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Isabelle Fijalkowski et Alicia Tournebize chez First Team : « Ma mère ? C’est une dinguerie sa carrière ! »

Double vainqueure de l’EuroLeague Women, première Française à évoluer en WNBA, bientôt intronisée au Hall of Fame de la FIBA, Isabelle Fijalkowski était l’invitée de First Team⁠ pour un long entretien. À ses côtés, sa fille Alicia Tournebize, jeune espoir du basket français, actuellement engagée avec les South Carolina Gamecocks.
Isabelle Fijalkowski et Alicia Tournebize chez First Team : « Ma mère ? C’est une dinguerie sa carrière ! »

Alica Tournebize avec sa mère, Isabelle Fiajlkowski, sur le plateau de First Team

Crédit photo : First Team
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L’une a fait rêvé les supporters de nombreuses équipes et des Bleues, l’autre commence sa carrière. Isabelle Fijalkowski et Alicia Tournebize étaient les invitées de First Team. Pendant plus d’une heure, mère et fille se sont livrées sur leurs parcours croisés, la transmission, l’évolution du basket féminin et leurs ambitions respectives.

Une légende du basket français bientôt au Hall of Fame

Dans quelques semaines, Isabelle Fijalkowski (54 ans) ajoutera une nouvelle ligne prestigieuse à son immense carrière en intégrant officiellement le Women Hall of Fame situé à Knoxville dans le Tennessee. Une distinction qui continue de surprendre l’ancienne intérieure des Bleues. « Je ne m’y attendais pas, donc un peu de pression. Je finalise mon speech », expliquait-elle au micro d’Erwan Abautret et Thomas Dufant.

Une consécration logique pour celle qui a marqué l’histoire du basket français en devenant notamment la première joueuse tricolore à évoluer en WNBA.

Un accomplissement que sa fille Alicia, née (en 2007) bien après la fin de sa carrière professionnelle (en 2002), réalise de plus en plus avec le temps.

« Je m’en suis rendu compte au fur et à mesure. J’ai revu une vidéo d’une finale à Bourges. Ça fait drôle de savoir qu’elle va être au Panthéon. (Je suis) Trop contente et super fière. »

Deux générations, un même rêve américain

Bien avant que le départ vers la NCAA ne devienne une trajectoire presque naturelle pour les jeunes talents français, Isabelle Fijalkowski avait déjà tenté l’aventure américaine, à l’Université du Colorado. Elle raconte comment cette opportunité s’est construite.

« Paoline Ekambi et Yannick Souvré ont été les premières à partir. En Équipe de France elles nous en parlaient. Ensuite, via les joueuses américaines du championnat de France, j’ai trouvé les contacts de facs. Je leur ai envoyé des cassettes. Ensuite une coach (celle de Colorado, NDLR) est venue à un match et au dîner d’après-match elle m’a dit que la fac me proposait une bourse. »

Trente ans plus tard, sa fille suit un chemin similaire. Après Bourges, la jeune joueuse a rejoint les South Carolina Gamecocks. « Depuis toujours, j’ai bien aimé les États-Unis. C’était un rêve, mais que ça se fasse là au milieu de l’année, ce n’était pas prévu. »

Sa mère explique les circonstances de ce départ anticipé.

« Elle travaillait bien et le temps de jeu ne suivait pas avec Bourges. On était entrés dans le processus pour aller à South Carolina pour partir là bas la saison prochaine. Mais ils ont eu des blessées, donc ils ont proposé de venir à partir de janvier. »

Une immersion totale dans le basket universitaire américain Depuis son arrivée sur le campus, l’intérieure découvre un environnement radicalement différent.

« Il y a beaucoup de changements. Des différences au niveau du jeu, ça joue vite, l’intensité… L’engouement autour n’a rien à voir, même si à Bourges il y a une grosse fan base, les salles sont pleines. »

Dawn Staley, une coach qui impressionne

La pensionnaire de South Carolina évolue aujourd’hui sous les ordres de Dawn Staley. L’ancienne joueuse de Tarbes – époque Jean-Pierre Siutat – est véritable référence du basket féminin américain.

Une personnalité qui l’a rapidement marquée.

« J’ai bien accroché avec elle. Elle est naturelle, drôle. Elle a de l’expérience, de la réputation. Elle reste calme. Elle met des coups de pression quand il faut. »

Le rêve WNBA, comme maman

Comme beaucoup de jeunes joueuses, Alicia Tournebize vise évidemment la WNBA. Une ligue que sa mère a connu à ses débuts, avec Houston. Et qui a bien changé depuis avec un regain d’intérêts, du public et économique.

« Oui c’est un rêve. C’est loin, mais pas tant que ça. Je ne suivais pas tant que ça quand j’étais plus jeune, mais aujourd’hui j’aime beaucoup A’ja Wilson et Breanna Stewart. Dans leur style de jeu, ce sont des joueuses complètes. »

Isabelle Fijalkowski raconte son basket… et son époque

Longtemps meilleure scoreuse de l’histoire des Bleues, dépassée depuis par Sandrine Gruda, Isabelle Fijalkowski revient sur son identité de joueuse.

« Poste 5, je jouais physique. On jouait avec les joueuses à l’intérieur. Ça a changé. J’étais solide. La raquette c’est ma maison, mais je n’ai pas l’explosivité d’Alicia. »

Elle compare également son époque au basket actuel. « C’est devenu plus athlétique car il y a plus de travail, plus de staff. À l’époque on n’avait pas ça. Les 24 secondes ont accéléré le jeu. » Le jeu s’en est retrouvé modifié.

