ITW Nando De Colo : « Ça sera ma dernière saison, c’est le bon moment pour passer à autre chose »

Cette fois c’est sûr, Nando De Colo prendra sa retraite à l’issue de la saison 2025-2026
Au fil d’un entretien dense, Nando De Colo a évoqué sa blessure, son adaptation au Fenerbahce, sa lecture d’un effectif talentueux en quête d’équilibre, ainsi que sa vision du basket de très haut niveau. Surtout, au détour d’une réponse sur une phrase qui avait récemment circulé autour d’une éventuelle retraite en cas de sacre en EuroLeague, l’ancien joueur de l’ASVEL a clarifié sa pensée : quoi qu’il arrive dans les prochaines semaines, cette année sera la dernière de son immense carrière.
Une alerte au pire moment, la tête tournée vers le retour
La première actualité de Nando De Colo, c’est cette blessure au mollet, ou plus précisément autour du tendon, qui l’a stoppé dans une période décisive de la saison. Le Français ne cherche ni à dramatiser, ni à minimiser. Il explique surtout qu’au-delà de la douleur immédiate, ce type de pépin impose une vigilance de tous les instants, y compris quand les sensations redeviennent meilleures. « Ce n’est pas forcément le muscle qui est touché, mais le tendon. Tu sens un peu moins la douleur au fur et à mesure que les jours passent. Par contre, il faut faire plus attention, surtout quand je vais revenir, à continuer de faire comme si j’étais toujours blessé, à garder le même programme et à continuer de travailler avec le kiné et le préparateur physique. »
Dans sa bouche, on retrouve immédiatement cette logique de professionnel obsessionnel du détail, celle qui l’a accompagné pendant toute sa carrière. Le vrai danger n’est pas seulement la blessure, c’est aussi la tentation d’en sortir trop vite.
Ce qui le contrarie forcément, c’est le timing. Le Fenerbahçe entre dans le moment où tout commence à compter davantage, entre la fin de saison régulière et la préparation des échéances à élimination directe. Lui-même reconnaît que « ce n’est pas forcément le meilleur moment », mais il ne s’autorise pas à s’attarder sur ce qui ne peut plus être changé.
Il revient aussi sur les circonstances très particulières de sa blessure, survenue lors d’un match qu’il n’aurait même pas dû jouer. Prévu au repos à l’origine, il a finalement été sollicité après la maladie nocturne d’un coéquipier. « Ça tombe sur un match où à la base je devais être au repos, finalement il y a un joueur qui est tombé malade pendant la nuit, je l’ai remplacé. Sur un appui pour monter, pour sauter, j’ai senti tout de suite que ça avait tiré. »
L’expérience fait aussi que le joueur de 38 ans sait presque instantanément lire ce que son corps lui dit. Là, il a compris sur le moment que ce ne serait pas une simple alerte. « Je sentais de toute façon dès le début qu’il y avait quelque chose de plutôt important. Ce n’était pas juste un petit truc sur le moment. »
Il y a dans son discours une forme de lucidité calme, celle du joueur qui a vécu mille situations différentes au plus haut niveau et qui sait à quoi s’en tenir. « J’allais en avoir au moins pour deux-trois semaines minimum. On est sur le minimum d’une blessure comme ça. C’est chiant, évidemment. Maintenant, il faut faire le maximum pour revenir en forme et essayer le plus vite possible. »
Le choix Fenerbahçe, entre défi sportif et équilibre familial
Son retour au Fenerbahçe en cours de saison avait surpris, notamment parce qu’il s’était réinstallé avec sa famille dans un cadre plus stable à l’ASVEL. Cette décision s’est construite à rebours d’une forme de confort qu’il avait fini par retrouver.
