« Avec cette avance, on a sauvegardé le championnat » : Philippe Ausseur assume le geste de la LNB envers les joueurs de Monaco

Philippe Ausseur a expliqué le geste de la LNB envers les joueurs de l’AS Monaco
La décision a surpris, choqué parfois, interrogé souvent. En proposant un mécanisme financier pour venir en aide aux joueurs de l’AS Monaco, la LNB a franchi une ligne inédite. Une ligne que son président, Philippe Ausseur, assume pleinement, en en expliquant le contexte et l’urgence.
Selon lui, tout est parti d’une alerte très concrète. « L’Élan Chalon nous a appelés très inquiets en sachant que Monaco ne voulait pas venir. Les diffuseurs également ont un peu paniqué ». Et derrière cette inquiétude, un scénario catastrophe se dessinait.
« Le plus important, c’est que le forfait à Chalon, puis probablement celui à Nanterre ensuite [aient été évités, car cela aurait été] la fin. Terminé, plus de championnat pour Monaco », explique-t-il.
Un risque immédiat de forfait général
Pour Philippe Ausseur, le danger dépassait largement un simple match non disputé. « Ça voulait dire que de toute façon, le plan de reprise devenait caduc. Il n’y avait plus de plan de reprise et tout tombait ». Y compris, insiste-t-il, « le respect par l’entité Monaco d’un certain nombre de règles et d’engagements, notamment la luxury tax ».
C’est dans ce contexte qu’une visioconférence a été organisée à la demande des joueurs. « Ils ont demandé à avoir une visio avec moi, ce qu’ils ont eu, avec Fabrice Jouhaud (directeur de la LNB) et Julie Campassens du syndicat des joueurs ». Un échange que le président de la LNB juge décisif.
« Je pense qu’ils ont été sensibles d’avoir enfin un discours de vérité, de savoir ce qui se passait derrière le plan de reprise ».
« Ils expriment beaucoup d’amertume envers Yefimov »
Car le constat est sévère. « Ils étaient dans le flou le plus total », affirme Philippe Ausseur. « Ils expriment beaucoup d’amertume, notamment envers Oleksiy Yefimov (le général manager, NDLR), puisqu’ils considèrent qu’il leur a menti ». Selon lui, les joueurs ne disposaient d’aucune information claire sur la situation du club.
Il juge donc légitime que les joueurs aient demandé à entendre un représentant de la Principauté, ce qui a été fait a priori ce dimanche à la demande de la LNB.
« S’il n’y avait pas eu de visio, ils faisaient grève »
Le président de la LNB est catégorique : sans cette visio, la grève aurait eu lieu. « La confirmation qu’ils allaient jouer, on l’a eue après la visio. S’il n’y avait pas eu de visio, pour être très clair, ils faisaient grève ».
Même l’idée que quelques joueurs auraient pu se présenter n’était pas suffisante. « Même les deux joueurs sur douze qui comptaient jouer, objectivement, je ne suis même pas sûr qu’ils y seraient allés. Et de toute façon, ça ne suffisait pas pour ne pas être déclaré forfait ».
Il souligne aussi le rôle du capitaine. « Mike James a évidemment de l’importance. Sa voix compte ».
Une avance, pas un don
Sur le fond, Philippe Ausseur veut dissiper toute ambiguïté. « Il ne s’agit pas de donner une somme à Monaco. Il ne s’agit pas non plus de donner une somme définitive à des joueurs ». Il insiste : « C’est simplement faire en sorte que ceux qui ne sont pas payés depuis plus de deux mois puissent être temporairement aidés ».
L’objectif est clair : « Éviter une grève ». Et répondre à une détresse réelle. « Pour eux, ils avaient l’impression d’être complètement abandonnés ».
Il tempère également les montants évoqués. « Ce chiffre de 500 000 euros, je ne sais même pas s’il sera versé. Je ne sais pas qui a voulu le faire sortir ». Et précise que certains joueurs n’y auront probablement pas recours. « Je ne pense pas que Mike James va faire appel à ça ».
Qui remboursera ?
Alors que le cadre juridique du versement auprès du syndicat des joueurs doit encore être trouvé, que ce dernier évaluera les besoins de chacun, la question du remboursement est déjà ouverte, mais le président est ferme. « Il est hors de question que ce soit un don de la Ligue ». Deux options existent selon lui : « Soit les joueurs rembourseront quand leurs arriérés seront payés, soit le repreneur, mais il est hors de question que ce soit une aide définitive ».
« La procédure va obliger Fedorychev à lâcher le club »
Philippe Ausseur reconnaît aussi la gravité du dossier. « Ça prend du temps pour pouvoir vraiment se rendre compte (de la situation). L‘état des lieux qui a été fait, évidemment, mais comme souvent ailleurs, n’est pas bon parce qu‘ils en découvrent (des dettes) un peu partout. Le dossier est plus compliqué ». Il va plus loin : « Je pense que le budget définitif envoyé en octobre n’était pas sincère », pointant un manquement du commissaire aux comptes. « A froid, la Ligue devra réfléchir à améliorer ses outils de de prévention et de contrôle, il n‘y a pas eu d’alerte du tout. »
Pour lui, la procédure en cours mènera inévitablement à une rupture avec le propriétaire actuel, même si ce dernier venait à s’y opposer. « La procédure engagée va obliger Aleksej Fedorycsev à lâcher l’AS Monaco ».
La balle désormais dans le camp de la Principauté
La Ligue estime avoir fait sa part. « On a tout fait pour que le plan de reprise puisse avoir lieu ». Désormais, « c’est à la Principauté de jouer ». Elle qui ne reprendra pas le club directement, puisque ce sera d’abord via une entreprise dont l’État monégasque est actionnaire majoritaire, comme la Société des bains de mer de Monaco. Avant d’éventuellement céder la structure à une acteur indépendant, pour un nouveau projet à moyen/long terme. « C’est un peu du portage pour se donner le temps de choisir le réel repreneur qui viendra ensuite. Le dossier, de toute façon, il est confidentiel et il ne peut pas sortir de la DNCCG. Je n‘en sais pas plus que ce que je viens de vous dire. »
Philippe Ausseur conclut avec une forme de lucidité. « On a probablement gagné du temps, sauvegardé les matchs à venir. J‘espère qu’on a surtout sauvegardé le championnat, le fait qu ‘il se déroule normalement jusqu’au bout. » Sans cela, tranche-t-il, « ça aurait été le chaos. » Ce qu’il voulait à tout prix éviter.
« Je pense que l’essentiel est là. Au-delà de ce que l’on peut dire, qu’est-ce qu’on aurait fait avec une demi-saison avec des matche en moins ? Et quelle image on aurait donnée ? Qu’un club se retrouve en difficulté en fin de saison et que la DNCCG décide ensuite de sanctions, très bien. Mais à mi-saison, ça n’est jamais arrivé. Et surtout, on a aujourd’hui un plan de reprise. Pour être très clair, s’il n’y avait pas eu, il y a dix ou quinze jours, l’assurance qu’un plan de reprise existait, c’était terminé. […] On pourrait trouver ça un peu injuste. Mais la Ligue a tout fait pour que le plan de reprise puisse avoir lieu. Et donc qu‘il sauvegarde les intérêts de tous, y compris l’intérêt sportif. »
Une décision exceptionnelle qui, au-delà du seul cas monégasque, ne manquera pas d’alimenter un débat de fond dans le basket français sur la gestion des crises, l’équité sportive et le rôle des instances dans les semaines à venir.

























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