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À la découverte d’Oscar Wembanyama, la « personnalité atypique » qui vise la NBA mais « aimerait jouer au basket un peu partout »

EuroBasket U20 - Rencontre exclusive en Slovénie avec Oscar Wembanyama, le nouvel ailier de Denain qui vivait sa première compétition avec une équipe de France. Entre ambitions personnelles, choix fort de carrière, souvenirs du handball et sensibilité artistique hors des parquets, le petit frère de Victor est « atypique. »
À la découverte d’Oscar Wembanyama, la « personnalité atypique » qui vise la NBA mais « aimerait jouer au basket un peu partout »

L’acrobatique Oscar Wembanyama

Crédit photo : FIBA
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C’est sur un canapé du hall du Grand Plaza Hotel de Ljubljana (Slovénie) que nous retrouvons Oscar Wembanyama (2,00 m, 19 ans), qui arbore un t-shirt des… Spurs de San Antonio, à la sortie d’un entraînement avec l’équipe de France U20. À ce moment-là, les jeunes de Mickaël Hay sont sur 5 victoires consécutives, et ne savent pas encore qu’ils vont perdre les deux prochains matchs (en demi-finale contre la Slovénie, et dans la petite finale contre l’Espagne), pour finalement terminer 4e de l’EuroBasket. L’ambiance est donc aux sourires.

Première compétition internationale

Pour sa toute première campagne internationale sous la tunique tricolore, Oscar Wembanyama savoure chaque instant. Propulsé directement dans l’intensité d’un EuroBasket U20, il affiche une sérénité décontractée. « Ça va, je me sens bien, je suis vraiment content d’être là », nous confie-t-il d’emblée. « C’est ma première compétition internationale, j’essaie de profiter au maximum. Avec l’équipe, on est dans le même état d’esprit : profiter du moment et vivre chaque match l’un après l’autre. »

PROFIL JOUEUR
Poste(s): Ailier
Taille: 200 cm
Âge: 19 ans (18/03/2007)

Nationalités:

drapeau-france-carre.jpg
Stats 2026-2027 / EuroBasket U20
PTS
8
#65
REB
4,9
#30
PD
0,4
#151

Un mois de vie commune à l’étranger qui peut rappeler un contexte de colonie de vacances, même si la rigueur professionnelle prend le dessus. « Je vois ce que tu veux dire. Après je n’ai jamais fait de colonie de vacances donc je ne sais pas [rires]. Mais oui, c’est sympa. C’est différent d’un club, car c’est beaucoup plus court et les objectifs sont différents : il faut performer sur un mois. Ce qui nous rallie, c’est l’objectif clair de finir premier et de gagner la médaille d’or. »

Sur le parquet, ses performances sont intéressantes. 8 points et 4,9 rebonds en 19 minutes de moyenne, avec des statistiques défensives brutes dignes de la famille : 1,1 interception et 1,1 contre par match. Sa longueur et sa polyvalence marquent. On l’a vu posteriser un adversaire, en contrer plusieurs autres, commencer une demi-finale sous très haute tension par un 3/3 à 3-points alors qu’il n’en mettait pas un depuis le début… Mais ce n’est pas ce qui l’intéresse : « Tant qu’on gagne, je serai satisfait. Si je fais un match dégueulasse en finale mais qu’on gagne, je serai tout autant content [rires]. »

Une pré-adolescence consacrée au… handball !

Des flashs prometteurs, mais un manque de constance qu’a aussi remarqué son coach, que nous avons interviewé au lendemain de la défaite en finale : « Oscar, on peut voir ses capacités. Mais on voit que c’est encore un jeune joueur dans son vécu du jeu. Il fait parfois des choses à contre-courant. Mais c’est normal, par rapport son manque de vécu basket. » 

Ce manque de vécu basket s’explique dans son parcours. Voir un joueur devenir cadre d’une équipe de France U20 avec un an de moins, et sans avoir connu les sélections de jeunes antérieures (U16, U18), demeure assez rare. Et pour cause. Contrairement à son frère, Oscar a commencé le basket relativement tard. « J’ai commencé le basket à 14 ans. C’est ma première compétition, tout simplement parce que c’est la première fois que j’ai le niveau pour jouer en équipe de France. Auparavant, j’ai été un peu gêné par des blessures qui m’ont fait rater des longs moments de la saison. Et ça enlève l’éligibilité pour les pré-sélections. » 

« J’aurais pu devenir handballeur pro ! » 

