ITW D.J. Stephens, de la quête d’un titre européen en Ukraine à Fos : « C’est extrêmement bizarre »

En quittant le parquet du Palais des Sports de Marseille lundi midi, D.J. Stephens éclate de rire. « Mais qu’est ce qu’Antoine Eito ne fait pas ? Je ne sais pas… Il est joueur, impliqué au syndicat, agent, GM ! » Quelques instants plus tôt, l’ailier volant nous avait indiqué que son ex-coéquipier manceau avait servi d’intermédiaire avec le club de Fos-Provence pour sa signature dans le Sud. « Je remercie Antoine une nouvelle fois, il nous a bien aidés », confirmait ensuite Rémi Giuitta. « D.J. était en transit à Toulouse avant de partir aux États-Unis. Je ne pense pas qu’il était très intéressé de prime abord pour venir à Fos-sur-Mer. Des joueurs en relais l’ont convaincu de la qualité du club et qu’il y avait une petite aventure sympa à vivre avec nous. Ça s’est fait dans la journée. »

Ou les coulisses de l’un des transferts les plus improbables de la saison : la signature d’une pièce majeure de l’une des équipes les plus réjouissantes en Europe, Prometey, en route vers un doublé en Ukraine et candidate à la victoire finale en BCL, vers un club en très grande difficulté, seul dernier de Betclic ÉLITE. « Je n’ai rien à perdre », justifie l’ex-meilleur sixième homme du championnat (en 2018). Avant son retour à Antarès samedi, entretien fleuve avec l’homme qui incarne les espoirs retrouvés de maintien pour les BYers, particulièrement saignant mardi contre la JDA Dijon (23 points à 7/12, 7 rebonds, 2 passes décisives, 2 interceptions et 1 contre en 33 minutes).

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Douze matchs pour un maintien, la nouvelle mission de D.J. Stephens
(photo : Sébastien Grasset)

D.J., vous vous retrouvez subitement engagé dans une mission maintien délicate avec Fos-sur-Mer alors que vous devriez actuellement être en route pour un triplé personnel en Ukraine et les playoffs de la Champions League. Cette transition entre deux situations diamétralement opposées est-elle difficile à accepter ?

Cela fait trois semaines mais je ne vais pas cacher que c’est toujours dans un petit coin de ma tête. Oui, OK, je suis maintenant à Fos-sur-Mer pour aider cette équipe à rester en Betclic ÉLITE mais en vrai, dans un monde normal, je devrais encore être en Ukraine, en train de jouer les huitièmes de finale de la BCL et de me battre pour des trophées. Je n’ai pas oublié mais le passé est le passé. Désormais, je suis ici pour faire de mon mieux et tenter de sauver ce club.

Des changements de club en cours de saison, il y en a des centaines chaque année. Mais là, n’est-ce pas une situation bizarre à assimiler ?

C’est extrêmement bizarre. Surtout quand je vois tous les mecs avec qui j’ai passé 6 mois être éparpillés aux quatre coins de l’Europe dans des nouveaux clubs (comme Slava Petrov à Antibes, ndlr). Je crois que Denys Lukashov est le dernier sans emploi à l’heure actuelle. C’est assez fou de voir les images de chacun avec son nouveau maillot. On reste en contact et il n’y a pas un jour qui se passe sans que quelqu’un n’envoie un message sur notre groupe WhatsApp pour dire qu’on lui manque.

Comment s’est déroulée votre signature à Fos-sur-Mer ?

Je voulais terminer la saison quelque part, je ne me voyais pas passer cinq mois aux États-Unis sans rien faire, ou juste me préparer individuellement pour la suite. En réalité, après avoir quitté Prometey, je suis allé passer quelques jours à Toulouse. Ce n’était pas pour revenir jouer en France, j’étais juste en vacances puis j’ai reçu cet appel de Fos. De toutes les options à ma disposition, c’était la meilleure. En plus, c’était à deux pas de Toulouse.

« J’avais le choix avec Limoges »

Mais ce n’était pas le choix de la facilité. Vous auriez pu choisir une situation plus sûre que la lanterne rouge du championnat…

J’avais le choix avec Limoges. Et deux autres équipes aussi. Mais ici, j’ai vu cela comme une façon de trouver du positif dans cette situation. Si je suis capable d’aider Fos-sur-Mer à rester en Betclic ÉLITE, ce sera un vrai accomplissement pour moi cette saison. Je vais tout donner pour cela. De plus, je me sens très bien en France. Depuis ma première année au Mans, je ressens que tous les supporters m’apprécient ici. J’aime jouer ici, le championnat est relevé et je me sens un peu comme de retour à la maison. Même si je me retrouve dans une situation difficile, j’ai l’impression d’être dans un endroit où je suis à l’aise.

