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Du Rocher aux Carpates, l’itinéraire méconnu de Nicolas Vanel, qui s’épanouit en Roumanie

Formé à l’AS Monaco, Nicolas Vanel a quitté le confort de la France pour s’immerger dans un championnat roumain méconnu mais en pleine montée en puissance. Entre adaptation, quête de temps de jeu, culture locale et progression accélérée, le jeune franco-roumain raconte les coulisses d’une expérience qui forge un joueur autant qu’un homme. Une plongée dans un basket loin des projecteurs, mais riche en intensité, en talents cachés et en véritables opportunités.
Du Rocher aux Carpates, l’itinéraire méconnu de Nicolas Vanel, qui s’épanouit en Roumanie

Qui est Nicolas Vanel, ce jeune Français qui se lance à Pitesti ?

Crédit photo : Stefanica Eduard

On fait un petit jeu. Sans tricher : êtes-vous capable, de tête, de citer le nombre de joueurs français évoluant cette saison en Roumanie ? Un, deux … cinq peut-être ? Alors ? La réponse est simple : ils ne sont que deux ! Bandja Sy déjà, bravo si vous avez trouvé son nom et pour le deuxième ? Beaucoup plus discret et méconnu, il s’appelle Nicolas Vanel (1,91m, 22 ans), né à Monaco et possédant la double nationalité franco-roumaine, Nicolas est parti se construire loin des sentiers battus entre les Carpates et le Danube.

Au pays du géant Gheorghe Mureșan, de l’icône Nadia Comăneci, de la légende Gheorghe Hagi, de l’ancien dictateur mégalomane Nicolae Ceaușescu ou bien encore de la diva de la pop roumaine des années 2010 Inna, l’ancien espoir monégasque évolue dans un championnat que l’on connaît mal, souvent sous-estimé mais en pleine progression, où chaque minute compte et où l’on gagne sa place à la dure. Patiemment, depuis deux ans, il a fait son bonhomme de chemin, jusqu’à devenir aujourd’hui un cadre du BCM-U-FC-Arges-Pitesti en première division roumaine.

Là-bas, loin des projecteurs, il s’épanouit et construit son histoire. Celle d’un jeune joueur qui a choisi une route que peu empruntent, préférant la construction patiente à la lumière facile. Entre racines familiales et ambition sportive, entre découverte d’un pays qu’il connaissait sans vraiment le connaître et immersion dans un championnat rugueux mais formateur, Nicolas Vanel avance, étape après étape et grandit. Voici son témoignage …

« L’AS Monaco m’a vraiment construit » 

« Je m’appelle Nicolas Vanel, je suis né en 2003 à Monaco et je viens d’un petit village (La Turbie) situé à une vingtaine de minutes de la Principauté. C’est à Monaco que j’ai quasiment tout appris niveau basket. J’ai effectué toutes mes années de formation à l’AS Monaco, de mes 9 ans jusqu’aux équipes U18, puis U21. Le club m’a vraiment construit, humainement et sportivement. J’ai la double nationalité franco-roumaine (maman roumaine), ce qui m’a ouvert une porte assez naturelle vers la Roumanie pour débuter ma carrière professionnelle. Sur le terrain je suis un poste 2 capable de jouer 2/3. Je parle français, anglais et roumain, car j’ai dû apprendre cette langue pour pouvoir communiquer au téléphone avec mes grands-parents maternels qui étaient à Bucarest quand j’étais enfant. L’idée de découvrir un autre pays tout en restant connecté à mes racines me parlait. C’est comme ça que je me suis retrouvé au FC Argeș Pitești. »

Ici au shoot contre Cholet Basket en 2024, Nicolas Vanel a joué deux matchs professionnels avec l’AS Monaco (photo : Miko Missana)

Été 2024, cap à l’Est, direction la Roumanie !

Cadre de l’effectif Espoirs de Monaco ayant terminé deuxième de la saison régulière et finaliste du Trophée du Futur, Nicolas Vanel a tourné à 13 points à 38,4% de réussite aux tirs (dont 30,6% à 3-points), 5,3 rebonds et 2,3 passes décisives en 25 minutes en U21 en 2023/2024. Sans offre de clubs français à la sortie de son cursus Espoir, ce n’est pas dans la Principauté, ni donc en France que Nicolas a lancé sa carrière professionnelle, mais à pratiquement 2000 kilomètres de là, en Roumanie lors de l’été 2024.

