ITW François Lamy (Bourg), sur l’avenir du basket européen : « Ma crainte est que nous soyons en train de créer une bulle spéculative »

François Lamy livre son analyse de l’évolution du basketball européen
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À partir de 5€Essai gratuitLe basket européen entre dans une période de bouleversements dont les conséquences dépassent largement le terrain. Inflation des salaires, multiplication des investisseurs, projet NBA Europe, évolution de l’EuroLeague, fragilité de certains modèles économiques : François Lamy observe avec attention une transformation qui touche directement le quotidien des clubs français.
Le manager général sportif de la JL Bourg-en-Bresse voit également son club confronté à une situation très concrète. À quelques semaines de la reprise de la Betclic ELITE, Bourg ne sait toujours pas avec certitude s’il devra débuter sa saison à Monaco ou à Saint-Quentin. Une conséquence du dossier monégasque que le dirigeant burgien juge bien plus préoccupante que ses seules implications logistiques.
Dans un entretien accordé à BeBasket, François Lamy détaille aussi la méthode de recrutement de la JL Bourg, dont l’effectif a une nouvelle fois été construit très tôt, avant d’exposer sa vision d’un basket européen progressivement gagné par une logique de financiarisation.
Pourquoi la JL Bourg boucle encore son recrutement très tôt
Alors que plusieurs clubs français ont attendu une bonne partie de l’été pour finaliser leur effectif, la JL Bourg avait terminé son recrutement dès le 20 juin. Une politique assumée par François Lamy, qui préfère convaincre rapidement des joueurs réellement intéressés par le projet burgien plutôt que patienter dans l’espoir de profiter d’une baisse des prix.
« Je ne souhaite pas qu’on attende qu’un joueur ait refusé cinq propositions et se décide en juillet à finalement venir à Bourg en plan F. La JL Bourg reste un petit club en termes de moyens, avec une attractivité toute relative sur un marché international, donc il faut travailler différemment. »
Le club cherche ainsi à compenser ses moyens financiers par un travail approfondi sur son projet sportif et sa présentation auprès des joueurs ciblés.
« Nous tâchons de vendre un projet, qui est recalibré chaque année puisque nous renouvelons beaucoup chaque été. Nous essayons de beaucoup le travailler, de le rendre crédible. Nous avons créé beaucoup d’outils à la fois d’analyse et de présentation de ce projet, le feedback a été plutôt très positif. »
Cette anticipation présente aussi un avantage administratif. Avec un dernier dossier bouclé le 20 juin, Bourg a pu engager rapidement les démarches nécessaires pour les joueurs hors espace Schengen.
François Lamy rappelle cependant que l’obtention des visas dépend également de la situation des joueurs : participation à la Summer League, sélection nationale ou vacances peuvent repousser leurs rendez-vous. Aux États-Unis, la procédure est compliquée par l’obligation de se présenter physiquement dans l’un des dix bureaux disponibles sur l’ensemble du territoire.
Les visas ne devraient pas détourner les clubs du marché américain
Malgré ces contraintes croissantes, François Lamy ne croit pas à une modification radicale du recrutement des clubs français, notamment au détriment des joueurs américains.
« L’ensemble des contraintes grandissantes d’année en année, voire de mois en mois, va modifier les habitudes de recrutement, mais pas spécifiquement sur ce sujet des titres de séjour. »
L’ancien agent constate surtout une professionnalisation des structures françaises, avec davantage de salariés chargés de la construction sportive et des dossiers administratifs.
« Les clubs français en règle générale commencent à devenir très au point sur la gestion de tous les sujets qui se présentent à nous. La problématique des moyens dans le basket français se concentre sur le plan financier, sinon nous avons une grande majorité de clubs qui travaillent extrêmement bien. »
Selon lui, le réservoir américain demeure trop important pour être délaissé, d’autant que le nombre de joueurs français de premier plan évoluant à l’étranger continue d’augmenter.