Il insiste d’ailleurs sur ce mot, le confort, non pas au sens de la facilité sportive, mais dans ce que la vie quotidienne peut offrir à une famille. « Au début, ça n’a pas été une décision facile parce que même si je n’aime pas avoir une certaine routine baskettement parlant, le fait d’être dans une dynamique, même si ce n’est pas la meilleure des dynamiques, tu es bien, tu es chez toi, tu es dans une routine que tu connais. » Chez lui, le basket et la vie autour du basket ne sont jamais totalement séparés. Il peut aimer l’idée de ne pas s’enfermer dans une routine de joueur, tout en sachant que la stabilité familiale, elle, compte énormément.
Ce passage est particulièrement éclairant, il montre un De Colo très loin de l’image du simple compétiteur qui choisirait uniquement la meilleure opportunité sportive. Il raconte au contraire combien le vécu français avait changé les choses pour sa famille, après des années passées à l’étranger. « Il y avait aussi cette routine familiale. On avait clairement un confort en France qu’on n’avait pas connu à l’étranger. En étant en Russie ou même en Turquie, même si on arrivait à faire que nos filles aillent dans des écoles internationales, qu’elles fassent du sport à côté, en France c’était vraiment plus simple à ce niveau-là et plus pratique. »
Le choix de repartir pour six mois n’avait donc rien d’anodin. Il impliquait de déraciner à nouveau toute une organisation, avec tout ce que cela suppose. Cette dimension familiale a d’ailleurs été centrale dans sa réflexion. Il ne se voyait pas repartir seul. « On s’est demandé si ça valait vraiment le coup pour six mois de bouger toute la famille, mais je ne me voyais pas non plus bouger sans elles. » La discussion avec sa femme a donc pesé lourd, comme souvent dans les très grandes décisions de carrière quand on arrive à ce stade de vie.
Et puis, peu à peu, l’opportunité sportive a repris de la place. Il était en fin de contrat avec l’ASVEL, et il sentait surtout qu’à Istanbul il y avait quelque chose de concret à aller chercher. « Je savais que ça pouvait être ma dernière année. Il y avait un objectif à aller chercher, contrairement aux objectifs qu’on avait avec l’ASVEL. En discutant avec le general manager et le coach du Fener, c’était une décision qui me paraissait très intéressante et je trouvais que l’opportunité était à prendre. »
Là encore, tout s’emboîte : le contexte personnel, la fin de contrat, la conscience du temps qui reste, et cette envie de ne pas finir une carrière de ce niveau sans se donner une dernière chance de jouer tout en haut.
Une équipe talentueuse, une bonne formule à trouver
Quand il parle du Fenerbahçe, Nando De Colo n’emploie jamais les mots à la légère. Son analyse de l’équipe est fine et exigeante. Il commence par rappeler que ses premiers mois au club ont correspondu à une très bonne série de résultats. Pour autant, derrière les victoires, il n’était pas complètement dupe du niveau réel du collectif. « On a eu un très bon run quand je suis arrivé. On a enchaîné beaucoup de victoires. Après c’est vrai que quand tu connais un peu le basket, il y a eu pas mal de matchs qu’on a réussi à gagner parce qu’on avait ce talent qui pouvait faire la différence, mais je ressentais qu’on ne jouait pas forcément de la bonne manière. »
Il explique d’ailleurs que le coach avait rapidement identifié cette problématique, sans que le message soit forcément simple à transmettre dans une équipe qui gagnait beaucoup. « C’est ce qui a été surligné par le coach un peu plus tard, en se disant que quand on gagne des matchs, c’est compliqué de faire comprendre les différents mécanismes qu’il veut faire passer, surtout quand ce sont des messages un peu plus négatifs, on va dire, mais pour le bien de l’équipe. »
Là encore, le natif de Sainte-Catherine touche à quelque chose de très juste dans la vie d’un grand club : tant que ça gagne, les défauts s’installent parfois sans être corrigés avec suffisamment de force.
