« Sans le basket, je serais peut-être mort » : le miracle Nelly Jr Joseph, nettoyeur de caniveaux devenu le meilleur rookie en France depuis 23 ans
Livré à lui-même à partir de ses 10 ans, Nelly Junior Joseph nettoyait les chambres de prostituées ou dégageait des caniveaux afin de pouvoir se payer à manger. Venu au basket à l'âge de 14 ans, le pivot de Strasbourg livre une saison rookie historique avec la SIG, titulaire au All-Star Game et n°2 de Betclic ÉLITE à l'évaluation. Il raconte son destin hors normes.
William Pfister prend le temps de la réflexion. Quelques secondes pour se replonger dans ses souvenirs : a-t-il déjà vu un rookie aussi prêt pour le monde professionnel que Nelly Jr Joseph (2,05 m, 24 ans), son coéquipier dans la raquette strasbourgeoise ?
« Je ne pense pas, non », finit-il par admettre. « Le niveau qu’il affiche, la saison qu’il fait actuellement, la maturité dont il fait preuve, c’est quand même très impressionnant. Il domine à l’intérieur lors de tous les matchs. »
Pour cause, un rookie aussi productif statistiquement en France (18,1 d’évaluation pour Joseph), même s’il ne faut pas oublier l’impact fondamental de Malcolm Delaney lors du triplé de l’Élan Chalon en 2011/12, on n’avait plus vu cela depuis 23 ans ! Et le joueur concerné a fini par avoir son maillot retiré dans une franchise NBA : Udonis Haslem, 19,3 d’évaluation avec l’Élan, ensuite devenu triple champion NBA en 20 saisons avec le Miami Heat !
Nelly Junior Joseph, le meilleur rookie en France depuis Udonis Haslem ? (photos : Cécile Thomas et Élan Chalon)
Et pour trouver trace d’un rookie en tête du classement à l’évaluation du championnat de France, comme c’était le cas pour Nelly Jr. Joseph jusqu’à mardi soir (désormais devancé par Nadir Hifi), il faut remonter encore plus loin : en 1993/94, Ron Curry avait tourné à 28,1 d’évaluation sur sa première saison professionnelle avec l’ASVEL !
Un destin encore plus remarquable pour le débutant de la SIG quand on connait l’histoire derrière le basketteur promis à une grande carrière au Rhénus. Aujourd’hui, Nelly Jr Joseph peut légitimement ambitionner de disputer l’EuroLeague, voire plus… Mais il y a un peu plus de dix ans, le Nigérian n’était qu’un adolescent livré à lui-même dans les rues de Benin City, obligé de chercher toute sorte de travail pour se payer à manger. Il nettoyait des voitures, des maisons, des caniveaux pour gagner l’équivalent de 5 euros par jour. Désormais, selon MaxiBasket, il en est à 10 000 euros par mois avec Strasbourg. Une certaine idée de l’ascension sociale, et une somme déjà appelée à se multiplier de manière conséquente dans les prochaines années…
Nelly Junior Joseph, un destin hors du commun (photo : Cécile Thomas)
Un enfant livré à lui-même
« Je suis originaire de Benin City, au Nigéria. Mon père est décédé quand j’avais 4 mois et toute ma famille s’est séparée à ce moment-là. Ma mère est partie en me laissant chez ma grand-mère paternelle. Elle est partie pour trouver du boulot mais je n’avais aucune idée de où elle était. Je ne savais pas où étaient mes frères non plus.
Pendant des années, je me suis senti abandonné, à me dire que ma mère ne voulait pas s’occuper de moi. J’ai compris après que c’était sûrement difficile pour elle d’avoir plusieurs enfants à charge. C’est ma grand-mère, Jenette, qui a fait office de maman pour moi. Sauf qu’elle était très âgée, puisqu’elle est décédée à 110 ans, en 2011, quand j’avais 10 ans ! Elle a été une personne très importante pour moi mais personne ne veillait sur nous.
