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Frédéric Sarre, l’aube du dernier match : « J’ai été obsédé par le basket »

Frédéric Sarre, l’aube du dernier match : « J’ai été obsédé par le basket »
Crédit photo : Jacques Cormarèche
Betclic ÉLITE - Après une vie dédiée au basket, en tant que joueur, coach et directeur sportif, Frédéric Sarre va partir à la retraite dimanche à l’âge de 62 ans. Récit.

Certains vont traverser l’Atlantique exprès pour lui. Désormais partis vers une seconde vie, l’un devenu formateur en Floride et l’autre agent de sécurité dans un hôtel à Washington, Zack Wright et Zachery Peacock vont effectuer samedi un bond dans le passé, sur les terres de leur ancienne gloire, afin de rendre hommage à leur ex-directeur sportif, Frédéric Sarre, honoré par la JL Bourg en marge de sa rencontre contre le BCM Gravelines-Dunkerque. « C’est très cool de les voir venir », souffle le principal concerné, surtout que d’autres personnes marquantes de sa carrière, pas forcément liées à Bourg, sont également annoncées à Ékinox. « Mais je trouve que les efforts consentis par le club sont un peu démesurés. »

Il aurait été surprenant d’entendre autre chose de sa part, lui qui a été de nature discrète si pendant ses 39 années de présence ininterrompues au plus haut niveau du basket français. Ainsi, pour son dernier jour en tant que salarié de la JL Bourg, Frédéric Sarre aurait certainement préféré vivre une journée de match normale, à l’aube du début officiel de sa retraite, programmée de longue date au dimanche 1er octobre 2023. La fin d’un parcours marqué par une passion presque déraisonnable pour le basket, presque vécu comme une monomanie, de Limoges à Pau, d’un Final Four d’EuroLeague aux joutes de la Pro B. Septuple champion de France, le futur Landais a retracé le fil de sa carrière.

Une jeunesse limougeaude :
« J’ai commencé le basket suite à une machine à laver »

« Je suis né à Limoges en 1961. Bien sûr, le CSP existait déjà, il y avait pas mal de clubs de basket en ville, mais j’ai commencé par faire du foot. Je faisais occasionnellement du basket avec l’UNSS et je m’y suis mis définitivement après un match de foot contre un lycée d’Eymoutiers. Le terrain était dans un état désastreux, boueux au possible. Je suis rentré dans un état pas possible, ce qui avait un peu énervé ma mère. Quand elle a vu mes habits ce jour-là, elle m’a dit : « C’est fini, je t’amène au basket, ce sera plus propre ! » J’ai commencé en club suite à une machine à laver (il rit).

C’est comme ça que j’ai démarré au CSP, qui en était juste au début de sa croissance à l’époque. J’ai d’abord suivi dans les tribunes de la salle des Sœurs de la Rivière, en tant que jeune supporter, l’épopée et la montée en puissance du CSP. J’ai joué jusqu’en juniors avec le CSP mais les pros étaient déjà en Nationale 1 à l’époque. Il y avait un club à côté, le LBC, en Nationale 4 et j’y suis allé après mon bac. J’ai joué ensuite en Nationale 3, en cumulant avec le coaching jusqu’à ma deuxième saison avec Michel Gomez. J’étais un joueur sans grand talent : un meneur défenseur, passeur, sans grande habilité motrice. Mais j’avais du caractère, de l’engagement, et la vraie envie de partage. Ça ne m’a pas empêché de tourner entre 10 et 12 points de moyenne en Nationale 3 mais j’étais un joueur très moyen. »

Coach, la découverte d’une vocation :
« Comment être légitime auprès de Dacoury, Sénégal ou Ostrowski ? »

« Claude Bolotny et ses parents sont venus s’installer à Limoges pour quitter la région parisienne et ont décidé de monter la première école de basket au CSP. Ils cherchaient des jeunes pour encadrer les plus petits. J’avais 15-16 ans et je suis allé avec eux, ça m’a très rapidement branché ! J’ai continué à évoluer au niveau des entraînements des jeunes, puisque je suis passé des tout petits aux cadets, en passant par les benjamins et les cadets. J’avais aussi été entraîneur-joueur au LBC ou fait office de conseiller technique au comité régional. Quelques temps après, alors que j’avais terminé mon cursus universitaire et bouclé mon service militaire, je me retrouve de retour à Limoges, en quête d’un emploi. Un membre du club, Monsieur Soulier, très proche de la direction, vient me voir en me disant que le coach Pierre Dao recherche un deuxième assistant et qu’ils ont pensé à moi. « Est-ce que ça t’intéresserait ? » « Ben… Oui ! »

