Bastien Pinault, le récit introspectif : « À 1 200 euros par mois, je me posais beaucoup de questions sur ma carrière »

Bastien Pinault, l’un des bras les plus fiables de France
29 décembre 2006. Quelque part dans les tribunes de Bercy, un jeune garçon de 13 ans se passionne pour le concours à 3-points du All-Star Game, enlevé par Tracy Murray (Élan Chalon), un vétéran NBA (13 saisons). Ce petit, qui a fait plus de 800 kilomètres pour venir, c’est Bastien Pinault, accompagné de son père, Jean-Paul, ancien joueur de bon niveau au Tarbes Gespe Bigorre. Sans se douter du formidable symbole qui allait se jouer exactement 12 ans plus tard.
Le 29 décembre 2018, les deux hommes étaient de retour à l’AccorArena. Jean-Paul toujours dans les tribunes et Bastien sur le parquet, cette fois. Pour finalement remporter le concours à 3-points, devenant ainsi le Chalonnais succédant à Tracy Murray au palmarès.
Un petit sommet personnel, qui trouve ses origines sur ce quart de terrain en béton dans la maison familiale de Horgues, où les deux ont passé d’innombrables heures à répéter toutes les gammes possibles du shoot. « Les petits appuis à droite, les petits appuis à gauche », sourit le Palois. De quoi faire de cet adolescent pas très grand, pas très physique, pas très bon défenseur le futur capitaine de l’Élan Béarnais, et l’un des meilleurs shooteurs du pays. Dans un récit introspectif, Bastien Pinault se raconte.

Façonné sans pression à Tarbes
« Le basket, c’était pour avoir le moins d’école possible ! »
« J’ai grandi à Horgues, dans la banlieue sud de Tarbes. J’ai eu une éducation tournée autour du sport. Ça pouvait être du vélo, du tennis, du golf… On n’était pas une famille hyper aisée mais on n’a jamais manqué de rien. Mes parents se tuaient au boulot pour qu’on puisse avoir des super vacances, des petits stages sportifs avec ma sœur. Mon père était commercial à l’époque, ma mère travaillait dans la gestion des logements sociaux de la mairie. Maintenant, les deux sont agents immobiliers !
« Tous les soirs d’été à shooter jusqu’à 23h avec mon père »
Bastien Pinault, sur l’origine de son shoot
J’ai toujours fait du basket, mon père ayant notamment joué en Nationale 1 au TGB, mais ça n’a pas été tout de suite le sport que j’ai choisi. En parallèle, je faisais du rugby et de l’athlétisme. À un moment, j’ai dû faire un choix… J’aurais sûrement aimé le rugby avec le temps mais je n’étais pas trop bourrin à l’époque, et ça caillait l’hiver dans le Sud-Ouest (il sourit).
Le Quai de l’Adour est la salle de ma jeunesse. J’allais beaucoup voir les filles du TGB : les Laure Savasta, Polina Tzekova, etc. Quand Pau venait jouer, j’avais même droit aux autographes des joueurs. Ce sont des choses qui marquent quand t’es enfant. Après les matchs, mon père allait boire des coups avec les autres anciens et moi je restais sur le parquet avec les copains pour shooter jusqu’à ce qu’on parte. Je sais que j’ai marché pour la première fois à l’un de ses matchs, en traversant le terrain, mais je n’ai pas le souvenir de l’avoir vu jouer. J’ai toujours été adroit avec mes mains mais c’est lui qui m’a appris à shooter, à faire les bons appuis, etc. Je me revois les soirs d’étés à faire des concours de tirs avec lui jusqu’à 23h. J’ai mis longtemps avant de le battre ! On avait un petit quart de terrain en béton à la bonne taille dans le jardin.