« Je faisais le ménage dans la chambre des prostituées »
Nelly Jr Joseph, avant ses 10 ans au Nigéria
À tel point qu’à un moment, j’ai dû arrêter d’aller à l’école pour trouver de quoi nous nourrir tous les deux. Je me souviens qu’il y avait un bâtiment où j’allais régulièrement, un endroit où une cinquantaine de prostituées travaillaient. J’étais très jeune mais je les aidais pour nettoyer leur chambre ou faire leur lessive. Elles me payaient pour ça. Et avec cet argent, j’achetais de quoi nourrir ma grand-mère et moi-même.
Après son décès, je suis resté vivre dans sa maison. Je continuais à faire plein de petits boulots pour vivre : je sortais dans la rue pour demander aux gens si je pouvais nettoyer leur voiture, aller leur chercher de l’eau, aller faire le ménage chez eux, etc. Je faisais vraiment de tout : de la peinture, du petit bricolage, parfois on m’appelait même pour réparer des télés ! J’avais 11-12 ans et personne ne s’occupait de moi : c’était à moi de trouver mon petit-déjeuner, mon déjeuner et mon dîner.
« Ce que je préférais faire, c’était l’entretien des caniveaux ! »
Nelly Jr Joseph, sur ses multiples petits boulots à Benin City
De temps en temps, il y avait quand même des journées où je ne parvenais pas à trouver un travail mais j’ai pu manger tous les jours. La plupart des gens me connaissaient, venaient me chercher : « J’ai un boulot pour toi, viens voir ! » Même si je ne savais pas faire, ils me l’apprenaient. Et tout me plaisait ! Quand on me demandait de peindre chez quelqu’un, je faisais de mon mieux pour que ce soit beau. Je faisais tellement attention aux détails, j’étais tellement soigneux, qu’on me disait que j’étais un bon peintre. Et c’est comme ça qu’on me confiait de plus en plus de missions.
Avec ces petits boulots, je gagnais 1 000 nairas par jour, parfois 1 500. À l’époque, c’était bien (équivalent à 5 ou 7,5 euros, ndlr). Pas aujourd’hui (0,6 euro, ndlr). Ce que je préférais faire, c’était l’entretien des caniveaux. On me payait 2 500 nairas pour ça (12,5 euros, ndlr), c’était beaucoup d’argent. Donc je voulais faire ça ! Habituellement, on me le demandait à la fin du mois. Le gouvernement mettait des amendes si le caniveau en face de votre maison n’était pas propre (risque d’inondation accru avec les pluies tropicales, ndlr). Donc je les nettoyais, j’enlevais le sable et tous les débris qu’il pouvait y avoir dedans.
« À quoi ressemble ma mère ?! »
Nelly Jr Joseph n’a pas eu de nouvelles de sa mère avant ses 17 ans
Cette vie était devenue normale pour moi. Je ne connaissais rien d’autre. Ce n’était même pas spécialement dur mentalement, c’était naturel. Je faisais ce que j’étais censé faire, et j’étais bon à ça. En plus, vu qu’on me payait, j’étais content !
À côté de chez moi, il y avait un orphelinat. Les femmes me voyaient parfois dans la rue et essayaient de me faire venir. Mais je n’avais pas envie. Je ne voulais pas me dire orphelin, je savais que ma mère et mes frères étaient encore quelque part. Je n’avais simplement aucun contact avec eux. Quand j’étais petit, je voulais voir ma mère, je posais des questions : « À quoi ressemble ma mère ? » Je ne l’ai découvert que quand on s’est revus, en 2018… J’avais 17 ans. Un jour, mes frères sont venus me trouver à Benin. Ils m’ont dit qu’elle était à Lagos, m’ont donné son numéro de téléphone. J’ai appelé : « Où es-tu ? Je veux te voir. » Ça a été un appel difficile à faire… Quand elle m’a revu, elle était en mode : « Waow… » Elle ne savait pas que j’étais si grand. Mes frères sont plus petits que moi. Elle m’a dit que mon père l’était aussi, même si je suis plus grand que lui maintenant. Aujourd’hui, on est en bons termes. »
Un pasteur qui change une vie
« Sur mon temps libre, je jouais parfois au foot dans la rue pour m’amuser avec les copains. Mais pas du tout au basket. J’étais le plus grand enfant du quartier donc tout le monde me disait d’essayer le basket, mais je n’ai jamais écouté les gens. Ça ne m’intéressait pas. Sauf une fois… Un gars m’avait acheté une paire de chaussures pour le basket donc je suis allé à un terrain. Je devais avoir 12-13 ans. En arrivant, j’ai vu des joueurs de plus de 2 mètres, bien plus grands, âgés et forts que moi. Je ne savais pas jouer, c’était impossible de rivaliser. Ça m’a découragé. Je n’ai même pas essayé. Je suis rentré à la maison.