1984/85 : à 23 ans, Frédéric Sarre débarque comme adjoint de Pierre Dao au CSP (photo : Limoges CSP)

La première année, je cumulais deux mi-temps : assistant bénévole de Pierre Dao d’un côté, employé dans une entreprise détenue par un sponsor de l’autre. Au bout de deux ans, Pierre Dao arrête, Michel Gomez arrive et dit qu’il me garde. J’avais déjà commencé à être payé la saison précédente mais c’est à ce moment-là que je deviens professionnel à temps plein sur le basket. Les premières années, notamment avec Pierre Dao, je ne connaissais pas le basket qui était fait par ces mecs-là, sept internationaux plus des Ricains de très haut niveau. Je me disais : « Mais putain, comment je vais être légitime envers eux pour leur dire quelque chose ?! » Comment être légitime pour aller dire à Jean-Michel Sénégal que sa passe était merdique ? Comment être légitime auprès de Richard Dacoury, Stéphane Ostrowski, Georges Vestris, Hugues Occansey, Apollo Faye, Ed Murphy, etc ? Il n’y avait que des monstres. Alors je me suis hyper concentré sur le terrain, la technique, la justesse, l’organisation, etc. Toutes ces années, et même après, je regardais en moyenne 4-5 matchs par jour pour analyser, observer, comprendre. Et puis, il y avait les stages, les formations, les discussions avec les autres coachs pour me remplir. Il a fallu que je bosse beaucoup mais ça m’a hyper intéressé. À partir du moment où j’ai mis le doigt dans l’engrenage et que j’ai commencé à y goûter de manière professionnelle, c’était trop jouissif de découvrir cela, je ne pouvais pas m’arrêter.

Jusqu’à ma deuxième année avec Michel Gomez, j’ai cumulé le coaching avec mon parcours de joueur. J’évoluais en Nationale 3 avec le LBC, j’entraînais le centre de formation et je faisais l’assistatanat des pros. Vu que c’était décalé samedi – dimanche, ça m’est arrivé plusieurs fois de descendre d’un transport du CSP et de ne pas rentrer à la maison afin de partir en déplacement avec la N3 puis de revenir très tard le dimanche pour basculer le lundi sur le CSP avec de très longues journées. C’était épuisant. J’ai arrêté la Nationale 3, j’ai fait trois mois en région avec le CSP et je me pète le genou au bout de trois mois. »

Nancy, les premiers tâtonnements

« En 1990, on fait la finale de la compétition type Trophée du Futur avec les jeunes du CSP à Nancy. Derrière, alors que Michel Gomez part à Pau, le SLUC me contacte pour prendre le poste d’entraîneur en Pro B. Je n’ai que 29 ans, avec peu de background. Quand j’arrive à Nancy, je me comporte comme un entraîneur et je ne m’occupe que de ce qu’il y a entre les quatre lignes du terrain. En fin de compte, je découvre plein de choses, notamment qu’il n’y a pas que ça qui compte, et je suis heureux d’avoir fait cette expérience.

Notre saison est plus que moyenne mais on se sauve. Depuis le mois de février, Michel Gomez m’avait recontacté pour me dire qu’il voulait que je revienne avec lui, à l’Élan, alors que le club s’apprêtait à basculer d’Orthez à Pau. Il était allé voir Pierre Seillant en lui disant qu’il souhaitait me récupérer et il a eu le feu vert, à condition de faire une Coupe d’Europe. Le président Eisenbach, qui était fondamentalement une bonne personne, voulait me garder mais j’ai rompu mon contrat. »

Assistant de Michel Gomez, la figure tutélaire ? 