François Lamy redoute une « bulle spéculative » dans le basket européen
La transformation la plus profonde se joue cependant à l’échelle européenne. François Lamy observe l’augmentation spectaculaire des moyens de plusieurs équipes d’EuroCup, compétition remportée par les Bressans au printemps dernier. Il cite notamment les deux clubs de Rome, les deux équipes de Salonique, Bahçeşehir, l’Hapoël Jérusalem, Buducnost Podgorica, Naples ou Londres. Plusieurs de ces organisations préparent selon lui une candidature à la future EuroLeague franchisée ou, concernant Rome, au projet NBA Europe. « Pour plusieurs d’entre eux, des masses salariales sportives sont désormais comprises entre 5 et 10 millions d’euros nets joueurs. »
François Lamy relie directement cette inflation à la compétition qui se dessine entre l’EuroLeague et la NBA Europe.
« Avec la tectonique des plaques entre EuroLeague et NBA Europe, il y a un apport considérable de capitaux de la part d’investisseurs qui voient se dessiner une logique de valorisation financière des clubs. C’est le modèle qu’a présenté la NBA Europe, et c’est le modèle qu’annonce suivre l’EuroLeague. »
Une évolution dont il questionne toutefois les fondements économiques. Selon le dirigeant, le modèle américain ne peut pas nécessairement être reproduit sur le marché européen, où le sport ne génère pas les mêmes niveaux de consommation.
« Avant de passer d’une logique théoriquement basée sur la génération de revenus à une logique de financiarisation d’un produit, il faut s’assurer que ce produit corresponde à une valeur de consommation. »
Et l’ancien GM adjoint du Zalgiris Kaunas formule une inquiétude très claire :
« Ma crainte est en effet que nous soyons en train de créer une bulle spéculative, et comme toute bulle, si elle est confrontée à une réalité de consommation qui la compresse, elle finit par éclater. »
La situation de Monaco : « Personnellement, je le vis très mal »
Cette question de la solidité économique des clubs ramène nécessairement à Monaco. À quelques semaines de la reprise, l’incertitude concernant la participation de la Roca Team à la Betclic ELITE a des conséquences directes sur Saint-Quentin et sur l’ensemble du championnat. La JL Bourg est particulièrement concernée puisqu’elle devra se déplacer chez l’un de ces deux clubs pour la première journée.
« Personnellement, je le vis très mal, parce que c’est l’aboutissement d’une situation qui dure depuis 2023 et qui a trop longtemps été mise de côté. »
François Lamy précise qu’il ne lui appartient pas de déterminer la régularité des pratiques monégasques, cette responsabilité revenant aux instances compétentes. Il estime cependant que la situation actuelle était prévisible.
« Je suis très attaché au respect de la règle de droit, et j’ai le sentiment que l’apport financier et réputationnel de certains résultats sportifs a pu, pour certains acteurs, créer un biais d’opportunité qui a retardé une remise à plat nécessaire. »
À ses yeux, l’incertitude entourant le calendrier reste secondaire.
« Les soucis logistiques d’organisation restent secondaires par rapport aux dommages que ce dossier va occasionner, dans la durée, sur l’ensemble du basket professionnel français. »
Une initiative auprès des managers généraux et directeurs sportifs
Face à la situation, François Lamy a pris contact avec les responsables sportifs des clubs de Betclic ELITE concernés, sans solliciter directement Saint-Quentin en raison de sa situation particulière.
« J’ai vérifié si ceux-ci pensaient un peu comme moi ou si j’étais le seul à m’offusquer que mi-août, il n’y ait pas une parole organisée qui puisse se poser les questions à se poser par rapport à cette hérésie. »
Le manager de la JL Bourg explique avoir notamment interrogé ses homologues sur les éventuelles conséquences juridiques d’un maintien de Monaco en Betclic ELITE. Il mentionne également les dispositions de la loi du 3 août 2026 consacrant l’aléa sportif comme principe fondamental du sport professionnel et l’égalité des chances entre compétiteurs.
« L’ensemble des DS (directeurs sportifs) et GM ont répondu très positivement à cette démarche et elle a été transmise aux présidents, mais c’est tout pour ce qui me concerne, et je ne sais pas ce qu’il en est advenu. »
François Lamy rappelle que les directeurs sportifs et managers généraux ne disposent pas d’organisation représentative spécifique. La décision d’une éventuelle action collective appartient donc aux présidents de clubs.