 » Ma double nationalité m’a facilité l’arrivée, puisqu’en Roumanie il faut au minimum deux joueurs roumains sur le terrain pendant toute la durée du match (Nicolas compte comme un joueur roumain en Liga Nationala). Mais ce n’était pas seulement ça. Le projet sportif qu’on m’a présenté était clair : un coach qui souhaitait me donner ma chance, mais surtout me développer. Ma première année 2024/2025 n’a pas toujours été facile (2,5 points, 2 rebonds et 1 passe pour 2,5 d’évaluation en 10 minutes). J’avais très peu, voire pas du tout, de temps de jeu. Mais j’ai continué à travailler et à faire confiance à mon agent et à mon coach, qui me répétaient d’être patient et que mon moment viendrait. Et j’ai enfin vu mon travail payer vers la fin de la saison.

Cette saison 2025/2026, tout va beaucoup mieux pour moi. J’ai davantage de minutes et de responsabilités. J’ai doublé mon temps de jeu et je suis devenu un vrai élément du collectif (6 points, 37 % à trois points, 4,5 rebonds, 1,8 passe et 9,5 d’évaluation en 19 minutes sur mes 9 premiers matchs). Au-delà de mes stats en progression, c’est surtout le projet collectif qui m’intéresse. Nous avons cette année un groupe de 12 joueurs (6 roumains et 6 étrangers) où aucun élément ne dépasse les 28 minutes de temps de jeu.  L’équipe est 4e du championnat (6 victoires, 3 défaites), on est exactement dans nos objectifs. Mon coach est satisfait de ce que j’apporte et de mon attitude sur le terrain. C’est encourageant : on avance, on progresse, et on sent que l’on va dans la bonne direction. »

Pitesti évolue sous les ordres du coach serbe Nebojsa Vidic depuis 2023. (Photo Stefanica Eduard – Pitesti)

Pour cette saison 2025/2026, seuls deux Français évoluent en Roumanie : Bandja Sy, passé de l’EuroLeague à la Liga Națională cet été, et Nicolas Vanel. Avant eux, rares sont les joueurs tricolores à avoir tenté l’aventure : Adam Mokoka (Cluj-Napoca),Thomas Smallwood (Laguna), Joris Ortega (Miercurea Ciuc) ou encore Brice Kabengele-Kalala à Craiova il y a plusieurs années. Autant dire que la Roumanie n’a jamais été une destination fréquente pour les basketteurs français.

 » Faire partie de ce « petit cercle » de joueurs français a joué ou avoir joué en Roumanie, c’est valorisant. On est une minorité. Si on prend cette année, un joueur comme Bandja c’est quand même un nom. Sa carrière force le respect. Mais je pense aussi que le fait que nous ne soyons que deux joueurs français cette saison reflète une méconnaissance du championnat roumain. Je n’ai pas eu le temps d’échanger avec Bandja quand nous nous sommes affrontés début novembre (victoire d’Oradea 67-65 avec 7 points de Bandja Sy et 7 points pour Nicolas avec Pitesti). J’étais très concentré sur mon match quand on s’est affrontés, c’était l’un des matchs les plus importants de la saison pour nous. Mais j’espère pouvoir discuter avec lui à l’avenir, pourquoi pas lors du match retour. « 

Duel franco-français en Roumanie entre Bandja Sy (Oradea) et Nicolas Vanel (Photo Stefanica Eduard – Pitesti)

La Liga Națională, un championnat méconnu et sous-estimé 

 » Les gens sous-estiment ce championnat. Le rythme est bon, les équipes jouent très dur physiquement, il y a beaucoup d’intensité et de bons joueurs. Il y a de nombreux profils différents, ce qui oblige à s’adapter. Ce qui m’a marqué, c’est la combativité : ça ne lâche rien, même dans des matchs de saison régulière qui, en France, seraient parfois plus tranquilles. Une équipe de bas de tableau n’est jamais à négliger dans ce championnat, malgré les différences de budget qu’il peut y avoir. Et surtout, le niveau a énormément progressé ces dernières années. Chaque saison, le championnat devient plus compétitif : les clubs se structurent, attirent de meilleurs étrangers, donnent plus de responsabilités aux joueurs locaux et investissent davantage. Le fossé entre le haut et le bas du tableau se réduit, les matchs sont plus disputés, et le niveau global monte clairement d’un cran année après année.