« J’ai fait cinq ans d’assistanat à Pau avec Michel Gomez, un an à Antibes avec Serge Provillard, lorsque Michel est parti faire une escapade au PAOK Salonique puis deux ans à Limoges, les six premiers mois de nouveau avec Michel et ensuite avec Jacques Monclar… Au cours de nos 18 premiers mois ensemble, Michel Gomez n’avait peut-être pas forcément une grande confiance envers moi, il était surtout en observation. Par contre, après cette mise à l’épreuve, j’ai eu l’impression d’être upgradé dans ma fonction d’assistant. Il était visionnaire dans plein de choses : le jeu, le management, etc. Les dernières saisons, j’étais un adjoint très concerné sur beaucoup de choses. Là, j’ai énormément appris. L’assistanat permet d’observer, de se former, sans avoir la contrainte de responsabilité, qui incombe en premier au coach. C’est là où la position d’assistant doit être d’une loyauté absolue.

En tant qu’adjoint, Frédéric Sarre a remporté six titres de champion de France, dont cinq aux côtés de Michel Gomez

Si vous pensez que l’assistant fait partie des champions quand le club gagne un titre, alors oui j’ai gagné beaucoup de titres entre 1984 et 1996. J’ai vécu des choses incroyables : la Coupe Saporta avec Limoges (victoire en 1988 contre Badalone à Grenoble), les matchs à l’Aris, les matchs à Pesaro, le Final Four 1990 à Saragosse, des trucs de malade (il sourit). Pour le Final Four, on m’avait dit, avant un match à Montpellier, qu’il fallait que je m’achète un costume pour être sur le banc. Alors le samedi après-midi, j’étais allé faire des courses à Montpellier (il rit). On a fini troisième, après une défaite en demi-finale contre Split. »

Rueil, le vrai point de départ

« Au bout de ma dernière année à Limoges, c’est Sylvain Lautié, alors à Poissy-Chatou, qui a glissé mon nom au président de Rueil. J’y suis allé et on a fait 14e, 9e et 4e au cours de mes trois saisons sur place. Et encore, on aurait pu faire juste un peu mieux sur la dernière année, sans la blessure de Kyle Milling. De même, on a fait de vrais matchs en Coupe de France contre Gravelines et Limoges. Personnellement, c’était un peu mieux que Nancy. Rueil, c’était une petite structure où l’on a réussi à faire des choses incroyables. »

Pau-Orthez, la grande aventure du triplé de 2003 :
« La possibilité de connaître une saison exceptionnelle dans ma carrière »

« La petite histoire, c’est qu’en amont de ma dernière saison avec Rueil, on avait fait une tournée dans le Sud-Ouest. On joue contre l’Élan Béarnais à Biarritz, puis à Pau-Nord-Est le lendemain. Il se trouve que l’on fait deux matchs très solides et qu’il y avait Pierre Seillant dans les tribunes. À la fin de la saison, il m’appelle pour me faire revenir. Que le Prési vienne me chercher, c’était vraiment cool. J’arrive après Claude (Bergeaud), qui avait fait un boulot incroyable, notamment sur la constitution d’équipe, avec beaucoup de jeunes : les frères Piétrus, Bobo (Diaw), Artur (Drozdov), entourés de Freddy (Fauthoux) et d’autres noms. C’était une génération incroyable. Quand j’arrive, ma mission est de finir le boulot de Claude afin d’emmener ces mecs-là vers la draft et de maintenir le club au plus haut niveau.

Après la Semaine des As et la Coupe de France, Pau remporte la Pro A en 2003 (photo : Élan Béarnais Pau-Lacq-Orthez)

Lors de ma première saison, j’ai la chance de faire le triplé. Je ne vois pas ce qu’on aurait pu faire de mieux : il y a trois titres, des mecs draftés et trois ans d’engagement en EuroLeague. J’ai eu la possibilité dans ma carrière de connaître une saison exceptionnelle. Mais c’est une œuvre de construction collective et j’ai simplement été une pièce de cet aboutissement Ma seule frustration concerne Flo (Piétrus), qui était dans la même lignée que son frère et Babac. Mais il avait un jeu tellement particulier que les gens de la NBA n’étaient pas ouverts à ce style de joueur à l’époque. Aujourd’hui, je pense que des équipes s’intéresseraient beaucoup plus à lui.

Dernier entraîneur français présent au Top 16 de l’EuroLeague ? Oui (il rit). J’ai toujours visualisé les sphères des entraîneurs comme une spirale : tu montes et tu tournes dedans. Tu peux prendre de la notoriété, notamment auprès du corps arbitral, mais quand tu arrives à ce niveau, les arbitres ne te captent même pas. Quand je me retourne, je vois qu’il y a eu des trucs sympa en effet (il sourit). Quand il y a un Zeljko Obradovic en face et que tu t’appelles Fred Sarre, tu ne pèses pas lourd quand tu veux contester une décision. Lui, il pèse très lourd en revanche.