« Ça m’a découragé, je n’ai même pas essayé »
Nelly Jr Joseph, à propos de la première fois où il s’est approché d’un terrain de basket
Un an plus tard, un pasteur m’a vu dans la rue. Il s’appelle Kingsley Omeonu et il a changé ma vie. On est encore en contact aujourd’hui. J’étais assis et il m’a dit de me lever. Il était encore un peu plus grand que moi mais ça se voyait qu’il était surpris. « Quelle taille fais-tu ? », m’a-t-il demandé. J’ai répondu que je ne connaissais pas ma taille. Il m’a dit que j’étais très grand pour mon âge, que je devrais faire du basket et de venir à l’église. C’est un ancien joueur. Il m’a bien vendu le truc, m’a indiqué que ça pourrait m’aider à me sortir de là.
Kingsley Omeonu, le pasteur qui a convaincu Nelly Joseph d’essayer le basket, dont la fiche FIBA mentionne une participation à la Coupe d’Afrique 2005 des clubs
Le dimanche suivant, je me suis rendu à l’église et il m’a parlé d’un coach à Lagos qu’il connaissait, qui pourrait m’aider. Je ne sais pas pourquoi je l’ai écouté lui, et pas tous les autres. Je pense que c’était la volonté de Dieu, qu’il voulait vraiment que je m’y mette. Peu importe ce que je faisais dans la vie, il ne cessait de m’orienter vers le basket. »
Le grand saut vers Lagos… sans jamais avoir joué !
« J’ai dû aller à Lagos par moi-même (300 kilomètres de trajet, ndlr). Le ticket de bus m’a coûté 3 500 nairas (approximativement 16 euros à l’époque, ndlr). Certaines personnes ont contribué quand je leur ai expliqué le projet, m’ont donné des petites sommes comme 200 nairas. Mais j’ai dû bosser pour économiser suffisamment d’argent afin d’acheter le billet. Je n’avais jamais quitté Benin, et on me disait que Lagos était une ville énorme. En arrivant, je ne savais pas où aller. C’est tellement peuplé et il fallait que je trouve le bon gars. Je suis allé à la salle et je l’ai rencontré.
« Oh mince, on peut donc vraiment faire quelque chose grâce au basket ! »
Nelly Jr Joseph, quand son colocataire Charles Bassey est parti aux USA
Je n’avais jamais joué au basket avant d’arriver à Lagos. Je n’ai finalement jamais essayé à Benin. Je suis juste parti en espérant le meilleur… Le coach, John, m’a pris chez lui, m’a nourri, m’a hébergé. Je n’avais plus que le basket, la vie est devenue beaucoup plus facile (il sourit).
Nelly Junior Joseph, aux côtés de son mentor, John, à Lagos (photo : DR)
Celui qui m’a poussé à prendre le basket très sérieusement est Charles Bassey (115 matchs NBA avec Philadelphie, San Antonio et Memphis, ndlr). On était en colocation et c’est une star à Lagos ! Tout le monde le connaissait déjà. Il était si talentueux, il dunkait tellement facilement. Puis il est parti aux États-Unis, et là ça a réellement tilté chez moi. « Oh mince, on peut donc vraiment faire quelque chose grâce au basket ! » Je me suis mis à m’entraîner à 7h du matin, à passer la journée sur les terrains jusqu’au soir. J’avais l’habitude de travailler dur auparavant donc quand je me suis mis à le faire avec le basket, ce n’était vraiment pas difficile. Ma jeunesse m’a donné une vraie éthique de travail, je savais déjà ce que c’était de bosser.
