Jayson Tchicamboud, la vie d’un basketteur de 20 ans au chômage

Crédit photo : Lilian Bordron

Des douze vice-champions du monde U19 l'année dernière, deux sont actuellement sans emploi : Rudy Demahis-Ballou et Jayson Tchicamboud. L'ancien meneur de Tours nous a expliqué comment il vivait cette épreuve.

À 20 ans, tout va plus vite qu’à un autre âge. Il y a 15 mois, ils manquaient in extremis de faire monter l’équipe de France U19 sur le toit du monde et les voici désormais sans club, à attendre désespérément que le téléphone sonne. Deux des douze médaillés d’argent de Riga ont ainsi découvert les joies de Pôle Emploi cet été : Rudy Demahis-Ballou et Jayson Tchicamboud. Un violent ascenseur émotionnel pour l’ancien monégasque qui, en plus du Mondial, avait remporté l’EuroCup dans un rôle de titulaire en 2021. Idem pour le Bourguignon qui, à son retour de Lettonie, avait eu la surprise de se découvrir projeté au premier tour sur les mock-draft NBA, jusqu’à l’envisager à la 18e place !

Comme ici lors d’un Paris – ALBA Berlin le 10 septembre, Jayson Tchicamboud est condamné à regarder des matchs en civil pour le moment (photo : Lilian Bordron)

Récemment, le Normand songeait à faire le grand saut vers l’Australie. Toutefois, après un mois de compétition, les voici désormais tous deux bien loin de leurs rêves. La faute, surtout, à un dénominateur commun : les blessures. Contraint de remiser ses désirs d’Océanie au placard et de renoncer à l’EuroBasket U20, alors que cela aurait pu lui faire le plus grand bien après une année passée à cirer le banc de la Roca Team, Rudy Demahis-Ballou a notamment refusé un contrat de pigiste médical au Portel et s’entraîne actuellement avec Paris. Il n’a pas donné suite à nos sollicitations, contrairement à Jayson Tchicamboud, qui nous a raconté comment il vit cet période atypique.

Jayson Tchicamboud :
« Regarder mes amis jouer pendant que je suis bloqué, ça fait mal »

« Je ne m’attendais pas vraiment à me retrouver sans club. Je ne pensais pas que ça allait arriver. C’est un peu dur mentalement mais ça fait partie d’une carrière. J’ai toujours rêvé de la NBA et après la Coupe du Monde U19, je commençais à voir mon nom dans les mock-draft. C’était un peu mon moment. La blessure a fait que tout s’est un peu écroulé… C’est ça qui est difficile à vivre. L’année dernière, après mon Mondial réussi, je suis arrivé à Tours en étant déterminé. Début novembre, j’ai commencé à sentir à sentir ma pubalgie, sans savoir ce que c’était exactement. À ce moment-là, j’avais beaucoup de temps de jeu, on était sur une bonne dynamique. Le coach (Pierre Tavano) me parlait beaucoup et me disait que je pourrais devenir premier meneur en jouant bien. Donc je sentais que j’allais faire la bascule dans le cinq de départ. Sans forcer, je jouais quand même sur une douleur. Mais du coup, depuis décembre, je n’ai pas fait un seul match à 100%. J’ai été arrêté deux mois mais en revenant, je n’étais toujours pas en pleine possession de mes moyens. Lors de la deuxième partie de saison à Tours, ce n’était pas une histoire de confiance, c’est plus la blessure qui fait que je ne jouais pas comme j’en avais l’habitude. Idem pour l’EuroBasket U20, j’ai voulu le faire car c’était ma dernière compétition juniors mais je ne pouvais pas jouer à 100%. J’ai songé à l’opération mais j’aurais dû être absent jusqu’en janvier. À la place, je suis allé voir un spécialiste qui m’a donné un protocole d’exercices et c’est ça, entre guillemets, qui m’a guéri.

Maintenant, ça va. Je suis revenu à 100%. J’ai eu des propositions cet été et je n’ai pas voulu mentir aux clubs en revenant à l’infirmerie un mois ou deux après. Je savais que je n’étais pas prêt physiquement à revenir donc je ne me suis pas précipité. J’ai souhaité prendre du temps pour moi, travailler sur ma pubalgie et dorénavant, je suis prêt, j’attends un appel. Cet été, j’ai fait la préparation avec les Metropolitans 92. Quand tout le monde est arrivé et qu’ils ont commencé à être douze à l’entraînement, j’ai préféré partir. Actuellement, je m’entraîne avec mon père à Sorgues, à la fois individuellement et collectivement. 

En 2021, après une Coupe du Monde U19 réussie, Tchicamboud s’est rêvé au premier tour de la draft NBA (photo : FIBA)

Au cours de l’intersaison, j’espérais minimum la Pro B. C’est toujours mon objectif. J’ai reçu des offres de Nationale 1 mais nous sommes d’accord avec mes agents pour patienter. Je n’ai pas attendu tout ce temps-là pour aller en NM1 mais si vraiment ça s’éternise et qu’on me propose un bon projet, pourquoi pas. Mentalement, ce n’est vraiment pas facile. J’ai mes deux meilleurs amis, Lucas (Beaufort) et Clément (Frisch), qui sont en train de jouer et ça fait mal. On a toujours été ensemble en centre de formation, on est tous les trois partis en Pro B ensemble et là, les voir jouer alors que j’ai été bloqué par ma blessure de mon côté, ça fait mal. Je n’étais vraiment pas préparé à rater des matchs à cause d’un souci physique, encore moins un début de saison. Je discute souvent quand même avec Lucas et Clément, Matthew (Strazel) me parle beaucoup, on s’envoie aussi souvent des messages avec Rudy (Demahis).  Des anciens coéquipiers viennent également prendre de mes nouvelles et savoir comment ça se passe. J’ai beaucoup de personnes qui me disent de tenir le coup et que ça va arriver. Des péripéties comme celles-ci endurcissent le mental et après, en revenant, tu as envie de tout défoncer. Tu te dis que si tu ne te donnes pas à 100%, tu peux vite retourner au pire été de ta vie. »

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Qui a écrit ce papier ?

Alexandre Lacoste

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