Un triplé, ça ne protège pas forcément car il y a des gens autour qui sont ambitieux, qui sont là depuis une éternité et qui pensent qu’ils vont faire beaucoup mieux. En l’occurrence, Didier Gadou était un enfant du club. Nous n’étions effectivement pas premiers, mais deuxièmes. La première année, tout en étant en formation à Toulouse pour son Brevet d’État, il était assistant auprès de moi. Je pense qu’il a manœuvré comme il fallait auprès des gens influents pour me dégager. Je ne lui en veux pas. Il a fait ce qu’il pensait être bien. En revanche, je ne suis pas certain qu’il ait fait aussi bien que ce que l’on a fait. Et je pense que Pierre Seillant le sait. »

Bourg, de l’ogre palois au Petit Poucet de Pro A

De la grande machine paloise à l’artisanat burgien en 2004 (photo : Sébastien Grasset)

« Par rapport à Pau, c’était un autre monde (il sourit). Amédée Mercier, il y avait quelque chose dans cette salle… C’était incroyable car on ressentait déjà la volonté que d’avoir de la reconnaissance du monde du basket français. Le club avait acquis des lettres de noblesse par le passé, comme avec Alain Thinet, et il y avait cette envie de continuer à construire. Il y avait des moyens limités, que ce soit d’un point de vue financier ou organisationnel (il s’arrête et rigole). Mais c’était cool que de devoir passer le balai, laver les maillots, gonfler les ballons, conduire les bagnoles ! La difficulté de la bascule dans un niveau de club en dessous, sans que ce soit péjoratif, ne se trouve pas avec les gens de la structure, qui sont tous de bonne volonté. Mais ce que je n’avais pas besoin de dire aux joueurs de l’Élan car ils captent tout, il y avait des étapes à respecter à Bourg pour atteindre un niveau de basket supérieur. Je me suis adapté et j’ai trouvé le moyen de vivre des trucs hyper-sympas avec ces gens-là. La finale de la Semaine des As en 2006, c’était un truc assez énorme !

J’ai été élu coach de l’année à l’issue de la saison 2005/06, une deuxième fois après 2003. Et même une troisième fois, si l’on prend en compte celui des Espoirs que j’avais eu avant (entraîneur de l’Avenir en 1990, ndlr), qui est important pour moi d’un point de vue basket. Bien sûr que je suis ravi à ce moment-là d’avoir cette distinction mais ce trophée en Pro A est plus lié à une performance générale de club. A contrario, en centre de formation, tu n’as aucune structure de soutien. J’espère avoir le droit d’être hyper fier d’avoir obtenu ces trophées mais ils résultent plus d’une œuvre collective. Ça reste une forme de reconnaissance du travail accompli. »

Gravelines et Strasbourg, les années pénibles :
« Rétrospectivement, refuser l’ASVEL pour le BCM, quelle connerie ! »

« Juste après la Semaine des As avec Bourg-en-Bresse, j’ai trois possibilités : rester à la JL, signer à l’ASVEL ou partir à Gravelines-Dunkerque. Dans mon esprit, Villeurbanne était un objectif, exercer dans un club de cette taille là était une ambition. Sortant de Bourg, je me dis que l’étape intermédiaire pour atteindre l’ASVEL est un club de la dimension de Gravelines. Quelle connerie… Rétrospectivement, quelle connerie ! Avec du recul, je conseillerais à tout le monde de ne jamais refuser une offre permettant de « jumper » vers la dimension supérieure. Il ne faut pas voir cela comme un escalier marche par marche. Des fois, tu peux sauter deux marches… J’étais convaincu qu’il fallait que je passe dans une structure comme Gravelines, plus solide économiquement et historiquement que la JL, afin d’avoir la grande légitimité pour ensuite prétendre à un club comme Villeurbanne. J’ai donc dit non à Antony Thiodet, que j’avais rencontré quatre fois puis j’ai refusé la proposition de Bourg en disant aux deux président, Gérard Mirmand et Michel Fontaine, que leur offre était indécente par rapport à leur club et qu’il était impossible de mettre un tel volume d’argent sur un coach au détriment de la construction de l’équipe.

