ITW Rudy Gobert : « En général, quand tu fais une bonne défense, ça ne va pas finir sur Instagram ou Twitter »

Rudy Gobert, plus de 11 points et 11 rebonds de moyenne cette saison dans une équipe compétitive
Les affrontements franco-français sont de plus en plus fréquents en NBA. Surtout chez les intérieurs, qui sont nombreux à avoir de grandes responsabilités en NBA. Celui entre Rudy Gobert (2,16 m, 33 ans) et Alexandre Sarr (2,16 m, 20 ans) a tous les ingrédients pour être spectaculaire, entre deux des plus gros contreurs de NBA. Mais lors de ce deuxième affrontement de la saison entre les Washington Wizards (14e de l’Est) et les Minnesota Timberwolves (6e de l’Ouest), il n’y a pas eu photo, autant collectivement qu’individuellement. Gobert a terminé avec 18 points (8/10 aux tirs), 14 rebonds, 4 contres et une victoire de 26 points (141-115), tandis que Sarr n’a marqué que 7 petits points (3/10 aux tirs) et pris 3 rebonds.
Une preuve de la domination cette saison du quadruple Défenseur de l’année. Rudy Gobert réussit l’une de ses meilleures saisons en carrière à 33 ans, et toutes les statistiques le prouvent. C’est en sortie de cette nouvelle démonstration qu’il a accordé une interview dans les vestiaires visiteurs de la Capital One Arena, à BeBasket et Eliott Caillot, autre journaliste français présent sur place pour The Playoffs. L’occasion pour lui de s’exprimer en français sur sa saison mais aussi des sujets d’actualité. Détendu, avec le sourire, et l’envie de faire comprendre des choses.
Rudy, on t’as vu en match-up avec Alexandre Sarr tout le match, comment ça fait d’être contre un compatriote ?
Ça fait toujours plaisir d’affronter des Français, de voir la saison qu’il fait, la saison qu’ils font tous les deux [avec Bilal Coulibaly]. De les voir titulaires, de s’imposer en tant que joueurs dominants dans cette ligue, c’est toujours un kiff de les affronter.
Tu as réussi deux posters dunks sur lui, une petite saveur particulière, une dose de trashtalk peut-être ?
Non pas vraiment, pas vraiment. J’ai fait ce que j’aurais fait, que ce soit lui ou quelqu’un d’autre. Mais je sais que c’est un bon contreur, donc j’étais obligé de finir en force, et de ne pas lui donner cette chance de me contrer.
RUDY GOBERT ON HIS HEAD
🤯🤯🤯🤯🤯🤯🤯🤯 pic.twitter.com/dwf2Qk39KT
— Minnesota Timberwolves (@Timberwolves) January 5, 2026
Ça te fait revenir en arrière, tu te mets à sa place, quand toi tu es arrivé en NBA ?
Bien sûr, quand tu arrives dans la jungle de la NBA [sourire]. Alex a pu avoir une saison rookie où il a pu prendre ses marques, et puis là ça y est, il est lancé. Chaque match il a de grosses responsabilités, maintenant le plus dur c’est d’être présent chaque soir. De le faire sur la durée, de récupérer, d’enchaîner les matchs. En vrai pour moi, c’est ça l’aspect le plus dur en NBA.
Quels conseils pourrais-tu lui donner ?
Il a déjà tout le talent, tous les skills. Donc maintenant je dirais qu’il devrait travailler sur son corps, pour devenir plus costaud. En tant que 7-footer (2,13 m), qui est très long, le jeu dans la raquette est très impactant physiquement. Ça va être clé pour lui. Il doit travailler sur sa récupération, son cardio, sa force. Tout ça va l’aider à atteindre ses objectifs, parce que je pense qu’il peut être un super joueur des deux côtés du terrain. Il montre déjà des choses impressionnantes en défense. Honnêtement, je ne pensais pas qu’il serait à ce niveau aussi tôt. C’est cool à voir.
