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« Il faut quand même que tu aies un vrai métier ! » : qui est Julien Cros, le plus jeune entraîneur de LNB ?

Alors qu'Aix-Maurienne vise une neuvième victoire d'affilée en ÉLITE 2 contre Quimper, ce qui égalerait son record historique, l'équipe savoyarde est dirigée par un entraîneur âgé de seulement 31 ans, Julien Cros. Portrait.
« Il faut quand même que tu aies un vrai métier ! » : qui est Julien Cros, le plus jeune entraîneur de LNB ?

Julien Cros dirige Aix-Maurienne depuis l’été 2025

Crédit photo : Cécile Thomas

Dimanche 21 décembre. Aix-Maurienne est en train de progressivement sombrer. Un énième effondrement contre Nantes (80-89), la huitième défaite en dix matchsde, rapproche AMSB de la zone rouge (5v-10d), avant la réception du leader Orléans et un déplacement bascule chez la lanterne rouge Challans.

La carrière d’entraîneur de Julien Cros a-t-elle basculé dans l’intimité des vestiaires de Marlioz lors de ce fameux dimanche ? Il est toujours bancal de refaire l’histoire après coup mais il semblait difficile de trouver un fusible plus idéal qu’un jeune coach, après avoir déjà écarté deux joueurs, si les choses avaient mal tourné lors des deux derniers matchs de 2025.

« Deux jours après Nantes, il y a eu une discussion assez musclée de sa part », révèle son co-capitaine, Corentin Falcoz. « Il a pris ses responsabilités. Il a été cash et droit devant nous. Il nous a dit qu’il était temps de se comporter en tant qu’équipe et qu’il fallait arrêter d’être une somme d’individualités. Ça a payé, on n’a pas perdu depuis… » 

Proche de la meilleure série historique d’Aix-Maurienne

Mieux, après sa démonstration contre Quimper jeudi soir (105-66), sa plus large victoire depuis 26 ans, AMSB n’est plus qu’à une longueur de la plus grande série de son histoire (neuf succès d’affilée). 48 heures après la mise au point de Julien Cros, les Savoyards ont marché sur le leader Orléans (84-68) et n’ont plus été stoppés depuis. « Je n’ai pas envie de trahir ce que j’ai dit », repousse le technicien. « Disons que j’ai passé des messages, qui ont été entendus, et je suis ravi que les joueurs m’aient très vite donné tort après. »

La déception de Julien Cros, ses deux présidents dans le dos, lors du quatrième quart-temps contre Nantes le 19 décembre (photo : Cécile Thomas)

Un joli renversement opéré par le coach le plus jeune de LNB, né en mars 1994 et donc âgé de seulement 31 ans. Une précocité sur le banc savoyard qui n’avait toutefois rien d’une évidence à la base. « Très honnêtement non, je n’aurais jamais imaginé cela à la base », sourit-il. « La résilience a payé. »

« En deux jours, j’ai tout quitté »

Déjà parce que sa famille ne voyait pas cela d’un très bon œil. Joueur modeste, sparring-partner de l’équipe NM2 de Toulouges au mieux, le natif de Toulouse s’est mis à entraîner dès ses 15 ans, à peine deux ans après avoir découvert le basket dans un cours d’EPS de son collège de Carcassonne. « À 17-18 ans, j’ai dit à mes parents que les études ne seraient pas la priorité car je voulais entraîner », glisse-t-il. « On a eu plusieurs conflits à la maison. Ils me disaient : « Il faut quand même que tu aies un vrai métier ! » 

Le fils aura le dernier mot : une première année validée en licence d’administration économique et sociale, mais pas la deuxième. « Je n’ai pas eu envie d’aller plus loin, ce n’était pas pour moi. Alors que coacher, c’était dans mon ADN. J’ai toujours eu la fibre de vouloir aider les gens. » Une vocation vérifiée par ses premières années dans le costume, d’abord à la tête d’équipes jeunes à Toulouges (avec un certain Elian Benitez dans les rangs) puis assistant de l’équipe NF1 de Perpignan Le Soler auprès de Carlos Neira, l’un de ses premiers mentors avec Romain Gomez et Benoît Benitez.

