Les playoffs de l’EuroLeague, un accomplissement historique pour l’AS Monaco : entretien avec Oleksiy Yefimov

« Les deux semaines les plus importantes de l’histoire de l’AS Monaco. » Et si Oleksiy Yefimov aurait sûrement bien aimé voir son club se qualifier pour la finale de la Coupe de France, le directeur sportif ne faisait sûrement pas référence au week-end à Trélazé. Non, l’Ukrainien parlait bien de la fin de saison de l’EuroLeague, où son club a failli payer très cher l’exclusion des clubs russes en perdant le bénéfice de quatre victoires. Retombée aux portes de l’élimination alors qu’elle devrait être dans le Top 5, la Roca Team a su digérer la frustration légitime et enchaîner trois nouvelles victoires (92-72 contre l’Olympiakos, 78-68 face à Vitoria et 72-64 à Milan) après son éclatante démonstration contre l’Anadolu Efes (102-80), champion d’Europe en titre, mi-mars.

Sur la meilleure dynamique de l’EuroLeague avec 12 succès sur ses 15 dernières rencontres, l’AS Monaco a ainsi validé son billet pour les playoffs de l’EuroLeague, ce qui lui octroie ainsi un ticket pour l’édition 2022/23 de la compétition continentale. Soit une nouvelle pierre dans sa vision à plus long terme : un engagement permanent en EuroLeague. Tout en refusant de trop se projeter vers les playoffs, où la Roca Team fera figure d’adversaire à éviter pour ses rivaux potentiels (Barcelone, Real Madrid, Olympiakos, Milan), Oleksiy Yefimov a exprimé son bonheur quant à la réalisation du plus gros objectif de la saison monégasque.

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Debout dans la loge présidentielle, Oleksiy Yefimov est un directeur sportif heureux
(photo : Sébastien Grasset)

Oleksiy, avez-vous passé un bon vendredi soir, certainement devant la rencontre Anadolu Efes – ALBA Berlin ?

Bien sûr que j’ai regardé le match ! Quand l’ALBA menait de 15 points, je n’étais pas d’excellente humeur (il rit). Je dis toujours que l’on doit décider soi-même de son destin. C’est pourquoi je suis fier de notre équipe après la performance incroyable à Milan. Je ne sais pas trop comment vous décrire mes sentiments hier soir, je ne vais pas dire que j’étais ému devant le match de l’ALBA. Les émotions sont ressorties jeudi à Milan et je suis resté assez calme. En plus, je regardais également Olympiakos – Barcelone donc ce n’est pas comme si le match de Berlin était tout ce qui importait pour moi hier.

Cela veut dire que l’AS Monaco s’est qualifiée pour les playoffs de l’EuroLeague : c’est un accomplissement incroyable pour une première saison à ce niveau ?

Oui. Je suis convaincu que les deux dernières semaines ont été les plus importantes de l’histoire du club. Premièrement, ce Top 8 nous garantit de revenir en EuroLeague la saison prochaine et c’était absolument vital. C’était même le plus important : on a pu goûter à l’EuroLeague et on ne voulait plus renoncer à ce sentiment. À vrai dire, je suis plus heureux du renouvellement de notre engagement en EuroLeague que pour les playoffs.

« Le plus important était de rester en EuroLeague »

Nous avions parlé à la mi-saison : personne ne croyait en vos chances pour les playoffs à l’époque. Qu’est-ce qui a changé depuis ? Est-ce uniquement l’impact de Sasa Obradovic ?

Il est évident que Sasa Obradovic est la raison principale de ce retournement de situation. Nous n’avons embauché aucun nouveau joueur depuis son arrivée donc on ne peut pas dire que c’est une recrue qui a changé notre niveau de jeu. Il a donné à chacun un rôle précis, une hiérarchie claire entre les joueurs majeurs, ceux de rotation et ceux qui n’ont pratiquement pas de rôle. Mais chacun sait exactement ce qu’il a à faire et ce que l’on attend de lui. En dehors de Sasa Obradovic, bien sûr que les joueurs ont également pesé. Ils n’ont jamais abandonné, même quand tout le monde pensait que c’était déjà terminé pour nous. Il y a deux facteurs majeurs : le premier est Sasa Obradovic et le deuxième est l’esprit d’équipe.

En réalité, Sasa Obradovic présente un dossier solide pour être élu coach de l’année…

Il l’a été en EuroCup (en 2018 avec le Lokomotiv Kuban, ndlr) alors pourquoi ne pas l’être à l’étage supérieur ? Mais oui, il est difficile de trouver un cas où un coach reprend une équipe à mi-chemin et change drastiquement le cours de la saison. Il me semble que dans plus de 80% des cas de changements de coach, l’équipe ne s’améliore pas. Sasa a écrit l’exception de la règle, en plus avec des joueurs déjà présents avant son arrivée. Il a fait passer cette équipe du statut de pire défense de l’EuroLeague à un groupe capable de passer un 20-1 à Milan au Mediolano Forum.