8/10 aux tirs ce soir, tu es à ton meilleur pourcentage de réussite en carrière (71%). Est-ce que tu es plus sélectif avec les tirs que tu prends, ou ce sont tes coéquipiers qui te mettent dans les meilleures dispositions ?
Je pense que c’est le travail qui paye. J’essaye d’être dominant sous le panier, mais maintenant je prends un peu plus de flotteurs etc. J’essaye de mettre en œuvre tout ce que je travaille en dehors des matchs. Et bien sûr, quand mes coéquipiers me trouvent, ce sont des paniers un peu plus faciles. Ce sont des paniers où je dois finir en force, et ça améliore mes pourcentages.
« Je me sens vraiment à l’aise avec mon shoot maintenant »
Rudy Gobert
On t’a vu t’échauffer en prenant une dizaine de tirs à 3-points avant le match, c’est quelque chose que tu veux implémenter dans ton jeu ?
Bien sûr. C’est quelque chose que je travaille depuis plusieurs années. Maintenant je l’implémente de plus en plus, ça devient de plus en plus naturel. Bien sûr, quand tu es habitué à faire la même chose pendant des années, ce sont des habitudes qu’il faut casser. Mais voilà, je fais tout le travail pour, et je me sens vraiment à l’aise avec mon shoot maintenant. Donc il n’y a plus qu’à commencer à en prendre un petit peu en match. Et puis quand ça va rentrer, on en prendra de plus en plus.
Avant le match, ton coach disait que tu étais un peu “pris pour acquis” en NBA. Quand on regarde les statistiques individuelles défensives cette saison, tu es dans les meilleurs à chaque fois. As-tu le sentiment que tu n’as peut-être pas la reconnaissance que tu mérites ?
Ça a été comme ça toute ma carrière, donc je l’ai accepté. Déjà les choses que je fais sur le terrain ne sont pas flashy, pas forcément belles à regarder. Mais je le fais avec consistance. Mon but c’est d’impacter collectivement et d’aider l’équipe à gagner des matchs en étant le meilleur défenseur au monde chaque soir. En général, quand tu fais une bonne défense, ça ne va pas finir sur Instagram ou sur Twitter. Quand tu forces un joueur à prendre un tir difficile, quand tu dissuades etc.
Parfois je contre, mais souvent je dissuade, sans mettre de contre. Donc c’est forcément moins excitant que quand quelqu’un fait un crossover et que le défenseur fait un 360° comme moi hier [samedi 3 janvier contre Miami, voir le clip ci-dessous]. Donc voilà je le comprends, je sais que la plupart des gens ne vont pas comprendre ça. Aujourd’hui, c’est la culture des highlights. Moi tant que je gagne des matchs, je suis content. L’objectif c’est d’impacter mon équipe, d’être le meilleur défenseur au monde, et d’aller chercher le titre.
« Aujourd’hui, c’est la culture des highlights »
Rudy Gobert
Bam had Rudy looking LOST 😭🤯 pic.twitter.com/pBuQPoixSj
— Bleacher Report (@BleacherReport) January 4, 2026
Justement sur cette action hier. Avec l’âge et l’expérience, tu arrives à passer outre la frustration de voir qu’il n’y a que cette action qui tourne sur les réseaux, alors que tu as très bien défendu sur Bam Adebayo tout le match (5/13 aux tirs) ?
Quand j’étais plus jeune, forcément ça me frustrait. Je me disais qu’en fait, tu peux faire 10 bonnes actions mais 1 mauvaise, et les gens qui vont sur les réseaux sociaux sans regarder les matchs vont se concentrer là-dessus. Maintenant, je m’en fous. Honnêtement. Bien sûr, tu as envie de dominer, de faire des actions qui marquent les esprits. Mais l’important, c’est la consistance. Ce n’est pas une seule possession, mais les dix qui suivent. Écoute, je préfère faire une mauvaise action mais impacter mon équipe sur les dix suivantes.
