Chercheurs d’or : les Bleus en quête de consécration

Crédit photo : Armand Lenoir / The Agency / FFBB

Neuf ans après son seul sacre européen, l'équipe de France retrouve la grande scène européenne ce jeudi à Cologne face à l'hôte allemand. Le point de départ d'une grande aventure, censée ramener les Bleus vers les sommets continentaux, et surtout d'un EuroBasket particulièrement excitant.

1 818 jours. « C’est loin 2017 », souffle Vincent Poirier. « C’était il y a cinq ans et en plus, on n’est plus beaucoup de l’équipe actuelle à l’avoir connu, seulement trois. » 2017, c’est loin, effectivement, mais la modification du calendrier international, couplée à la pandémie mondiale de Covid, a tout bousculé. Les Bleus ont beau avoir formidablement rebondi en Chine lors de la Coupe du Monde, brillé de milles feux au Japon pour les Jeux Olympiques, leur dernière image sur la scène européenne reste cette piteuse élimination face à l’Allemagne le 9 septembre 2017 au Sinan Erdem Dome d’Istanbul (81-84), saoulée de coups par Daniel Theis et Dennis Schröder. Et clin d’œil du destin, 1 818 jours après, la France renoue avec son histoire continentale face à… l’Allemagne.

Cinq ans après, une revanche ce soir pour Evan Fournier et les Bleus ? (photo : FIBA)

« On apprend de toutes les défaites », disait Rudy Gobert ce mercredi, en évoquant le revers en Bosnie-Herzégovine. Cette phrase s’applique aussi parfaitement à la campagne de 2017. Flamboyante en préparation, l’équipe de France s’était alors crue inarrêtable, dotée d’une multitude de talents offensifs supérieurs. Mais justement, cet été-là, il n’y avait pas de collectif, pas de volonté défensive, que des individualités. Les Bleus ont su en tirer les leçons nécessaires, renforcés également par l’expérience des fenêtres internationales qui fut particulièrement précieuse dans la construction de ce groupe. Deux ans plus tard, c’est une vraie équipe qui a étonné le monde en Asie, renversant notamment les États-Unis en quart de finale.

L’EuroBasket le plus relevé de l’histoire ?

Si l’on reparle de 2017, c’est parce que c’est bien cette triste image stambouliote qui persiste encore sur la scène européenne, qui reste la dernière en date. L’équipe de France a beau avoir regagné son statut de cador mondial, il reste cette vilaine tâche à corriger. Avec le sentiment d’être au milieu du gué, plus tout à fait dans la continuité de 2021 à cause des absences du duo De Colo – Batum, mais plus du tout l’équipe inapte d’il y a cinq ans. « C’est une nouvelle aventure qui commence », avance Vincent Collet. « On doit l’écrire ensemble. Nous avions instauré le thème de braquage en 2019 car on sortait d’un échec retentissant à l’Euro, on n’était pas attendu. L’année dernière, on était en mission, avec un objectif très élevé. Cette année, on est entre les deux car on n’a malheureusement pas totalement conservé le groupe de la médaille d’argent. Nous sommes à la fois engagés dans un processus de reconstruction mais aussi dans la volonté de confirmer ce qui a été fait lors des deux dernières campagnes. Il faut à la fois utiliser le trésor de l’an passé en termes d’état d’esprit et de détermination mais aussi inventer le chemin qui nous mènera vers les meilleures places de l’Euro. »

Dans sa prudence légendaire, Vincent Collet évoque « les meilleures places de l’Euro ». Ses joueurs, eux, après avoir rivalisé avec Team USA en finale des JO, n’ont évidemment pas les mêmes aspirations. Une seule place les intéresse réellement, la première. « Je n’ai encore jamais eu l’or avec les équipes de France, que ce soit en juniors ou en A », soupire Rudy Gobert. « J’ai eu le bronze. J’ai eu l’argent. Cette année, on veut l’or, très clairement. » Symbole d’une génération 1992 qui a déjà presque fait mieux que la génération Parker avec sa finale olympique, et un autre podium mondial, mais à qui il manque encore la consécration suprême, soit une médaille d’or, pour définitivement rentrer au Panthéon du sport tricolore.

