Nadir Hifi est bien plus humble que certains ne l’imaginent : « J’ai choisi de rester le même gars »

Nadir Hifi a répondu aux questions d’Etienne Ca
Nadir Hifi (1,85 m, 23 ans) n’a pas seulement parlé de tirs difficiles, de confiance ou de NBA. Dans cet entretien avec l’ancien joueur devenu influenceur de renom Etienne Ca (2,06 m, 29 ans), sur le podcast The Elevate House, le joueur du Paris Basketball a surtout dévoilé un profil bien plus attachant et réfléchi que ce à quoi le résument bien trop de commentateurs. Très lucide sur son histoire, reconnaissant envers ceux qui l’ont aidé, conscient aussi de ses erreurs, le Parisien d’adoption et Strasbourgeois d’origine a rappelé qu’il ne voulait pas seulement briller, mais continuer à avancer sans oublier d’où il vient. Et, à terme, servir les Bleus, quel que soit le rôle.
Un joueur déterminé, mais surtout beaucoup plus humble qu’on ne le pense
Sous les projecteurs, Nadir Hifi traîne parfois une image de joueur individualiste. Dans la discussion avec Etienne Ca, c’est pourtant l’inverse qui ressort. L’ancien joueur du Portel se décrit d’abord comme “quelqu’un de très déterminé”, un joueur qui, quand il veut quelque chose, “le fait à fond”. Mais il insiste aussi sur son choix de rester lui-même malgré l’ascension de ces quatre dernières années, y compris salariales.
“Moi, j’ai choisi d’être, de rester le même gars avec beaucoup d’humilité, bosser dur.”
Une phrase forte, qui résume assez bien le ton général de cet échange. Hifi ne se présente jamais comme un produit fini ni comme une star arrivée au sommet. Au contraire, il regarde régulièrement en arrière pour mesurer le chemin parcouru : “Je prends le temps quand même de regarder derrière moi parce que c’est important de voir aussi comment je suis arrivé là.”
Au fond, il dit même déjà se sentir comblé : “Mon rêve, c’était de devenir basketteur pro. Là, aujourd’hui, je fais ce que j’aime.” Mais cette satisfaction n’a rien d’une installation. Elle cohabite avec une faim intacte : “J’ai encore plus faim. J’ai envie d’aller en NBA. J’ai envie de gagner le plus de titres possible.”
Le poids du regard des autres, et la peur de ne plus progresser
Ce qui rend l’échange particulièrement intéressant, c’est aussi la sincérité de Nadir Hifi sur ses peurs. Alors que sa trajectoire est ascendante depuis plusieurs saisons, il reconnaît que cette montée en puissance n’efface pas les angoisses.
“Je vois des joueurs qui stagnent ou qui régressent même, et ça, ça me fait énormément peur.”
Il poursuit : “C’est clair que ma carrière aujourd’hui, elle fait que monter, monter, monter. Et j’espère que ça va continuer comme ça bien sûr, mais ça fait peur.”
Cette crainte explique en partie sa discipline quotidienne et son refus de relâcher la pression. Il raconte d’ailleurs avoir appris, parfois à ses dépens, que travailler toujours plus n’était pas toujours travailler mieux. Lors de sa première saison à Paris, dans un calendrier beaucoup plus dense, il a dû intégrer la notion de gestion du corps et du repos : “J’allais à la salle le plus possible. Ce n’est pas forcément intelligent.” Avant d’ajouter qu’il a fallu le recadrer sur cet aspect.
Cette lucidité renforce justement son côté attachant. Hifi ne vend pas une progression linéaire ni un récit héroïque parfait. Il raconte aussi ses maladresses, ses excès de confiance ponctuels, ses incompréhensions passées.
Ce qu’il a mal fait, et ce qu’il a appris
L’un des passages les plus intéressants de l’entretien concerne justement ses erreurs. Nadir Hifi admet qu’il n’a pas toujours eu la bonne approche.
“Avant, je n’en faisais qu’à ma tête.”