Un club comme Cluj-Napoca, qui joue en Coupe d’Europe depuis plusieurs années, attire aujourd’hui des joueurs de niveau Betclic ELITE, aussi bien sur le plan sportif que salarial. Oradea suit la même dynamique, tout comme Valcea ou Voluntari avant, des formations régulières sur la scène européenne ces dernières saisons. Et si l’on regarde sur la dernière décennie, la Roumanie a été un véritable tremplin pour de nombreux joueurs passés ensuite par la France, ou inversement, avec un réel succès : Alhaji Mohammed, Randal Falker, Ousmane Barro, Vlad Moldoveanu, Aaron Broussard, Javon Masters, Egidijus Mockevičius, Lewis Sullivan, Travante Williams… Autant de profils qui témoignent d’un championnat en progression constante et bien plus compétitif qu’on ne l’imagine depuis l’extérieur. « 

 » Tout le monde se serre les coudes pour faire le mieux possible « 

 » En termes de structures et d’organisation, il y a clairement des différences. Certains clubs ont des moyens plus modestes qu’en France, donc tout n’est pas aussi standardisé qu’en LNB. Pour donner une idée : en Liga Națională, on trouve des organisations comparables à du Top 8 Betclic ÉLITE, puis d’autres plutôt du niveau ÉLITE 2, et enfin certaines qui ressemblent à la première partie de Nationale 1. Les salles reflètent bien cette diversité : Cluj joue dans une splendide Arena de 10 000 places, Oradea dans une salle de plus de 5 000, Craiova au-dessus de 4 000, Pitești, mon club, tourne autour de 5 000, Vâlcea autour de 3 000, Ploiești environ 3 500, et le reste varie entre 500 et 2 500. C’est exactement la même chose pour l’organisation : les gros clubs fonctionnent comme des clubs d’Europe de l’Ouest, tandis que d’autres ont un modèle plus simple et basique, parfois même limite amateur. Mais malgré ça, j’ai été surpris positivement. Beaucoup de clubs sont en plein développement, il y a un vrai effort pour se professionnaliser et les staffs sont très impliqués. Même quand l’ambiance est plus familiale, cela crée une vraie proximité avec les gens du club. On sent que tout le monde se serre les coudes pour faire les choses du mieux possible. « 

Au-delà de l’aspect sportif, une expatriation est aussi un changement de vie tout court : on quitte ses habitudes, ses certitudes, ses repères. On découvre une nouvelle langue, une nouvelle manière de vivre, une autre culture. On se retrouve à devoir reconstruire un quotidien à partir de zéro, apprendre à se débrouiller seul, à s’adapter à tout — du rythme de vie aux codes locaux. C’est un défi permanent, parfois inconfortable, mais incroyablement formateur.

(Photos Stefanica Eduard – Pitesti)

 » Mentalement, ça forge : vivre dans un nouveau pays, s’exprimer dans une nouvelle langue (même si je me débrouillais déjà pas mal avant de venir et que maintenant je suis trilingue français, anglais et roumain), sortir de sa zone de confort … ça te fait grandir très vite. Surtout dans les moments difficiles : ça t’oblige à chercher différentes solutions par toi-même pour aller mieux. Humainement, je découvre une culture, un mode de vie. Tu apprends à te débrouiller, à être autonome. C’est une vraie école de vie le fait de s’installer à l’étranger. Au quotidien ça ce passe bien. Parler roumain, ça aide énormément, la barrière de la langue peut être un vrai frein pour une expatriation réussie. La culture est différente mais accueillante. Les Roumains sont très chaleureux quand tu t’investis dans leur culture. Les habitudes locales, la nourriture, la vie ici… j’ai été surpris par certaines choses, mais toujours dans le bon sens.

La Roumanie est un pays latin, francophile donc globalement l’adaptation n’a pas été trop compliquée : les mentalités sont proches, le contact est facile, les gens parlent avec spontanéité, et il y a une forme de convivialité qui rappelle ce que l’on peut retrouver en France ou dans d’autres pays d’Europe du sud comme l’Espagne ou l’Italie. J’habite à Pitești, une ville de pratiquement 170 000 habitants alliant tradition industrielle et dynamisme moderne. Elle est surtout connue pour abriter l’une des plus grandes usines Dacia, symbole de l’industrie automobile roumaine. Proche des montagnes et à environ 1h30 de la capitale Bucarest c’est un endroit où il fait bon vivre entre nature et développement économique. Le patrimoine architectural est très joli, il y a aussi une vie étudiante animée, on retrouve aussi des parcs, des musées, une ambiance chaleureuse … J’essaye au maximum d’inviter mes amis de France pour leur montrer la culture et leur faire découvrir mon pays maternel. « 

Nicolas en ballade dans les rue de la capitale Bucarest.(archive personnelle)