J’ai fait toutes mes jeunes classes de basketteurs à Tarbes, toutes les vacances avec la sélection départementale du 65. Puis je pars de chez moi à 13 ans, pour aller au CREPS de Toulouse. C’est un peu tôt. Et j’étais un gamin qui aimait bien se mettre dans les problèmes. Les petits problèmes (il sourit). Je faisais tout le temps des conneries, j’étais un peu influençable. Ce qui a fait que je n’ai pas été pris au centre de formation de l’Élan Béarnais lors de la première année car je faisais le minimum de ce qu’il fallait faire scolairement. Sachant que je ne faisais que des bêtises et que je n’étais pas au-dessus du lot au basket, adroit mais c’est à peu près tout, Pau m’a dit non.
« L’Élan Béarnais m’a dit non »
Bastien Pinault, recalé par Pau en 2008
Ce refus m’est un peu passé au-dessus, à vrai dire. Je faisais tout pour être bon au basket mais pour avoir le moins d’école possible. J’avais compris que ça pouvait me permettre d’aller dans les classes sport, où l’on pourrait m’enlever 2-3h de cours. Ça a été mon petit moteur. Ce que je voulais faire à l’époque, c’était pompier ! J’avais même fait mon stage de troisième avec eux. Mais on faisait une séance de sport le matin, ils sont partis en intervention pour éteindre un feu et ils m’ont laissé seul. J’ai dû marcher plusieurs heures pour rentrer à la caserne. Ça m’a dégoûté du métier.

Après le refus de Pau, je suis rentré à Tarbes, chez mes parents, en seconde pour jouer en cadets deuxième division avec Tarbes-Lourdes. J‘étais entraîné par Alex Casimiri (Saint-Vallier) et on pratiquait un beau basket, j’ai énormément progressé cette saison-là. On faisait des matchs amicaux contre Pau, où l’on prenait tout le temps des tôles, mais j’arrivais à sortir mon épingle du jeu et j’ai été pris blessé à Pau ! J’avais un plâtre à la cheville au moment de la détection. J’avais fait des pré-tests plus tôt dans la saison, sauf que je m’étais entraîné face à l’équipe Espoirs : j’étais cadet première année et je me retrouvais avec les Lesca, les Morency, Romain Hillotte, Alexandre Mendy, Fernando Raposo, Miguel Buval, Tanguy Ramassamy, etc. Dur de prouver grand chose face à des mecs comme ça. Sauf que Thierry Trouillet avait vu quelque chose en moi apparemment. Je ne le remercierai jamais assez. Maintenant, il est devenu prof de golf et me donne des cours de golf à Pau !
Élan Béarnais, chapitre 1 (2009/14) :
« À Pau, loin de tout le monde, personne ne nous connaissait »
« C’était fantastique. Je me suis fait des souvenirs et des amis pour la vie, avec qui j’ai même des tatouages en commun : Sébastien Cape, Vincent Couzigou, etc. C’est à Pau que je me suis rendu compte qu’il faudrait peut-être vraiment s’intéresser au basket, que j’avais peut-être quelques vrais points faibles, mais aussi un gros point fort avec le tir.
« On n’avait pas des réels sur comment devenir pro »
Bastien Pinault, sur la différence générationnelle
Quand je vois un François Wibaut (20 ans) aujourd’hui, j’étais à peine capable de jouer en Espoirs à son âge… Ce sont deux époques complètement différentes dans l’approche du professionnalisme. Nous, on n’avait pas les réseaux sociaux pour nous parler des salaires, qui te font des réels sur comment devenir pro, la prépa mentale, la prépa physique. Les jeunes d’aujourd’hui sont prêts car ils sont plus informés, plus préparés. Maintenant, si à 18 ans, tu n’es pas en Betclic ÉLITE, t’es presque en retard. Nous, si tu faisais le banc des pros à 20-21 ans, sur ta dernière année Espoirs, c’était bien quoi. T’avais un bon niveau.