La Slovénie de Mike Tobey voudra prendre sa revanche cet été (photo : FIBA)

Seul hic : au moins six nations peuvent légitimement afficher les mêmes ambitions. La raréfaction de l’EuroBasket a augmenté sa valeur et toutes les sélections sont venues avec la grosse armada, pour pratiquement former le plateau le plus relevé de l’histoire : la Grèce dispose de l’arme atomique Giannis Antetokounmpo, la Serbie est portée par un Nikola Jokic rayonnant, l’Allemagne est un outsider très sérieux à domicile, l’Italie voudra confirmer ses bons JO, la Turquie est très séduisante sur le papier, la Lituanie veut se racheter de ses derniers étés décevants, l’Espagne… reste l’Espagne et la Slovénie de Luka Doncic est animée par le feu sacré.

Autant un blason européen à redorer
qu’un prestige mondial à consolider

À ce niveau, l’équipe de France se situe encore dans une sorte de paradoxe : un vécu rare à ce niveau mais un groupe renouvelé cet été, qui cherche encore sa vitesse de croisière. « On est une équipe jeune », confirme Vincent Collet. « On a besoin d’expérience et on n’a pas beaucoup de temps pour en acquérir. J’ai confiance en notre potentiel mais pour l’instant, il n’est pas optimisé. » À cet égard, la boulette de Sarajevo pourrait finalement servir les desseins des Bleus en agissant comme un électrochoc. « Je pense que cette défaite en Bosnie nous a fait beaucoup de bien », opine Rudy Gobert. Tout comme la déroute contre le Japon, à cinq jours des JO, dans des conditions certes particulières, avait pu être bénéfique l’année dernière. « Jusque-là, on gagnait tous nos matchs plus ou moins facilement, malgré toutes nos erreurs, et le fait de se rendre compte que ça ne passera pas à tous les coups en perdant en Bosnie, ça nous a mis un petit coup de boost », acquiesce Vincent Poirier. « On a prouvé l’année dernière que l’on montre un tout autre visage dès que la vraie compétition arrive. » Du propre aveu des joueurs, l’intensité des entraînements a été considérablement rehaussée depuis l’arrivée à Cologne, signe de l’approche des choses sérieuses. « Si on ne réagit pas après la défaite de la Bosnie, on ne va jamais y arriver à l’Euro », prévient Andrew Albicy. « Je trouve ça très bien que l’on commence directement dans le dur avec le match contre l’Allemagne. »

Élie Okobo, première campagne internationale et symbole du rajeunissement des Bleus (photo : FIBA)

Une opposition face au pays-hôte qui servira de test grandeur nature pour l’équipe de France, de marqueur quant à la faisabilité de ses ambitions. Alors bien sûr, aucune médaille ne sera décernée ce jeudi soir mais il convient d’appuyer sur l’interrupteur et de passer en mode conquête. « C’est demain (jeudi) où il faut rentrer dans la compétition », exhorte Vincent Collet. « C’est un format particulier où l’on voudrait gagner tout de suite mais au-delà de ça, il faut voir comment on évolue. Dans tous les cas de figure, il faut avancer, progresser, apprendre vite et se projeter sur les matchs couperets. Depuis la Bosnie-Herzégovine, c’est évident qu’il y a eu une prise de conscience. On sent une montée en puissance en termes d’intensité et d’agressivité. Sur les entraînements de ce début de semaine, il y a eu un step de fait vers le haut et c’est une bonne chose. » Si l’on prend la vue d’ensemble, l’échec de 2017 fut salutaire dans la grande histoire de l’équipe de France. Que cette bourde bosnienne le soit tout autant dans le court vécu de ces Bleus version 2022. Car après tout, il y autant un blason européen à redorer qu’un prestige mondial à consolider en Allemagne…

À Cologne,

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Qui a écrit ce papier ?

Alexandre Lacoste

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