Qui est Léo Bouisson, ce jeune Français devenu copropriétaire du club de basket de Montréal ?

Léo Bouisson avec son équipe de Montréal en 2025
Léo Bouisson et Montréal, c’est une histoire qui dépasse aujourd’hui le simple cadre entrepreneurial. Installé au Canada depuis une dizaine d’années, l’Héraultais d’adoption s’est d’abord construit dans l’ingénierie, puis dans la mobilité électrique, avant de se lancer dans l’aventure du sport professionnel avec l’Alliance de Montréal. Un projet qui mêle passion familiale, ambition économique et volonté de faire émerger durablement le basket dans la grande métropole québécoise.
Des classes prépa à Montpellier à l’entrepreneuriat à Montréal
Né à Marseille, Léo Bouisson a rapidement quitté les Bouches-du-Rhône pour l’Hérault. « Je suis né à Marseille, autour de mes 6 ou 7 ans, on est parti à Montpellier avec ma famille. » C’est dans le sud qu’il a grandi, avant de suivre un parcours académique exigeant.
« J’ai fait les classes prépa scientifiques à Montpellier, puis après ça je suis parti à Nancy pour deux ans pour faire une école d’ingénieur à l’École des Mines de Nancy. » Son cursus prend ensuite une dimension internationale avec un double diplôme à Polytechnique Montréal. « Au lieu de la dernière année, j’ai fait un échange qui était un double diplôme avec l’École Polytechnique à Montréal. »
Cette trajectoire l’amène à s’installer durablement au Québec. « Après ça, j’ai travaillé chez Bombardier », explique-t-il, en évoquant ses débuts dans le groupe aéronautique basé à Montréal. Puis vient le virage entrepreneurial. « J’ai rencontré deux personnes en 2020, fin 2020, avec qui on a lancé ce qui s’appelait avant Louelec, ce qui est devenu depuis Weeve. » Son entreprise se spécialise dans la location de voitures électriques pour les professionnels de la route.
Le basket, une affaire de famille
Si Léo Bouisson a fait carrière dans l’industrie puis dans l’entrepreneuriat, le basket a toujours occupé une place particulière dans sa vie. Et pas seulement en raison de son rôle actuel à Montréal.
« Mon grand-père Jean-Yves Courtin, qui est le père de ma mère, était un des cofondateurs à l’origine de Cholet Basket en 1975. » Cette filiation n’est pas un simple détail biographique. Elle a contribué à ancrer très tôt le basket dans son quotidien familial. « Tout le monde y a joué dans la famille. Du côté de ma mère, mon grand-père, ma grand-mère, mes deux parents, mes deux frères et moi. »
Lui n’a jamais prétendu à une carrière de haut niveau. « Moi, absolument départemental, mon petit frère autour de régional, puis mon grand frère autour de national. » Mais la culture basket était partout. « Ça a toujours été le sport de la famille. On se levait avec mes frères quand on était plus jeunes, à 10, 12, 13 ans, à 2h du matin pour regarder le concours de dunks, le concours à 3-points, le All-Star Game. »
Ce lien s’est aussi nourri de l’héritage choletais. « Ça a eu l’histoire avec mon grand-père aussi, ça fait qu’on avait un petit peu plus de liens, d’affinités avec Cholet Basket. »

