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Les vacances d’été à Trappes, l’héritage paternel à Grigny : pourquoi A.J. Dybantsa, le n°1 de la Draft NBA, a un vrai lien avec la France

NBA - À 19 ans, le phénomène A.J. Dybantsa a déjà tout d'une superstar établie, aux Etats-Unis et au-delà. De passage en France, un pays avec lequel il a des attaches familiales fortes et ancrées, le futur numéro 1 annoncé de la Draft NBA 2026 s'est confié à BeBasket sur son héritage de l'Hexagone, du Congo Brazzaville, mais aussi sur son ascension vertigineuse.
Les vacances d’été à Trappes, l’héritage paternel à Grigny : pourquoi A.J. Dybantsa, le n°1 de la Draft NBA, a un vrai lien avec la France

A.J. Dybantsa, le n°1 de la Draft, a des attaches avec la France

Crédit photo : Brad Penner-Imagn Images
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La prophétie s’est réalisée. Le visage enfoui dans ses mains, Anicet Junior Dybantsa n’a pas pu s’empêcher de sourire au moment où Adam Silver prononçait les mots : « Avec le premier choix de la Draft NBA, les Washington Wizards sélectionnent… » ! Depuis des années, il savait que c’était son nom qui serait appelé en premier. Et cela n’a pas loupé.

Quelques semaines plus tôt, au début du mois de juin, A.J. Dybantsa passait quelques jours à Paris, où son emploi du temps fut celui d’une superstar, sans le moindre temps-mort. Des rendez-vous avec tous les médias français, y compris BeBasket, mais aussi la découverte de la Betclic ÉLITE avec la demi-finale Paris – Cholet, un match de tennis de son compatriote Frances Tiafoe à Roland-Garros, des opérations sponsors, la quête de son costume pour la Draft, des visites auprès du club de Hustle ou de Grigny. Business only à Paris ? Pas vraiment. Pour A.J. Dybantsa, c’est surtout un retour aux sources de son paternel : Anicet « Ace » Dybantsa.

A.J. Dybantsa est considéré comme l’une des futures stars du basket mondial (photo : Cécile Thomas)

L’âme française, profondément

Plus que son agent désormais, Anicet est surtout le lien viscéral qui unit la France à son fils. Car du haut de ses 19 ans, A.J. est venu dans l’Hexagone plus d’une dizaine de fois. Et pas qu’à Paris, pour s’adonner à du tourisme ou du shopping Boulevard Haussmann. Non, il se souvient de ses séjours à Trappes, avec ses sœurs, chez les cousines de son père. Dès l’été 2018, alors que le pays fêtait la deuxième étoile des hommes de Didier Deschamps, il y était resté un mois et avait adoré.

Il faut dire que le père, Anicet, a une histoire singulière avec la France. Né au Congo-Brazzaville, il arrive en France en 1980 et s’y installe pendant huit ans. « Je me faisais virer à gauche et à droite… l’école, à l’époque, c’était terrible », s’esclaffe-t-il à notre micro, en Français, sa langue natale, depuis le 17e étage de leur palace cinq étoiles du quatrième arrondissement de Paris, proposant une vue panoramique sublime sur le reste de la capitale.

Des conditions qui doivent lui changer de ce qu’il a connu dans les années 80, lui qui a bourlingué entre Tours, Compiègne, Épinal et surtout Grigny, où il a passé le plus clair de son temps. Il a d’ailleurs profité de son passage en France en cette première semaine de juin afin d’emmener son fils pour la première fois en Essonne. « La ville a beaucoup changé depuis que je suis parti il y a 37 ans… » C’était en janvier 1989. Il allait falloir encore attendre 22 ans avant que son fils ne voit le jour…

De cette vie nomade sur trois continents, Ace a tiré une philosophie qu’il a transmise à ses enfants : « J’essaie de prendre les bonnes choses de chaque continent et de les implanter chez mes enfants. L’Europe et la France nous ont appris le travail acharné, le respect des aînés et l’aide de son prochain ».

Bientôt sur la route des Bleus ? 

S’il ne parle pas Français, mais le comprend, A.J. suit de très près l’ascension du basket tricolore. « La France développe beaucoup de bons athlètes. Ils ont fini deuxièmes aux derniers JO », souligne-t-il avec le flegme qui le caractérise, lui qui avait notamment été vu dans les travées de Marcel-Cerdan en janvier 2025 pour le Young Star Game.

Sa réaction devant le phénomène Victor Wembanyama est sans équivoque : « Il fait 2,26 m et il fait ce qu’il fait… c’est impressionnant ». Il observe également avec attention la progression d’Alexandre Sarr, qui va devenir son coéquipier à Washington… et peut-être son rival sur la scène internationale. Pour cause, il nous confie voir dans cette génération française une concurrence sérieuse pour les années à venir. Ainsi, il s’est notamment promis de participer aux Jeux Olympiques de 2028, à Los Angeles.

Sacré champion du monde U19 l’été dernier à Lausanne, et MVP de la compétition, il avait croisé la route des Bleuets dès le premier tour. Sous les yeux de son père, présent en Suisse, il n’avait pas eu à forcer son talent pour mater la génération 2006 cornaquée par Ruddy Nelhomme (16 points à 5/6 et 4 rebonds en 20 minutes).

L’école de la discipline paternelle

Derrière chaque grand champion, il y a souvent un mentor intransigeant. Pour A.J., c’est son père, Anicet « Ace » Dybantsa, qui a pris ce rôle à bras-le-corps. Ancien policier à l’université de Boston, Ace a appliqué une méthode de fer pour canaliser le talent de son fils. L’anecdote la plus marquante remonte à la classe de 6ème (équivalence). A.J. annonce alors son rêve : devenir professionnel.