Et lorsque les résultats se tendent, ces mêmes défauts ressortent brutalement. C’est exactement ce qu’il décrit sur la période récente. « Dernièrement, on a eu ce revers de la médaille, où on n’a pas su faire les choses quand on gagnait, c’est-à-dire qu’on n’a pas su continuer d’avancer dans le bon sens et surtout collectivement. Et là, ça devient un peu plus compliqué. »

Dans sa lecture, les blessures ont évidemment compté, mais elles ne sauraient tout expliquer. Il cite Devon Hall et Nicolo Melli, deux profils qu’il juge essentiels à l’équilibre du groupe. « Même si ce ne sont pas les joueurs les plus importants en termes de statistiques, quand tu connais le basket, tu sais que ce sont des joueurs très importants pour l’équipe. » Une fois encore, De Colo insiste sur ce qui ne se lit pas forcément dans les colonnes de points : la lecture du jeu, le placement, les bons choix, la capacité à faire tenir un collectif.
Le Nordiste sait toutefois que le temps presse. Le Fenerbahçe est certes premier ex-æquo, mais rien n’est figé, et la fin de calendrier ne promet aucun cadeau. « On a deux-trois semaines pour redresser la barre et essayer de faire le maximum pour trouver la dynamique qui va nous amener avant les playoffs. Parce que même si on est premier ex æquo aujourd’hui, on a cette semaine à l’Hapöel, Madrid, on a l’ASVEL à l’extérieur. Donc voilà, ce n’est pas une fin de championnat facile, mais ça ne l’est pour personne. »
Jasikevicius, le vestiaire et l’art de parler au bon moment
Interrogé sur son entraîneur, De Colo répond là encore avec beaucoup de mesure. Le MVP de l’EuroLeague 2015-2016 explique d’abord qu’arriver en milieu de saison dans un groupe déjà structuré impose une forme de réserve. « Quand tu arrives comme ça dans un système en milieu de saison, c’est toujours compliqué. J’ai toujours eu cette façon de faire les choses. Je préfère observer avant de vite parler et de savoir comment les choses sont faites. Tu ne vas pas arriver et dire ce que tu as envie de dire parce qu’il y a des choses, peut-être que toi tu les vois d’une certaine manière, mais elles ne sont pas forcément appliquées de cette même manière. »
Cette réponse en dit beaucoup sur sa personnalité. Le double vainqueur de l’EuroLeague n’est pas le vétéran qui débarque en terrain conquis pour distribuer des vérités. Il observe, comprend, puis choisit ses moments. Il souligne aussi qu’en matière de basket, même les évidences ne sont pas universelles. « Il y a des actions qui me paraissent logiques, mais ce n’est pas forcément la façon de faire du coach. Donc il faut juste s’adapter un petit peu en termes de communication. » C’est l’une des grandes forces des très grands joueurs vieillissants : ne pas croire que l’expérience donne automatiquement raison en tout, mais savoir l’utiliser avec intelligence.
À propos de Sarunas Jasikevicius, il reconnaît volontiers un tempérament parfois impulsif, tout en rappelant une évidence : « C’est lui qui tient la baguette ». Dès lors, la priorité reste l’alignement collectif. « Il faut faire en sorte de montrer qu’on va tous dans le même sens et je pense que c’est ça le plus important. »

Le 53e choix de la Draft 2009 replace aussi cette saison dans son contexte : le Fenerbahçe reste un club champion en titre, mais l’équipe a été largement remaniée. Tous les joueurs n’ont pas gagné l’EuroLeague, beaucoup découvrent certains standards d’exigence, et les départs de l’été dernier ont profondément changé la structure du groupe.