Julien Cros a pris sa première licence de joueur à 13 ans à Carcassonne et a commencé à entraîner à 15 ans (photo : Cécile Thomas)

Puis parce que son arrivée à Aix-Maurienne, en 2018, relevait d’un vrai concours de circonstances. « Il avait fallu choisir en catastrophe », se souvient Fabien Romeyer, l’entraîneur d’AMSB à l’époque. « Un adjoint (Hervé Couvé) déjà en place a quitté le club pour raisons personnelles lors du mois d’août et je me suis retrouvé en stage de présaison sans assistant. » 

« C’était un pur hasard », convient Julien Cros. « Je ne connaissais personne dans le réseau de décisionnaires au club. C’était le directeur du centre de formation, Ludovic Guibert, qui a appelé un entraîneur qu’il connaissait pour savoir s’il n’avait pas des gens autour de lui qui pourraient prétendre au poste. Il a donné mon nom. Le hasard, c’est que j’étais à Voiron, à 1h d’Aix, afin de passer mon diplôme d’Etat. Ludo m’appelle et me dit : « Si tu veux, passe ce soir et on fait un entretien. »

Le courant passe bien. Fabien Romeyer évoque « un bon feeling ». Et à seulement 23 ans, Julien Cros est propulsé entraîneur-assistant d’une équipe de Pro B. « En deux jours, j’ai tout quitté. Au final, c’est le meilleur choix de ma vie. » 

« Là, j’ai vu un vrai coach… »

Huit ans après, le Toulousain est toujours présent en Savoie. Les premiers pas ont pourtant été « extrêmement difficiles » : son premier déracinement depuis le Sud, une charge de travail trop importante qui le pousse à renoncer à la casquette d’entraîneur de l’équipe NM3 après seulement cinq mois, mais il a fini par prendre le pli de son nouveau rôle, même auprès d’un Karim Atamna qui avait alors 14 ans de plus que lui !

« La compétence n’a pas d’âge », clame Fabien Romeyer. « Et Julien m’a surpris. J’avais un peu peur qu’il manque d’autorité auprès de joueurs plus âgés que lui. Je l’observais beaucoup là-dessus. Mais j’ai eu une vraie prise de conscience quand je l’ai vu entraîner une autre équipe un samedi après-midi. Je n’ai pas du tout vu la même personne. J’ai vu un vrai coach, avec de l’autorité, dans le bon sens du terme. Sa séance pulsait ! Je me suis dit : « Mince, il faut que je lui donne un vrai terrain d’expression »Là, je me suis dit qu’il pouvait devenir coach. » 

Pendant sept ans, Julien Cros a secondé Fabien Romeyer puis Manu Schmitt (photo : Sébastien Grasset)

Avant d’embrasser un tel destin en LNB, Julien Cros a fourbi ses armes pendant sept saisons dans un rôle de n°2, les deux premières auprès de l’actuel manager dijonnais puis cinq aux côtés d’Emmanuel Schmitt. « Ce sont deux méthodologies ultra différentes qui m’ont beaucoup appris », explique le trentenaire. « Fabien m’a fait passer un cap dans tous les aspects tactiques du jeu et Manu dans le management, tant il me déléguait énormément de choses. » 

Recalé par… Aix-Maurienne, il étudie le cerveau humain

Pour une évidence toute tracée lorsque le contrat de Schmitt n’a pas été renouvelé en 2024 : assurer la succession. « J’étais prêt, je pensais que c’était mon tour. » Raté : le poste revient à Kenny Grant. « Honnêtement, ça a été un échec et une vraie claque dans la gueule. Mais j’avais besoin de cette claque-là, cela m’a fait grandir. » 

Pendant « une année d’introspection », Julien Cros « prend de la hauteur », s’interroge sur son avenir, lorgne sur le marché de la Nationale 1, voire de la NM2, ou celui de l’assistanat en Betclic ÉLITE. Mais surtout, il tente de s’enrichir, que ce soit d’un point de vue basket, avec une petite virée chez les Sacramento Kings en plein play-in NBA, ou non… « J’ai passé beaucoup de temps à étudier les neurosciences. On parle tous de notre prise de décision mais on ne sait pas comment le cerveau fonctionne ! » 

Tout en restant dans l’environnement d’Aix-Maurienne, auprès des équipes administratives cette fois. Sans être salarié, il donne un coup de main dans l’envers du décor, pilotant notamment les délocalisations vers Chambéry et Albertville. Et quand Kenny Grant choisit de répondre à l’appel du Portel, son nom revient naturellement sur le devant de la table.

