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« Jaron Blossomgame a un peu la mémoire courte » : Philippe Ausseur répond aux critiques sur la LNB et évoque l’avenir en suspens de l’AS Monaco

Président de la Ligue Nationale de Basket, que Jaron Blossomgame a largement vilipendé mardi soir au micro de DAZN et sur les réseaux sociaux, Philippe Ausseur est revenu sur les accusations de l'intérieur monégasque. Le dirigeant a surtout évoqué le titre de l'AS Monaco et l'avenir incertain du club de la Principauté, qu'il espère toujours voir en Betclic ÉLITE la saison prochaine.
« Jaron Blossomgame a un peu la mémoire courte » : Philippe Ausseur répond aux critiques sur la LNB et évoque l’avenir en suspens de l’AS Monaco

Pour la deuxième fois de son mandat, Philippe Ausseur a remis le trophée de champion de France à l’AS Monaco

Crédit photo : Westcoo / LNB
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Philippe Ausseur, est-il vrai que la LNB n’avait pas envie que l’AS Monaco soit championne de France, comme l’a dit Jaron Blossomgame ? 

La réponse ne peut être que non. Au-delà du discours, il y a une réalité : c’est que la ligue a tout fait pour que le championnat aille jusqu’au bout et que l’intégrité soit respectée. Il a un peu la mémoire courte, et on a d’ailleurs été critiqué pour cela (au plus fort de la crise financière de l’AS Monaco début février, Philippe Ausseur avait tenté de débloquer une aide financière de la ligue, sous la forme d’une avance, afin de payer les salaires en retard des joueurs, ndlr). Rien que cet élément vient contredire ce que dit Jaron Blossomgame.

C’est probablement un manque de recul car si l’on prend le cas Matthew Strazel par exemple, ce n’est pas la LNB qui fait faute, ce n’est pas la LNB qu’il a les propos qu’il a tenus. Dans un tout autre contexte, personne ne se serait offusqué qu’il soit suspendu.

Je perçois aussi toute la difficulté de cette saison lorsqu’on a été un joueur de l’AS Monaco, tout le stress accumulé, toutes les incertitudes. Je pense qu’il y a un côté « à bout de nerfs » qui a joué dans ce type de déclaration. Mais je reste persuadé que la grande majorité du reste de l’équipe ne pense pas comme Blossomgame. Il faut faire le tri entre les joueurs qui sont sur le parquet et les dirigeants. Oui, la gestion de l’AS Monaco a posé problème, continue de le faire mais on sait faire la part des choses.

Ce qui est marrant, c’est que vendredi soir, les Monégasques vouaient le président de la ligue aux gémonies (le fait d’accabler, ndlr) puis c’était l’inverse dimanche soir, c’était les Parisiens. Cela montre qu’il devait y avoir une forme de neutralité puisque c’était à tour de rôle (il sourit).

Cela reste un ressort classique de motivation, « nous contre le reste du monde », étayé par plusieurs éléments d’incompréhension, comme leur deuxième place au terme de la saison régulière…

Faute de maîtrise des règlements, il y a eu cet aspect paranoïa qui s’est développé. Il y a eu deux choses n’ont pas été comprises. Premièrement, c’est le classement à la fin de la saison, et l’incidence du retrait de victoire sur la première place. Pourtant, c’est écrit noir sur blanc. Deuxièmement – et il y a peut-être une erreur, voire une absence, de communication de la ligue -, lorsqu’on rentre dans les playoffs, on est en procédure accélérée : dans le cas de Matthew Strazel, deux fautes techniques avec rapport, il n’y a pas de suspension automatique mais une réunion de la CJDR dans les 48 heures. Pourquoi 48 heures ? Parce qu’on considère que le droit à la défense puisse s’exercer. De toute façon, le rapport de l’arbitre ne nous est arrivé que le samedi à 12h30… Cette méconnaissance des règles aboutit parfois à cette paranoïa : « la LNB nous en veut ! » Mais quand on prend du recul, on voit bien que cette analyse ne résiste pas aux faits.

« Un titre à crédit de Monaco ?
C’est factuellement faux »

Le timing de la décision, rien pour le Match 4 et sanction pour le Match 5, reste difficilement compréhensible. N’y avait-il pas la possibilité de faire mieux au vu du contexte ? 

C’est un équilibre à trouver. On ne parle pas d’une disqualifiante, pas de violences publiques : Matthew Strazel n’a pas donné un coup de poing à Mehdi Difallah. Faut-il encore aller plus vite pour des fautes techniques, au risque d’aller à l’encontre du droit à la défense, de prendre du recul ? Je ne sais pas. On était aussi sous les contraintes du calendrier. Si Matthew Strazel n’avait pas joué le Match 4 mais joué le Match 5, on nous aurait demandé pourquoi ce n’était pas l’inverse. Cela peut devenir des débats sans fin. On peut réfléchir pour la saison prochaine mais on nous dira sûrement que 24h est trop rapide. Il s’avère qu’il y avait une règle, connue : en playoffs, une faute technique avec rapport, revient à une commission de discipline 48 heures après.

En tant que président de la LNB, comment avez-vous vécu la menace de boycott, qui a plané sur le plus grand match de votre saison sportive ? 