Des souvenirs à Mauguio, avant de passer du terrain au business
Avant de devenir dirigeant, Léo Bouisson a lui aussi connu les gymnases de jeunes basketteurs autour de Montpellier. « Je jouais à Mauguio, c’était en départemental. » Une expérience brève au complexe sportif Jean-Paul Beugnot, mais marquante. « C’était relativement court. Dans mes souvenirs, c’était quand j’étais en 6e, j’ai fait peut-être un ou deux ans. »
Il en garde surtout une forme de nostalgie simple et sincère. « Quand on aime le basket, pouvoir le jouer à un jeune âge, c’est quand même un truc très cool. » Mais il le reconnaît sans détour : « Mon investissement dans le basket avait plus vocation à être du côté business que du côté sportif-athlète. »
Comment l’Alliance de Montréal est entrée dans sa vie
L’histoire entre Léo Bouisson et l’Alliance de Montréal ne commence pas par un plan de carrière, mais par un partenariat. À l’époque, son entreprise Weeve est installée juste à côté de la salle de l’Alliance. « J’avais été approché par ceux qui s’occupaient des partenariats de l’Alliance, parce que nos bureaux étaient juste à côté de la salle. »
D’abord réticent sur le plan commercial, il finit par accepter. « Au début, j’avais dit non, parce que ce n’était pas forcément logique pour mon entreprise. Mais après ça, vu que j’avais une passion pour le basket, j’ai fait ce partenariat finalement. » Cette première année comme partenaire lui permet de se rapprocher de l’organisation. « J’avais des billets, j’allais voir les matchs, donc je me suis un peu rapproché de l’organisation. »
Le déclic survient lorsqu’il apprend que la franchise est à vendre. « Rapidement, en début de saison 2024, j’ai appris que l’équipe était à vendre. » À partir de là, tout s’accélère. « J’ai parlé à probablement une centaine de personnes en un mois, un mois et demi. » Et le projet prend forme. « On a fini par racheter l’équipe au début de l’année 2025. »
Joël Anthony, Ian Philip et une répartition claire des rôles
Pour mener à bien ce rachat, Léo Bouisson s’est entouré. D’abord de Joël Anthony, l’ancien pivot du Miami Heat, double champion NBA, qu’il connaissait déjà via son podcast Unfiltered Athletes. « C’était ma porte d’entrée au moment où j’ai appris que l’équipe était à vendre. »
Le courant passe immédiatement. « On s’était booké pour un rendez-vous d’une heure. Finalement, on a tellement parlé que ça a duré 3h30 ou 4h. » Une vraie rencontre fondatrice. « Je voyais qu’il y avait de l’intérêt et on s’entendait bien. On se correspondait en termes de vision puis de plan sur le long terme. »
Le troisième homme du projet est Ian Philip. « Ian Philip, détenteur d’abonnements depuis la première année, avait cet intérêt-là aussi. » Ensemble, ils construisent un trio complémentaire. « Joël a une connaissance basket quasiment sans limite. » L’ancien joueur NBA pilote la partie sportive. « C’est Joël qui mène le bateau, notamment avec notre coach aujourd’hui, Jermaine Small, pour ce qui est du recrutement. »
De leur côté, les deux autres copropriétaires se partagent davantage les dossiers économiques. « Ian Philip, lui, est plutôt côté back office, la partie financière, légale, comptabilité. Et de mon côté, je suis plus du côté développement commercial, relation avec les partenaires, stratégie. »

“L’étincelle, ça a été la passion”
Léo Bouisson le répète : son engagement dans l’Alliance ne repose pas seulement sur l’émotion. « Je ne suis pas salarié de l’Alliance, je suis quand même encore chez Weeve de manière très active. » Mais le projet occupe une place importante dans sa vie. « L’Alliance, pour moi, ça a été lancé comme un projet passion. »
Sa formule résume toute sa philosophie : « L’étincelle, ça a été la passion, mais l’essence, le fuel, ça doit être une certaine logique d’affaires et de croissance sur le long terme. »
Son rôle est donc moins opérationnel au quotidien que tourné vers l’avenir. « J’essaie de parler à autant de personnes que je peux, sans jamais être en mode pitch avec une présentation, un PowerPoint. » Sa méthode repose sur l’échange direct. « C’est souvent des discussions avec juste un café, puis de parler de la vision de l’Alliance, de la croissance, de ce qu’on veut faire. »
Faire de l’Alliance une institution, pas seulement une équipe
Au-delà des matchs, Léo Bouisson voit plus loin. « L’Alliance aujourd’hui est connue et est une équipe de basket professionnelle. Ce qu’on aimerait, c’est de devenir une institution basketball en général. » Le mot est lâché : institution.
Le projet dépasse donc la seule saison estivale de la ligue canadienne. « Petit à petit, ajouter des éléments par-dessus cette saison, qui seraient des camps et clinics pour la jeunesse, autant de possibilités de revenir dans la communauté et redonner aux jeunes. » Une vision pensée sur plusieurs années. « C’est beaucoup d’essayer de penser à 5 et 10 ans. »
Dans une ville aussi concurrentielle que Montréal, cette ambition n’est pas anodine. « Montréal est une ville qui adore les gagnants. » Mais il sait aussi que la notoriété ne se décrète pas. « Ça prend du temps. Une ville comme Montréal, il y a beaucoup d’habitants, beaucoup d’autres équipes de sport également à de très bons niveaux. Donc il faut se faire sa place, il faut se différencier. »