Hervé Beddeleem est un mec avec qui je pars en vacances tous les jours : il est cultivé, intelligent, marrant, etc. En revanche, pour le boulot, plus jamais avec lui. Jamais de la vie ! S’il y a bien une personne avec qui je me suis fighté durement, c’est avec lui. Quand il est sous pression, c’est un mec qui n’a pas de parole. Absolument pas. Il m’a réellement foutu un couteau dans le dos. Et ça non.

Ricardo Greer, l’indésirable

Ensuite, la SIG est une expérience un peu similaire à Gravelines… La ville est incroyable, la région aussi, mais je me rappelle de mon premier repas avec le directoire. Tout de suite, on m’a dit : « Toi, t’es un Français de l’intérieur » (il rit). Mais l’accueil a été très bon. C’est un club d’une dimension vraiment intéressante, sauf qu’il y avait une lutte intestine pour savoir qui allait reprendre la SIG entre le projet Forte – Crawford Palmer, l’ancien président Alain Saint-Michel, Martial Bellon, la mairie, des sponsors privés, etc. Oh là la, quel bordel…

En plus de cela, on m’a imposé, en 2010, un joueur que je ne voulais absolument pas : Ricardo Greer. Et moi, j’ai été con. Quand je dis que je n’en veux pas et qu’on me l’amène quand même, je n’ai pas su l’utiliser comme j’aurais dû le faire. Je suis resté sur ma ligne initiale. Donc ça a beaucoup tendu l’équipe. Mais c’est une expérience qui m’a énormément servi pour la suite car deux ans après, à Limoges, Frédéric Forte signe Nobel Boungou-colo alors que mon équipe fonctionnait bien. Nobel est un joueur très particulier, ce n’est pas celui qui va aider à mettre du liant dans l’alchimie du groupe, il faut l’utiliser. Mais l’épisode Ricardo Greer m’a aidé sur la gestion et l’intégration de Nobel. Et ça s’est très, très bien passé. Merci à la SIG pour l’apprentissage que j’ai eu et la capacité de prise de recul et d’analyse afin de pouvoir mieux manœuvrer cette situation ailleurs. »

Limoges, l’éphémère retour à la maison :
« Beaublanc en vert, j’en ai encore la chair de poule »

« Pour moi, c’était quelque chose à faire dans ma carrière que de coacher le CSP. J’ai connu huit clubs : je suis passé deux fois par Pau, trois fois par Limoges et deux fois par Bourg. À eux trois, ces clubs doivent représenter plus de 70% de mon temps de coach. Je pense que les gens savaient que je pouvais être missionné car j’étais un travailleur, que je n’étais pas un fouteur de merde et que j’avais toujours eu l’envie de participer à la construction d’un projet global plutôt que de me mettre en avant. Quand Fred (Forte) me contacte pour un entretien, il y a aussi Steph (Ostrowski), un autre dirigeant, un gars de l’association, cinq personnes en tout. Je lui dis : « Mais Fred, on se connait, tu sais ce que j’ai fait… » On discute profil d’équipe, on parle de toutes les éventualités, etc. Puis pour finir le rendez-vous, il me fait : « Fred, il y a une chose qui m’intéresse, tu te vois où dans cinq ans ? » Je lui réponds que je pense que je ne serai plus coach mais que je voudrais avoir une mission qui aide les coachs. Ça se termine comme ça et je signe quand même.

Après huit saisons dans le rôle d’assistant à Limoges, Fred Sarre a coaché le CSP en 2011/12 en Pro B (photo : Sébastien Meunier)

Cette saison, dans l’histoire du CSP, ça ressemble au dernier coup de marteau qui casse la pierre, comme le disent les Spurs. C’est aussi cette année-là que le CSP décide de revenir aux couleurs vertes. Limoges, c’est chez moi, ma ville natale, là où j’ai démarré le basket. L’anecdote, c’est que Fred Forte vient me prévenir une semaine avant qu’on va revenir au vert. Regardez, j’en ai encore la chair de poule (il montre son bras). Si vous connaissez l’entrée des joueurs à Beaublanc, il y a trois marches, un palier, trois marches et le parquet. Avant le premier match de championnat à domicile, ils ont distribué à tout le monde des t-shirts verts. Quand on regardait depuis le couloir, on ne voyait que du vert dans les travées. Et ils chantent tous à ce moment-là. La salle est pleine pour un match de Pro B ! Quand tu rentres dans Beaublanc en tant que coach du CSP derrière ton équipe et que tu vois ça, tu te dis : « Oh putain, c’est quoi ce truc là ?! » (il rit) Ce sont des moments marquants. Il se trouve qu’on fait une saison correcte, pas exceptionnelle, mais qu’on va quand même au bout de l’histoire en permettant au CSP de remonter.