« Là, ça a été un choc ! »
Nelly Jr Joseph, en découvrant des images de Magic Johnson
C’est aussi à Lagos que j’ai commencé à réellement regarder du basket. John est un fan des Lakers et il avait des cassettes de Magic Johnson chez lui. Un jour, j’ai pris la télé pour en regarder une. Là, ça a été un choc : ce gars est tellement doué, il peut passer, faire plein de choses différentes sur un terrain ! Je me suis dit que c’était lui qu’il fallait que j’étudie. Alors je suis allé sur YouTube et je me suis mis à regarder des vidéos de Kobe Bryant, Shaquille O’Neal, Hakeem Olajuwon… »
Du… Japon aux États-Unis :
une formation accélérée
« Je suis resté à Lagos pendant deux ans, entre 2015 et 2017. Tout ce que je voulais, c’était aller aux États-Unis. Mais je n’arrivais pas à obtenir un visa, je n’avais pas de famille aux États-Unis. Un jour, des scouts japonais sont venus et ont aimé mon profil. Ils voulaient que je vienne au Japon, que j’aille au lycée là-bas. Mais je ne voulais vraiment pas y aller. Je visais la NBA, et je savais qu’il fallait la NCAA pour cela, qu’aucun recruteur ne regardait le basket japonais. Mais en réalité, je n’avais pas d’autre option. Je voulais encore moins rester au Nigéria et il n’y avait pas moyen d’aller aux États-Unis. J’en ai parlé avec mon coach qui m’a conseillé de partir au Japon, de le voir comme un tremplin, pour me constituer un CV.
« Au Japon, c’était trop facile ! »
Nelly Jr Joseph, intérieur de Kochi Chuo en 2017/18
Je suis donc arrivé à 16 ans au Japon, au sein de l’équipe du lycée de Kochi Chuo. L’intégration a été aisée, j’étais avec plein de Nigérians. Ils ont pris deux footballeurs, une volleyeuse, deux basketteuses et deux basketteurs du Nigéria. On formait une petite communauté. On a dû apprendre le Japonais en classe – ça, c’était plus difficile, je ne vais pas mentir ! – mais il me reste encore quelques bases.
Nelly Jr Joseph au Japon en décembre 2017, un soir où le coach adverse d’Hiryu était satisfait de l’avoir limité à… 37 points et 20 rebonds ! (photo : Tomoko Osawa)
Sportivement, en revanche, c’était trop facile : je tournais à 40 points par match (un article sur un match à 44 points à 21/23 et 26 rebonds, ndlr)… J’ai dit à mon coach que je ne voulais pas rester au Japon, que j’avais besoin de plus d’adversité. Il était d’accord et m’a dit de revenir.
En 2018, j’étais de retour à Lagos, toujours avec la même obsession des États-Unis. J’ai réessayé d’avoir le visa, j’ai fait toutes les démarches à l’ambassade et j’ai encore été rejeté. Là, ça a été un énorme coup dur.
« Tout ce que je voulais, c’était les États-Unis ! »
Nelly Jr Joseph, et le rêve américain
J’ai été invité au camp Basketball Without Borders en Afrique du Sud et le directeur de la NBA Academy Africa (Roland Houston) était présent aussi. Il a aimé mon profil, mais je n’étais pas vraiment convaincu par l’idée de rejoindre une académie au Sénégal. Tout ce que je voulais, c’était les États-Unis. Mais mon coach m’a dit qu’ils allaient participer à des tournois au États-Unis ou en Europe.
