« Même pas 24 heures pour faire équipe » : Jean-Aimé Toupane face au défi fou de la Coupe du monde 2026

Jean-Aimé Toupane doit préparer la Coupe du Monde dans un contexte inédit
Abonnez-vous pour profiter dès maintenant d'une lecture fluide, rapide et sans aucune pub.
À partir de 5€Essai gratuitL’ambiance est studieuse, au fond du complexe de l’INSEP, dans la salle Tony Parker. Les consignes fusent de la part du staff de l’équipe de France féminine sous les yeux de Jean-Aimé Toupane, une douzaine de joueuses s’adonnant à une opposition intense sous la chaleur écrasante du gymnase. Si la situation semble, d’un œil extérieur, pour le moins normale, elle cache une réalité inédite : de ces douze joueuses sur le terrain, seules quatre iront à la Coupe du monde 2026, dans dix jours.
Le sélectionneur et ses assistants ont annoncé, lundi 24 août, le nom de huit joueuses de WNBA partant à la compétition mondiale. Huit joueuses qui ne rejoindront la sélection qu’au compte-gouttes, la première attendue étant Leïla Lacan jeudi. Malgré cela, l’heure est donc au travail et aux dernières observations du technicien français, qui doit encore étoffer son groupe pour aboutir à douze noms. Sourire aux lèvres malgré tout, il a livré ses impressions sur ce contexte inédit, qui ne doit pas faire revoir les ambitions françaises à la baisse.
Le cheminement est inédit, avant de jouer une compétition très importante pour l’équipe de France. Vous vous êtes beaucoup déplacé pour aller voir les joueuses WNBA : cela vous a-t-il permis de vous préparer au mieux à la compétition malgré les absences ?
Jean-Aimé Toupane : Oui oui. L’objectif en y allant, c’était de rattraper le temps qu’on pouvait avoir ensemble, et notre façon de s’entraîner. On ne va pas revenir sur le contexte, parce que toutes les équipes, à des échelles différentes, vivent la même chose. C’est particulier, mais l’ambition reste là. Et puis, il y a eu énormément d’échanges avec les filles.
Y a-t-il donc un socle bien en place pour accélérer le processus, l’intégration ?
Le socle, il est là sans être là, parce que ça bouge. Vous savez, le haut niveau, ce ne sont pas des CDI qu’on donne dans le sport de haut niveau. On essaie de construire des équipes avec les meilleures du moment. Aujourd’hui, nous avons la chance, par notre formation et par l’émergence des filles, d’avoir des joueuses de très bonne qualité. En tant que sélectionneur, je suis content d’avoir des joueuses de cette qualité-là. Après, c’est vrai que sur des sélections, on fait parfois des erreurs, c’est comme ça.
« Dès qu’elles descendent de l’avion,
chacune doit oublier ce qu’elle vit en WNBA »
Un socle dans l’état d’esprit, dans le projet de jeu peut-être ?
J’espère. Mais vous savez, elles sont là-bas [en WNBA], le projet n’est pas le même. Quand elles vont arriver ici, nous n’aurons même pas 24 heures pour refaire équipe. C’est notre challenge, la chose la plus difficile. Nos joueuses vivent des expériences extraordinaires là-bas, et je suis vraiment très content pour ce qu’elles vivent là-bas.
Mais la réalité du basket international et de l’équipe nationale est tout à fait autre chose. C’est pour cela que d’aller discuter sur place de tout ça était primordial : leur dire que dès qu’elles descendent de l’avion, chacune doit oublier ce qu’elle vit là-bas pour essayer de reconstruire ensemble. Personnellement, je vais découvrir cela aussi, et j’espère que cela fonctionnera.
Avec les huit joueuses WNBA, il reste donc quatre places à pourvoir. Comment choisit-on ces quatre dernières joueuses ? Est-ce par profil (un à chaque ligne), par expérience, selon d’autres critères ?
C’est un tout. On construit une équipe par rapport à des complémentarités et à des projets de jeu. Aujourd’hui, il nous a semblé nécessaire de retenir les filles qui sont en WNBA plutôt que les autres, car il y a des contraintes de logistique et de passeport. Ce cadre a été posé dès le début, et elles le savent. Elles étaient toutes en présélection il y a encore quelque temps. Notre boulot, c’est de choisir. C’est un choix basé sur la construction d’une équipe et d’un projet de jeu, bien plus que sur des individualités.
Qu’est-ce qui sera le plus compliqué à gérer avec les huit joueuses de WNBA vont arriver ? L’aspect physique, l’aspect tactique ou l’aspect mental ?