« Du courage dans ses choix » 

« Je suis très heureux de démarrer ici », souligne celui qui est épaulé par Antoine Mantey. « Si je suis resté aussi longtemps ici, c’est parce que je me retrouve dans les valeurs de ce club : le partage, le côté familial, une forte identité, la quête permanente de solutions pour survivre. » 

Depuis qu’il a été promu head coach, il n’a pas dérogé à la règle en misant à fond sur la carte jeunes, inspiré par les exemples Vichy et Poitiers, avec « le choix courageux » (dixit Corentin Falcoz) de couper un meneur américain pour y placer un JFL de 21 ans, Lucas Demahis-Ballou. « OK, on a un petit budget, OK, on a de petites infrastructures mais qu’est-ce qu’on fait pour que ce ne soit pas un frein définitif ?! », exhorte-t-il. « Et puis j’ai 31 ans ! Si moi-même, je ne donne pas leur chance à des jeunes, je vais à l’encontre de ce que j’ai demandé aux dirigeants par rapport à la chance qu’on m’a donnée à moi », sourit-il.

« Julien est un coach très humain, à l’écoute de ses joueurs, plein de vie et d’énergie », souligne l’un des principaux bénéficiaires de sa philosophie, Corentin Falcoz, qui le côtoie depuis 2022 et qui a explosé cette saison en intégrant le Top 10 des meilleurs marqueurs français (13,2 points). « Il n’a pas menti sur la confiance qu’il voulait nous donner au début ! Il a forcément envie de bien faire pour sa première saison mais il n’a pas changé. Sa plus grande force est sa qualité humaine. Et derrière, il transpire le basket. Il aime la vidéo, le travail individuel, il utilise beaucoup de datas. Pour chaque match, il nous prépare de sacrés plans de jeu. Il a installé de vraies bases défensives mais il veut qu’on pousse la balle et qu’on joue en première intention avec de la confiance. Son maître-mot, c’est le partage. »

Inspiré par Sfairopoulos, Iisalo, Vizade ou… Éberlin

Un credo qui se vérifie jusque dans les stats : avec 22,2 passes décisives par match, Aix-Maurienne est l’équipe n°1 d’ÉLITE 2 dans le domaine ! « Je crois à l’augmentation des possessions, au jeu up-tempo », clame le principal intéressé, qui revendique plusieurs inspirations : le basket espagnol, « pour la grinta et l’envie de relancer la balle en permanence » ou l’Olympiakos version 2014/18 de Ioannis Sfairopoulos, « pour la capacité des arrières à toujours prendre la bonne décision ».

L’équipe de Julien Cros en est à sept victoires consécutives, avant de recevoir Quimper ce jeudi (photo : Cécile Thomas)

Reviennent aussi quelques noms français : Guillaume Vizade, son ex-collègue dans le staff de l’équipe de France U20, qui lui a « beaucoup appris », ou Stéphane Éberlin, récemment remercié par Caen. « Je trouvais son travail à Souffelweyersheim vraiment exceptionnel, ça m’a fait bizarre de coacher contre lui. » Il n’était pourtant qu’un simple élève de… sixième lorsque l’Alsacien a commencé à diriger le BCS.

Et « la référence européenne du moment », Tuomas Iisalo. « Mais ce n’est pas pour tout le monde », disait-il début décembre, deux mois après avoir testé l’expérience des rotations incessantes de manière infructueuse lors d’un match de Coupe de France à Antibes. Il a retenté le 23 décembre, quatre jours après la fameuse déconvenue nantaise, afin de contrer l’intensité d’Orléans et n’a plus jamais lâché le système depuis.