Il raconte d’ailleurs avoir échangé précisément sur ce sujet avec Jasikevicius après un match à Paris. Sa réflexion sur la communication en dit long sur sa lecture humaine du management. « Le plus compliqué, c’est de faire passer l’information. Et quand à un moment donné tu es trop dans la communication et dans le fait de tout le temps hausser la voix, au bout d’un moment, tu n’as plus personne qui t’écoute. »
Il ajoute avoir compris que ce sujet faisait partie des axes de progression travaillés aussi par le coach avec son staff. Lui se voit davantage comme un relais ponctuel, un passeur de messages à des moments bien spécifiques, plutôt qu’un adjoint officieux omniprésent. « Je pense qu’il est plus là mon rôle, de pouvoir communiquer avec les uns et les autres, mais à des moments bien spécifiques. »
Trouver sa place dans un effectif profond
Plus largement, De Colo insiste beaucoup sur la richesse de l’effectif du Fenerbahçe. Pour lui, cette profondeur saute immédiatement aux yeux, surtout quand on compare avec des clubs moins armés en quantité et en qualité. « L’effectif, c’est un effectif déjà très complet parce qu’on a eu pas mal de blessés, mais à chaque fois tu es toujours capable de quand même mettre une équipe sur le terrain. Si demain, l’ASVEL a le même nombre de blessés, ils ne sont plus que cinq sur le terrain. »
La formule est volontairement forte, presque brutale, mais elle dit bien l’écart structurel entre un prétendant au titre européen et un club qui, malgré son ambition, ne joue pas dans la même catégorie de profondeur.
Pour autant, cette abondance est aussi un défi pour un entraîneur. Quand tout le monde est disponible, les choix deviennent plus complexes, les frustrations plus probables, les statuts plus délicats à stabiliser. « Quand l’équipe est en bonne santé, je pense que c’est aussi dur pour le coach de faire ses choix, parce qu’il y a énormément de joueurs. »
Dans ces cas-là, tout repose sur la compréhension collective des rôles. Et c’est précisément là que De Colo place l’un des enjeux majeurs de la fin de saison. « Quand il y a un effectif aussi étoffé, il faut que chacun comprenne sa place dans l’équipe. Et ça, c’est souvent le plus compliqué. »
Sa lecture va encore plus loin. Il décrit ce moment très classique dans les grands effectifs où certains joueurs ont le sentiment de valoir davantage que ce qu’on leur demande. « Quand tu penses en cours d’année que tu es au-dessus de ce qu’on te demande de faire, ça devient très compliqué. » Cette phrase résume beaucoup des tensions invisibles qui traversent les équipes de très haut niveau. On peut avoir du talent partout et perdre l’essentiel si chacun veut raconter sa propre histoire au lieu d’entrer dans celle du groupe.
Et c’est justement pour cela qu’il insiste tellement sur l’importance de profils comme Hall ou Melli, capables selon lui de faire la jonction entre le talent et la justesse. « On a beaucoup de talent, mais on ne reconnaît pas forcément les situations. Devon Hall et Nicolo Melli sont très importants parce qu’ils font cette balance dans le jeu entre certains joueurs qui ont beaucoup de talent et d’autres qui arrivent à être un peu plus posés dans leurs décisions. »
S’adapter, le fil rouge d’une très grande carrière
De Colo le rappelle lui-même : débarquer en milieu de saison dans une équipe encore engagée sur trois fronts, cela ne lui était jamais arrivé. Lui qui a toujours respecté ses contrats et construit ses aventures dans la durée a découvert une configuration nouvelle. Avec le recul, il estime que son expérience a rendu cette adaptation plus simple. « Arriver en cours de saison dans une équipe, ça ne m’était jamais arrivé, mais je pense que c’est peut-être un peu plus facile quand tu as un peu plus d’expérience. Tu arrives, tu sais ce que tu dois faire, même s’il faut toujours t’adapter. »
C’est même probablement la meilleure définition de sa carrière selon lui. « Moi je suis un joueur qui s’adapte à ce qu’on demande de faire sur le terrain. Aujourd’hui, si je suis avec des joueurs qui sont incroyablement talentueux en termes de scoring, j’ai peut-être moins besoin de scorer et plus besoin de contrôler le jeu, et vice-versa. Ça dépend beaucoup. »
Sa phrase suivante résume à elle seule sa vision du basket : « J’aime dire que je joue au basket, tout simplement. En fonction de ce dont le jeu aura besoin, j’essaie de faire en sorte d’apporter le plus possible pour l’équipe. » Chez De Colo, il n’y a jamais eu de culte du rôle figé. Il y a au contraire l’idée qu’un grand joueur est d’abord celui qui sait lire ce qui manque à son équipe.

