« Il va tellement au-delà du basket » : la vie de George Eddy retracée dans un documentaire

Crédit photo : Bellenger / IS / FFBB

Après pratiquement quatre décennies passées au micro de Canal+, George Eddy s'approche inexorablement de la retraite. En marge du match NBA à Paris, la chaîne cryptée lui consacre un documentaire touchant, programmé ce dimanche ç 22h40, retraçant la vie du commentateur le plus célèbre de France. Le réalisateur Clément Repellin nous parle de son travail.

Lorsque nous l’avions interrogé au cours de l’après-midi précédant la finale de l’EuroBasket à Berlin, George Eddy avait évoqué « les petites surprises » qui s’apprêtaient à jalonner la fin de son parcours sur Canal+. Nous y sommes ! Jeudi prochain, la légendaire voix de la chaîne cryptée sera aux commentaires du match NBA à Paris (entre Chicago et Detroit), retransmis en clair pour l’occasion ! Et il est surtout à l’honneur d’un documentaire, signé Clément Repellin, disponible depuis minuit sur MyCanal et qui sera diffusé ce dimanche soir sur Canal+ (à 22h40).

D’une durée de 76 minutes, Mister George retrace « l’extraordinaire vie de George Eddy », de sa jeunesse floridienne jusqu’à ses dernières émotions de commentateur à Berlin, en passant par ses années de joueur et les deux grandes figures qui ont rythmé sa vie à Canal+, à savoir Michael Jordan et Tony Parker. Aux manettes de ce documentaire, Clément Repellin nous en dévoile les coulisses.

Clément Repellin :
« Sa passion et sa fraîcheur sont hyper attachantes »

« Je suis fan de George depuis mon adolescence. J’ai découvert le basket et la NBA chez mon meilleur ami qui avait Canal+. On allait voir Eddy Half Time le mercredi, on regardait les matchs, c’était sa voix et on reprenait ensuite ses expressions sur le playground, comme beaucoup de gens de ma génération. On l’imitait et quand j’ai commencé à travailler avec lui, c’était une consécration. Lors du premier match que j’ai commenté avec George, j’ai pris un selfie et je l’ai envoyé à mes potes, alors que je n’ai jamais fait ça sinon ! Un jour, pour partir commenter un match de Pro B, on a fait 2h de voiture et il m’a raconté toute sa vie, j’ai trouvé ça incroyable. Il m’a raconté plein d’anecdotes : les débuts de Canal, Lionel Jospin, etc. J’ai trouvé ça ouf ! Avec les autres mecs de Canal, on rigolait de ses punchlines, on se disait qu’il fallait en faire un best-of. Cette idée a mûri au fil des années. Là, c’était le bon moment car il arrive bientôt à la retraite, c’était le dernier Euro sur Canal. J’avais ce projet dans un coin de ma tête et c’était le moment ou jamais pour se lancer.

L’affiche du documentaire

Sachant que George est mon collègue, l’idée n’était pas de faire la télé qui parle de la télé ou de l’entresoi. Mais George va tellement au-delà du basket. Dès qu’il postait un truc, je voyais des dizaines de réponses : « Vous m’avez tellement inspiré », « Vous êtes notre voix », etc. Sur Twitter, où il y a beaucoup d’échanges musclés, c’est l’un des seuls mecs qui fait l’unanimité. Mais c’est aussi pour ça que j’ai essayé de raconter d’autres histoires que les choses purement basket ou télé. On balaye les époques : sa jeunesse des années 60, quand il est joueur dans les années 70, le début de Canal dans les années 80, l’époque Jordan dans les années 90. C’est presque 50 ans de vie et 50 ans d’Histoire basket qu’on voulait raconter.

« George était flatté et touché »

J’ai eu le feu vert de Canal presque immédiatement. Je pense qu’ils avaient déjà dans un coin de la tête l’idée d’acheter le match NBA à Paris et ça a favorisé les choses. Mais notre nouveau chef, Thomas Sénécal, m’a assuré un peu plus tard qu’il m’aurait dit oui même sans le match, car George a vraiment une grosse cote de sympathie à Canal. C’est une figure consensuelle, les gens sont trop contents de le voir. Encore hier (mardi), on enregistrait une émission et l’un des techniciens a voulu faire une photo avec lui. Ils avaient envie de mettre en valeur le patrimoine de la chaîne.

George a été surpris quand je lui ai parlé. Il était flatté et touché. Quand je lui ai parlé du projet, il m’a dit : « Avec plaisir ». Il a facilité les choses, il m’a mis en contact avec ses amis de Floride, il s’est rendu disponible. Ce n’est pas un truc mégalo pour lui mais je pense qu’il est content qu’on raconte totalement l’histoire de sa famille et de sa jeunesse. J’ai senti qu’il avait envie de parler de son enfance, de ses parents. Il l’avait très peu fait jusque-là. On n’a pas pu le mettre en doc mais il disait que jusqu’à dix ans, il était un peu honteux de la situation de ses parents car les gens les regardaient de travers, et que ce n’est qu’ensuite qu’il a compris que ses parents étaient extraordinaires. Maintenant, il a envie de leur rendre hommage, que ça se sache.