De Prometey à Fos, vous passez d’un extrême à l’autre. Votre nouvelle équipe n’a gagné que deux de ses quinze derniers matchs (entretien réalisé à la veille de la victoire contre Dijon). Après dix jours, pensez-vous qu’il est possible d’assurer le maintien ?

La situation est vraiment difficile. Quand je suis arrivé ici, l’équipe était plutôt complète, à part les blessés de longue date comme Zachery Peacock ou Kevin McClain. Mais mon premier sentiment était que le roster était plutôt solide, qu’il y avait la qualité nécessaire pour gagner des matchs. La première sortie à Villeurbanne l’a prouvé, on a tenu jusqu’au bout (80-84). Mais là, avec des petits pépins comme le Covid (Édouard Choquet, Sadio Doucouré) ou le coude d’Iggy Mockevicius, on se retrouve à six ou sept pros. Et ils m’ont dit que toute la saison a été comme ça. C’est très compliqué de réellement défendre ses chances sans toutes ses armes. Mais oui, j’ai le sentiment que c’est toujours possible. Lors de mes deux premiers matchs avec Fos, je n’ai pas montré tout mon potentiel. Juste parce que c’est une nouvelle situation, qu’il faut apprendre plein de choses, construire une alchimie en un claquement de doigts. Je suis arrivé à Fos le jeudi et dès le dimanche, on jouait à Villeurbanne. J’ai dû apprendre les systèmes, les schémas défensifs, les habitudes de mes coéquipiers en un rien de temps, en plus d’ajouter ma touche personnelle à notre jeu collectif. J’essaye de rester moi-même, d’être agressif mais parfois, ça prend du temps. J’ai le sentiment que le match de Dijon sera une bonne occasion pour vraiment me lancer. Le meilleur est devant moi à Fos.

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Pour sa première à Marseille mardi, Stephens a enflammé le Palais des Sports
(photo : Sébastien Grasset)

Dans un podcast avec Jordan Taylor, le 14 mars, vous aviez dit que ça ne vous semblait pas approprié personnellement continuer à jouer au basket pendant que l’Ukraine était en guerre. Pouvez-vous expliciter cela ?

Maintenant, ça va mieux, je joue avec une équipe française donc ce n’est plus la même situation. Je parlais du début du mois de mars où l’on continuait à jouer en BCL avec une équipe ukrainienne alors que l’Ukraine était en guerre. Ça ne semblait pas juste, surtout vis-à-vis de ce que tous mes coéquipiers ukrainiens traversaient à l’époque. Leurs familles étaient coincées en Ukraine sous les bombes, ils n’avaient logiquement que ça en tête. Personnellement, ça me pesait alors que ma propre famille n’était pas en Ukraine donc j’imagine à peine ce qu’ils ressentaient, ça devait être x100 par rapport à moi.

Comment vont vos coéquipiers ukrainiens ? Connaissez-vous des personnes qui sont toujours en Ukraine ?

Oui… Je reste en contact avec eux et j’entends des histoires folles. Par exemple, le cousin d’une de mes connaissances a été tué dans un bombardement. Donc c’est dur. Ils traversent ce genre d’épreuves tous les jours. Même dans une vie normale, sans guerre, vous ne voulez voir aucun de vos amis être endeuillé de la sorte et là, ça se déroule dans des proportions incroyablement catastrophiques. Je prie tous les jours pour que la guerre s’arrête, que le peuple ukrainien puisse reconstruire son pays et rester indépendant. C’est une situation horriblement stressante : tous les jours, vous ne savez pas comment vous et votre famille allez pouvoir arriver jusqu’au lendemain.

« Cas de force majeure, pas de salaire et 2 000 $ d’hôtel à ma charge  »

D’un point de vue basket, avant la guerre, vous étiez en train de vivre une saison rare avec Prometey…

