« Je cherchais quelque chose de différent et je suis servi » : Pierre Vincent, l’ancien sélectionneur, va retrouver les Bleues avec… la Chine !

Pierre Vincent est le sélectionneur adjoint de la Chine depuis janvier 2025
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À partir de 5€Essai gratuitElle nous offre un café et vient s’asseoir à notre table. Pile au moment où l’on évoquait les différences culturelles entre la France et la Chine avec Pierre Vincent. La meneuse chinoise Siyu Wang tombe bien. « Là-bas, toutes les grandes villes sont à 25 millions d’habitants », nous disait le technicien girondin juste avant. « Alors quand ils m’ont demandé où j’habitais, et que j’ai dit que j’étais dans un village de 1 000 habitants… »
Sa phrase reste en suspens. Siyu Wang, qui aimerait signer en France un jour, a l’air intriguée. Donc Pierre Vincent se met à traduire ses propos en anglais, pour elle. « Je disais que la France est un autre monde par rapport à la Chine. Chez moi, c’est sauvage : il y a la forêt, la plage, un lac. On prend le temps de profiter de la vie. En Chine, tout le monde est pressé, les gens vous poussent presque dans la rue. Vous avez une vraie valeur travail. »
« Les gens travaillent beaucoup afin de gagner de l’argent pour s’occuper de leur famille », justifie la future joueuse de Melbourne. « Oui, c’est boulot boulot boulot chez vous », répond Pierre Vincent, avant de rigoler. « Nous, en Europe, on se bat presque pour travailler moins. »
6h d’entraînement par jour
Car oui, depuis qu’il est en Chine, Pierre Vincent (62 ans) travaille beaucoup. « Beaucoup, beaucoup, beaucoup », souffle-t-il. Une séance de 2h30 à 3h le matin, pareil l’après-midi, soit pratiquement six heures par jour passées à s’entraîner. « C’est très culturel. Dans leur état d’esprit, on doit être dédié à 100% de travail. Je trouve que la quantité est presque trop importante mais il faut prendre le meilleur de chaque culture. »
Découvrir autre chose, se confronter à l’inconnu, c’est surtout pour cela que l’ancien coach emblématique de Bourges a opté pour l’aventure asiatique, en janvier 2025, quelques mois après la disparition de la Virtus Bologne où il était encore sous contrat. « Je cherchais quelque chose de différent et je suis servi », sourit-il. Sur le plan humain, déjà, où il apprend à parler chinois. « Je me débrouille, je peux commander au restaurant ou demander ma route, même si ça les fait rire car que je raconte n’est pas toujours très carré. »

En un an et demi, Pierre Vincent a eu le temps de voir du pays : le Xinjiang, région désertique et montagneuse du nord-ouest de la Chine, l’armée de terre cuite à Xi’An ou les hauts plateaux du Yunnan, pour un camp « avec des infrastructures extraordinaires, un hôtel au milieu de huit salles et une salle de muscu de 200 m de long ». Domicilié à Pékin, le natif de Brioude est plongé dans « un nouveau monde, 3.0., tout électronisé, où tout se fait avec le téléphone. »
« Une galette de thé, ça peut monter jusqu’à 20 000 euros ! »
Et tout le réjouit. Prenez la nourriture, par exemple. « Pendant les trois premiers jours, tous les jours, j’ai découvert des produits différents, que je ne connaissais pas », s’extasie-t-il. « Des fruits, des légumes, des racines, des crustacés… J’adore ! Il faut que je fasse attention car je mangerais tout (il rigole). C’est une culture culinaire incroyablement variée : quand j’explique à des Italiens que les pâtes ont été inventées en Chine… Il faut parler de la découverte du thé aussi. Ils le vivent comme on vit du bon vin. C’est excessivement cher : une galette de thé, si elle a 30-40 ans d’âge, peut monter jusqu’à 10 – 20 000 euros. C’est tout un art de boire le thé. Tout est différent, c’est d’une richesse incroyable. »
Et le basket, alors ? Pierre Vincent est l’assistant de Luming Gong, présent dans le staff en qualité d’expert étranger. « Ils vivent un championnat fermé, ils n’ont pas beaucoup d’échanges internationaux : ils ont besoin d’une vision différente et d’experts internationaux pour leur apporter du soutien », témoigne le quadruple champion de France, qui marche dans les pas de Gaëtan Le Brigant, ancien adjoint de la sélection (2004/07), resté proche de la fédération chinoise et utile intermédiaire pour orienter Vincent vers Pékin.