Il reconnaît aussi qu’en centre de formation, il a pu être “un peu égoïste”, mais précise que cela venait de son investissement supérieur à celui des autres à ses yeux : “Je m’entraînais plus que les autres. Donc pour moi, c’était logique d’avoir plus que les autres.”
Avec le recul, il a affiné sa lecture de la progression et de la hiérarchie : “Peut-être je l’ai pas été de la bonne manière.” Il explique aussi qu’après de gros matchs, il arrivait parfois relâché à l’entraînement : “Je venais un peu relaxe, tu vois, et là je me faisais avoir.” La conclusion est nette : “J’ai appris au fur et à mesure qu’il fallait jamais que je me relâche.”
Sur le plan collectif, son discours est loin du cliché du joueur qui ne pense qu’à lui. Il insiste sur la nécessité d’écouter les coaches, d’accepter certains rôles, de gagner la confiance étape par étape : “Même si dans ta tête tu es conscient que tu es plus fort que ça, il y a une certaine hiérarchie (et le coach est au-dessus).” Et encore : “Si tu es patient et que tu écoutes, tu peux te rendre la tâche plus facile.”
Maurice Acker, Shane Larkin et ceux qui ont cru en lui
Le passage le plus marquant de l’entretien est peut-être celui où Nadir Hifi raconte ce rendez-vous à Lille. À 17 ans, le directeur du centre de formation le reçoit dans son bureau et lui assène une phrase dure à entendre : “Je ne pense pas que tu vas devenir basketteur professionnel.”
Puis vient le détail qui a tout changé : “Le seul truc qui me fait espérer, c’est le meneur de l’équipe professionnelle.” Ce meneur, c’était Maurice Acker (1,76 m, 38 ans), ancien meneur de Lille, que Hifi cite avec émotion. “Il lui a dit : ‘Nadir, ça, ça va donner un bon joueur.’”
Hifi explique combien ce soutien l’a marqué : “J’étais beaucoup avec ce petit meneur-là et il m’a fait beaucoup espérer.” Il le place parmi les trois personnes qui lui ont vraiment donné de la force à des moments clés, avec son agent Emmanuel Esso – qu’il a affronté en NM3 en 2020-2021 – et Shane Larkin.
Concernant le meneur américain, la référence est presque intime. Hifi raconte avoir reçu un message de sa part au Portel, pendant sa deuxième année espoirs. “Je devais aller à la sieste et je reçois un message. Et crois-moi, la sieste je l’ai pas faite.” Il ajoute même : “Je pense qu’il n’y a pas un mec qui a regardé autant Shane Larkin que moi.”
Ce lien à distance avec son idole l’a profondément nourri. “Ça m’a boosté de ouf.” Et quand il parle de son jeu, il cite encore Larkin comme la référence dans laquelle il se reconnaît le plus : “Comment il bouge, comment il tire, ses appuis, c’est là où je me vois le plus.”
Une histoire faite de hasards, de prises de risque et de jeunesse assumée
L’autre force de l’entretien, c’est de rappeler que le parcours de Nadir Hifi n’a rien de classique. Il explique avoir découvert le basket presque par hasard, après un déménagement à Strasbourg, devant une salle : “J’ai commencé à taper le ballon et un jour je suis venu avec la fiche de licence.”
Avant cela, il touchait à tout : “Un jour, je faisais de la trottinette freestyle, un jour, je faisais du foot.” Rien ne semblait tracé.
Plus tard, au moment de basculer vers un projet plus sérieux, il reconnaît avoir voulu tout miser sur le basket trop tôt : “Il y a eu un moment où je n’allais plus au lycée. Je consacrais tout au basket.” Son père l’a remis dans le droit chemin : “Tu vas aller à l’école, tu vas faire ce qu’il faut et tu vas avoir ton bac.” Là encore, Hifi montre une capacité à reconnaître ce qui n’allait pas.
Il assume également avoir vécu sa jeunesse sans se couper du reste : “En vrai, moi j’ai profité de ouf.” Il poursuit : “J’étais avec mes potes, on sortait, franchement, j’ai vécu ma vraie vie de jeune.” Un aveu qui tranche avec beaucoup de trajectoires enfermées très tôt dans des centres de formation. Et il le dit sans regret : “J’ai aucun regret par rapport à ma jeunesse.”