 » Installer le basket comme un sport majeur en Roumanie « 

 » Le public est vraiment passionné ici. Dans certaines salles, surtout ici à Pitești, on ressent une vraie notion de soutien : ça vit le match pendant 40 minutes. Comparé à la France, je dirais que c’est moins « spectacle » mais plus d’émotion brute. Les supporteurs sont proches des joueurs, ils viennent te parler, t’encourager. C’est authentique. Je ressens aussi une vraie volonté, du côté de la fédération, d’installer le basket comme un sport majeur dans le pays. Comme je le disais plus haut, la Liga Nationala est un championnat qui progresse aussi bien sur le terrain qu’en dehors. Il y a de plus en plus de joueurs locaux intéressants, des jeunes qui montent, des clubs qui veulent grandir. La formation n’a pas les moyens de la France, mais il y a un vrai potentiel et surtout une vraie envie. Les clubs commencent aussi à attirer davantage d’étrangers, ce qui tire le niveau vers le haut. Il y a une vraie volonté d’améliorer l’effectif de l’équipe nationale, et cela passe aussi par la formation et par le temps de jeu accordé aux joueurs roumains. »

Les supporteurs de Pitesti, un public familial et passionné. (Photo Stefanica Eduard – Pitesti)

France – Roumanie et Roumanie – France :
un trajet méconnu, mais bien plus fertile qu’on ne le croit

 » Certains étrangers qui jouent ici ont largement le niveau ELITE 2, voire Betclic ÉLITE. Par exemple, notre meneur Marcus Thornton a déjà évolué en Pro A à Chalon-sur-Saône par le passé. Plusieurs joueurs qui sont cette saison en Roumanie ont joué récemment dans l’Hexagone: Thomas Bropleh (Denain), Sam Sessoms (La Rochelle), Giordan Watson (Le Mans), Ousmane Drame (Elan Béarnais / Gravelines-Dunkerque), Vyacheslav Bobrov (Quimper / Orléans), Sasa Borovnjak (Antibes), Monyea Pratt (Charleville-Mézières), Filip Adamovic (Gries-Souffel).

Quelques joueurs roumains aussi pourraient se faire une place avec du temps et une bonne adaptation, surtout sur les postes extérieurs. Je pense notamment à Mihai Măciucă (Brasov) ou à Emanuel Cățe, un joueur roumain qui évolue en Espagne cette année (Murcie). La Liga Nationala n’est pas très médiatisé, mais le talent est là ! Parmi les Américains et autres étrangers qui pourraient jouer en LNB, on peut citer Sayeed Pridget le coéquipier de Bandja à Oradea, Trey Diggs de Targu Mures, Dame Adelekun du Steaua Bucarest et à Cluj Napoca : Darron Russell, Dusan Miletic et Nathan Mensah. C’est du costaud !  » 

Nicolas en défense sur l’ancien manceau Giordan Watson qui continue d’arpenter les parquets roumains à 40 ans. (Photo Stefanica Eduard – Pitesti)

La Roumanie, une opportunité pour des jeunes Français ? 

 » Sportivement, ici, si tu travailles et que tu montres que tu veux progresser, on te donnera ta chance sur le terrain et tu auras du temps de jeu. Parallèlement, la Roumanie offre une vraie qualité de vie : le coût du quotidien est plus bas qu’en France, les gens sont accueillants et tu peux réellement te concentrer sur le basket. Et puis il y a l’expérience humaine. Cela te rend plus mûr, plus complet, plus solide. Pour moi, partir découvrir d’autres cultures n’a jamais été — et ne sera jamais — une mauvaise chose. C’est même une étape qui peut t’aider à atteindre le plus haut niveau. Actuellement je suis focus sur le présent, sur ma progression. Je serai en fin de contrat en juin prochain avec Pitesti. La Roumanie est une étape importante pour moi, une base solide pour construire la suite. Je veux continuer de m’améliorer et être prêt quand une plus grosse opportunité arrivera en France ou ailleurs. »

Nicolas est le meneur de jeu de Pitesti cette saison. (Photo Stefanica Eduard – Pitesti)

En dehors du basket, Nicolas Vanel vit comme un jeune de son époque : passionné de Formule 1, accro aux séries, aux films et surtout aux animés japonais, toujours partant pour voyager, découvrir et partager des moments simples avec ses amis. Une personnalité curieuse, ouverte, qui colle parfaitement à son choix de partir se construire à l’étranger. Quant à l’avenir, il ne se projette pas trop loin, mais une chose est sûre : son futur restera dans le sport. Peut-être sur un banc, en tant qu’entraîneur, peut-être ailleurs. Il ne se ferme aucune porte. Il veut prendre le temps, continuer à apprendre, et trouver ce qui le fera vibrer autant que le basket. Une fin ouverte, cohérente avec son parcours : celui d’un joueur qui progresse étape après étape, sans ce brûler, mais en avançant avec la conviction que son histoire ne fait que commencer.

Des années espoirs à Monaco aux parquets roumains : un parcours déjà riche, et pourtant seulement au début pour Nicolas Vanel (photo : Yvonne Corbière / LNB)

Par Benjamin Guillot 

Commentaires


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jeildo
Toujours très intéressant ce genre d’articles.
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