Avant les parquets et la balle orange, le jeune homme s’était illustré.. au handball. Une école de la rigueur et du mouvement de ballon qui lui a légué des fondations athlétiques et collectives précieuses, capitalisées aujourd’hui au basket. « Le handball ressemble un peu au basket quand on est jeune : courir, se partager la balle, c’est un sport collectif avec ballon. C’est le même état d’esprit de cohésion, de courir et faire des efforts pour ses coéquipiers. Ce sport m’a surtout apporté les fondamentaux. »

Oscar Wembanyama : une vision de jeu qui vient du handball ? (photo : FIBA)

Mais aurait-il pu se faire un nom au plus haut niveau dans ce sport ? « J’étais bon ! Avec mon équipe, on a gagné beaucoup de matchs et plusieurs titres. Je pense que j’aurais pu faire carrière dedans. Il y a beaucoup de profils grands au handball, mais souvent ils ne sont pas aussi fins que moi, ils sont plus épais. Si j’avais continué avec la même motivation que pour le basket, je pense que j’aurais pu devenir pro. Mais j’ai arrêté à 13 ans, donc en vrai c’est impossible à dire… » 

Le choix de signer à Denain en ÉLITE 2

Auteur d’une saison solide avec les Espoirs de Strasbourg (10,4 points, 5,2 rebonds, 2,5 passes décisives et 1,9 interception de moyenne), Oscar Wembanyama se savait attendu au tournant de sa transition vers le monde professionnel. Alors que de nombreux talents de sa génération cèdent à l’attrait de la NCAA, lui a pris le contre-pied en s’engageant en ÉLITE 2 sous les couleurs de Denain Voltaire. Un choix stratégique de développement dans l’ombre, mûrement réfléchi.

« Je manque encore d’expérience, vu que je suis jeune et que je découvre le monde pro. Prendre des responsabilités, du temps de jeu, m’étoffer physiquement… C’est pour lancer ma carrière […] Denain était le projet le plus intéressant, qui liait développement personnel et projet collectif compétitif pour l’année prochaine. C’était la meilleure alchimie entre les deux. » Et comme le dit Mickaël Hay : « S’il écoute son prochain coach, Thomas Andrieux à Denain, il va pouvoir épurer plein de choses dans son jeu, et devenir un joueur vraiment intéressant. »

Oscar Wembanyama · Espoirs Strasbourg · Espoirs ELITE 2025-2026

DateMatchMINPTSREBPDÉVAL
11/04V vs PAR32:24207826
17/01V vs GRA26:54208123
22/11D @ CHA26:23164523
06/12V vs ASV31:11185119
29/03V @ BOU32:351112417

 

Son départ de la SIG s’est inscrit dans une divergence de vision de développement, similaire à celle vécue par son homologue Jahel Trèfle, parti quant à lui vers Gravelines. « J’essaie toujours de choisir ce qui est le mieux pour moi et, en l’occurrence, ce que proposait Denain était mieux que ce que proposait Strasbourg, de mon point de vue. C’est pour ça que j’ai décidé d’aller là-bas. Pour moi, ce ne sont pas vraiment des désaccords, mais des intérêts divergents. »

Son regard est désormais tourné vers Denain, dans une ÉLITE 2 qui est un véritable laboratoire de développement pour la jeunesse du basket tricolore. Mais ce sera un simple passage pour le natif des Yvelines : « Ce n’est pas pour rester longtemps. C’est surtout pour l’utiliser comme un tremplin ou une rampe de lancement, comme beaucoup de jeunes qui vont en Pro B pour se développer. Particulièrement Denain qui a fait jouer beaucoup de jeunes comme Romain Parmentelot ou Clément Frisch. Maxime Sconard a signé aussi. C’est le projet. »

D’autres options étaient sur la table

D’autres options existaient. « Il y avait plusieurs clubs en Pro B, comme Évreux par exemple. Il y avait aussi Levallois ou Mulhouse qui se battaient pour la montée et qui étaient intéressés par un profil jeune. Mais il n’y avait pas non plus les 20 clubs de Pro B… [rires]. En Betclic, il y avait Gravelines qui était intéressé, mais ils ont pris Jahel [Trèfle]. »

Les portes des universités américaines — où il aurait bénéficié d’une exposition médiatique gigantesque avec ce nom de famille — se sont aussi certainement ouvertes. Mais il a balayé du revers de la main cette option pour privilégier la formation à la française. « En fait, je n’ai pas cherché là-bas, ce n’est pas ce que je voulais… La NCAA fait un peu rêver tout le monde en Europe car c’est une expérience unique. Moi, j’aimerais tout tester, jouer au basket un peu partout…

Mais pour mon développement immédiat, je trouvais plus intéressant de rester en Europe et en France. » Une porte américaine qu’il ne ferme pas définitivement pour l’avenir : « Pourquoi pas. Je cherche toujours la meilleure option possible, et si un jour j’ai de bonnes propositions là-bas, je m’y intéresserai. »

Le débat de la rédaction · À vous de trancher

Oscar Wembanyama a-t-il bien fait de signer en ÉLITE 2 plutôt qu'en NCAA ?

