Gianmarco Pozzecco, l’ancien coach de l’ASVEL, se livre : « Je ne changerais pas pour Tony Parker »

Passé par l’ASVEL il y a deux ans, Gianmarco Pozzecco est désormais le coach de Galatasaray
Personnage fantasque avant d’être un coach, habitué à jouer la comédie en conférence de presse, Gianmarco Pozzecco est un coach haut en couleur. Les Français d’Euro Insiders, Alexandre Maticiuc et Benedikt Maukner, sont allés l’interroger à Istanbul bien avant l’élimination de Galatasaray, en quarts de finale de la Ligue des Champions (BCL). L’occasion de revenir sur son parcours, sa vision de l’éco-système du basketball mais aussi de son passage raté à l’ASVEL en 2023-2024, et de sa relation avec Tony Parker.
Pourquoi devenir coach ?
Gianmarco Pozzecco n’a pas choisi le coaching par vocation immédiate. C’est le goût de la victoire qui l’a happé. « Être coach, c’est comme le casino : une fois que tu as commencé à gagner, tu ne sais plus t’arrêter », confie-t-il. Ses deux premières saisons sur un banc ont suffi à le convaincre de poursuivre l’aventure, après une carrière de joueur qui l’avait rendu légendaire en Italie, notamment pour son caractère aussi volcanique en dehors du terrain que sur le parquet avec ses cheveux roses. Il admet tout de même qu’être coach est bien plus difficile que d’être joueur « Tu souffres bien plus en tant que coach que joueurs » lui qui évoque aussi ne pas vouloir coacher éternellement pour pouvoir profiter de sa famille.
L’adrénaline et la relation humaine avec ses joueurs sont les deux carburants qui animent le technicien italien. Un profil à part, reconnu pour sa proximité avec ses effectifs, qui lui vaut une réputation de coach atypique dans le paysage européen. Pour autant, Pozzecco sait que la profession est exigeante psychologiquement : « La vie est belle quand t’es dans une bonne phase quand t’es coach. » lui qui apportera une nuance sur sa situation actuelle en tant que coach dans une phase plus compliquée : « Si vous avez fait la même interview deux semaines avant, quand on jouait bien, les réponses auraient été différentes. »
Antoine Rigaudeau, le joueur que l’on choisit « les yeux fermés »
Interrogé sur le joueur ultime qu’il aurait voulu avoir dans son équipe, Pozzecco n’a pas hésité une seconde. Son choix se porte sur Antoine Rigaudeau, le meneur français passé par la Virtus Bologne, qu’il considère comme sous-estimé en Europe. « Il y a un joueur que tu peux choisir les yeux fermés et mettre dans toutes les équipes du monde parce qu’il peut tout faire, c’est Antoine Rigaudeau : tu as besoin d’un poste 1, 2, 3, shooter, qui passe la balle, tout ! Il est sous-estimé selon moi. »
L’anecdote qui illustre le mieux son propos remonte à un Pau-Orthez–Virtus Bologne mémorable : « Il jouait à Pau-Orthez, contre la Virtus Bologne, il a mis 16 points en prolongation. » Un souvenir qui le fait encore sourire.
Antoine Rigaudeau est d’ailleurs la seule personne qui préfère coacher que d’être joueur de quoi le rendre encore plus spécial aux yeux de son ex adversaire.
Un basket devenu trop sérieux ?
Gianmarco Pozzecco est de ceux qui pensent que le basket européen a perdu quelque chose en gagnant en professionnalisme. Lui, qui se revendiquait champion aussi bien sur le parquet qu’en dehors avec une comparaison assumée à Dennis Rodman. Il estime que la nouvelle génération se prive parfois du liant humain qui fait les grands groupes. « Les joueurs sont devenus trop professionnels. À 25 ans, il ne faut pas oublier, après une victoire, de temps en temps sortir et boire quelques bières. »
L’inflation des sollicitations extra-sportives lui pèse également : « On était focus juste à jouer au basketball. Aujourd’hui il y a trop de choses : sponsors, interviews, Instagram… trop de choses pour aller sur le terrain et jouer correctement. »
Sur la convergence du basket mondial vers le modèle NBA, il rejoint l’analyse de Šarūnas Jasikevičius : le basket européen prend indéniablement cette direction. Mais l’Europe garde sa singularité culturelle, résumée par une formule directe : « In Europe, we don’t give a fuck about show. We want to see you win » (En Europe on s’en fiche du show, on veut vous voir gagner)
L’ASVEL et Tony Parker : des mots qui font mal
L’épisode lyonnais reste une page douloureuse. Pozzecco reconnaît ne pas avoir pu se donner pleinement à chaque match face à l’enchaînement du calendrier, et admet une erreur de gestion en coupant un joueur à son arrivée qu’il n’aurait pas dû écarter compte tenu de la suite. À la suite de son licenciement, il a envoyé un message de remerciements à Tony Parker. Les deux hommes ont collaboré pendant deux mois, mais il n’a jamais reçu de réponse. Pire, dans la foulée il a appris que le président de l’ASVEL avait tenu des propos sévères à son égard dans la presse française. « J’entretenais de bonnes relations avec lui. Il ne s’est jamais plaint auprès de moi. »
Pourtant, Pozzecco refuse toutefois tout ressentiment durable : « Je suis comme ça : je veux avoir une bonne relation avec toutes les personnes impliquées dans le club, et je vais continuer de faire ça. Même si vous n’êtes pas d’accord avec moi, je ne change pas pour Tony Parker. »
Un parcours tragique pour Polonara, une émotion à fleur de peau
Rarement un entraîneur aura exprimé aussi sincèrement son attachement à un joueur. Achille Polonara (2,05 m, 34 ans), qui a su surmonter sa leucémie marquée par une période de coma, touche Pozzecco au plus profond. « C’est vraiment compliqué. Tu traverses une maladie, tu trouves une solution, et ça revient un moment après. Je pense que ça peut te détruire en une fois, mais deux fois, ça devrait être quelque chose de difficile à gérer. »
Le coach lui souhaite un retour sur le terrain signe de guérison complète mais ajoute avec une sincérité désarmante : « Il n’a pas besoin de marcher sur le terrain pour être dans ma tête. »
Galatasaray : fin de saison difficile, futur ambitieux
Mercredi soir, Galatasaray a été éliminé de la BCL par Tenerife sur le score sans appel de 99-59 lors du troisième match décisif des quarts de finale. Une lourde défaite qui résonne avec la lucidité de Pozzecco en interview : « Il nous manque quelque chose cette année. » Le technicien avait identifié les manques de son équipe, constance, présence en post-up, solidité défensive tout en affichant sa foi dans le projet à moyen terme. « On a déjà construit l’équipe pour la saison prochaine, et je suis très excité de finir cette saison le mieux possible. Je pense que l’on a tout pour créer une équipe vraiment solide. »
Sur la scène EuroLeague, il a livré un pronostic tranché : « À mon avis, l’Olympiakos remportera l’EuroLeague. Mais le Fenerbahçe est actuellement la meilleure équipe d’Europe. » Quant au meilleur coach du circuit, il n’hésite pas : « Sarunas (Jasikevičius) est le meilleur coach en ce moment. »
























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