ITW Sylvain Francisco : « Les gens me voyaient comme le Sylvain un peu fou et street »

Crédit photo : FIBA

À l’occasion de la fenêtre de qualification pour la Coupe du Monde 2023 avec l’équipe de France, Sylvain Francisco est revenu sur sa saison à Manresa, ses premières sélections en Bleus mais aussi de son début d'expérience dans son nouveau club de Peristeri, sans oublier son rêve de NBA.

De la Seine-Saint-Denis à l’équipe de France par les États-Unis, Sylvain Francisco a connu une destinée aussi atypique que semée d’embuches. C’est à Sevran, en région parisienne, que le meneur a grandi. Tout droit arrivée d’Angola, la famille Francisco a eu du mal à s’intégrer, Sylvain et ses frères étaient ballottés de foyers en foyers. Ne parlant pas le français et sans papiers, ils ont trouvé leur exutoire dans le basket. Souvent, le meneur de l’équipe de France était réveillé par le bruit d’une balle de basket claquant sur le bitume à des heures tardives. Ses frères Bateko et Lokuli s’entraînaient sur le playground en bas de leur immeuble. Alors âgé de 4 ans, Sylvain Francisco se levait pour aller shooter avec eux. Depuis, après un passage au États-Unis, il a rejoint les Metropolitans 92, Paris, Roanne et Manresa, tout en vivant ses premières heures chez les Bleus en février dernier. Appelé une nouvelle fois à porter le maillot tricolore à l’occasion des deux matches de qualification à la Coupe du Monde 2023 face à la Lituanie ce vendredi à 18h30 et la Bosnie-Herzégovine ce lundi à 20h30, le meneur de l’équipe de France n’aurait jamais cru en arriver là. Pour cela, il s’est battu, notamment quand les recruteurs ne croyaient pas en lui quand il avait 14 ans de par sa petite taille, mais aussi en raison d’un jeu trop américanisé. « On me disait : laisse tomber le basket, ton jeu n’est pas adapté à la France et en plus, tu es trop petit, tu ne vas pas trop grandir ».

Lors de sa première en sélection, « The Arrow » – traduisez « la flèche », son surnom – n’a rien loupé lors du match aller à Dijon face au Portugal (94-56) où il a compilé 8 points, 3 passes décisives et a été impeccable en défense, lui qui n’avait connu qu’une seule compétition chez les jeunes (Euro 2016 des U20). Après une saison prolifique à Roanne (2020-2021), Sylvain Francisco s’est exporté en Espagne, à Manresa, une ville fortifiée à 50 km de Barcelone, où il a su prouver sa valeur la saison dernière avec 10,6 points, 1,3 rebond et 3,3 passes décisives pour 8,3 d’évaluation. Désormais, à Peristeri en Grèce, le meneur de jeu s’est confié à BeBasket sur sa nouvelle aventure et son rêve de NBA.

Sylvain Francisco
Sylvain Francisco et Peristeri comptent bien faire leur maximum pour atteindre le dernier carré de la BCL. (Photo : FIBA)

Nouvelle saison, nouveau championnat, comment se passe votre acclimatation en Grèce au sein d’une équipe coachée par Vassilis Spanoulis ?

Je me sens hyper bien. J’avais besoin de retrouver un peu mes repères au début. C’est un nouveau championnat, que je n’ai jamais connu et qui est très physique. Et en plus, nous avons une très belle équipe. Vassilis est un ancien meneur. Il me pousse. Il pousse tous les joueurs et nous encourage beaucoup. Il est là pour nous aider. Les assistants coachs aussi sont bien présents et sont à notre écoute pour voir ce qui va et ce qui ne va pas, mais aussi pour voir ce qu’il est possible de mettre en place. Vassilis est très bon coach et 9 fois sur 10, il arrive à trouver une solution pour qu’un joueur dispose d’un tir ouvert ou d’un panier facile.

La présence de Vassilis Spanoulis était-elle une des raisons de votre signature à Peristeri ?

Bien sûr ! Mais avant, je voulais en savoir un peu plus sur l’équipe et sur comment ça allait se passer. Je pense que lui et moi étions sur la même longueur d’onde. Nous avions la même vision. Je voulais surtout apprendre de lui. Je me disais que c’était la bonne année pour passer à la vitesse supérieure.