Je suis resté deux ans avec la NBA Academy Africa, à Saly. On est effectivement venus faire un tournoi en Hongrie, l’European Youth Basketball League, et plusieurs évènements aux États-Unis : le G-League Winter Showcase, le BWB en marge du All-Star Game NBA ou du Final Four NCAA. Mon passage au Sénégal a été une très bonne expérience. Ça m’a bien préparé pour la NCAA et le monde pro, ils nous ont donné plein d’informations.
Get to know some of the campers representing Africa at BWB Global at #NBAAllStar Weekend🌍 Second is Nelly Junior Joseph from Nigeria 🇳🇬🏀 pic.twitter.com/1An4eAJNAI
La NBA m’a aidé à enfin obtenir mon visa… Tout est tellement plus facile avec la NBA (il sourit) ! J’étais tellement heureux d’enfin pouvoir partir aux États-Unis. J’avais plusieurs offres de bourses universitaires : Mississippi State, Georgia State, Wichita, etc. J’allais dire oui à Wichita mais Rick Pitino m’a appelé la veille de mon engagement : « Je viens d’avoir le job à Iona, je rentre du Panathinaïkos, j’ai besoin d’un pivot. » Je ne savais pas qui il était, mon coach m’a dit que c’était une légende. J’ai vérifié sur Internet et… waow, j’étais obligé de changer mes plans !
« Le premier de ma famille à avoir un diplôme universitaire ! »
Nelly Jr Joseph, diplômé en arts libéraux et sciences à l’université de New Mexico
Ça a été difficile jusqu’au bout pour moi d’aller aux États-Unis… Avec le Covid, c’était dur de partir en 2020. L’ambassade américaine étant fermée, je suis resté bloqué au Nigéria jusqu’au début de la saison. Je ne suis arrivé que le 28 octobre. J’ai eu très peur que mon opportunité ne me file sous le nez. Et pareil en 2023, quand j’ai changé de fac pour aller à New Mexico…
Nelly Jr Joseph a été façonné pendant trois ans à Iona par le légendaire Rick Pitino (photo : Chris LaChall/Courier-Post / USA TODAY NETWORK)
Rejoindre Iona a été une bonne décision. Rick Pitino est un coach dur, qui a été important dans mon parcours. Avec lui, j’ai appris un nouveau type de basket, c’était primordial de savoir s’adapter. Ensuite, j’ai adoré New Mexico (où il évoluait sous les ordres de Rick Pitino fils, ndlr). On a remporté le titre au sein de la Mountain West Conference et on a participé deux fois à la March Madness.
En NCAA, je suis surtout devenu le premier de ma famille à obtenir un diplôme universitaire. À Iona, j’étudiais la gestion d’entreprise puis je suis passé à un cursus en arts libéraux et sciences à New Mexico. »
Nelly Junior Joseph, déscolarisé au Nigéria, diplômé universitaire aux États-Unis (photo : DR)
Épatant rookie à Strasbourg,
avec un œil vers la NBA…
« Aujourd’hui, c’est une bénédiction pour moi d’être en Europe, de faire ce que j’aime, de jouer au basket. J’ai choisi la SIG Strasbourg car j’avais le sentiment que je m’intègrerais bien ici, que le coach et son staff sont de bonnes personnes. J’ai choisi la bonne équipe !
Extrêmement courtisé l’été dernier, Nelly Jr Joseph a fait le choix de la SIG (photo : Cécile Thomas)
Pour l’instant, ça se passe vraiment bien. Tout le monde nous prévoyait l’enfer au début de saison, disait qu’on allait être nuls et qu’on allait terminer dans les dernières places, car on est jeunes… Mais on se débrouille bien. Une saison réussie pour la SIG serait maintenant de gagner le titre.
« Une saison réussie avec la SIG ? Champion de France »
Nelly Jr Joseph, sur ses ambitions strasbourgeoises
J’aime beaucoup le championnat de France : le niveau est relevé, c’est très physique. C’est chouette de jouer au basket ici ! MVP du mois de novembre, titulaire au All-Star Game, c’est une récompense de tout mon travail depuis des années… Mais je ne suis pas surpris non plus. J’ai bossé pour ça toute ma vie !