Il souligne aussi le contraste entre l’ASVEL et Fenerbahçe sur le plan des ambitions. À Villeurbanne, il l’avait dit dès le Media Day LNB : on ne pouvait pas raisonnablement prétendre à certaines choses alors que l’effectif repartait presque de zéro, sans continuité, sans stabilité structurelle. « Qu’est-ce que vous voulez qu’on dise de plus ? L’année dernière, on n’a pas fait une seule finale et pourtant tout le monde nous avait dit que la saison était plutôt pas mal. » Il ne s’agit pas pour lui d’abaisser les attentes artificiellement, mais de remettre les résultats dans leur contexte.
À l’ASVEL, les discours sur une finale ou sur une grande saison ne pouvaient pas être proclamés comme des évidences. À l’inverse, arriver chez le Fenerbahçe, c’était intégrer un club qui assume clairement viser les trophées. « Arriver dans une équipe et se dire qu’il y a trois objectifs jusqu’à la fin de saison, c’est-à-dire la Coupe de Turquie, l’EuroLeague, le championnat et les playoffs turcs… Déjà, arriver dans cette mentalité-là, ça change un peu. »
Et ce changement, il l’a ressenti immédiatement. D’autant que le premier trophée est arrivé très vite, dans un moment personnellement marquant puisque sa femme et ses filles venaient justement d’arriver à Istanbul. « Le premier est vite arrivé dans la saison, donc ça a été un bon premier feeling, surtout qu’à ce moment-là ma femme et nos filles étaient enfin arrivées à Istanbul. » On comprend mieux pourquoi ce passage au Fenerbahçe a rapidement pris une place particulière.
L’héritage vu par les autres, et ce plaisir de transmettre
Malgré sa carrière, son palmarès et son statut dans le basket européen, Nando De Colo reste sensible à la reconnaissance de ses pairs. Il le dit simplement : « C’est toujours quelque chose de reconnaissant de savoir que ton jeu ou ta façon de voir le basket a été répercutante sur d’autres joueurs. »
Mais ce qui semble le toucher le plus n’est pas tant l’hommage public que le dialogue direct. Que des joueurs viennent lui parler de basket, lui demander un conseil, un avis, un détail, cela le réjouit profondément parce que cela correspond à sa nature. « Il y en a d’autres qui viennent me voir directement. Il y en a qui vont jusqu’à me demander par moments de pouvoir échanger sur certains points de basket, chose qui me correspond énormément. Je suis dans ce partage. »
Ce passage est important, car il permet de comprendre pourquoi l’après-carrière de De Colo aura presque forcément un lien avec la transmission. Il raconte d’ailleurs avec une légère surprise qu’il a aussi connu l’inverse. « J’ai passé des saisons à côté de jeunes joueurs qui ne sont jamais venus me voir pour demander quoi que ce soit. »
Pour ceux qui veulent entendre la réaction de Nico à la signature de Nando de Colo au Fener 😉
Avec notamment cette phrase : « C'est le 2e meilleur basketteur français de l'histoire » https://t.co/CUnN3TnY9P
— Tom Compayrot (@Tom_Cprt) January 21, 2026
Il essaie de comprendre ce qui peut freiner cette démarche : l’intimidation, le respect excessif, la distance générationnelle. Lui se souvient qu’à Cholet, plus jeune, on se demandait aussi s’il était vraiment possible d’aller parler à certains anciens. Mais il insiste sur son ouverture. « Moi je suis quelqu’un qui adore partager. Donc si tu as la moindre question, si tu veux faire évoluer quelque chose de ton jeu, je pense que je suis capable de pouvoir t’aider. »
Son argument n’est pas celui de l’autorité, mais celui de l’expérience. Il a connu plusieurs pays, plusieurs cultures basket, l’EuroLeague, la NBA, les méthodes des assistants américains, le très haut niveau international. « J’ai eu énormément d’expérience, mais pas qu’en France, pas qu’en Espagne, pas qu’en Europe. J’ai découvert quand même deux ans la NBA où j’ai appris beaucoup avec les assistants coach et je suis quelqu’un qui fait vachement attention aux détails. » C’est sans doute cette attention aux détails, plus encore que ses trophées, qui explique sa place à part dans le paysage européen.