  • Oui
  • Non

Devenir un ailier polyvalent, et viser la NBA

Sur le plan technique, Oscar a une idée très précise de l’évolution de son jeu et de la panoplie qu’il souhaite polir sous la direction du staff denaisien. Il ambitionne de devenir un ailier ultra-polyvalent des deux côtés du parquet. Mais avec comme priorité la défense, comme c’est de famille. « En défense, je pense vraiment pouvoir devenir un énorme défenseur collectivement et individuellement. Grâce aux deflections, interceptions, contres, dissuasions et rotations… J’ai vraiment envie d’avoir ce rôle, et de toute façon c’est ce qui va me permettre d’être sur le terrain. »

En attaque, il compte se développer sur tous les aspects. Les axes de travail pour la saison à venir sont déjà listés : « J’ai une vraie marge physiquement : devenir plus costaud et meilleur sur les contacts. Je pense aussi à l’aisance avec le ballon et à la résistance à la pression. Je doit également beaucoup améliorer mon shoot, pour avoir un vrai tir fiable. Enfin le QI basket, mais ça viendra avec l’expérience et le fait de beaucoup jouer. »

Quant à ses objectifs au long-terme, ils sont évidents : « Aller jouer en NBA, c’est mon objectif principal. Mais je suis aussi curieux, j’aimerais tester d’autres ligues en dehors de la France, jouer en Europe… Et surtout, jouer en équipe de France A. » Il explique que sa curiosité naturelle pourrait le pousser à jouer un peu partout dans le monde, pour découvrir de nouveaux pays.

Le tir extérieur (22% à l’Euro U20, 28% en Espoirs cette saison) : gros axe de progression d’Oscar Wembanyama (photo : Cécile Thomas)

« Ça va, ce n’est pas Voldemort non plus ! » 

Il n’a pas encore eu trop l’occasion de voyager en dehors des déplacements basket, et n’a pas non plus été convié par son frère lors de ses différentes expériences et stages de découverte à l’étranger, comme avec les moines shaolin en Chine. « Mais on est allés au Japon ensemble, avec mon frère et ma sœur, c’était génial. Les voyages m’intéressent beaucoup, et je kifferais en faire plus. »

Quand on l’interviewe, on remarque la fraîcheur et la curiosité intellectuelle d’Oscar Wembanyama, tout comme sa capacité à bien s’exprimer. Ce qu’il cultive à travers ses hobbies : le cinéma, la photographie, la musique, et la lecture. Une sensibilité artistique qu’il a eu moins de temps pour exprimer cette saison, vu les cadences infernales qu’il s’est infligées pour rattraper le temps perdu. « Cette année, je n’ai vu que la salle d’entraînement [rires]. J’ai été écarté des terrains par des blessures sur plusieurs saisons. Donc cette année vu que je n’avais aucune blessure, je n’ai jamais passé autant de temps à la salle. »

Son jeu mais aussi sa personnalité, qu’il décrit lui-même comme « atypique », méritent de s’y intéresser indépendamment de son frère, qui prend forcément toute la lumière et lui met une certaine pression (dont il ne soucie pas, comme il nous l’avait expliqué dans une autre interview il y a quelques mois). Être toujours ramené à son frère et réduit au rôle de “frère de” (“Ève Wembanyama”, comme il l’avait joliment répondu à un journaliste maladroit) ne doit pas être évident à gérer. Mais pas de là à en faire un tabou. « Ça va, ce n’est pas Voldemort non plus, on peut dire son nom » dira-t-il en rigolant pour conclure cette interview.

Image Tom Compayrot
Tom Compayrot a rejoint BeBasket en novembre 2023, où il suit de près l’actualité de la NBA. Curieux et rigoureux, il s’intéresse autant aux stars qu’aux rôles clés dans l’ombre, avec l’envie de raconter ce qui fait vibrer la ligue au quotidien. Récemment, il s’est rendu aux Etats-Unis pour couvrir la Draft NBA 2025 sur place et nous faire vivre cet événement majeur de l’intérieur.

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