Moi, je prenais les trucs à la légère, je ne me suis jamais posé la question d’être pro ! La vie était cool et simple : j’étais en cadets France, j’étais avec mes potes, on était tout le temps en petite meute à jouer, manger, dormir ensemble. Tu ne vis pas chez tes parents, tu es nourri – logé – blanchi, t’es le roi du monde quoi !
« Champion de France NM3, une saison exceptionnelle »
Bastien Pinault, sur l’aventure 2012/13 de Pau-Nord-Est
Quand l’Élan Béarnais descend en Pro B (en 2012), on s’est tous retrouvé à Nord-Est en Nationale 3 car il n’y avait pas d’Espoirs Pro B à l’époque. Ça a été un choc pour tout le monde : on était dans la démarche de vouloir devenir pro et on se retrouve en NM3 pendant que plein de mecs de notre génération sont en équipe de France, sont à l’INSEP. Donc on sent qu’on est en retard. On était à Pau, loin de tout le monde, sans réseaux sociaux à l’époque, personne ne nous connaissait, on avait tous le même agent en plus ! On s’est un peu tous serré les coudes. Là, on a une vraie cohésion qui se crée, une vraie famille.
Au final, on a accompli une année exceptionnelle : champion de France de Nationale 3, avec une finale du Trophée Coupe de France contre les Espoirs de Gravelines-Dunkerque à Bercy, qui a été une petite claque (65-85). C’est là où on s’est rendu compte qu’on était vachement en retard sur notre génération. On se prenait pour les plus beaux à mettre 40 points à tout le monde dans notre poule de NM3 et on n’a pas existé contre la meilleure équipe Espoirs. Je me rappelle m’être dit que j’avais encore du boulot, que je n’étais pas au niveau que je pensais être.

La saison suivante a été la plus chargée de ma vie. Avec les Sébastien Cape, Vincent Couzigou, Pierre Pelos, Thomas Seguela, Paul Turpin, on ne voulait pas lâcher notre petit bébé qui était Nord-Est. Donc je me suis retrouvé à faire NM2 – Espoirs – banc de Pro A.
« Freddy était déjà un coach très, très nerveux »
Bastien Pinault, sur Freddy Fauthoux, son ex-entraîneur à Pau
Avec Nord-Est, on était coaché par Frédéric Fauthoux. Il avait déjà un très bon contenu basket, on jouait un très beau jeu. Mais il se cherchait, c’était quasiment sa première expérience. Ça lui a mis le pied à l’étrier. Je ne sais pas si ça a fait partie de ce qu’il est devenu, mais peut-être une petite partie. Fred était un coach très, très nerveux à l’époque, comme maintenant, voire plus. Il y a eu des moments très chauds : nous, on était une équipe de petits cons qui jouait contre des vieux, on était arrogants et un peu bêtes. Et lui, du coup, il était avec nous ! »
L’équipe de France U20, le tournant manqué ?
« Persuadé que ça aurait changé quelque chose à ma carrière »
« En 2013, je suis arrivé en équipe de France U20 un peu par hasard. Je n’étais pas du tout attendu, je suis toujours passé un peu en dessous des radars, et je me suis retrouvé à finir meilleur marqueur du tournoi de Chartres. J’avais réussi à gratter ma place dans le cinq. C’était une fierté sans nom pour moi… Et tout ça a été anéanti par une fracture de fatigue quelques jours avant l’Euro. Je reste intimement persuadé que ça aurait peut-être un peu changé quelque chose à ma carrière. Un championnat d’Europe U20 est quelque chose d’extrêmement suivi donc je n’aurais peut-être pas eu besoin d’aller en Nationale 1.