C’était stressant mais je n’ai absolument pas voulu en tenir compte. Bien sûr que je ne suis ni sourd, ni aveugle : j’ai entendu les rumeurs et lis ce qui a été retranscrit dans les médias. Mais il fallait de toute façon avancer. J’espère la raison l’a emporté très vite de façon naturelle et que les joueurs se sont rendus compte que ce n’était pas la bonne démarche, pour eux et pour le basket français. Finalement, la solution de ressortir Mike James du chapeau était la meilleure idée qu’ils ont eu. Cela a été quelque chose de très positif. Je retiendrai cela. Ce n’est pas cette menace qui aurait pu changer quoi que ce soit à la décision de la CJDR qui est totalement indépendante. Si la menace était allée au bout, on aurait évidemment saisi la Fédération, la FIBA : la ligue aurait pris ses responsabilités et on aurait actionné toutes les sanctions possibles.

Philippe Ausseur a applaudi l’héritage sportif laissé par l’AS Monaco de Mike James (photo : Julie Dumélié)

Quel est votre regard sur le quadruplé de l’AS Monaco, dans les circonstances que l’on connaît ? 

J’entends les critiques sur un soi-disant titre à crédit de Monaco. C’est factuellement faux puisque les dettes du club ont été payées par la SNF. Mais ce que je veux dire, c’est qu’il ne faut pas oublier la chance d’avoir vu des joueurs que nous n’avions jamais vu en France. Il faut se réjouir d’avoir vu Mike JamesDaniel Theis ou Élie Okobo dans le championnat de France.

Surtout, il faut faire la part des choses. Sous l’aspect sportif, c’est une très grande performance. Remporter les quatre compétitions nationales, c’est magnifique. Bravo aux joueurs, cela montre tout le talent de cette équipe qui, malheureusement, n’a pas pu se réaliser pleinement pour des raisons extra-sportives. On peut le regretter. Sans toutes ces vicissitudes, je pense qu’ils auraient pu aller plus loin au niveau EuroLeague. Mais je n’occulte pas le volet financier et gouvernance du club de l’AS Monaco. On a eu un acteur, la Principauté, qui a pris ses responsabilités, qui a décidé que l’intégrité du championnat serait respectée, que l’équipe irait au bout. Ainsi, tous les salaires dus par le club ont été payés. Maintenant, que des joueurs aient eu des engagements à côté du club, avec d’autres entités liées à Monsieur Fedorychev, je l’imagine… Je vois bien que ça pose problème (les impayés de Mike James concerneraient notamment un contrat relatif à son droit à l’image, ndlr). C’est à tout le monde de prendre ses responsabilités, agents et joueurs : à partir du moment où ce n’est pas dans la comptabilité du club, ce ne sont pas des choses que la Principauté peut prendre en charge. S’il s’avère qu’on découvre des choses qui n’auraient pas du être cachées à la DNCCG, on actionnera ce qui devra être actionné.

« Il faut que Monsieur Fedorychev accepte la situation » 

Pensez-vous que l’AS Monaco sera encore présente sur la ligne de départ à la rentrée pour défendre son titre ? 

Je pense qu’il y a une vraie volonté à Monaco, notamment autour de Jamal Mashburn, qui présente un projet de relance. Il faut simplement que l’actuel propriétaire, Monsieur Fedorychev, accepte la situation. Avant le 30 juin (date limite de l’arrêt du soutien de la Société Nationale de Financement), je ne le vois pas être en mesure de rembourser la dette contractée et se substituer à la SNF. Si je me trompe, cela voudra dire qu’il a retrouvé une vraie liberté financière. Je n’y crois toutefois pas. Ma conviction profonde est que le club peut repartir, mais que si c’est le cas, cela se fera avec d’autres personnes., avec un projet qui n’aura sûrement pas la même dimension. Ce ne sera plus 40 millions, plus probablement 12,5 millions. On souhaite tous que l’AS Monaco puisse re-démarrer, il n’y a pas pire qu’un club qui disparait, à l’image du Portel. Souhaitons tous que l’AS Monaco re-démarre, mais ça ne se fera que en respectant les règles de la DNCCG, qui se durcissent par ailleurs, avec encore plus de garanties réclamées.

Toujours est-il que la reprise semble moins fluide que prévu… Au début du mois de juin, vous évoquiez un projet à 30 millions. Nous sommes maintenant à trois fois moins.

Parce que son projet dépend aussi d’une instance comme l’EuroLeague. Un projet à 30 millions s’entend avec l’EuroLeague, beaucoup moins avec l’EuroCup. On sait qu’une période de transition entre deux propriétaires est toujours compliquée, on l’a vu dans le passé avec le Limoges CSP, mais le temps est malheureusement compté. Il faut vraiment souhaiter que la situation se débloque dans les tous prochains jours. Il y a moyen. Ce serait bien d’avoir encore un club de haut niveau à l’AS Monaco la saison prochaine.

Philippe Ausseur en grande discussion avec Paul Masseron, vice-président de l’AS Monaco, avant le Match 4 de la finale (photo : Sébastien Grasset)

Avez-vous pu vous entretenir avec Oleksiy Yefimov et Aleksej Fedorychev suite au titre monégasque ? 

Mon message à l’un et à l’autre était déjà de dire bravo sous l’angle sportif. Mais aussi de dire qu’il n’y aura pas de passe-droits, et qu’il faut se dépêcher. Pour être très clair, nous sommes déjà le 24 juin. Il faut prendre les bonnes décisions le plus vite possible.

Image Alexandre Lacoste
Alexandre Lacoste est arrivé sur BeBasket en 2011, lorsque le site se prénommait encore Catch & Shoot. Amateur de portraits et de reportages, généralement au plus près des équipes de France lors des compétitions internationales, il aime chercher des angles originaux et des sujets qui vont au-delà du simple résultat sportif.

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