En plus… Nous avions un bilan de 25-0 dans le championnat ukrainien. En réalité, si vous allez regarder le classement, vous verrez qu’on a perdu un match mais ça ne compte pas à mes yeux (il sourit). Le lundi 14 février, après une victoire de 60 points (122-62 contre Cherkasy, ndlr), le club a déménagé en République tchèque car nous sentions que la guerre allait démarrer. Mais la ligue nous a imposés de jouer un match le mercredi. C’est l’équipe espoirs qui est allée jouer et qui a perdu. Bref, nous étions à 25-0 donc nous allions probablement réaliser le doublé Coupe – Championnat en Ukraine. Nous étions sur le point de nous qualifier pour les huitièmes de finale de la Champions League. Et à ce moment-là, qui sait ce qui allait se passer ? En playoffs, tout peut arriver. Il restera tellement de questions sans réponses et nous essayons encore tous d’accepter cela. Nous n’étions pas seulement une grande équipe en Ukraine, nous étions une grande équipe en Europe. J’avais la conviction qu’on pouvait battre beaucoup de monde sur le continent, même certains clubs d’EuroLeague. Donc voir tout cela s’écrouler d’un coup et observer l’éparpillement instantané de tous les joueurs, ce n’est vraiment pas facile. Surtout que même hors terrain, c’était un super groupe. On a tissé des liens qu’on ne trouve pas chaque saison. La cassure de cette façon, c’est un crève-cœur. Avant que la guerre ne survienne, le propriétaire du club nous disait qu’il voulait conserver cette équipe pour plusieurs saisons ! Ça restera le genre d’histoire dont on se demandera comment elle aurait pu se terminer sans cela. Un énorme « what if ? » (« et si ? », littéralement, ndlr).

Fin janvier, votre ex-coéquipier Chris Dowe nous disait qu’on ne « s’attend pas à une guerre potentielle quand on vient juste jouer au basket ». Comment avez-vous vécu la montée des tensions et la menace grandissante au début de l’année ?

C’était étrange car la vie en Ukraine était totalement normale. Sans les informations relayées par les médias, personne n’aurait jamais pensé qu’une guerre allait démarrer. Le sentiment général en Ukraine était une sorte d’habitude : ils composent avec cela depuis 2014. Il y a des combats dans l’Est du pays depuis huit ans donc ce n’était rien de très nouveau pour eux. Mais de notre côté, les étrangers, nous avons commencé à être très inquiets quand l’ambassade américaine a ordonné à tous les citoyens de quitter l’Ukraine sous 48 heures. On se demandait ce qui allait se passer si on ne s’en allait pas dans le délai imparti. Donc nous avons essayé de faire pression sur le propriétaire du club pour qu’il trouve une solution en cas de problème. Comment pourrait-il nous faire sortir en sécurité du pays en cas d’imprévu ? Il nous a dit qu’il avait un plan mais les informations relayées par les médias étaient de plus en plus alarmantes donc nous l’avons exhorté à nous faire quitter l’Ukraine sur le champ. Ce qui, avec le recul, a été la meilleure des idées puisque son plan de secours n’aurait pas marché : on était censé s’enfuir via un jet privé mais les Russes ont bombardé les aéroports lors du premier jour de la guerre. D’ailleurs, le conflit a littéralement démarré alors que je rentrais des États-Unis : une fois en République tchèque, nous avons eu cinq jours de vacances et je suis retourné chez moi. La guerre a été déclaré alors que j’atterrissais à Amsterdam. C’était une excellente chose d’avoir pris toutes ces précautions : avec les aéroports détruits, cela aurait été difficile de bouger.

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Le 3 mars, à Nymburk, D.J. Stephens dispute son dernier match sous les couleurs de Prometey
(photo : FIBA)

Donc après, vous retournez à Nymburk, vous jouez un match de BCL le 3 mars contre Cluj-Napoca puis votre club prend la décision de se retirer de la compétition le 5 mars. Comment l’avez-vous vécu ?