Ça ne reste que des bons souvenirs, y compris ce match contre Giannis. Quand on se demande avec les gars à table en déplacement qui est le meilleur qu’on a affronté, je suis content de dire que c’est Giannis et que je lui ai tenu tête ! On s’était un peu chauffé tous les deux en plongeant sur un ballon. Il était un peu chaud, il marquait des points, moi aussi, j’étais en sur-rythme. Puis on se bagarre un peu par terre, il avait parlé en Grec, moi en Français. On s’était poussé, c’était mignon ! »
Rookie en NM1, à La Rochelle (2014/15) :
« Je pensais ça allait être facile et ça a été l’enfer sur Terre »
« Quand on est à Pau, on passe un peu sous les radars, personne ne vient aussi loin pour nous voir jouer. Donc si t’as le malheur de faire un mauvais match quand tu viens à Levallois par exemple, ça devient compliqué… À notre sortie du centre, on s’est tous retrouvé en NM1 : Pelos et Cape à Tarbes, Turpin à Cognac… De mon côté, j’avais le choix entre Tarbes et La Rochelle. Rentrer à Tarbes aurait été un échec pour moi. Je me disais que je n’avais pas fait tout ça pour rien, autant essayer de voler de mes propres ailes, autant essayer de tester le milieu pro.
« Une pipe pendant trois mois ! »
Bastien Pinault, sur son niveau en NM1 à l’automne 2014
J’arrive à La Rochelle et le début a été très compliqué. J’arrive là-bas en me disant que ça va aller, que je m’entraîne avec des pros depuis deux ans, que ça va être facile car ce n’est que de la NM1… Tu parles, ça a été l’enfer sur Terre !

Ça a été une vraie claque. Tu sors de ton petit confort, tu te mets à avoir un appart tout seul, tu deviens professionnel donc il y a des attentes à ton égard, tu découvres plein de choses. Et pendant trois mois, je ne mets pas un pied devant l’autre. Je suis une pipe incroyable ! Un jour, Jeffrey Dalmat, le joueur qui était devant moi, se blesse et je me mets enfin à sortir quelques performances potables.
« Je me disais que si je restais aussi précaire à 25-26 ans,
j’allais devoir trouver autre chose »Bastien Pinault, sur son faible niveau de vie au début de sa carrière
À cette époque-là, et jusqu’à ma première saison à Évreux, je me suis posé beaucoup de questions sur la viabilité de ma carrière : c’est beaucoup de sacrifices amicaux, familiaux, d’hygiène de vie pour peu d’argent. À La Rochelle, je gagnais 1 200 euros par mois, et je devais payer mon appart et ma voiture. À la fin du mois, il ne reste pas beaucoup. C’était de la survie. C’est le cas de plein de Français, dans la société en général, mais ce n’est pas l’image que tu te fais du sport professionnel. En plus, on jouait dans des salles qui n’étaient pas ouf, avec peu de monde dans les tribunes. Après La Rochelle, je débarque à Évreux et je me dis : « Trop bien, j’arrive en Pro B, ça y est, je suis un Américain ! » Pas du tout, c’était 200 euros d’augmentation (il sourit). Donc je me disais que si je restais aussi précaire à 25-26 ans, j’allais devoir trouver autre chose. »
Un moment de grâce à Évreux (2015/17) :
« Ce buzzer beater, 90% de chance ! »
« On avait une équipe qui était folle, avec Laurent Pluvy en coach. On mettait des points de partout, on n’arrêtait pas de courir, on était la meilleure attaque mais la pire défense. Ce ne sont que des souvenirs de fou à Évreux : on avait une équipe très jeune, on ne faisait que de gagner et de sortir. On va jusqu’en finale, on perd contre Le Portel, sans regrets, car ils étaient largement au-dessus.