Ce sera beaucoup plus de voir comment elles vont se régénérer. Physiquement, de toute façon, notre logique est de se dire qu’elles sont dans la continuité de leur championnat, il n’y a pas de coupure, il n’y a rien. Le défi sera donc mental : qu’elles prennent sur elles, qu’elles comprennent qu’il faut « switcher » rapidement sur un autre schéma de jeu et qu’elles soient pratiques sur le terrain.
« La sélection finale n’est pas arrêtée »
Faut-il donc s’attendre à des temps de jeu répartis, notamment sur les premiers matchs ?
J’en sais rien. Il faudra gagner les matchs. Le premier match, il faut le gagner, et je ne sais pas comment on va le gagner.
Si nous sommes en difficulté, la répartition du temps de jeu s’adaptera. Je ne sais pas. On verra bien. On espère que tout se passera bien sur ces premiers matchs pour nous permettre de poser nos principes et surtout de nous améliorer. Nous ne sommes pas les seuls dans cette situation. Toute notre difficulté a été articulée autour de cela. Mais notre voyage d’un mois et demi aux États-Unis avec le DTN [Alain Contensoux] pour échanger avec elles nous a permis d’aborder des aspects invisibles de la performance.
Qu’en est-il dans secteur intérieur, qui a subi plusieurs forfaits comme celui d’Alexia Chery dernièrement, mais qui peut compter sur l’intégration de jeunes joueuses ?
Nous avons des joueuses performantes dans le secteur intérieur. Pour l’instant, la sélection finale n’est pas arrêtée, mais j’ai confiance en toutes ces filles-là. Tout dépendra de la configuration de notre équipe, de la manière dont on va jouer et de nos adversaires. Beaucoup de paramètres entrent en ligne de compte aujourd’hui. Mais nous partons avec un plan A, un plan B, et même un plan plus lointain.
Des joueuses plus extérieures, comme Janelle Salaün ou Valériane Ayayi, pourraient-elles à évoluer plus régulièrement au poste 4 en conséquence ?
Mais c’est déjà le cas ! Janelle joue poste 4 là-bas [en WNBA], et Valériane le fait aussi. Elles l’ont fait ici également avec nous. Cela ne va rien changer. Ce sont des questions légitimes, mais la réalité est qu’on ne va pas transformer des joueuses en l’espace de quelques entraînements. Elles occuperont les mêmes postes sur le terrain, avec surtout la volonté de faire en sorte qu’elles conservent la fraîcheur mentale et physique nécessaire.
« La performance ne s’hérite pas :
elle se remet en question chaque jour »
Pour votre entrée en lice, vous allez retrouver le Nigeria et la Corée du Sud, deux nations que vous avez battues à Villeurbanne lors du TQO. Que gardez-vous de ces deux victoires pour aborder ces premiers matchs ?
Cette capacité à se remettre en question. Ce sont typiquement des matchs pièges. Si l’on commence à penser que sous prétexte qu’on les a battues là-bas, la victoire sera automatique, on se trompe. Or, ce n’est pas vrai. Il y a de bonnes choses à garder car nous connaissons notre potentiel, mais au moindre relâchement, tout se compliquera. C’est à nous d’être vigilants.
Vous étiez finaliste des derniers Jeux Olympiques à Paris, avec un rencontre frôlant la prolongation face aux Etats-Unis. Quel est l’objectif de cette Coupe du Monde ?
Essayer d’être le plus haut possible. Notre ambition est d’atteindre le dernier carré et d’essayer d’aller chercher une médaille. Cependant, le contexte est complètement différent de celui des Jeux Olympiques. Pour les JO, nous avions eu presque deux mois de travail collectif, avec des dynamiques installées. Pas ici, mais tout le monde est prêt à relever ce défi. C’est aussi de cette manière qu’une équipe se construit.
Nous devons aborder cette Coupe du Monde avec énormément d’humilité, c’est important. Ce n’est pas parce que nous avons réalisé ce parcours aux Jeux Olympiques que les choses vont se faire automatiquement de la même manière. Je sais que notre performance olympique fausse un peu la perception de beaucoup de gens, mais la performance ne s’hérite pas : elle se remet en question chaque jour. Nous nous attelons à rappeler certains fondamentaux
Aujourd’hui, nous devons faire preuve d’adaptabilité et d’agilité pour comprendre les autres. C’est très excitant pour ma part de vivre ces moments. Même si nous avons déjà connu des fenêtres internationales où l’on se retrouvait la veille d’un match, là, il s’agit d’une Coupe du Monde.
Depuis l’INSEP, Paris…




























Commentaires (0)