L’interview de Dominique Diomande par son ancien coach : « Ces deux ans en NCAA ont testé ma résilience, je veux tout exploser maintenant ! »

Dominique Diomande espère rester à BYU la saison prochaine : les négociations se poursuivent
Si vous êtes un habitué de BeBasket, vous connaissez Guillaume Soares, qui nous livre ses analyses tactiques en marge des matchs de l’équipe de France de basket.
Ancien coach-assistant de l’ADA Blois (en 2024), le technicien stéphanois entraînait les U18 du SMUC la saison dernière et s’est offert une année sabbatique, avec un tour du monde. Il a notamment fait escale aux États-Unis en décembre afin d’aller rendre visite à son ancien protégé blésois, Dominique Diomande (20 ans), à Provo (Utah), sur son campus de Brigham Young. À l’issue de la saison, il a refait le point avec le Franco-Ivoirien, dans une discussion que les deux hommes nous partagent ici.
« En termes de basket, c’est le rêve américain ! »
Salut Dominique, comment vas-tu ?
Malgré les regrets de la défaite au premier tour de la March Madness (71-79 contre Texas), je me sens bien ! J’ai vraiment apprécié ma saison ici à Brigham Young, faire partie de cette équipe et de cette organisation.
Tu as vécu le rêve américain ?
En termes de basket, complètement ! Tu l’as vu par toi-même! Le niveau des infrastructures est incroyable, que ce soit notre salle d’entraînement, de musculation, de kiné, de repos, de restauration, le vestiaire, etc… Tout est fait pour t’épanouir et travailler. Je te rappelle aussi que j’ai accès H24 à la salle, ce qui est vraiment top pour progresser. Et puis… les fans ! 17 000 personnes à chaque match, avec ce mur de 8 000 étudiants en blanc qui te poussent, ce sont des frissons à chaque fois.
Comment es-tu arrivé là-bas ?
Dès ma saison Espoir à Blois, BYU s’est positionné et m’a montré un gros intérêt. L’assistant coach spécialisé du basket européen est venu me voir à plusieurs matchs. Sauf que tout ne s’est pas passé comme prévu, parce que je n’ai pas pu être éligible à cause de certaines notes… datant du collège ! Finalement, c’est Washington University qui a fait le forcing avec la NCAA et qui m’a obtenu le droit de jouer.
Sauf qu’il fallait rattraper des cours, et quand tout est devenu OK, ils ont préféré ne pas me faire jouer pour que je sois « red shirt ». Pour être honnête, ce n’était pas un moment facile.
Finalement à l’été 2025, tout est rentré dans l’ordre : j’ai pu enfin aller à BYU et aussi trouver un accord de sortie avec le club de l’ADA, avec qui j’avais signé un contrat de trois ans durant mon année Espoirs. C’était un immense soulagement. J’ai pu m’installer tôt et bosser sereinement pour être prêt au début de saison.
On entend souvent dire qu’en arrivant aux États-Unis, il faut être bien entouré. Qu’en est-il pour toi?
Oui, il y a forcément un sentiment de solitude. J’ai la chance d’être proche de ma mère et de pouvoir la voir assez régulièrement. Il y a aussi mon oncle qui, aujourd’hui, est mon agent et manager, mais aussi un entraîneur individuel chaque fois qu’il est ici. Et on a beaucoup de coachs assistants qui sont toujours disponibles pour nous faire bosser. Ils sont également très prévenant, bienveillant, et cherchent vraiment à créer un lien humain pour être sûr que tu te sentes bien. En plus, il y a un Francophone dans le staff, Charles-Noé Abouo (ivoirien comme lui, huit saisons LNB, dont quatre au Portel, ndlr).
« Tout a changé pendant le Big 12 »
Tu peux nous raconter ta journée « type » ?
Les cours commencent en général à 8h. Il faut donc s’entraîner avant si tu veux faire du travail individuel ! Je suis donc à la salle très tôt pour petit-déjeuner vers 6h30 puis je fais 45 minutes de travail individuel et de tirs avant d’aller en cours. Quand ma matinée de cours se finit, je pars pour l’entraînement et je prends généralement une collation en arrivant à la salle. On s’entraîne jusqu’à 16h, je fais mes soins, et puis je mange avant de rentrer chez moi. J’emporte un peu de nourriture au cas où, et je me repose le soir : une petite série ou un moment de détente sur la console. Je me couche tôt car les journées sont plutôt fatigantes, d’autant plus que j’essaye d’être attentif pendant les classes car j’aime apprendre et ne pas perdre mon temps.