Le buzzer-beater de la demi-finale contre Boulazac ? C’est LE shoot qui me fait step-up aux yeux des gens. J’étais un joueur convenable de Pro B et c’est ce qui a fait que tout le monde s’est dit : « OK, Pinault, on connait. » C’était 80% de chance – 20% de talent. Bon, 90% de chance peut-être, le talent n’a pas grand chose à faire là-dedans, on ne va pas se mentir (il rit) Ça me fait aussi step-up dans le rôle que j’ai l’année d’après.
« Je ne sais même pas ce que je faisais au rebond »
Bastien Pinault, sur son incroyable buzzer beater contre Boulazac
Déjà, ça devait être la première fois où je vais au rebond, je ne sais même pas ce que je fais là (il rit). B.A. Walker fait un air-ball dans le corner, Guillaume Costentin, qui était toujours à la mailloche, dévie la balle je ne sais comment et elle me retombe dans les mains. Je suis derrière la planche et je n’ai pas réfléchi.
Quand tu es jeune, tu t’amuses à shooter derrière la planche. Mais de là à se dire un jour que ça me servira dans un match… Elle touche partout, elle tombe dedans et après c’est le black-out, la sur-excitation. Heureusement qu’il y a une vidéo car sinon… Oh la vache, cette décharge d’adrénaline de fou, je ne sais même pas comment je célèbre, je fais n’importe quoi. C’est l’un des moments phares de ma carrière, l’un de mes meilleurs souvenirs. »
Embauché par le champion, le grand monde à Chalon (2017/19) :
« J’ai une place pour toi mais zéro minute de temps de jeu »
« C’est la surprise du chef ! Je me revois en vacances en Corse dire à ma femme sur la plage: « Bon ben, je ne sais pas comment ça se fait mais on va à Chalon la saison prochaine ! » J’étais à deux doigts de prolonger avec Évreux, j’avais même donné mon accord verbal. Mais j’ai un agent qui m’avait appelé pour me dire que Chalon s’intéressait à moi… J’ai dû patienter très longtemps car Jean-Denys Choulet avait dit à cet agent qu’il avait de l’intérêt pour moi mais que rien n’avancerait avant la fin des playoffs. Sauf qu’ils sont allés jusqu’au Match 5 de la finale ! Quand Jean-Denys me dit oui, j’ai appelé Fabrice Lefrançois (alors coach d’Évreux, ndlr) en disant : « Je suis désolé, je sais que je me suis engagé, mais ça ne se refuse pas. » De mémoire, ça a été tendu sur le moment mais il a compris… Il y a toujours eu du respect entre nous quand on s’est revus.

Au téléphone, Jean-Denys Choulet m’avait dit : « J’ai une place pour toi, j’aime bien ton profil, mais j’ai zéro minute de temps de jeu à t’accorder. » Dans la rotation, je suis derrière Jérémy Nzeulie, MVP des finales, et Lance Harris. On commence le championnat à 0-6 : autant Jean-Denys est une personne que j’estime énormément, car je pense qu’il a une grosse part dans la réussite de ma carrière, autant le Jean-Denys qui gagne n’est pas du tout la même personne que le Jean-Denys qui perd (il rit).
« Le jeu de Jean-Denys Choulet me correspondait à merveille »
Bastien Pinault, sur ses deux années chalonnaises
Pendant toute ma première saison, je n’ai pas beaucoup joué mais j’ai passé énormément de temps au Colisée à travailler avec Arthur Rozenfeld, qui était dans la même situation que moi. Ça a payé progressivement car j’arrivais à m’en sortir avec des fiches à 6-9 points en 5 minutes.
Parfois, je rentrais juste en fin de match, dans des moments où tu ne comprends pas Jean-Denys, où il a son instinct de coach. Tu arrives au quatrième quart-temps, il y a égalité, tu n’as pas joué du match et il te dit : « Vas-y ! ». J’ai eu cette chance de ne pas trop rater les tirs importants au cours de ma carrière. Je pense que c’est ce qui m’a fait gagner son respect. On faisait des grilles de shoot avec lui, je mettais un point d’honneur à gagner tout le temps et je sais que j’ai longtemps été recordman de toutes ses grilles. J’en suis fier car Jean-Denys, c’est les années Roanne, le titre à Chalon, etc.

52% à 3-points sur une saison, c’était pas mal. Surtout avec les shoots que je pouvais prendre. Comme je savais que je n’avais pas beaucoup de temps de jeu, il fallait prouver donc je balançais dès que je touchais le ballon. Le jeu de Jean-Denys me correspondait à merveille : que des sorties d’écran, des back-door, des stagger. Je savais que j’allais souvent me retrouver tout seul. On a lié une belle relation et j’ai explosé sur la deuxième partie de saison. Cela m’a aussi permis de participer au concours à 3-points du All-Star Game, et de le gagner. »
Les Metropolitans (2019/21), et la tentation Malaga :
« J’ai peut-être eu les yeux un peu plus gros que le ventre »
« J’aurais pu signer à l’ASVEL lors de l’été 2019. C’est un petit regret dans ma carrière. À ce moment-là, il y a eu quiproquo entre mon agent et Zvezdan Mitrovic à l’ASVEL. Après, j’avais une très bonne offre des Metropolitans 92, où je suis passé dans une catégorie salariale top, qui change la vie. À ce moment-là, mon dilemme de savoir si je continue ou j’arrête à 25 ans est fini (il sourit). C’est à la vie à la mort désormais ! Les émotions procurées par le sport, c’est fantastique.