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Sasa Obradovic, l’homme qui a retourné la saison monégasque
(photo : Sébastien Grasset)

L’EuroLeague est un monde complètement différent de la BCL ou de l’EuroCup, où vous avez évolué avant. À quel point est-ce une grande performance de s’immiscer dans le Top 8 dès votre première saison à ce niveau ?

Effectivement, ça n’a absolument rien à voir. Je suis ravi que les experts, les gens du monde du basket, les journalistes reconnaissent que la qualité de notre jeu est au niveau des playoffs de l’EuroLeague et que notre qualification est méritée. Surtout que les résultats contre les équipes russes ont été annulés, ce qui nous a énormément handicapés : nous avions un bilan de 4-1 et même après cela, l’équipe n’a pas abandonné et a réagi de la meilleure façon possible.

Et maintenant, quid de l’avenir immédiat ? Vous êtes qualifiés pour les quarts de finale mais sachant que vous avez la meilleure dynamique de l’EuroLeague avec 12 victoires en 15 rencontres, vous commençez forcément à regarder plus loin…

(il rit) Vous n’allez pas pouvoir trouver un titre tapageur dans mes mots ! Mais je suis persuadé que si vous allez demander à l’équipe, ils vous diront qu’ils n’ont pas envie de s’arrêter là. Peu importe qui nous affronterons en quart de finale, nous n’aurons aucune pression puisque nous avons déjà accompli quelque chose auquel personne ne s’attendait. Tout le reste ne sera que du bonus.

« Les joueurs n’ont pas envie de s’arrêter là »

Votre avenir à court-terme en EuroLeague est donc assuré mais votre objectif est de le pérenniser à long-terme. Une licence A est-elle dans le viseur ?

Bien sûr ! Dès qu’on a mis les pieds en EuroLeague, on ne veut plus redescendre en EuroCup. Le club et le gouvernement monégasque feront tout pour prouver à l’EuroLeague qu’ils ont besoin de l’AS Monaco et qu’ils bénéficieront de notre présence sur tous les plans. L’été prochain, notre salle sera complètement rénovée afin de porter la capacité à 5 000 sièges. Ainsi, on ne dira plus que nous ne respectons pas le cahier des charges de l’EuroLeague en terme d’infrastructure. De plus, nous travaillons activement sur le projet de construction d’une nouvelle salle. Afin de pouvoir viser une licence permanente, il faudra une grande salle. Nous essayons de faire de notre mieux afin de nous assurer que l’EuroLeague nous voudra comme un club actionnaire.

Chaque centimètre carré est occupé à Monaco : y-a-t-il vraiment la place pour une nouvelle salle ?

Je suis convaincu que nous trouverons. Je suis très confiant.

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Alpha Diallo et la Roca Team font figure d’épouvantail parmi les équipes classées de 5 à 8
(photo : Sébastien Grasset)

Avez-vous eu des retours de l’instance EuroLeague quant à votre première saison à ce niveau ?

Le premier indicateur est le choix de la télévision française : depuis trois matchs, nous sommes diffusés en lieu et place de l’ASVEL. C’est un signal très important. La semaine dernière, j’ai été en réunion avec les dirigeants de l’EuroLeague qui m’ont fait part de leur satisfaction quant à notre niveau de management, de marketing… Je peux dire que nous avons répondu aux attentes de l’EuroLeague, et pas seulement sur le terrain.

Vous réussissez plus vite en Europe qu’en championnat de France : enfin décrocher le titre de champion de France est l’autre but majeur de la saison ?

C’est notre objectif de rêve depuis six ans et notre arrivée en Betclic ÉLITE. Ça n’a pas changé. C’est quelque chose qui nous manque et un titre auquel on va vraiment essayer de s’attaquer cette saison.

« On va essayer d’améliorer notre ossature française »

Maintenant que vous êtes certains de jouer de nouveau en EuroLeague, allez-vous pouvoir lancer les négociations avec les membres forts de votre effectif comme Mike James, qui a lié une éventuelle prolongation de contrat à l’EuroLeague, Dwayne Bacon et d’autres ?

Nous n’avons pas encore entamé les négociations car nous voulions que l’équipe reste concentrée sur notre objectif de playoffs. Mais maintenant, il est effectivement l’heure de démarrer les discussions et de commencer à travailler sur le futur.

Avec notamment une priorisation accordée aux joueurs français, sachant que vous n’avez que très peu compté sur les joueurs locaux cette saison ?

Oui, on va vraiment essayer d’améliorer notre ossature française pour la saison prochaine.

Nando De Colo va quitter le Fenerbahçe Istanbul…

Nous ne sommes pas en contact avec De Colo, je peux vous le certifier.

 

par

Qui a écrit ce papier ?

Alexandre Lacoste

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