Ça a été chaotique pendant quelques semaines. Quand on est arrivé en République tchèque, on nous a dit qu’on allait tout continuer normalement, qu’on allait se battre pour aller en quart de finale de la BCL. Parfait, c’est ce que l’on voulait ! Ensuite, on part quelques jours aux États-Unis, la guerre éclate et on organise une nouvelle réunion. Le propriétaire nous répète la même chose : tout va bien se passer, on va continuer à jouer en Champions League. Donc on affronte Cluj-Napoca, on est un peu rouillés après trois semaines sans match et on perd. Le surlendemain, après une journée off, on reçoit un SMS nous disant « réunion d’équipe à 12h30″ puis un autre pour dire que c’est avancé à midi. Quand j’arrive dans la salle, certains de mes coéquipiers y étaient déjà et je vois leurs visages décomposés. L’un d’entre eux me dit : « Mec, c’est fini… », « Comment ça, c’est fini ? », « Ils annulent la saison ». Je n’y crois pas vraiment mais une fois que la réunion démarre, on nous confirme la nouvelle, que le président a décidé de tirer un trait sur la fin de saison, qu’il ne veut plus investir d’argent dans l’équipe, etc. C’était complètement inattendu car la dernière fois qu’on lui avait parlé, il nous avait assuré que tout allait bien et qu’on allait continuer normalement. Donc on passe un peu à l’extrême opposé… Puis ils nous distribuent un papier à propos des cas de « force majeure » (en français dans le texte, ndlr). J’ai dû aller chercher sur Google ce que ça voulait dire. En gros, en cas d’évènement catastrophique, insurmontable ou imprévisible, l’employeur peut s’abriter sous le cas de force majeure pour ne pas assumer ses dettes. La date de paiement de notre salaire était le 7 mars, on nous l’a annoncé le 5 donc on n’a pas vu le salaire du mois de mars. Avril, mai et juin, on peut l’oublier aussi… D’un côté, c’est compréhensible car il y a une guerre en Ukraine mais de l’autre, j’ai signé mon contrat, je l’ai honoré, j’ai travaillé, j’ai mérité cet argent donc c’est problématique. Et je crois qu’ils ont utilisé le même cas de force majeure pour l’hôtel en République tchèque. J’ai dû payer plus de 2 000 dollars de chambre d’hôtel pour trois semaines et les billets d’avion ont été à notre charge aussi. Donc on a enchaîné les mauvaises nouvelles financières. Heureusement pour moi, ça fait quelques années que je joue, j’ai de l’argent de côté. C’est malheureux que je doive assumer des frais qui ne devraient pas être de mon ressort mais ça va. Mais quid de mes coéquipiers ukrainiens ? Quid de ceux qui n’ont pas d’argent de côté ? C’était chaotique et stressant pour eux. Ça a été vraiment frustrant d’être placé dans une situation aussi compliquée alors qu’on nous avait promis que tout irait bien et que l’on s’occuperait bien de nous.

Outre l’aspect financier, avec Fos-Provence étant le plus petit budget de Betclic ÉLITE, n’est-ce pas aussi un peu frustrant de vous retrouver dans un petit club alors que tous vos coéquipiers étrangers de Prometey se retrouvent dans des équipes beaucoup plus prestigieuses ?

Certes mais c’est mon choix ! J’aurais pu aller à Limoges, j’aurais pu aller ailleurs. De toute façon, je n’ai pas signé pour l’argent, je voulais simplement jouer au basket. Je voulais trouver la situation qui aurait le plus de sens pour moi. Limoges voulait vraiment me faire venir mais à cause de certaines raisons, je n’y suis pas allé. J’aurais pu y signer mais c’était ma décision à 100% de ne pas le faire. Cela ne m’embête pas d’être à Fos, qu’on me dise que ce club était encore en Pro B l’année dernière, etc. Pour moi, ça n’importe pas. Mon nom est mon nom, je suis qui je suis, le statut du club pour lequel je joue ne veut rien dire. Dans une vie normale, je serais encore à Prometey et la saison prochaine, je serai de retour dans un plus grand club, ou avec un contrat plus important. Je suis simplement là pour aider Fos à se maintenir en Betclic ÉLITE.

« J’ai laissé mon empreinte au Mans et cela signifie énormément »

Tout le monde est touché par ce qui se passe en Ukraine mais quand vous regardez les informations, cela prend sûrement une résonnance plus personnelle pour vous ?

Bien sûr… Ce n’est même pas dû au fait que j’étais encore là-bas le mois dernier ou quelque chose comme ça. C’est juste que j’avais enfin trouvé un endroit où j’étais vraiment bien. Ce n’est pas commun, pour un Américain, d’être en Europe et d’être dans un club où l’on se verrait bien jouer sur le long-terme. C’était mon cas à Prometey : je savais que le propriétaire allait me prolonger pour la saison prochaine et que j’allais dire oui. J’allais dire à mon agent de négocier un contrat pluriannuel afin d’éventuellement terminer ma carrière là-bas. On gagnait des trophées, j’étais très bien payé, tout était parfait. Donc ça craint de voir que tout s’est écroulé en un claquement de doigts.

Samedi, vous retournez au Mans avec qui vous avez gagné le titre de champion de France en 2018. Vous avez gagné plusieurs trophées nationaux dans votre carrière mais à quel point celui-ci est-il spécial ?