Nelly Jr Joseph, déjà de beaux fondamentaux pour un rookie, n°1 aux rebonds et n°2 à l’évaluation en Betclic ÉLITE (photo : Cécile Thomas)
Maintenant, je continue de rêver de NBA. Il y a toujours une chance d’y aller. L’été dernier, peut-être que je n’étais pas prêt (il a fait la Summer League avec Atlanta, ndlr). Je vais continuer à pousser, à tout donner pour progresser. La NBA sera toujours la première option mais si ça ne peut pas se faire, l’EuroLeague deviendra mon but. Je me suis mis à regarder depuis que je suis en Europe et c’est vraiment sympa… »
Des caniveaux de Benin City à une carrière pro…
« Je ne sais pas ce que j’aurais fait de ma vie sans le basket. Tous les jours, je repense à mon histoire et je réalise… J’appelle certains de mes amis et je leur dis : « C’est fou, non ? Le gars qui nettoyait les caniveaux, qui faisait des petits ménages, joue maintenant au basket au plus haut niveau ! » Mes chances d’y arriver étaient très faibles, c’est incroyable pour moi…
« Le basket m’a sauvé ! »
Nelly Jr Joseph, miraculé
Le basket m’a sauvé ! Et pas qu’un peu, il m’a vraiment sauvé ! Je le pense à 100%. Sans lui, je ne sais pas où j’en serai, je ne serais peut-être même plus sur Terre. Il y a plein de gens que je connais à Benin qui sont morts maintenant. Et quand je dis ça, je parle d’une vingtaine de personnes avec qui j’ai grandi ! Donc sans le basket, je ferai sûrement partie de ces gens-là aujourd’hui… »
Nelly Jr Joseph peut avoir le sourire : son histoire est extraordinaire (photo : Cécile Thomas)
Janis Gailitis : « Même quand il fait un mauvais-match,
il termine en double-double ! »
« J’adore le caractère de Nelly ! Il travaille extrêmement dur et garde les pieds sur Terre. Dès qu’il met un pied sur le terrain, c’est quasiment un double-double automatique. Même quand il sort un très mauvais match, qu’on est énervés avec mes assistants, on regarde la feuille de statistiques et on réalise qu’il est encore en double-double…
Nelly Junior Joseph grandit sous la houlette de Janis Gailitis (photo : Philippe Gigon)
Son potentiel est immense mais on essaye de le rendre encore plus complet qu’il ne l’est. Sa dimension physique est incroyable, son esprit de compétiteur aussi. Mais parfois, comme à Bourg-en-Bresse (le 10 janvier), on aimerait qu’il soit un peu plus mature dans sa prise de décision offensive. Il ne devrait pas être dominant qu’avec son corps, mais aussi avec son esprit. Il en est certainement capable mais il apprend encore.
Il vient d’un environnement très compliqué (au Nigéria). Ensuite, il est passé entre les mains d’entraîneurs très compétents, au sein de bonnes écoles. Humainement, c’est une personne agréable à côtoyer, quelqu’un de très respectueux. Il a été livré à lui-même très jeune donc il sait comment se protéger. Ça lui a probablement donné plus de maturité que la moyenne. »
Très bel article, bravo. Une belle découverte ce joueur.
À Chalon, Obinna Anochili-Killen a quelques points communs avec Nelly Jr Joseph : la nationalité, l'âge, le poste, et une histoire hors du commun aussi : https://www.marshall.edu/moments/2025/05/28/from-lagos-to-the-herd-the-obinna-anochili-killen-story/
Pas le même impact pour le moment mais on espère que cela viendra !
Alexandre Lacoste est arrivé sur BeBasket en 2011, lorsque le site se prénommait encore Catch & Shoot. Amateur de portraits et de reportages, généralement au plus près des équipes de France lors des compétitions internationales, il aime chercher des angles originaux et des sujets qui vont au-delà du simple résultat sportif.
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