À Levallois, je retrouve Frédéric Fauthoux, quelques années après Nord-Est. Malheureusement, le début n’a pas été évident. En présaison, je suis retombé sur le pied de Benoit Mbala et tout a cassé dans la cheville. La rééducation a été catastrophique, j’en ai eu pour quasiment quatre mois, c’est tellement long pour une entorse ! Il y avait Rob Gray, Briante Weber, Jamel Artis, Donta Smith avec moi à l’arrière : donc même si tu n’es pas là, ce n’est pas grave, ça tourne quand même (il sourit). De mémoire, je fais une fin de saison correcte. Il y avait beaucoup de frustration, un épisode un peu compliqué avec Fred, même si on est en bons termes maintenant. Avec du recul, c’était de la compétitivité et de l’ego mal placé.
« Waouh, il y a sept ans, j’étais en NM3 et là, je suis en EuroCup ! »
Bastien Pinault, sur sa découverte de l’EuroCup en 2020/21
En 2020, Jurij Zdovc arrive, avec une toute autre manière de travailler : c’est la philosophie des pays de l’Est, c’est carré quoi. Tu fais du 5-contre-0 pendant des heures et des heures. C’est une très bonne saison, individuellement parlant et aussi collectivement, puisque l’on va en quart de finale de l’EuroCup, un truc tout nouveau, qui me faisait rêver.

Je me disais : « Waouh, il y a 7 ans, j’étais en NM3 et là, je me retrouve à jouer contre des mecs que je regardais à la télé ! » Pendant toute la première partie de saison en EuroCup, j’ai sorti de bonnes performances, à tel point que je me retrouve sollicité par l’Unicaja Malaga aux alentours de Noël. Je ne saurais jamais la vérité mais je pense que demander à être libéré par les Metropolitans 92 a joué en ma défaveur. Ensuite, j’ai moins joué, mes stats ont chuté et je n’ai plus du tout intéressé ce genre de clubs. C’était mon rêve de découvrir le basket espagnol, ça aurait fitté à 100% avec mon jeu. C’est peut-être un regret de l’avoir fait car Levallois m’avait donné ma chance, du temps de jeu en EuroCup. Tout se passait bien, je performais. J’ai peut-être eu les yeux plus gros que le ventre un peu trop tôt. J’ai sûrement été un peu trop sanguin à des moments de ma carrière, très centré sur de la frustration personnelle, car je voulais tout très vite. Mais je ne saurais jamais vraiment si ça s’est passé comme ça ou pas…
Nanterre (2021/24), les germes de son choix de l’ÉLITE 2 :
« Cette frustration m’a amené à revenir à Pau »
« L’histoire à Nanterre a très bien commencé, avec une deuxième partie de saison de fou en 2021/22, aux côtés d’un grand coach encore (Pascal Donnadieu), dans un style de management différent de Zdovc (il sourit). Lors de l’été 2022, j’ai prolongé mon contrat de deux ans et on m’a dit que je serai capitaine. Sauf que de signature en signature, j’ai compris que je n’allais pas avoir le rôle qui m’a été présenté. Je suis rentré dans une forme de frustration qui a annihilé mon désir de rester à ce niveau-là, dans ces conditions. Ce côté frustration est un peu le résumé de ma carrière, comme lors de la fin avec Levallois après l’histoire Malaga.
« Une petite crise identitaire »
Bastien Pinault, sur son état d’esprit à Nanterre
Avec du recul, c’est ce qui m’a amené à revenir à Pau. Je ne remets pas en cause mon niveau pour la Betclic ÉLITE. Je pense avoir encore le niveau pour y jouer. Mais j’avais besoin d’autre chose. J’ai passé deux dernières années compliquées à Nanterre, où j’ai vraiment eu du mal à passer au-dessus de la frustration. Je voyais que je commençais à changer, je faisais la gueule à la maison, je n’étais pas content d’aller au travail. C’est usant, pour ton entourage aussi. J’étais en boucle sur ma frustration personnelle, je voyais bien que ça saoulait tout le monde. Donc je me suis posé : qu’est-ce qui est le plus important ? Être en première division, vraiment, ou prendre le plaisir que je devrais prendre, alors que ça reste un hobby ? Tu mets des ballons dans un panier pour gagner ta vie, il y a pire quoi !