Lorsqu’on l’interroge sur les compliments publics de joueurs comme Shane Larkin, Wade Baldwin, ou encore sur la sortie de Nicolas Batum qui le situait parmi les plus grands de l’histoire des Bleus, De Colo reste fidèle à lui-même : reconnaissant, mais pas en quête de validation permanente. Il explique d’ailleurs qu’il ne va pas passer son temps à regarder ce qui se dit sur lui. Ce sont souvent ses proches qui lui transmettent ces hommages. « J’ai deux potes qui m’envoient tous les matins les nouvelles basket. Même si je suis sur les réseaux sociaux, je ne suis pas le premier à aller taper mon prénom pour voir ce qu’on dit sur moi. »
Ce qui compte pour lui reste ailleurs : rendre fier sa famille, ses proches, les coachs et les coéquipiers qui ont accompagné sa route. Mais il reconnaît aussi que ces paroles disent quelque chose de son impact. « Bien sûr que ça montre à quel point on a été impactant d’une manière ou d’une autre. » Et il glisse une remarque très juste sur la culture du sport de haut niveau : « Souvent, les éloges sont faites quand on ne joue plus. C’est toujours compliqué de faire les éloges d’un joueur quand il est encore actif. »
Le passion du jeu et sa famille comme moteurs
Quand on lui demande ce qui continue de le motiver après une telle carrière, sa réponse fuse presque immédiatement : tout. « Tout, tout, tout. Moi je suis passionné par le basket. » La formule pourrait paraître attendue chez beaucoup de joueurs. Chez lui, elle prend un relief particulier parce qu’elle est immédiatement incarnée par des scènes de vie très concrètes.
Il raconte ses journées avec ses filles, ses envies spontanées d’aller sur le terrain avec elles, son besoin presque instinctif de transformer le moindre moment libre en séquence de jeu, d’apprentissage, de partage. « Quand je suis chez moi et qu’on n’a rien à faire, je suis le premier à dire à ma fille : viens, on va sur le terrain, viens, on va s’entraîner et puis je vais te montrer des choses et tu pourras progresser. »
Il raconte aussi à quel point tout cela s’inscrit dans une histoire de vie ancienne, presque fondatrice. « J’arrive sur ma vingtième saison professionnelle, j’ai commencé le basket à cinq-six ans, je crois que j’étais dans les salles déjà dès deux ans selon ma mère. » Forcément, quand on a été baigné dans cet univers depuis l’enfance, les routines deviennent des évidences, presque des prolongements physiques de soi-même.
« Le fait d’arriver une heure et demie avant à la salle, pour moi, c’est juste logique. Et puis j’adore m’entraîner, j’adore jouer. » Cette part de plaisir n’a donc jamais disparu, même si l’âge impose davantage de précautions, de gestion, d’attention au corps.
Sa passion se prolonge aussi dans son regard critique sur les entraînements, notamment chez les jeunes. « Je vais regarder un entraînement et je vais dire : purée, là, ce n’est pas bien fait. Il pourrait corriger des aspects du jeu. » Sans jamais se poser en donneur de leçons, il exprime surtout une exigence de fond : les bases du jeu ne devraient jamais être négligées, parce que tout le reste en découle. « Une fois que tu as les fondamentaux, derrière c’est plus facile d’avancer. » Cette obsession-là ressemble déjà très fort à celle d’un futur coach.
Les Bleus, un immense potentiel à exploiter
Même s’il a pris sa retraite internationale après les Jeux olympiques 2024, Nando De Colo continue de regarder de près l’équipe de France. Et son discours sur les Bleus est particulièrement intéressant parce qu’il repose moins sur les talents individuels que sur l’organisation humaine d’un groupe.