« J’avais besoin d’aller dans une équipe où je pouvais avoir un peu plus de responsabilités »

Passer du meilleur championnat d’Europe (Espagne) à la Grèce est un choix qui peut être surprenant. Comment l’expliquez-vous ?

Cet été, c’était un peu mouvementé. Il y a eu des hauts et des bas. Je pense que je voulais quelque chose que je n’ai peut-être pas eu, mais je pense que j’ai eu quelque chose de meilleur. Je ne regrette pas mon choix. Pour moi, c’est un pas en avant, je me sens bien et je me concentre sur cette saison. 

Ce que vous n’avez pas eu c’est le Maccabi Tel-Aviv (le club israélien s’est renseigné à son sujet pour le signer mais le prêter dans la foulée), une équipe d’EuroLeague, division que vous visiez ?

Franchement, je n’étais pas au courant. J’ai appris ça sur les réseaux. Le Maccabi Tel-Aviv ça aurait été très bien, mais si je n’ai rien eu là-bas, ce n’est pas grave. J’ai eu d’autres équipes d’EuroLeague qui sont venues vers moi, mais ça ne s’est pas fait, il n’y a rien eu de concret.

Sans club EuroLeague vous vous êtes tourné vers un autre projet.

J’ai pris du recul et j’avais besoin d’aller dans une équipe où je pouvais avoir un peu plus de responsabilités pour montrer que je peux tenir une équipe et gagner des matches avec cette équipe-là. Si j’allais en EuroLeague, je n’aurais pas eu un rôle assez important comme j’ai pu avoir à Manresa et on m’aurait donné 12-13 minutes et ce n’était pas ce que je voulais.

Vous retrouvez la Basketball Champions League (BCL) cette saison, une compétition dans laquelle vous avez été finaliste la saison dernière avec Manresa. Quel est l’objectif dans cette compétition cette saison ?

Pour nous, c’est d’aller le plus loin possible en BCL. J’aimerais aller en finale et remporter cette BCL comme toutes les équipes. Nous avons une poule assez forte, mais je pense qu’on peut sortir de celle-ci et on verra ce qui se passe après.

« La NBA ? Il me manque juste une chance. Et si j’en ai une, je vais la saisir à fond »

Sylvain Francisco
Sylvain Francisco rêve encore de la NBA et se sent prêt (photo : FIBA).

Lors de vos deux premières sélections en équipe de France, il y a eu un joli buzz dans les médias. Comment avez-vous géré ça ? Votre image a changé suite à ces deux matchs ?

Au début, c’était simple. J’étais libre et ouvert. Ensuite, j’ai dû faire un peu plus l’impasse pour rester focalisé sur la saison. Je pense que mon image a changé parce que la plupart du temps, les gens me voyaient comme le Sylvain Francisco un peu fou et street. À Manresa, les gens ont vu qu’on gagnait et que je pouvais être sérieux ensuite, il y a eu l’équipe de France et j’ai progressé.

Comment s’est passé votre été en Summer League NBA ?

Ça s’est très bien passé malgré le fait que je n’ai pas pu vraiment pleinement exploiter mes capacités. C’était ma première fois dans une franchise NBA, j’étais avec T.J. Parker. J’étais surpris de la façon dont ils prennent soin des joueurs à l’entraînement, mais aussi lors des matchs, les joueurs ne manquent de rien. Je comprends maintenant comment les joueurs font pour progresser en étant bien dans leur corps.

La NBA, est-ce toujours un rêve. Qu’est-ce qui vous manque pour y parvenir ?

Il me manque juste une chance. Et si j’en ai une, je vais la saisir à fond. Si je ne suis pas allé en NBA avant ou maintenant, c’est que ce n’est pas le moment. On verra bien, j’ai toujours ce rêve en moi. Pour moi, je suis déjà prêt, il n’y a pas de question de Draft. Ça veut tout et rien dire maintenant. Il y a beaucoup de joueurs non-draftés qui ont beaucoup de temps de jeu en NBA et qui font le job. Ils ont eu une chance donc pourquoi pas moi ou une autre personne.

Propos recueillis à Nanterre,

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Qui a écrit ce papier ?

Théo Tetard

BEBASKET

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