Paris, un club et une ville qui lui ressemblent
Hifi a aussi longuement parlé de son lien avec le Paris Basketball, démarré en 2023. Et là encore, le ton est plus affectif qu’on pourrait l’imaginer.
“C’est lourd. C’est un club qui me correspond. Je sens vraiment mon ADN dans ce club-là.”
Il explique pourquoi la relation avec Paris fonctionne si bien : “Je pense que c’est l’endroit parfait.” Selon lui, son style, son énergie et son histoire trouvent un écho particulier dans la capitale : “Il y a les gens à Paname qui aiment trop mon style de jeu, ce que je montre.”
Au-delà du terrain, Hifi dit aussi sentir que de nombreux jeunes s’identifient à lui : “Les jeunes se voient en moi.” Et c’est sans doute l’un des points les plus forts de son discours. Il ne parle pas seulement de performance, mais d’identification, d’espoir transmis.
Lui qui est Strasbourgeois d’origine admet d’ailleurs s’être profondément attaché à sa ville d’adoption : “Je me sens beaucoup Parisien, je vais pas te mentir.”
Sa gestion de l’argent, autre preuve d’une maturité réelle
Un autre passage important de l’entretien, qui dit beaucoup de sa personnalité, concerne l’argent. Là encore, le discours de Nadir Hifi tranche avec les clichés du jeune joueur grisé par ses premiers revenus.
Quand il commence à gagner de l’argent, sa première réaction n’est pas la dépense. “Je me suis direct posé 1000 questions.” Il insiste même sur ce point : “Je ne me suis pas posé la question du ‘Ah, comment je vais dépenser ça ?’”
Au contraire, il explique avoir tout de suite cherché à comprendre. “J’ai posé des questions à ceux qui connaissent un peu le business.” Puis : “Je suis allé vers des joueurs que je savais dans l’investissement. J’ai posé des questions à mes agents.” Il s’est rapproché d’un gestionnaire de patrimoine et estime avoir été “mature de ce côté-là”.
Sa logique est très claire : la carrière n’est pas éternelle. “Ma carrière, elle va durer 20 ans, je l’espère.” Et derrière, il faut préparer l’après. “Comment je fais pour construire quelque chose avec ça ? Comment je fais pour me sécuriser ?”
Surtout, il insiste sur un point essentiel : avant même d’investir ailleurs, il faut investir sur soi. “Investir sur moi-même, c’est la chose la plus importante.” Il cite alors son cuisinier, les soins, la récupération. Là encore, on retrouve un joueur réfléchi, très loin du personnage uniquement guidé par l’ego ou l’instant.
La NBA reste un rêve, mais la Draft n’est pas vécue comme un échec
Sur la NBA, Nadir Hifi est très clair. Oui, c’est toujours un objectif. Oui, il a envie de tenter cette aventure. Mais il en parle sans amertume excessive ni frustration mal digérée. Il le dit d’ailleurs très simplement : “J’ai envie d’aller en NBA.” Plus loin, il précise : “J’ai envie d’aller voir, j’ai envie de jouer contre les meilleurs, j’ai envie de voir la meilleure ligue du monde. C’est le rêve de gamin.”
C’est important dans la compréhension de son discours : la NBA n’est pas une obsession de validation extérieure. C’est un rêve de basketteur, une curiosité, un sommet à aller tester.
Dans cette logique, la non-sélection à la Draft 2024 n’est pas racontée comme une blessure ouverte ou comme une injustice totale. Hifi la lit surtout comme une question de contexte et d’opportunité. “Ce n’est pas une question de niveau.” Puis il développe : “Je n’ai pas les dimensions d’un prospect de niveau international.” En clair, son profil ne rentrait pas naturellement dans les cases classiques du recrutement NBA.
Il ne charge pas les scouts : “Je ne pense pas que ça soit une erreur des scouts, c’est juste une opportunité.” Là où certains auraient construit un récit de revanche pure, lui adopte une lecture beaucoup plus posée.