Le départ surprise

Le match de la montée, c’est le 28 avril à Bourg, le jour de mon anniversaire. Et d’ores et déjà, je savais que je retournais à la JL la saison suivante. Julien (Desbottes) a une qualité ou un défaut : il ne lâche pas le morceau. Dès le mois de janvier, on avait organisé une rencontre à mi-chemin, à Clermont-Ferrand, avec Fabrice Pacquelet, nouvel arrivant au club, le président Gérard Mirmand et lui, qui allait prendre la présidence au terme de la saison. C’était incroyable, c’était la première fois où je voyais un dirigeant qui ne me parlait pas que de basket mais d’un club entreprise, avec un projet de développement avec 60 pages écrites. Mais même avec ça, j’ai mis du temps à aller demander un rendez-vous avec Fred Forte. Il me convoque au siège et une fois arrivé, je lui demande s’il se rappelle de sa dernière question lors de mon entretien d’embauche. « Tu m’as posé la question de savoir où je me voyais dans cinq ans ? Je te demande de me libérer de mon contrat car il y a un club qui est prêt à aller dans le sens de la réponse que je t’ai donné. » Et il y a eu un blanc interminable, à tel point que j’ai eu besoin moi-même de casser le silence. Finalement, il me répond : « Mais tu te rends compte de ce que tu me demandes ? Ce n’est pas possible, je ne peux pas te donner ma réponse maintenant. Je pars en vacances pendant une semaine avec mes enfants, on verra à mon retour. » Je lui dis : « Mais même si tu me maintiens en poste, tu ne pourras pas me donner ce que je veux car tu n’ouvriras pas de poste. C’est toi qui est le manager, c’est toi qui est le directeur sportif, c’est toi qui est le président, c’est toi qui voudrais être tout. Tu n’ouvriras jamais d’espace. Donc prends un autre entraîneur ! » Une semaine après, il me donne son accord mais il me dit d’aller voir les sponsors, les collaborateurs, les supporters et la presse, qu’il ne veut pas qu’il y ait le moindre doute sur le fait que ce soit moi qui ait demandé à partir. Donc j’ai fait la tournée des popotes en 48 heures. Le direct avec France 3 sur le parquet, les employés, les sponsors réunis dans une société, les groupes de supporters, etc. C’était trop… »

Deux costumes pour un retour à Bourg

« Ce deuxième passage sur le banc de la JL, c’est une montée et une cascade ensuite… (il sourit) La saison du retour en Pro A a été sympa ! Il y a plusieurs péripéties incroyables : le passage à Ékinox maintes fois repoussé pour des raisons de sécurité ou le changement de pivot. Je me trompe sur John Ofoegbu et on arrive à récupérer un rookie, Devin Booker, qui ne joue pas du tout au SLUC. Je m’en rappellerai toute ma vie : on était monté à Nancy avec Jean-Luc Tissot et un jeune intérieur, Bali Coulibaly, et j’ai appelé le président en redescendant sur Bourg. « Il n’y a aucun doute, c’est incroyable, incroyable ! » Ça a bien changé l’équipe au final. Et derrière, lui aura fait une belle carrière européenne.

Sur un banc de touche, comme ici lors d’un match de Coupe de France à Chalon en 2014, Fred Sarre a toujours été très expressif (photo : Vincent Janiaud)

La saison suivante, après 13 défaites d’affilée, mon départ était devenu une nécessité absolue. Je ne voyais plus les leviers pour faire évoluer l’équipe. On avait fait venir un nouveau meneur, Jordan Theodore, je l’ai coaché une fois à Ékinox mais on a encore perdu et je suis allé voir le président Desbottes pour dire qu’il fallait faire quelque chose. Et ce quelque chose, c’était moi ! C’était dur et si la décision me semblait juste, elle était difficile à prendre par rapport à moi, ma posture de coach. Ce n’était pas évident. Sauf que vis-à-vis du club, c’était logique et je ne pense pas que le président l’aurait fait, ce qui aurait été une erreur de sa part. Après avoir activé plusieurs leviers, il restait celui de l’entraîneur et il devait le faire. Personnellement, j’étais fatigué, je cumulais des années et des années de travail : les saison classiques puis des camps de basket l’été avec Michel Gomez. Je n’ai jamais arrêté ! Et à l’époque, c’était le coach qui faisait office de scout pour le recrutement, etc. J’en étais arrivé à l’état d’épuisement.