Parallèlement, j’ai plein de problèmes personnels qui sont venus s’ajouter à ça et j’en suis arrivé à faire un bilan. En Betclic ÉLITE, je ne me suis jamais prouvé grand chose, personnellement parlant. Ça a été une petite crise identitaire. J’ai compris que j’avais un rôle facile en Pro A. Je sortais du banc, si je mettais des paniers, j’étais le roi du monde. Sinon, je retournais sur le banc et pas grave, c’était normal. On n’attendait pas grand chose de moi. Je suis venu chercher à Pau le fait qu’on attende quelque chose de moi, que je n’ai pas le droit de passer au travers. J’ai passé pas mal d’années en Betclic ÉLITE à avoir un rôle de seconde zone, à me dire que je mérite mieux mais ne jamais l’avoir. Au final, tu te mens un peu à toi-même, tu te dis : « Je l’aurais mis moi ce tir », mais tu ne sais pas vraiment en fait. En revenant à Pau, je voulais me prouver des choses, me prouver que j’étais capable de mettre ces fameux tirs importants, d’avoir des responsabilités.
Élan Béarnais (depuis 2024), deuxième chapitre :
« Je n’ai pas fait une croix sur la Betclic ÉLITE »
« Individuellement, je me suis prouvé beaucoup de choses la saison dernière. Je sais que j’ai eu la capacité de mettre des shoots importants, de prendre des responsabilités. Je me suis découvert des lacunes en termes de leadership, car ce ne sont des choses que je n’ai pas fait plus tôt dans ma carrière. Ça m’a permis d’avancer dans plein de choses. J’ai pris beaucoup plus confiance dans la vie quotidienne. Capitaine de l’Élan Béarnais, c’est un rôle qui me tient à cœur : avec un tel titre, tu te dois d’être irréprochable !

Le retour à l’Élan, c’est un peu un prêté pour un rendu. Sans Pau, je n’en serais pas là aujourd’hui. Mais ce n’était pas non plus un critère au moment de mon choix, je ne voulais pas absolument retourner à l’Élan Béarnais. Quitte à descendre en Pro B, je voulais une grosse écurie, avec un réel projet de reconstruction, de montée. Je ne fais pas une croix sur la Betclic non plus, j’ai envie d’y retourner le plus vite possible. Et avec l’Élan Béarnais, ce serait vraiment top. »
Un petit goût d’inachevé :
« Il manque un truc à ma carrière, encore… »
« Je suis champion de France NM3, j’ai gagné le concours à 3-points du All-Star Game mais ça fait 12 ans que je suis pro et je n’ai aucun titre collectif… J’ai envie de vivre ça avec des coéquipiers, d’avoir des souvenirs inoubliables, d’écrire l’histoire d’un club. Il manque un truc à ma carrière, encore. Je n’ai certes pas de descente, tant mieux, mais pas de montée ni de titre non plus…

