
« Allez Shai, montre-nous que t’es un MVP », a-t-on entendu, sans vouloir dénoncer un collègue, dans les travées de la tribune de presse de Jakarta. Il restait alors 123 secondes à jouer, l’Espagne faisait la course en tête depuis la 26e minute et Gilgeous-Alexander avait la balle en main, à 78-74 pour la Roja. Et Shai a montré qu’il était bien un MVP… En performant la défense ibérique, la star d’Oklahoma City est allé chercher un lay-up avec la faute de Rudy Fernandez en prime. Le tournant de la rencontre, les premiers points de la folle série de SGA, qui a cumulé 11 unités dans les deux dernières minutes.

Peut-être, aussi, un tournant dans l’histoire de la sélection canadienne, quand bien même cela restera à confirmer la semaine prochaine à Manille, qui n’a encore jamais remporté la moindre médaille sur la scène internationale. Face à la grande Espagne,dans un match couperet, il était pourtant osé de parier sur le Canada. Ou plutôt de parier contre la Roja… Entre une équipe habituée à la lose et la culture de la gagne ibérique, le sens de l’histoire a semblé être respecté pendant longtemps. Quand le jeune Santi Aldama a réalisé une première mi-temps exceptionnelle pour offrir un matelas confortable à la pause aux tenants du titre (48-38), quand l’éternel Rudy Fernandez est sorti de sa boîte pour permettre à l’Espagne de se remettre d’une entame chaotique en deuxième période, afin de passer de 55-58 à 73-61. Mais pour une fois, ce n’était plus l’année de l’Espagne…
On ne sait pas encore si ce sera l’année du Canada mais les Road Warriors possèdent de nombreux arguments de choix. Une individualité exceptionnelle en la personnalité de Shai Gilgeous-Alexander (30 points à 7/12 et 7 passes décisives), de nombreux forts joueurs NBA, un coaching staff à l’européenne (avec un entraîneur… espagnol) qui a su transformer cette armada en un véritable collectif, « deux des meilleurs défenseurs du monde » dixit SGA (Dillon Brooks et Lu Dort) et, surtout, un fighting spirit remarquable, incarné par Dillon Brooks, auteur d’un match exceptionnel (22 points à 8/12, 5 rebonds et 2 passes décisives). À -12, c’est l’ancien paria des Grizzlies qui a sonné la révolte. « On a continué à y croire », clame Jordi Fernandez, le sélectionneur. « Ce que l’on a fait aujourd’hui, c’est la définition d’une équipe. Mais il faut que l’on continue à progresser et que l’on se persuade que l’on peut encore faire bien mieux que cela. On a trois matchs de plus devant nous, on n’est pas venus ici juste pour se qualifier pour les JO (ce qui a été validé ce dimanche, ndlr). On veut s’assurer que le monde entier est au courant que l’on toque à la porte et qu’on a envie de plus. »

Quatre ans après le sacre espagnol, il y aura donc un podium intégralement renouvelé et un nouveau champion du monde couronné dimanche prochain à Manille. Mais l’Espagne ne quittera pas Jakarta avec un lourd constat d’échec, contrairement à un certain rival européen. La Roja a encore montré qu’elle restait la plus belle école de basket en Europe et elle a préparé l’avenir en incorporant ses deux jeunes pépites Juan Nunez et Santi Aldama. « Je ne pourrais pas être plus fier de mon équipe », salue ainsi Sergio Scariolo. « L’effort a été incroyable, nous avons dominé toutes les statistiques, on a mené toute la rencontre… Compte-tenu du potentiel de l’équipe que l’on a amené ici, cela restera comme l’une de nos meilleures compétitions. » Même si on n’a plus forcément l’habitude de voir des phases finales sans l’Espagne…
À Jakarta,








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