Toutefois, il estime qu’“au final, ça n’aurait pas été une erreur de m’avoir drafté, même un bon choix.” Mieux encore, il explique que ne pas avoir été drafté a aussi un avantage stratégique : “Quand tu es drafté, il y a qu’une équipe qui a tes droits. Là, il y a toutes les équipes qui peuvent me prendre.”
Autrement dit, la Draft n’est pas un échec dans son histoire. C’est une étape non validée à ce moment-là, mais qui ne ferme rien. Au contraire, elle laisse ouverte une forme de liberté. Son discours sur la NBA est d’ailleurs cohérent avec cette idée : il ne mendie pas une chance, il continue à construire un dossier crédible. Il dit même ce qu’il pense pouvoir apporter là-bas : du scoring immédiat, dans peu de temps de jeu, et de plus en plus de playmaking depuis qu’il développe davantage le poste de meneur. “J’ai cette capacité-là où je peux scorer en très peu de temps. […] On m’a mis au poste de meneur cette année, donc je développe ce côté playmaking.”
L’équipe de France, un objectif longtemps jugé inaccessible
Le rapport de Nadir Hifi à l’équipe de France n’a rien d’évident dans son parcours. Avant d’imaginer porter le maillot bleu, le joueur du Paris Basketball est même passé par une autre sélection.
“J’étais dans un village en Algérie, je m’entraînais et un coach m’a vu. Il avait des contacts. […] Ils m’ont proposé de jouer pour l’équipe nationale algérienne et moi j’ai vu une occasion, j’ai direct pris.”
À l’époque, les Bleus sont très loin dans son esprit. Trop loin même. Il le reconnaît sans détour : “Je n’avais jamais envisagé de jouer pour l’équipe de France parce que c’était tellement loin.” Et il précise pourquoi, avec beaucoup de lucidité : “J’étais à des années de retard par rapport à mes concurrents.”
Ce regard en dit long sur son parcours atypique, loin des trajectoires classiques des prospects identifiés très tôt. Hifi ne s’est jamais vu comme un prodige en avance.
Aujourd’hui, la situation a évidemment changé. Mais là encore, son discours reste mesuré. Il ne brûle pas les étapes et ne revendique rien : “Chaque chose va arriver au bon moment.” Il se projette même avec recul sur son rôle futur : “Si ça se trouve je vais faire une carrière en équipe de France, je n’aurai pas un rôle majeur mais j’aurai gagné des titres et ça, ça me va parfaitement.”
Plutôt que de viser un statut, Nadir Hifi insiste sur l’essentiel : “Mon objectif, c’est de pouvoir gagner des titres et de pouvoir apporter à mon pays.”
Le message aux jeunes : croire en ses rêves, même hors des cases
La fin de l’échange est à l’image du reste : sincère, presque touchante. Quand Etienne Ca lui demande ce qu’il dirait au jeune Nadir qui sort du bureau lillois après avoir entendu qu’il ne deviendrait sans doute jamais professionnel, la réponse fuse : “Il faut croire en ses rêves.”
Puis : “Il n’y a personne qui va te donner les choses dans la vie. Il faut aller le chercher.” Et encore : “Fonce, suis tes rêves, travaille dur et tu vas y arriver.”
Hifi s’adresse aussi à tous les jeunes qui ne rentrent pas dans les cases physiques du très haut niveau : “Personne t’attend.” Mais il ajoute aussitôt : “Si tu arrives, tu seras un joueur spécial.” Lui-même le dit clairement : “Je pense que je suis un bon exemple pour les jeunes.”
Enfin, il explique comment il aimerait qu’on se souvienne de lui : “Nadir me donne de l’espoir de devenir basketteur professionnel.” Puis surtout : “Je veux qu’on se souvienne d’un mec qui est resté humble.”
Au vu de cet entretien, difficile de ne pas le croire. L’entretien est à voir / écouter ci-dessous :
























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