La réponse du père est cinglante : « Arrête de rêver, il y a plus de docteurs et d’avocats que de joueurs NBA dans ce monde », lui avait-il dit. Des années plus tard, dans la suite parisienne de son fils, son chausson aux pommes dans la main (dont subsistait, d’ailleurs, une miette perturbante sur le coin de sa bouche), l’anecdote le fait marrer. Mais à l’époque, c’était très sérieux. « Je vais t’aider, mais tu dois avoir des A et des B. Si tu as un C, c’est fini ».

A.J. Dybantsa et son père en janvier 2025 à Levallois, lors du Young Star Game (photo : Westcoo)

Simple menace ? Absolument pas. Un jour, A.J. a ramené  un « C- » de son examen. Ace appelle alors le coach de son équipe : « C’est quand le prochain tournoi ? À Philadelphie ? Ok, j’amène mon fils, mais ne le fais pas jouer ». Le père conduit alors six heures de Boston à Philadelphie, A.J. reste sur le banc tout le weekend, et ils rentrent. « Au retour, je lui ai demandé : « Tu as compris la leçon ? » Depuis ce jour-là, il n’a plus eu que des B jusqu’à l’université », raconte Ace avec fierté. Cette discipline s’étendait même au salon familial : une caméra surveillait qu’A.J. et ses deux sœurs fassent bien leurs 100 pompes quotidiennes (50 le matin, 50 le soir) sous peine de voir leur téléphone confisqué.

La pression ? Quelle pression ?

Si A.J. est aujourd’hui ce monstre physique, comparé par les plus fiables scouts à « Jaylen Brown avec plus de ‘bounce’ [de rebond, d’énergie dans les jambes, ndlr] », tout s’est joué durant la période charnière du Covid-19. Alors que le confinement avait mis le monde sous cloche, son père installe un panier et des « plyo boxes » dans leur jardin à Brockton pour travailler la détente. « C’est là que j’ai vu qu’il avait une chance. Il s’entraînait deux à trois fois par jour », se rappelle Ace.

Durant cet été, A.J. grandit de plus de dix centimètres en trois mois. « Quand il est sorti du confinement, les gens ne l’ont pas reconnu », s’amuse son père, avant de jeter un œil protecteur sur son fils, assis plus loin, lancé dans une séquence d’interview tête à tête avec six médias français successifs.

A.J. Dybantsa a participé à la Coupe du Monde U19 à Lausanne en juillet 2025 (photo : Cécile Thomas)

C’est à ce même moment, vers 14-15 ans, qu’A.J. réalise qu’il n’est plus seulement un bon joueur, mais potentiellement le meilleur de sa génération. Encore plus lorsqu’il voit son nom s’afficher à la première place du classement ESPN. Propulsé sous les projecteurs des réseaux sociaux dès le collège, A.J. a appris à gérer la « hype » avec une maturité déconcertante. Sa stratégie est simple : « Poste et disparais ». « Tout le monde a une opinion. Je sais ce que je fais et ce dont je suis capable. J’ignore le mauvais et j’embrasse le bon », confie-t-il, très détaché.

Cette force mentale lui permet de regarder la concurrence dans les yeux. S’il respecte ses concurrents Cameron Boozer ou Darryn Peterson, qu’il croise depuis l’enfance, il n’a aucun doute sur sa légitimité à se retrouver au sommet de la prochaine cuvée. « Je suis polyvalent, complet, je joue de la bonne manière, je gagne. » Pas besoin d’en dire plus…

Un battant au pays de Rocky

Basketteur à plein temps, ne parvenant pas à regarder une série Netflix sans s’endormir au milieu du premier épisode de la première saison, A.J. vit littéralement pour le basket. Il a tout de même tenté de se trouver de nouvelles passions : le golf, la pêche et même la boxe. Comme un signe du destin pour celui qui a grandi à Brockton, la cité de Rocky Marciano.

A.J. Dybantsa, au-dessus de la mêlée ? (photo : Cécile Thomas)

A défaut de pouvoir passer son temps autrement qu’en améliorant son tir, sa « plus grande faiblesse », Dybantsa en donne. Il a également lancé sa propre fondation, pour offrir des bourses d’études en Afrique, notamment au Congo et en Jamaïque. Un coup de pouce de plus pour la jeunesse à qui il s’adresse une dernière fois avant de vaquer à ses autres obligations. « Rien n’est impossible. Continuez de foncer, vous avez une chance de faire des choses spéciales ».

À Paris, A.J. Dybantsa n’était pas seulement étiqueté « star en devenir » ; il était un fils fier de ses racines, prêt à porter le poids d’une franchise sur ses larges épaules. Comme attendu, ce sera donc dans la capitale fédérale, dont le seul sacre NBA remonte à 1978. Soit presque 50 ans de disette, un sacré défi à sa (dé)mesure. Et d’ici là, comme il le dit lui-même : « Le travail recommence, tout simplement ». Pour rendre son père fier. Et aussi, quelque part, pour rendre Grigny fier.

Depuis l’hôtel d’A.J. Dybantsa à Paris

Image Arthur Puybertier
Arthur Puybertier est le journaliste rookie de BeBasket. Il suit de près l’actualité du basket, de la Nationale 1 jusqu'à la NCAA, NBA et WNBA ! Il analyse le jeu et les transferts avec une solide culture sportive et un regard éclairé sur les enjeux du sport. Cette saison, il couvrira également l'Euroleague et la Betclic ELITE depuis l'Adidas Arena et le Palais des Sports Maurice Thorez, pour vous faire vivre l'actualité au plus près.

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