Justement, parlons basket : quand on s’est vu en décembre, ton utilisation était très réduite, as-tu ressenti de la frustration ?
Évidemment, en tant que compétiteur, on veut toujours être sur le terrain, se donner à fond pour l’équipe. Mais j’ai pris sur moi parce que collectivement, on pouvait réaliser quelque chose d’énorme et puis, je crois au process.
Cette année, j’avais devant moi sur le poste 2-3 le probable futur numéro 1 de la draft, AJ Dybantsa, et d’autres très bons joueurs. Il faut savoir être patient, travailler dur et rester prêt pour le moment où ton tour arrive. Je me suis entraîné sans relâche, bien plus que tous les autres. Je n’ai jamais perdu la motivation car j’ai toujours ressenti de la confiance de la part des coachs.
Et cette fin de saison ?
Tout a changé pendant le tournoi du Big 12 car le coach m’a donné une vraie opportunité de me montrer et j’ai saisi ma chance de la meilleure manière : une interception et un gros moulin en contre attaque (rires). Ça fait du bien. J’ai été bien utilisé sur les trois derniers matchs avec un bon rôle et cela arrive au meilleur moment car on arrive en fin de saison et il s’agissait d’un gros tournoi ici avec beaucoup de visibilité.
Malheureusement, tout s’est arrêté « trop » vite avec cette défaite au premier tour de la March Madness.
« Dybantsa ? Son talent est immense »
En parlant de tes coéquipiers, tu évoques forcément AJ Dybantsa : que penses-tu de lui ?
Déjà, son niveau basket est à la hauteur de tout ce qu’on peut lire sur lui. Son talent est immense. Mais au delà du basketteur, c’est surtout une très belle personne avec qui j’étais très proche, on a bien connecté tous les deux sur et en dehors du terrain. Et puis, j’adore son humilité. Malgré son immense exposition, il garde vraiment les pieds sur terre et a toujours été la pour ses coéquipiers et l’équipe. Je pense que sa famille (mère jamaïcaine et père congolais, qui a grandi à Grigny, en France) y est pour beaucoup.

Revenons sur toi. J’ai été agréablement surpris de voir tout ce que tu mettais en place en dehors du basket. Peux-tu l’expliquer aux lecteurs de BeBasket ?
Déjà, comme je le disais avant, le niveau d’encadrement ici est incroyable : travail individuel, soin, nutrition. Cela te conditionne à être un vrai professionnel au quotidien.
En plus de tout ça, je me suis focalisé principalement sur la gestion de mon corps. C’est pourquoi je travaille la sophrologie avec Sepp Mougnol qui me permet de mieux exploiter ma capacité respiratoire au quotidien, et particulièrement pendant l’effort et sous stress.
Avec Charles (Abouo), on se voit en dehors des heures de salle pour faire de la proprioception, du stretching actif, et tout un travail autour des pieds et des appuis.
Depuis quelques mois je travaille aussi avec Kadour Ziani, qui lui se focalise beaucoup de la souplesse et l’utilisation générale de son corps dans l’espace.
Enfin, j’ai découvert le « hot yoga » (yoga dans un espace chauffé) que je pratique principalement le lendemain de match, un peu comme un décrassage physique et mental.
Toutes ces heures de travail sont importantes à la fois pour essayer d’emmener mon corps au plus haut de ses capacités, mais aussi pour prévenir des blessures.
« La NBA est ce que j’aimerais atteindre »
J’imagine donc que ton souhait est de rester aux États Unis ?
Je suis freshman donc après cette saison, il me restera encore trois ans pour me développer et tenter la draft. J’adore vraiment cette fac et je pense que le coaching staff me fait vraiment confiance pour la suite donc j’espère pouvoir continuer l’aventure ici, mais ce que je veux surtout, c’est jouer, jouer, jouer. Ces deux premières années auront bien testé ma résilience, et maintenant, je veux tout exploser.
L’objectif à long terme est de jouer au meilleur niveau possible. Évidemment que la NBA est ce que j’aimerais atteindre, mais j’ai aussi envie de pouvoir jouer dans un gros club d’EuroLeague, avec des énormes fans, comme le Panathinaïkos.



























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