Directeur sportif, de l’autre côté de la barrière

Ma carrière de coach était terminée mais de l’autre côté, ça ne faisait que commencer… Mais au début, il y a eu un laps de temps où c’était un peu flou. Personne n’était prêt. Il y a eu un apprentissage de cette fonction : la vision était plus globale et à moyen-terme qu’un coach. Avec du recul, le truc super a été d’avoir pu construire le poste et d’avoir fait en sorte qu’il soit utile au club. La JL fait aujourd’hui partie des clubs qui avancent bien dans le basket français et c’est la conséquence d’un travail collaboratif. Je me suis inséré dedans et j’ai essayé de pousser avec tout le monde dans la bonne direction. Je me suis vraiment éclaté dans ce nouveau costume, même s’il y a eu des moments difficiles, même s’il a fallu prendre une posture différente. Quand je disais que je voulais aider les coachs, je voulais être leur ami, pour les soutenir. Or, je sais que ce n’est pas possible. Je viens de cette corporation donc je perçois les difficultés et les bonheurs que peut procurer le métier d’entraîneur. Je pense que j’ai été au-delà de ce que doit être un directeur sportif. Parce que j’ai été au-delà des relations que l’on doit avoir avec un coach. Quand ça se passe mal, ces gens-là t’en veulent à mort, te trouvent déloyal, alors que ma loyauté est au club. Mais je me suis mis dans une position où ils pouvaient penser que je n’étais qu’avec eux.

Julien Desbottes – Frédéric Sarre, le couple exécutif de la JL Bourg depuis onze ans (photo : Lilian Bordron)

Dans ma vision des choses, il y a cinq catégories d’entraîneur : les éducateurs, les formateurs, les entraîneurs, les coachs et les managers. Je pense avoir eu beaucoup de difficulté à arriver dans la case manager. Je ne le suis que depuis huit ans… Je ne me suis éduqué qu’avec la technique. Le métier a considérablement évolué au fil des années. Prenez le recrutement : avant, tu recevais des cassettes par la Poste, qu’il fallait parfois remonter parce qu’elles étaient cassées. Maintenant, un clic sur Internet et ça suffit. Tout est différent maintenant, plus professionnel, plus carré, plus contraignant aussi. Ce sont des charges beaucoup plus importantes. Je pense que l’entraîneur de l’époque est devenu un vrai coach, voire un manager, d’abord de son staff puis de son équipe. Je crois que les entraîneurs appréhendent de mieux en mieux l’environnement du basket : les relations avec les sponsors, le directoire, les abonnés, les agents, etc. Mais ils peuvent se tromper, car certains pensent que c’est ça entraîner. Non, ce n’est pas ça. Il faut être comme ça, oui, mais il faut aussi rester entre les quatre lignes du terrain et dans le vestiaire. »

Dimanche 1er octobre, la retraite :
« J’espère aller voir l’océan tous les jours »

« Pendant tout ce temps, j’ai été obsédé par le basket. Complètement. Je me suis un peu désintoxiqué ces derniers temps car la Coupe d’Europe et le Covid ont doublé ma charge de travail. Au lieu d’être au bord du terrain, je me suis retrouvé à régler plein de problèmes administratifs avec la LNB, l’EuroLeague, le cercle médical. Mais pendant toutes mes années pro, je n’ai fait que du basket. Je ne veux pas m’improviser psy mais la base vient du fait que je n’étais pas un sportif de haut-niveau. Résultat, j’ai bouffé du basket. Si je devais envoyer mes trimestres à l’assurance retraite, je n’ai pas 40 ans de carrière, j’en ai au moins 33% de plus. Il faut croire que mon épouse, Joëlle, est incroyable par rapport à ça. Elle m’a toujours suivi, elle s’est chargée de l’éducation et du suivi de nos deux fils, même si les deux sont partis très vite de la maison, à 17 ans : Jérémy, pour continuer à jouer au basket avec ses potes à Limoges, et Benjamin, que nous avons laissé dans le Nord, après la rupture de mon contrat avec Gravelines, pour y terminer son cursus scolaire.