40 minutes de séance vidéo après un 156 d’évaluation

La preuve d’une évolution permanente, d’un apprentissage perpétuel, sur cette année rookie, parsemée de multiples embûches, à l’image des errements administratifs de son club ont coûté la victoire acquise de haute lutte lors du match de la peur à Quimper début novembre (89-95). « En quelques mois, l’expérience prise est déjà énorme », apprécie-t-il. Comme lorsqu’il a découvert la facette la plus sombre du métier à l’automne, devant annoncer à deux joueurs (Donovan Donaldson et Willem Brandwijk) qu’ils perdaient leur emploi… « Ça a été des moments horribles ! Autant il y a plein de choses où je m’étais préparé en amont sur le fait que ce serait difficile, autant l’anticipation n’a clairement servi à rien là », souffle-t-il.

200 notifications le soir de sa nomination : Julien Cros a découvert la lumière du poste de head coach (photo : Cécile Thomas)

Ou les meilleurs moments… Ainsi, au terme du premier match où Aix pouvait se targuer d’une grosse avance à la mi-temps (+19 contre Rouen le 16 janvier), le Toulousain s’était flagellé pour être devenu trop amorphe dans le troisième quart-temps face à la marge confortable de son équipe. Résultat : deux semaines plus tard, il leur a fait une séance vidéo de 40 minutes après la démonstration contre Hyères-Toulon ! « C’était un peu long », rigole Corentin Falcoz. « On sortait d’une masterclass en termes d’évaluation (156) et on a passé 40 minutes à regarder tous les petits détails qu’on avait mal fait. »

« Si je rate cette première saison,
ce sera compliqué d’avoir un plan de carrière ! »

Quand on est déjà coach en ÉLITE 2 à 31 ans, de plus fortes ambitions peuvent logiquement déjà germer pour la suite. Mais Julien Cros jure ne pas avoir d’objectif long-terme défini, si ce n’est celui de « réussir » sa première saison. « Je sais qu’elle est importante, je n’ai pas envie de la rater. Car si c’est le cas, ce sera compliqué d’avoir un plan de carrière. » 

Surtout que tout aurait effectivement pu s’arrêter net, dès le cœur de l’hiver, s’il n’avait pas trouvé la recette pour enrayer la spirale négative. « Il est évident que si on avait continué à perdre, ça aurait été difficile pour moi. Mais je n’ai jamais ressenti cette crainte-là. Certes, à un moment, ça a commencé à se tendre mais je trouve que j’ai plutôt bien géré la pression. J’ai toujours eu le soutien de mes dirigeants et de mon équipe. Les joueurs ont continué à croire au projet. » 

Ici avec Sean Smith, Julien Cros a conservé la confiance de son équipe (photo : Cécile Thomas)

19e budget et 19e masse salariale d’ÉLITE 2, miracle permanent de la Pro B avec désormais plus de 1 000 matchs officiels au compteur et un savoir-faire historique dans la lutte pour le maintien, Aix-Maurienne a rempli son rôle de club tremplin en donnant sa chance à un jeune trentenaire pour tenir les rênes de son équipe.

« C’est vrai qu’on n’a pas l’habitude de voir des coachs de 30 ans », acquiesce Julien Cros, qui ne pensait peut-être pas si bien dire puisqu’il est l’entraîneur le plus jeune de LNB depuis que Julien Espinosa a fait remonter Antibes en Pro A à seulement 29 ans en 2013. « C’est une vraie marque de confiance de la part du club, ils ont tenté un coup de poker. Les dirigeants font rarement des choix par hasard donc ils pensaient que j’en étais capable. » Et après tout, cela ressemble quand même à un vrai métier…

Commentaires


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maurienneaix
Magnifique portrait, mérité, en espérant que Julien reste un peu parmi nous. La jurisprudence Grant .
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madaballer
Il me semble que Remy Valin a commencé à Évreux à 27 ans non?
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arnaudben
Magnifique article, merci Bebasket !
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Image Alexandre Lacoste
Alexandre Lacoste est arrivé sur BeBasket en 2011, lorsque le site se prénommait encore Catch & Shoot. Amateur de portraits et de reportages, généralement au plus près des équipes de France lors des compétitions internationales, il aime chercher des angles originaux et des sujets qui vont au-delà du simple résultat sportif.