« Je pense que le documentaire retranscrit assez fidèlement sa personnalité »

Le documentaire a été lancé un peu dans l’urgence en août, vu que sa dernière compétition arrivait en septembre. On l’entend tout le temps commenter mais on ne le voit jamais commenter. On a Quentin Monaton qui est venu tourner les matchs France – Turquie et France – Espagne à Berlin. J’aurais évidemment espéré un titre, ça aurait été magnifique. Mais le plus urgent était de tourner, j’ai tout calé le plus vite possible : un voyage à Orlando, les entretiens avec George, avec les autres intervenants. On a fait trois interviews avec George, c’est un dispositif très lourd. J’ai lu son livre et préparé un plan de travail dès le mois de juillet, pendant les vacances. J’ai récupéré un maximum de contenu ensuite puis je suis entré en montage en décembre. J’ai eu 20 jours, contre 35-40 d’habitude, mais il fallait le faire le plus vite possible. Le 23 décembre, tout était terminé et on a fait les derniers ajustements début janvier.

Joli plan, à Chatou, lorsque George Eddy s’attarde pour regarder des jeunes jouer

On a fait 7h30 d’interviews de George en cumulé. Avec un décor par thème : sur un plateau télé pour sa carrière, chez lui pour son enfance et les choses intimes, et sur un playground pour sa carrière de joueur. On a choisi celui de Chatou car c’est son terrain préféré au monde, alors qu’il a vu les plus grandes arenas de la planète ! On a joué un samedi matin et on a tourné l’après-midi : c’était vraiment sympa, avec les couleurs automnales derrière. Ce qui est assez attachant avec lui, c’est sa simplicité : il parle de la même manière à Michael Jordan qu’à n’importe qui, Chatou est son terrain préféré. Il y a une image mignonne : il s’est posé pour regarder les jeunes jouer alors qu’on était en train de remballer le matériel. Ce n’était pas mis en scène. Il a regardé des gens jouer pendant 30 minutes, à réagir, à commenter les actions, à s’enthousiasmer sur un joueur. Je trouve ça hyper attachant qu’il ait encore cette fraîcheur. Sa passion ressort aussi dans la séquence à Levallois, où il regarde Wembanyama. Il a des réactions enfantines, il est presque émerveillé en le regardant.

J’ai été honnête avec George. Je lui ai dit ce qu’il y avait dedans, que l’on partait de tout, y compris des choses un peu moins flatteuses. Je ne voulais pas être totalement hagiographique car cela aurait été faux, mielleux, pas intéressant. On parle de toute sa personnalité mais je pense que ça la retranscrit assez fidèlement. »

George Eddy :
« Même moi qui ait vécu cette vie, ce documentaire m’en met plein les yeux ! »

« J’ai vu le documentaire jeudi soir dans une salle de cinéma, dans des conditions idéales ! J’étais ravi du produit final. Je suis époustouflé par le travail fourni par Clément Repellin et son équipe, à la fois en terme de qualité et de quantité. Je n’aurais jamais imaginé que quelqu’un voudrait investir autant pour raconter ma carrière, je ne m’y attendais vraiment pas. J’en suis à la fois honoré, flatté et heureux ! C’est quelque chose qui va rester : on pourra le regarder dans 5, 10, 15, 20 ans ! J’espère que ma fille retombera dessus un jour et le reverra avec plaisir. C’est comme un livre, c’est intemporel et dans ce métier très éphémère du commentaire sportif, où l’on passe à autre chose chaque jour, c’est plutôt sympathique !

Je suis quelqu’un qui vit dans le présent et l’avenir, très peu dans le passé. Je ne regarde jamais des matchs que j’ai commenté. D’ailleurs, j’ai eu du mal à m’écouter commenter (il rit). Du coup, je n’ai pas vraiment pris du recul pour regarder l’ensemble de ma carrière et c’est vrai que ce documentaire m’en met plein les yeux, même moi qui ait vécu cette vie ! Ça me rappelle plein de bons souvenirs. Il n’y a pas trop de choses qui manquent, c’est très rythmé. Clément est allé aux États-Unis voir mes amis d’enfance, filmer la maison où j’ai grandi, c’est incroyable tout ce qu’il a fait en trois mois pour en arriver à ce très bon résultat.

Clément a réussi à transmettre cette passion étonnante pour un vieux de 66 ans qui a encore envie d’aller en plein hiver sur un playground. D’ailleurs, je suis sur le terrain de Chatou là mais il pleut (entretien réalisé samedi midi, ndlr). Je vais éviter de m’enrhumer avant le grand jour de jeudi (il rit). Je commente Chicago – Detroit à Bercy, ça va être mon énième jubilé pré-retraite, comme à l’EuroBasket ! Ou comme toutes les autres fois où l’on m’a envoyé à la retraite, en 2012 quand on a perdu les droits NBA, en 2015 quand Canal a arrêté le basket. Je suis un peu comme le phénix qui renaît de ses cendres (il rit). »

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Qui a écrit ce papier ?

Alexandre Lacoste

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