« Nous collectivement, tactiquement, on jouait bien. Les filles d’aujourd’hui peuvent jouer beaucoup mieux. C’est génial le jeu de courses, de transition, mais il ne faut pas que du run and gun. »

Ses débuts en WNBA : “On fonce”

Présente lors de la première saison historique de la WNBA, Isabelle Fijalkowski assure ne pas avoir hésité longtemps à l’époque malgré un contexte bien moins séduisant qu’aujourd’hui. « C’est génial, ça fait rêver. Il n’y a même pas de question, on fonce. »

Sa meilleure saison (13e meilleure marqueuse, sixième rebondeuse) reste un symbole fort pour le basket européen. « Ça montrait qu’en Europe il y a de bonnes joueuses de basket. J’avais un bon rôle dans l’équipe, j’arrivais à mettre des paniers près du cercle. J’ai relevé ce challenge. » Elle garde notamment un souvenir fort des oppositions face aux plus grandes stars américaines.

« J’ai joué contre les meilleures joueuses comme Lisa Leslie. Je l’ai recroisée, elle m’en a reparlé. J’y suis allée sans complexe. Plus on joue contre ou avec des joueuses de haut niveau, plus on évolue. »

Malgré cette réussite individuelle, l’aventure américaine s’arrête après deux saisons. Un choix assumé, guidé par une priorité claire.

« Il y a cet enchaînement de saisons, c’est compliqué. J’ai privilégié l’Équipe de France. À cette époque, on essayait de se qualifier pour les premiers Jeux Olympiques pour une équipe nationale. C’était un gros objectif. Je ne pouvais pas tenir le rythme, j’ai décliné des offres, mais ce n’est pas un regret. »

L’équipe de France, une histoire familiale

Après une immense carrière en bleu pour Isabelle Fijalkowski avec 204 sélections, sa fille a elle aussi découvert cette saison l’environnement de l’équipe de France lors d’un stage en novembre, avec deux matches contre l’Italie et l’Espagne. Une première expérience marquante. « J’ai trop aimé l’expérience. Je ne savais pas à quoi m’attendre, mais c’était trop bien. Les filles sont tops, elles m’ont mise à l’aise. »

Pour l’ancienne joueuse de Cleveland, il est impossible d’évoquer sa carrière internationale sans revenir sur le plus grand accomplissement collectif de sa génération : le titre européen remporté en 2001. Une aventure construite sur plusieurs années.

« Ce groupe est né cinq ans auparavant avec un rêve. On s’était dit qu’on pouvait se qualifier pour les Jeux Olympiques de Sydney. On voulait une médaille, mais on a fini cinquièmes. »

Une déception fondatrice selon elle.

« C’était une expérience douloureuse, mais ça nous a sûrement préparées pour le championnat d’Europe (de 2001). On avait tellement envie de prouver, de montrer que les Jeux n’étaient pas à la hauteur de nos capacités. »

Alicia Tournebize vise déjà les Bleues… et plus encore

En regardant les Jeux olympiques de Paris 2024, Alicia Tournebize a commencé à se projeter sur une future olympiade. Le maillot bleu fait déjà partie de ses ambitions. « Les JO, j’ai bien aimé regarder. Même à Paris, j’ai beaucoup aimé aller voir des matchs. C’est un peu un objectif. Je vais faire de mon mieux. »

Grandir avec une mère qui a marqué l’histoire du basket français aurait pu créer une pression particulière. Mais celle qui est cadre de la FFBB (aujourd’hui en charge des grands gabarits de la région Île-de-France) a toujours voulu protéger sa fille de cette comparaison permanente. « Elle m’a toujours laissé faire mon histoire et ne pas tout mélanger. Il y a des petites similarités. »

De son côté, la native de Clermont-Ferrand se souvient avec émotion du premier grand moment qui l’a réellement impressionnée dans la jeune carrière de sa fille.

« La première fois qu’elle joue à Bercy pour la finale de Coupe de France U18. Son équipe gagne. Elle m’a scotchée, elle avait 16 ans. Sortir un match incroyable en finale. »

Une admiration réciproque

Si l’ancienne joueuse de Valenciennes a construit l’une des plus grandes carrières du basket français, sa fille mesure désormais pleinement l’ampleur des travaux accomplis. Et plus elle grandit, plus cette admiration grandit elle aussi. « Quand il y a eu l’annonce du Hall of Fame, je me suis dit : mais c’est une dinguerie sa carrière. » Elle poursuit, admirative. « Tout ce qu’elle a accompli, ça fait rêver. Elle a été la première et elle a fait les choses bien. Peu importe où elle était, elle a été utile. »

À quelques semaines de l’entrée d’Isabelle Fijalkowski au Hall of Fame, cette interview aura surtout permis de raconter bien plus qu’une immense carrière.

L’histoire d’une transmission

D’une pionnière du basket féminin français devenue référence absolue, et d’une nouvelle génération incarnée par Alicia Tournebize, déjà lancée sur les traces de sa mère… avec l’ambition d’écrire désormais sa propre histoire.

À quelques semaines de son entrée au Hall of Fame FIBA, Isabelle Fijalkowski voit son héritage prolongé à travers sa fille. Une histoire de transmission entre deux générations, unies par le basket, entre le centre de la France, la NCAA et peut-être bientôt la WNBA.

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