Adjoint n°1 de la sélection, il est celui qui parle beaucoup aux joueuses, quasiment toujours accompagné d’un interprète sur le banc, qui reproduit tous ses gestes dans un mimétisme presque épatant pour faire passer le message aux nombreuses non-anglophones. Très sollicité en compétition internationale, où il est notamment chargé du scouting vidéo, ce qui ne devrait pas lui être trop difficile pour le quart de finale qui se profile contre la France, et de la préparation des choix, Pierre Vincent a aussi découvert un nouveau monde sur le plan sportif. En termes d’organisation, avec trois entités différentes pour gérer les seniors, les juniors et les universitaires. En termes de formation au métier, où seuls les anciens joueurs peuvent devenir coach, grâce à une sortie de statut social à vie. Et en termes de méthode, forcément.
Une approche presque répétitive du basket
« Pour les Chinois, apprendre, c’est mémoriser. Et donc mémoriser, c’est répéter », explique-t-il. « Ils sont très bons pour reproduire des modèles. C’est pour ça qu’ils excellent dans beaucoup de sports comme la gymnastique, l’haltérophilie, la natation synchronisée, le plongeon, etc. La quantité de travail et la répétition permanente font qu’il n’y a aucune incertitude. Or, au basket, il n’y a jamais deux actions similaires. Cela n’aurait pas de sens de répéter des choses des milliards de fois. Ils ont une approche analytique du basket : on coupe le dribble, on coupe la passe, on coupe le tir. Plus que les gestes, je trouve qu’il faut plutôt répéter les situations pour apprendre à reconnaître la position de l’attaquant, les aides, les options tactiques, etc. »
Mais l’adaptation marche des deux côtés, et Pierre Vincent doit savoir tenter de conseiller, expliquer, rapprocher les deux cultures, tout en respectant la façon de faire des locaux, qui auront quoiqu’il arrive le dernier mot. « Je suis écouté, entendu, je vois quelques évolutions. Après, au début, le sentiment de pouvoir aider plus, mais de ne pas complètement y arriver, a été une frustration. Je l’ai accepté maintenant. Je veux juste aider le staff et les joueuses à faire le meilleur. C’est une jeune équipe, une jeune génération, j’aimerais les emmener plus haut. »
Le même résultat que lors de la Coupe du monde 2022, une médaille d’argent, sera difficile à reproduire, mais l’objectif officiel est déjà rempli : les Chinoises visaient une place dans le Top 8, et tout le reste ne sera désormais que du bonus. À commencer par ce quart de finale contre l’équipe de France, qui aura un goût particulier pour Pierre Vincent, lui l’ancien sélectionneur des Bleues (2008/13), champion d’Europe 2009 et vice-champion olympique 2012.
« Je suis devenu expert de la zone ! »
« Ça va me faire bizarre mais je suis engagé par la Chine », évacue-t-il. « Un match est un match. L’équipe de France a été une super aventure personnelle. J’avais pris ce groupe pour l’amener aux JO de Londres. » Treize ans après son dernier match, un crève-cœur absolu en finale de l’Euro à Orchies face à l’Espagne (69-70), les Bleues vont retrouver un coach changé par ces nouvelles aventures. « Je n’en faisais que très peu avant mais j’aurais dû dire à Céline (Dumerc), quand on s’est croisé à l’hôtel, que je suis devenu un expert de la zone », rigole-t-il, en référence aux géantes de plus de 2,00 m qui peuplent normalement la raquette de la Chine : Zhang Ziyu (2,23 m), Han Xu (2,05 m) et Yueru Li (2,00 m, absente du Mondial à cause d’un obscur problème de passeport).
De nouvelles cordes à son arc qui pourront toujours lui servir à l’avenir, une fois son expérience en Chine achevée, le plus tard possible. « En théorie, je suis là jusqu’aux JO de Los Angeles mais on ne fonctionne que par des contrats d’un an. Je ne me vois pas arrêter. Quand je vois Mike Thibault (75 ans, le sélectionneur de la Belgique, ndlr), je me dis que j’ai encore des beaux jours devant moi. Aujourd’hui, je suis un garçon chanceux : j’ai beaucoup gagné, beaucoup eu de bonnes équipes, mais je cours surtout après des expériences nouvelles et des choses différentes. Ce que je vis avec la Chine, je m’y engage à 100% et j’adore ça. »

Médaillé de bronze lors de la Coupe d’Asie 2025, avec l’affront d’avoir été éliminé à domicile par le Japon en demi-finale, Pierre Vincent enchaînera directement après la Coupe du monde avec les Jeux d’Asie, programmés cette fois… au Japon. De nouvelles perspectives, totalement inexplorées il y a peu, qui font de cette parenthèse la plus extraordinaire, au sens propre, de sa carrière.
« Je sens la défiance des gens vis-à-vis de la Chine mais c’est un pays fantastique que j’encourage à visiter : vous y trouverez une culture extraordinaire, une richesse culinaire incroyable et des gens ultra accueillants. » Dans quelques années, une fois qu’il aura raccroché, cela lui fera des belles histoires à raconter au coin du feu, lors des soirées d’hiver de la région bordelaise. Où la vie sera quand même légèrement plus tranquille qu’à Pékin…
À Berlin,






























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