Renforcer le contrôle des flux financiers internationaux
Pour éviter qu’une situation comparable se reproduise, le Breton estime que le contrôle financier doit encore progresser, notamment concernant les mouvements internationaux de capitaux. « Tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne sur les obligations de conformité, en particulier sur la traçabilité et l’origine des fonds. »
Il distingue ainsi les contraintes imposées aux clubs français, intégrés au système bancaire national, de celles pouvant entourer certains flux transfrontaliers.
« Le renforcement doit donc surtout porter sur le contrôle des flux transfrontaliers et sur l’harmonisation des standards de conformité entre juridictions. C’est là, à mon sens, que se situe la vraie marge de progression. »
« Je ne pense pas imaginable » qu’un autre club puisse être champion
Dans un environnement aussi mouvant, la stabilité de la JL Bourg pourrait apparaître comme un avantage concurrentiel. François Lamy reconnaît qu’elle permet au club d’optimiser ses performances, mais ne croit pas pour autant à une ouverture de la course au titre de champion de France. Il anticipe au contraire une concentration toujours plus importante des moyens autour des clubs disposant du marché le plus attractif : Paris et l’ASVEL.
« Il y aura a minima deux clubs français qui vont entrer dans cette logique de valorisation, et qui seront soutenus et accompagnés par les projets mis en place pour que justement ces clubs prennent de la valeur, à travers des apports financiers considérables. »
Pour les autres, le développement passera selon lui par leur capacité à générer des ressources et de l’intérêt à l’échelle locale.
« Je ne pense pas imaginable qu’un autre club que les deux clubs installés en haut de la pyramide par l’intérêt de leur marché puisse être champion de France dans les années à venir. »
Le débat de la rédaction · À vous de trancher
La JL Bourg peut-elle remporter le titre de champion de France d'ici 2030 ?
- Oui
- Non
La JL Bourg mise sur le sport-santé et la performance
Bourg doit donc chercher d’autres axes de développement. François Lamy explique avoir proposé au club de construire un champ de compétences autour de la performance et de la santé. Cette stratégie se matérialise notamment avec SANA, un centre sport-santé de 2 150 m² actuellement en construction sur le parking d’Ekinox. Un deuxième projet doit être présenté à la rentrée et prendra également place dans ce nouvel équipement.
« C’était à mon sens une manière de positionner Bourg en pilote d’un sujet en particulier, celui du sport-santé pour le grand public, et de la performance pour les sportifs professionnels. »
Pour François Lamy, ce type de diversification pourrait constituer une voie pour les clubs qui resteront à l’écart des futures compétitions les plus riches.
« Il ne s’agit pas de vecteurs de croissance économique spectaculaires, mais pour des clubs exclus de l’accès à la macroéconomie de leur sport, c’est une manière de sécuriser un dynamisme microéconomique qui permet déjà de rayonner localement. »
NBA Europe et EuroLeague : François Lamy ne croit pas à une fusion
À cinq ans, le manager général sportif burgien imagine un paysage européen profondément différent de celui que le basket connaissait encore récemment. Il doute notamment d’un rapprochement entre la future NBA Europe et l’EuroLeague.
« Personnellement, je ne pense pas que la NBA Europe et l’EuroLeague vont trouver les conditions d’une fusion. Ou alors cela signifierait que la NBA Europe renie les principes sur lesquels elle a communiqué depuis le lancement du projet. »
François Lamy pointe deux différences majeures : la place annoncée du mérite sportif dans le projet NBA Europe et les mécanismes de solidarité financière inspirés de la NBA, deux éléments qu’il juge absents du modèle actuel de l’EuroLeague. Les instances européennes et nationales devront alors trouver une nouvelle manière de réguler des clubs aux puissances économiques de plus en plus éloignées. « Il faudra simplement trouver le juste équilibre de la contrainte et adopter sûrement une forme de flexibilité. »
Cela pourrait notamment passer par davantage de matchs permettant aux clubs de générer des revenus localement, mais aussi par de nouveaux mécanismes de solidarité économique. Une chose semble acquise à ses yeux : le modèle précédent appartient déjà au passé.
« Quoi qu’il en soit, le basket professionnel tel qu’on le connaissait il y a ne serait-ce que cinq ans est révolu, et il faut s’apprêter à vivre de grands bouleversements, et surtout à ne pas les subir. »





























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