Des interventions ponctuelles pour le futur retraité Fred Sarre ? (photo : Christelle Gouttefarde)

Jérémy n’a pas eu de chance avec sa carrière de joueur. Hugues Occansey l’a vraiment fait jouer en Nationale 1 avec le CSP (10 minutes de moyenne en 2005/06, ndlr), il gagnait du temps de jeu avant de se blesser. Derrière, il s’est pété quatre fois le même genou. Je l’ai fait en carton celui-là (il rit). En février dernier, c’était cool de avoir le fiston en finale de la Leaders Cup Pro B dans son rôle de directeur sportif avec Boulazac et le père de l’autre côté sur la finale de la Leaders Cup. C’était sympa, ça nous fera de vrais souvenirs. Bien évidemment, ça aurait été mieux qu’il y ait au moins un titre au bout (deux défaites face à Angers et Villeurbanne, ndlr)… J’espère que Jéjé va être bon . Je le pense. Il a une vision du basket assez intéressante, différente de la mienne, certainement plus moderne.

Beaucoup de gens me disent qu’ils ont du mal à me voir décrocher. Je vais partir m’installer dans les Landes. Je vais regarder, participer à deux – trois trucs, comme la Commission Label. Je pense que je vais avoir un regard à distance sur la JL, quelques missions ponctuelles pour le club comme du scouting jeunes ou des interventions auprès des partenaires. On verra s’il y a des projets qui se mettent en place. J’en aurai besoin car je n’ai jamais gagné beaucoup d’argent, je n’ai jamais eu un gros contrat d’entraîneur. Ma retraite va être petite, il va falloir que je fasse du consulting (il rit). En attendant, il me reste du bricolage à la maison, deux – trois trucs à finir. Et derrière, j’espère pouvoir aller voir l’océan tous les jours. Ou du moins le plus régulièrement possible, quelque soit la météo et quelque soit la période de l’année. Ce serait incroyable. »

Le parcours de Frédéric Sarre :

  • Jusqu’en 1988 : joueur au Limoges BC (Nationale 4 et Nationale 3)
  • 1984/90 : assistant et entraîneur du centre de formation du Limoges CSP
  • 1990/91 : SLUC Nancy (Pro B)
  • 1991/96 : assistant à Pau-Orthez
  • 1996/97 : assistant à Antibes
  • 1997/99 : assistant au Limoges CSP
  • 1999/02 : Rueil (Pro B)
  • 2002/04 : Pau-Orthez
  • 2004/06 : JL Bourg
  • 2006/08 : BCM Gravelines-Dunkerque
  • 2008/11 : Strasbourg IG
  • 2011/12 : Limoges CSP (Pro B)
  • 2012/15 : JL Bourg (Pro B puis Pro A)
  • 2015/23 : directeur sportif de la JL Bourg

Le palmarès de Frédéric Sarre

En tant qu’assistant-coach :

  • Sextuple champion de France (en 1985, 1988, 1989 et 1990 avec Limoges ; en 1992 et 1996 avec Pau-Orthez)
  • Vainqueur de la Coupe de la Fédération en 1985 avec Limoges
  • Quadruple vainqueur du Tournoi des As (en 1988 et 1990 avec Limoges, en 1992 et 1993 avec Pau-Orthez)
  • Vainqueur de la Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupe en 1988 avec Limoges
  • Qualification pour le Final Four de l’EuroLeague en 1990 avec Limoges

En tant que coach :

  • Champion de France 2003 avec Pau-Orthez
  • Vainqueur de la Semaine des As 2003 avec Pau-Orthez
  • Vainqueur de la Coupe de France 2003 avec Pau-Orthez
  • Champion de France Pro B 2012 avec Limoges
  • Nommé entraîneur de l’Avenir en 1990
  • Double entraîneur de l’année en Pro A (en 2003 et 2006)
  • Entraîneur de l’année en Pro B en 2012

En tant que directeur sportif :

  • Vainqueur de la Leaders Cup Pro B 2016 avec la JL Bourg
  • Champion de France Pro B 2017 avec la JL Bourg
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