Le sextuple médaillé rappelle d’abord ce qu’il estime être l’une des grandes forces historiques de la sélection : la coexistence de plusieurs générations à l’intérieur d’un même collectif. « L’avantage de l’équipe de France depuis que j’y suis entré, c’est qu’on a toujours gardé ce système de générations. Il y a toujours trois générations au sein d’une même équipe de France. La génération expérimentée qui va amener un peu de calme, la génération entre les deux qui fait la liaison entre les plus jeunes et les plus anciens, et puis la jeune génération qui a beaucoup de talent, mais qui parfois veut aller un peu trop vite. »
À ses yeux, le réservoir français reste exceptionnel. Il le disait déjà en quittant les Bleus en 2024, et il le répète aujourd’hui. « L’équipe de France a un avenir incroyable devant elle. » Le contretemps de 2025 n’efface pas cette conviction. Au contraire, il y voit même une expérience potentiellement utile. « Parfois, il faut se casser la gueule pour avancer et pour apprendre. »
Il nuance cependant en rappelant que certaines absences avaient compté. Et surtout, il insiste sur une condition essentielle pour exploiter pleinement tout ce talent : la clarté des rôles. Il raconte avoir eu un échange téléphonique avec Frédéric Fauthoux avant 2025, et ce qu’il lui a dit est révélateur. « Il faut structurer l’équipe. Il faut que chacun sache son rôle, une fois que l’équipe est faite. »
Là encore, De Colo ne parle pas simplement du cinq majeur ou du temps de jeu. Il parle de lisibilité intérieure, de compréhension de sa fonction dans le groupe, de sécurité mentale donnée au joueur. « J’ai été joueur et je sais ce que c’est de passer des étés où tu es un peu dans l’ombre. Tu ne sais pas ce qu’on attend vraiment de toi. » Il ajoute que le plus difficile n’est pas forcément de jouer moins ou différemment. « Le plus compliqué, c’est de ne pas savoir, entre guillemets, pourquoi tu es là. »
Chez lui, cette idée revient sans cesse, que ce soit chez le Fenerbahçe ou avec les Bleus : les grands collectifs sont d’abord ceux où chacun comprend ce qu’il doit apporter.
La retraite, une réflexion devenue certitude
Et puis, en fin d’entretien, arrive le sujet qui donne à cette interview une portée particulière. Depuis quelque temps, une petite musique circulait autour d’une hypothétique retraite de Nando De Colo en cas de titre en EuroLeague avec le Fenerbahçe. Lui veut remettre cette phrase à sa place. « Moi, je n’ai pas dit que je prendrais ma retraite si on gagnait l’EuroLeague. Mais pour être transparent, ça sera ma dernière saison. »
La phrase tombe ainsi, presque sobrement, sans mise en scène. Mais sa portée est immense : l’un des plus grands joueurs français et européens de sa génération a décidé d’arrêter au terme de cet exercice.
Cette décision n’est pas née hier. « Ça fait un moment que j’y pense. » Il reconnaît que son arrivée chez le Fenerbahçe a pu laisser croire à certains qu’une saison supplémentaire restait possible. Mais lui savait déjà que la réflexion était beaucoup plus avancée. « Depuis le début de l’année, j’avais dans un coin de ma tête que ça allait être ma dernière saison. »
Pour expliquer pourquoi ce moment lui semble juste, il revient longuement sur les sept dernières saisons de sa carrière, qu’il décrit comme une suite de recommencements permanents. « Mes quatre années à l’ASVEL, ce que j’avais connu aussi au Fenerbahçe durant mes trois ans, c’est que chaque année, on changeait tout. Donc sur mes sept dernières saisons, je n’ai jamais vraiment trouvé un rythme sur deux années d’affilée. »
La suite de son raisonnement est très éclairante. Au Fenerbahçe, il a connu plusieurs effectifs et plusieurs entraîneurs. À l’ASVEL, il a vécu des saisons avec peu de continuité, des changements de coach, des reconstructions répétées, des ambitions sans cesse à reconfigurer.