L’Alliance veut grandir dans une ville immense
Sportivement, la franchise sort d’une saison encourageante. « L’année passée, ça a été notre meilleure saison en termes de bilan, et c’est aussi la première année où on s’est qualifiés pour les séries (playoffs) grâce à nos résultats. » Même si l’aventure s’est arrêtée tôt, le cap est fixé. « On veut que nos partisans (supporters) se rendent vite compte qu’on est une équipe qui peut aller chercher un titre de la CEBL. »
Sur le plan économique aussi, la progression existe. « On a à peu près 20 ou 25 partenaires actuellement. Encore d’autres qui vont probablement nous rejoindre avant le début de la saison. » Et, selon lui, les signaux deviennent positifs. « Le monde commence à nous connaître. De plus en plus de gens connaissent l’Alliance, au moins en ont entendu parler, même s’ils ne sont pas encore venus nous voir forcément. »
Mais il reste lucide sur le défi montréalais. « Il y a quand même cinq ans probablement avant que le nom de l’Alliance soit reconnu largement dans Montréal puis dans le Québec. »
Une ligue jeune, estivale et pensée comme un tremplin
Léo Bouisson insiste aussi sur la singularité du championnat canadien, dont le calendrier est complémentaire des saisons européennes. « C’est une ligue relativement courte. » Ce format est un atout. « Quand l’été arrive et que leur saison en France, en Espagne ou en G-League est terminée, les joueurs ont le choix entre rester à la maison ou venir jouer en CEBL. »
À ses yeux, la CEBL offre une vraie utilité sportive. « C’est une manière pour eux de continuer à se montrer et de continuer à progresser dans le cheminement de leur carrière. » Le championnat canadien peut ainsi servir de tremplin. « Ils voient la CEBL comme un stepping stone, un tremplin. »
Quant à sa viabilité, il se montre clair. « Évidemment que le but c’est d’être rentable et d’être profitable et d’être durable. » Et il assume cette ligne entrepreneuriale. « Personne n’investirait si ce n’était pas l’intention. »

Le basket, sport “cool” et en pleine poussée au Canada
Dans son discours, un sujet revient souvent : la montée en puissance du basket au Canada. « Le basket est probablement un des sports les plus cool. » Il le dit avec son vocabulaire, mais aussi avec une vraie conviction stratégique. « Au Canada, le basket est vu comme le sport le plus cool chez les 16-35 ans. »
Cette dynamique se ressent aussi à Montréal. « La grande majorité de nos fans, à l’Alliance en tout cas, sont très jeunes. » Il avance même une tendance marquée. « On a quelque chose comme 65 % de nos fans qui ont entre 16 et 35 ans. »
Pour lui, cette croissance s’explique par plusieurs facteurs, entre accessibilité de la pratique et émergence de figures canadiennes et québécoises (Luguentz Dort et de Bennedict Mathurin, tous deux originaires de Montréal-Nord, notamment) au plus haut niveau. « Le basket est vraiment aimé et trendy chez les jeunes. » Et il ne cache pas son optimisme. « Si on me devait me dire dans quel sport j’ai le plus de chances de voir de la croissance au Canada, ça serait de 100 % le basketball. »
Son passage à Cholet, une visite qui compte
L’an dernier, juste après le rachat de l’Alliance, Léo Bouisson s’est rendu à Cholet pour échanger avec le club de son histoire familiale. Une immersion qu’il décrit comme fondatrice. « J’ai été super bien accueilli par toute l’organisation. Ils avaient été très transparents, ce qui était vraiment incroyable. »
Ce séjour lui a permis d’observer de près une structure installée depuis des décennies. « Avant même de faire ma première saison, j’avais l’opportunité de voir une équipe pro bien établie depuis plus de 50 ans, voir comment ils font les choses. »
Il sait évidemment que les réalités de Cholet et Montréal sont différentes. « Cholet, c’est une ville de 50 000 habitants. Nous, on est à Montréal, qui est une métropole autour de 4 millions d’habitants. » Mais il a identifié des enseignements très concrets. « Toute leur expérience, expertise, toutes les choses qu’ils ont essayées, ratées, celles qui ont fonctionné, qu’ils ont gardées, ça nous évitera probablement à terme de faire les mêmes erreurs. »

Des ponts possibles entre le basket français et Montréal
Enfin, Léo Bouisson n’exclut pas que cette aventure québécoise puisse, à terme, créer de vraies passerelles avec le basket français. « J’espère. » Le mot est simple, mais il ouvre une perspective.
Dans l’immédiat, il joue déjà un rôle de relais informel. « Quand notre coach, notre directeur général voit un joueur en Europe ou idéalement en France, il me demande si je connais quelqu’un dans l’organisation où le joueur est actuellement. » De quoi recueillir des renseignements de terrain sur un profil ou une personnalité.
À plus long terme, il imagine davantage. « On pourrait regarder comment éventuellement des jeunes qui grandissent dans une équipe en France ou dans un centre de formation pourraient venir jouer en Amérique du Nord. » Il pense aussi aux staffs. « Peut-être qu’on est capables de faire des échanges avec des coachs à nous qui iraient voir ou aider le coaching-staff en France, et vice versa. »
L’idée n’est pas encore structurée, mais elle existe. « Aujourd’hui, on ne l’a pas forcément encore creusé vraiment parce qu’on a une grosse concentration sur s’ancrer localement. Mais c’est sûr, c’est quelque chose qu’on aimerait faire sur le long terme. »
À travers son parcours, Léo Bouisson incarne en tout cas une trajectoire peu banale : celle d’un Montpelliérain, héritier d’une histoire choletaise, devenu copropriétaire d’une franchise à Montréal avec la volonté d’y faire grandir bien plus qu’une équipe.
























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