Tous les titres sont particuliers ! Ce n’est pas toutes les saisons que l’on gagne quelque chose. En tant qu’Américain, je suis fier d’être un triple champion (avec le Budivelnyk Kiev en 2017 et Prometey en 2021 également, ndlr). Mais celui du Mans était vraiment spécial. L’équipe du MSB était assez similaire à celle de Prometey : un super groupe de gars, pas seulement sur le terrain. On passait beaucoup de temps ensemble en dehors. Ce qui rend ce titre si savoureux, c’est que personne ne nous attendait là. De plus, nous avons emprunté la route la plus compliquée possible pour y parvenir : battre l’ASVEL, Strasbourg et Monaco en playoffs, à chaque fois sans l’avantage du terrain. Un Match 5 pour un titre à Monaco, dans une ambiance hostile, être sacré chez eux, ça restera inoubliable. Et il y a aussi tout ce qui a suivi : la soirée en boîte de nuit, les bouteilles et surtout la cérémonie du lendemain. On avait l’impression que toute la ville du Mans était là. On voyait une mer orange devant nous, que des gens heureux… Il me semble que la saison précédente était la première sans playoffs du MSB depuis une éternité (depuis 1996, ndlr). Donc non seulement on a remis le club en playoffs mais on a aussi gagné le premier titre en douze ans ! C’était énorme ! Mes coéquipiers et moi-même resteront à jamais dans les livres d’histoire là-bas. Dès que des amis vont jouer à Antarès, ils me voient partout et m’envoient des messages. Pour moi, cela veut dire énormément, cela signifie que j’ai laissé une empreinte quelque part. Cela fait partie de mon héritage. Peu importe ce que vous pensez de moi, il vous faudra dire que j’ai été champion de France en 2018.

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MSB, trois lettres qui ont valu un titre de champion de France à D.J. Stephens
(photo : Sébastien Grasset)

Comment appréhendez-vous votre retour à Antarès ce week-end ?

Je ne sais pas trop comment me positionner. Ça ne va pas être triste ou quoi que ce soit, seulement intéressant car je n’ai jamais évolué dans cette salle sous un autre maillot que celui du Mans. Ça va être particulier de revenir avec une autre équipe et les affronter mais je sais que les supporters et les gens du Mans m’aiment toujours. Donc honnêtement, ça devrait être un match sympa pour moi.

Vos coéquipiers de 2018 vous ont sûrement félicité de votre retour en France ?

J’ai reçu beaucoup de messages, en effet. Et en plus, c’est grâce à Antoine (Eito) que je me retrouve à Fos (il rit). Je ne savais rien de ce club et il m’a appelé un matin : « Salut mon gars, ils sont dans une situation difficile mais je connais une équipe dont le coach recherche un joueur comme toi. Tu ne gagneras sûrement pas autant qu’à Prometey mais je pense qu’ils peuvent faire un effort financier pour toi et ça te serait sûrement profitable de pouvoir venir jouer. C’est dans le Sud de la France, l’endroit est joli. Tu devrais y réfléchir… » Donc j’ai appelé mon agent, je lui ai parlé de cette conversation avec Antoine et il a eu le club de Fos dans la foulée. Il a pu me présenter la situation plus en détails et on a échangé. Il m’a dit qu’il pensait que je n’avais rien à perdre, quelle que soit la conclusion avec Fos, que j’avais déjà vécu une saison productive avec Prometey en BCL et en Ukraine et que je devrais y aller si j’avais envie de terminer la saison là-bas.

« Je vais vous faire une Vince Carter… »

Vous avez dit que le titre manceau faisait partie de votre héritage. Votre héritage, c’est aussi d’être l’un des tous meilleurs dunkeurs du monde, l’un des joueurs les plus spectaculaires de la planète. Mais n’est-ce pas également réducteur d’être avant tout vu sous ce prisme là plutôt que sous celui du joueur complet ?

J’ai reçu un don incroyable en pouvant sauter aussi haut, dunker, etc. Bien sûr que les gens parleront toujours de ça en premier, je sais que je suis extrêmement doué là-dedans. Mais au fil des années, j’ai mis un point d’honneur à montrer que mon jeu ne se résumait pas qu’à cela et que ma panoplie est complète. Je crois avoir vraiment grandi en tant que joueur, je ne suis plus du tout le même qu’en 2018 par exemple. J’ai le sentiment d’avoir réellement progressé. Chaque été, j’essaye d’ajouter des cordes à mon arc afin de pouvoir faire de plus en plus de choses sur un terrain. Depuis le début de ma carrière, j’attache beaucoup de fierté à être un très bon défenseur et à ma polyvalence. Je veux pouvoir être utilisé dans une multitude de situations différentes donc je vais continuer à faire cela. Mais je suis anormalement athlétique donc ça ne me choque pas que le public veuille avant tout me voir dunker.

Et à 31 ans, vous sautez toujours aussi haut ?

Je vieillis un peu mais j’ai toujours mon jump (il sourit). Je vais vous faire une Vince Carter où je continuerai à dunker après mes 40 ans (il rit).

 À Marseille,

par

Qui a écrit ce papier ?

Rédaction Bebasket

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