Il précise donc que sa retraite n’est pas un pari romantique autour d’un éventuel dernier titre européen. « Il n’y a pas ce côté de si on gagne l’EuroLeague. La vérité, c’est que je pense que la vie est faite de moments, de timing aussi. Et je pense que c’est le bon moment pour passer à autre chose. » Il corrige même très précisément la phrase initiale donnée à un journaliste : oui, il avait répondu qu’un titre en EuroLeague serait évidemment une merveilleuse manière de finir, mais non, il n’avait pas voulu dire que sa décision dépendrait uniquement de cela. Il explique même qu’à ce moment-là, il n’avait pas envie de parler frontalement de la fin de sa carrière.
Couper, se poser, puis revenir autrement
Lorsqu’il parle de la suite, De Colo garde la même cohérence. Il ne veut pas s’éloigner du basket, mais il ne veut pas non plus replonger trop vite dans une nouvelle spirale d’obligations et de déplacements. Il connaît les exemples autour de lui, ceux des anciens joueurs qui ont à peine posé le ballon qu’ils repartent déjà à travers le monde.
Il cite notamment Kyle Hines et le récit que sa femme et celle de Hines avaient partagé sur une retraite à peine entamée, déjà absorbée par la Summer League et de nouvelles missions. Lui ne se voit pas faire cela immédiatement. « Je sais que ce n’est pas ce que je voudrais faire tout de suite parce que j’ai vraiment besoin de couper et d’être un peu plus posé. » Après plus de vingt ans de professionnalisme, il y a chez lui le besoin assumé de souffler.
Cette respiration passera aussi par un choix de vie : l’Espagne. « On se dirigera de toute façon vers l’Espagne. » L’ancien joueur de Valencia (2009 à 2012) n’en dit pas beaucoup plus, mais on comprend que la famille y trouvera un cadre qui lui correspond.
Pour le reste, il avance avec une ouverture assez large, même si une orientation ressort nettement : le coaching. « J’essaierai surtout de m’orienter sur tout ce qui est coaching, parce que je sais qu’à un moment ou à un autre, j’y serai amené sûrement. » Ce qui frappe dans cette réponse, c’est qu’il ne se ferme à rien. Masculin, féminin, équipes nationales, niveaux différents : ce fils de formateurs n’a pas besoin aujourd’hui de se raconter un avenir unique et linéaire. « À quel niveau, avec quelle équipe, je ne sais pas. Tout peut m’intéresser. Je ne suis vraiment pas fermé. »
La seule condition, au fond, reste celle qu’il a toujours appliquée dans sa carrière : y aller pleinement. « J’ai toujours fait les choses parce que j’avais envie de les faire. Et si je les fais, je les fais à fond. »
Et puis il y a ce qu’il dit de son implication déjà existante auprès des enfants, notamment quand il était en France. Comme ses parents avant lui, il ne pouvait s’empêcher d’aller donner un coup de main aux entraînements de ses filles, de proposer aux coachs sa présence, d’essayer d’aider sans prendre trop de place. « Tant que je suis là, est-ce que vous voulez un coup de main ? » Cette manière d’être, humble mais disponible, montre bien que la transition a en réalité déjà commencé dans sa tête. Il n’a pas attendu d’arrêter pour transmettre. Il a simplement vécu ce mouvement naturellement, parce que le basket est pour lui un espace de partage autant qu’un lieu de performance.
Au bout de cet entretien, il ressort donc bien plus qu’une annonce. Oui, Nando De Colo va prendre sa retraite à la fin de la saison. Oui, la blessure actuelle l’empêche de vivre sereinement ce sprint final. Oui, il continue de croire que le Fenerbahçe a les moyens de redresser la barre et de conserver le titre en EuroLeague. Mais il ressort surtout le portrait d’un immense joueur qui n’a jamais cessé de penser le jeu, de le lire, de le transmettre, et qui aborde la fin de sa carrière avec la même lucidité que celle qui l’a rendu si grand. Le joueur va s’arrêter. Le basketteur, lui, ne partira jamais vraiment.




























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