Un autre gros regret, c’est l’équipe de France. Je sais que je l’ai touché du doigt sur la fin de ma première année à Nanterre. Et je me suis cassé la main lors de la présaison l’été suivant… Pascal Donnadieu m’avait sous-entendu au détour d’une conversation dans un train : « Continue comme ça, peut-être que tu pourrais faire partie du truc sur la prochaine fenêtre. » Ne pas l’avoir fait pour une blessure, c’est un regret. J’aurais bien aimé avoir une fois dans ma vie un maillot France floqué Pinault. »
Bastien Pinault, certifié shooteur
« J’ai longtemps voulu enlever cette étiquette, mais… »
« Pendant très longtemps, j’ai voulu enlever cette étiquette de shooteur. Mais avec le temps, je me rends compte que, sans cette étiquette, je n’aurais pas fait la carrière que j’ai faite. Je n’aurais même pas de carrière en fait ! Pendant longtemps, je pensais : « Tu peux jouer des picks, tu peux faire des drives. » Mais il ne fallait surtout pas oublier que ma qualité première reste le shoot, et que ma carrière se résume autour du tir.

Avec le temps, j’y ai ajouté des petits floaters, sur des close-out. J’ai toujours été un finisseur et je ne serai jamais un créateur. Je suis le mec en bout de chaîne qui va mettre les paniers quand les autres ont bien travaillé, qui va enflammer une salle quand tu fais une petite série. Je trouve que le shooteur a une image très fédératrice. Quand un shooteur prend feu, t’as le public qui suit et ça galvanise tout le monde. J’aime beaucoup ça finalement. J’ai beaucoup travaillé les picks, les passes ou la lecture à Chalon et Levallois. Peut-être que ça m’a apporté le bagage que j’ai maintenant mais je me suis rendu compte sur le tard qu’il ne fallait pas oublier comment et pourquoi j’en étais arrivé là.
« 89 tirs d’affilée ! »
Bastien Pinault, sur sa série record à 3-points
Je me suis stabilisé assez vite autour des 40% à 3-points. J’ai connu une saison à Evreux qui était cata (35% en 2016/17, comme avec Nanterre en 2022/23, ndlr) mais c’était un basket différent. À l’époque, si tu shootais à 37%, tu étais un bon shooteur. Maintenant, tout le monde shoote à 3-points, c’est abusé. De nos jours, si un shooteur n’est pas à 45%, c’est qu’il n’a pas fait une super saison en termes de réussite. Si on prend les top shooteurs en France – les Nicolas Lang, Antony Labanca et je vais me rajouter là-dedans -, ils ne font pas beaucoup de saison en-dessous des 40%.

Un shooteur doit avoir la capacité à passer vite au tir suivant. Malgré cela, j’ai toujours été très frustré par le fait de rater des shoots. Car j’ai toujours eu une facilité à mettre des tirs. Quand je vois les séries que je suis capable de faire un 1-contre-0, j’ai eu, pendant très longtemps, des difficultés à gérer le raté seul. Celui où tu as de longues secondes pour déclencher. Celui-là, il m’a brisé le cœur pas mal de fois. Vraiment. À l’entraînement à Levallois, avec Maxime Roos en rebondeur, j’ai fait une série de 89 tirs d’affilée dans le corner droit un jour. Je n’avais que la barre des 100 en tête, j’ai essayé de la battre pas mal de fois. J’ai fait souvent des 50-60, mais après c’est beaucoup… »
Et après ?
« Mon rêve serait d’avoir un bar »
« Je me suis beaucoup posé la question de l’après-basket, moins ces derniers temps, car je trouve que c’est un peu tôt. J’ai suivi des formations, j’ai essayé de commencer un truc pour être juriste. Mais ça m’est passé, c’était beaucoup trop loin de la fin de ma carrière. J’ai fait une formation sur l’entreprenariat avec le SNB. Maintenant, j’essaye d’acheter des granges, de les rénover pour les revendre. Marchand de biens, ce serait pas mal à terme. Ça m’a toujours intéressé, mes parents sont de bons conseils. Si je peux éviter de bosser dans un bureau… Mais mon vrai rêve serait d’avoir un bar. Un petit bar resto, avec peu de couverts, un bar à tapas, avec une petite scène musicale à thème. Oui, ça, ça me plairait bien… »
































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