bosser ces tirs que j’ai fait en match. Certaines positions, certains timings… Donc c’est assez simple finalement.
Une question qui n’a rien à voir pour finir : tu suis l’EuroLeague ? Et si oui, qu’as-tu pensé de la signature de Nando de Colo au Fenerbahçe ?
Surpris. Il n’a pas annoncé que c’était sa dernière saison ? [On ne sait pas encore] Je sais pas s’il l’a annoncé ou pas, c’est pour ça que j’étais surpris… Mais ça montre le compétiteur qu’il est. Il savait très bien que l’ASVEL n’allait pas être compétitif cette année, donc il est reparti dans une équipe qui est championne en titre, et puis qu’il connaît. C’est aussi un sacrifice par rapport à sa famille, parce que j’ai vu que sa famille n’était pas encore partie avec lui. Bon c’est un sacrifice entre guillemets, mais bon.
Ça montre la passion qu’il a pour la gagne. Pour moi, c’est le 2e meilleur joueur de l’histoire du basket français. Tony [Parker] n’a pas eu la même concurrence, la même opposition en NBA, il a fait des choses que personne n’a fait. Pour moi, Nando est le deuxième. Donc s’il peut confirmer et finir sa carrière de la façon dont il le mérite, ça serait extraordinaire.

Donc tu continues à suivre l’EuroLeague ? Là-bas aussi il y a beaucoup de Français qui performent…
Tout le temps, bien sûr. Je regarde les matchs en live. On en discute aussi avec Zubac et [Bogdan] Bogdanovic. Surtout Bogi, qui est Serbe, et qui est dans le Top-25 All-Time de l’EuroLeague, avec le Partizan et le Fenerbahçe. Donc on parle des résultats, on suit ça bien sûr.
Tu te vois finir en EuroLeague un jour ?
Non… C’est trop tard. J’ai une vie en place ici aux États-Unis, à Los Angeles, je ne me vois pas repartir là-bas. C’est plus ça. C’est par rapport à la vie que j’ai à côté. Même si c’est un club en France franchement. Ils n’ont pas besoin de moi…





























Commentaires