Julie Barennes un jour sélectionneuse de l’équipe de France ? « Évidemment que j’aimerais »

Julie Barennes peut-elle coacher l’équipe de France un jour ?
Julie Barennes incarne depuis plusieurs années l’une des réussites les plus singulières du basket féminin français. Entraîneure de Basket Landes depuis 2019, après y avoir joué sept saisons, elle a construit un modèle qui défie les logiques habituelles du haut niveau : priorité au collectif, bienveillance assumée, et refus de sacrifier l’humain au détriment des résultats. Une philosophie qui a porté le club landais jusqu’au Final Six d’EuroLeague qui se tiendra à Saragosse dans quelques jours. Une première historique, tout en maintenant un niveau de compétitivité en Ligue féminine qui force le respect. Rencontre avec une coach qui pense et parle vrai, lors d’un échange organisé par Sud-Ouest avec des lecteurs invités à Mont-de-Marsan.
Un collectif comme boussole
Derrière la performance de Basket Landes cette saison se cache une conviction profonde de son entraîneure : la force d’un groupe ne se mesure pas à ses individualités, mais à sa capacité à faire exister chacune. « Je préfère dépendre d’une équipe plutôt que d’une joueuse, c’est ma manière de voir les choses », explique Julie Barennes, pour qui cette approche relève autant du pragmatisme que des valeurs.
Car la logique est implacable : dans une saison aussi dense, avec des matchs de Ligue féminine, une Coupe de France et l’EuroLeague à gérer simultanément, s’en remettre à quelques joueuses clés serait une prise de risque inconsidérée.
« Quand tu veux être performant sur plusieurs tableaux, tu dois utiliser tout le monde. Parce que parfois les joueuses ne sont pas bonnes. Et ces jours-là, si on dépend de ces personnes, on perd, c’est aussi simple que ça », explique Julie Barennes à Sud-Ouest.
Cette philosophie se traduit concrètement dans la gestion du temps de jeu. Julie Barennes refuse la hiérarchie figée entre titulaires et remplaçantes. Un exemple concret, aucune joueuse a un temps de jeu moyen supérieur à 24 minutes. Louise Buissière, dont le rôle reste quantitativement limité, peut aussi l’illustrer. Elle s’est déjà montrée décisive à des moments clés de la saison grâce à ses tirs lointains.
Une coach façonnée par son vécu de joueuse
Cette sensibilité au rôle de celles qui jouent peu n’est pas le fruit du hasard. Julie Barennes l’explique sans détour : « En tant que joueuse, j’ai toujours été en back-up, ça m’a peut-être fait prendre conscience de l’importance de la valorisation des joueuses du banc. » Une expérience personnelle qui nourrit aujourd’hui son regard sur la charge que représente une saison professionnelle.
Cette bienveillance, elle la revendique sans la romantiser. « La bienveillance, moi, j’appelle ça du bon sens. » Et d’ajouter, avec une franchise désarmante :
« J’accepte que les gens ne soient pas bons pendant un mois et demi pour qu’ensuite ils soient géniaux. Personne ne fait exprès de rater un truc, de rater du lay-up. »
Ce rapport au résultat est d’ailleurs assumé jusqu’au bout. Barennes préfère une saison épanouissante à un titre arraché dans la douleur — elle le dit sans détour, rappelant que la saison 2022-2023, pourtant couronnée par une deuxième Coupe de France, avait été vécue comme « une saison de merde ». « Je jure que je préfère ne pas gagner un titre mais vivre les choses autrement », lâche-t-elle, avec une franchise qui tranche dans le paysage du sport professionnel.
Basket Landes, un modèle à structurer pour durer
Si le bilan humain est déjà une réussite aux yeux de Barennes, elle n’ignore pas les chantiers qui attendent le club pour s’installer durablement dans l’élite européenne. Le premier d’entre eux est infrastructurel. Comme annoncé, l’espace François Mitterrand devrait avoir 600 places de plus d’ici la saison prochaine. Une bonne nouvelle car « actuellement des personnes ne regardent même plus si elles peuvent avoir des places. »
Au-delà du public, c’est toute la structure interne du club qui doit monter en gamme. « Cette année on est allé dans des clubs et on sait qu’on n’aura jamais les mêmes outils. Mais on en est très loin et il faut s’en approcher », reconnaît-elle. La progression est néanmoins réelle. Lors de la première participation du club à l’EuroLeague, Barennes avait réclamé un deuxième assistant conscient que les staffs adverses étaient déjà bien plus étoffés. La demande a été entendue. Pour elle, la logique est implacable : améliorer la structure, c’est mécaniquement améliorer le budget, et donc la capacité à rester compétitif au plus haut niveau européen.
Et demain, l’équipe de France ?
Depuis l’automne dernier, Julie Barennes occupe un poste d’assistante auprès d’Olaf Lange, sélectionneur de l’équipe nationale allemande féminine. Un rôle qu’elle occupe jusqu’en 2028, en parallèle de ses fonctions à Basket Landes. Mais la question de son avenir à la tête de l’équipe de France, celle qui a également collaboré avec la sélection néerlandaise ne l’esquive pas. « Avoir un jour l’équipe de France serait quelque chose d’incroyable. Mais Jean-Aimé Toupane est là jusqu’en 2028 et moi je suis allemande jusqu’en 2028. Après, il arrivera ce qu’il arrivera, c’est la Fédération qui décide. Mais évidemment que j’aimerais. »
Une ambition posée avec lucidité, à l’image d’une coach qui a fait de la mesure et de l’honnêteté ses marques de fabrique.


























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