Ça fait partie du jeu. Des fois je me fais dunker dessus, des fois je me fais crosser. Mais l’important, c’est ce qu’il se passe sur la durée, sur 100 possessions. Et malheureusement, la plupart des fans ne comprennent pas ça. Mais c’est normal, le basket est aussi un spectacle, c’est un sport de highlights. Ça, je l’ai compris depuis longtemps.
Pour parler de ton coéquipier français Joan Beringer. Quels progrès tu l’as vu faire depuis qu’il est arrivé en NBA ?
Il progresse énormément. Même s’il n’est pas encore dans la rotation, il travaille dur, il a un bon état d’esprit. On sent que physiquement aussi il progresse, il travaille. Et puis je suis content qu’il puisse jouer en G-League, parce qu’il a 20 ans, il a besoin de jouer au basket. Il a besoin d’apprendre, de créer des automatismes. Et pour sa confiance, c’est aussi important qu’il passe du temps sur le terrain. Vraiment, je suis agréablement surpris. Surtout, il a une très bonne mentalité, et je pense que ça va l’emmener loin.
Les mots de Chris Finch sur son rookie Joan Beringer 🇫🇷, actuellement en G-League
« Son anglais s'améliore. Il est un peu timide mais très intelligent. Mais quand il est dans le groupe et qu'on donne des consignes, des fois il ne comprend pas »
(En collab avec @eliott_caillot) pic.twitter.com/U96HiqM8zG
— Tom Compayrot (@Tom_Cprt) January 4, 2026
Pour te poser une question d’actualité, qui vient de tomber en France. Nando de Colo vient de signer au Fenerbahçe [il fait Wow de la tête], quelle est ta première réaction à ça, vu que tu le connais bien…
Écoute, je suis content pour lui, forcément. Je pense que c’est le compétiteur en lui qui a toujours faim. C’est une super news pour lui. Je ne sais pas s’il va prendre sa retraite après cette année, mais c’est un joueur qui est tellement intelligent, talentueux. Il peut encore impacter des matchs aujourd’hui, même si physiquement ce n’est plus comme avant. Donc je suis content pour lui.
Est-ce que tu suis un peu l’EuroLeague depuis ici ?
Bien sûr. Je ne regarde pas vraiment les matchs par manque de temps, mais je suis les statistiques. Je vois les Français qui sont en haut des tableaux, ça fait plaisir. Que ce soit en EuroLeague ou en NBA d’ailleurs, le basket français est bien représenté. Et il faut continuer cette formation. Les jeunes qui grandissent en France et qui font du basket, ils peuvent rêver de NBA, de jouer au plus haut niveau mondial. Avant, c’était plus rare, il fallait être un peu fou. Il n’y a que les fous qui y arrivaient [rires].
« Les jeunes qui grandissent en France et qui font du basket, ils peuvent rêver de NBA… Avant, c’était plus rare, il fallait être un peu fou »
Rudy Gobert
Maintenant, des Français ont ouvert le passage même pour nous. Et puis chaque jeune en France peut se dire qu’il peut aller en NBA, ou en EuroLeague. Toutes les personnes impliquées dans la formation sont primordiales. Bravo à tout le monde. Et on va continuer de grandir, pour faire en sorte que le basket français soit de plus en plus dominant.
Depuis Washington,
Les mots de son coach Chris Finch :
« Rudy sous-estimé ? Je pense que oui. Je dirai même pris pour acquis parfois. Il continue de faire ce qu’il fait de mieux à un haut niveau. Il n’y a pas de doutes, on est une bien meilleure équipe quand il joue comme il le fait actuellement. Et ça a toujours été le cas…
Ces highlights qui l’affichent, je trouve ça puéril. Ces discours négatifs autour de Rudy, je crois que je ne les comprendrai jamais. C’est un joueur qui va t’aider à gagner des matchs, un gagnant, un super coéquipier, un professionnel incroyable. C’est tout ce que vous voulez pour donner l’exemple aux jeunes. Il suffit de regarder son pourcentage de victoire depuis qu’il est en NBA. »





























Commentaires