Les Bleus à contresens en Allemagne : une soirée cauchemardesque pour commencer

Crédit photo : FIBA

À l'issue d'une soirée ratée de bout en bout, l'équipe de France a manqué son premier rendez-vous européen de l'été. Les Bleus se sont inclinés face à l'Allemagne (63-76) et se mettent ainsi une énorme pression avant leur deuxième rendez-vous de samedi contre la Lituanie, également battue d'entrée par la Slovénie.

« Contresens, ma chérie, tu es à contresens ! » Quand le célèbre couplet du rappeur SCH, issu du tube marseillais Bande Organisée, a retenti d’un coup dans la Lanxess Arena en toute fin de première mi-temps, on n’a pas pu s’empêcher de penser qu’il s’appliquait parfaitement à la prestation de l’équipe de France. Car oui, démarrée par un airball de Rudy Gobert sur la ligne des lancers-francs et conclue sur une standing ovation pour l’inattendu Johannes Thiemann, la soirée des Bleus fut un contresens permanent à Cologne.

Peut-être pourrait-on commencer par ce qui s’est bien déroulé ? L’intensité défensive du début de rencontre (premier point pour l’Allemagne après 3 minutes et 49 secondes), qui ne fut malheureusement pas fructifiée en raison des nombreuses errances offensives (3-0). Le début de seconde mi-temps (de 31-38 à 39-38), aussi. Un run marqué de la patte de l’ourson Guerschon Yabusele (18 points à 7/14 et 4 rebonds), seul animal menaçant de la gentille meute bleue du soir, si l’on excepte l’intéressante séquence de Théo Maledon dans le deuxième quart-temps. Et sinon, c’est tout. Pour le reste, ce fut bel et bien un contresens permanent.

Albicy et Okobo dans le cinq : pari perdant

Lancé dans le cinq de départ, Okobo est resté muet (photo : FIBA)

Cinq jours après avoir laissé une dernière chance à son cinq de départ habituel en Bosnie-Herzégovine, Vincent Collet a tenté un coup de poker en titularisant Andrew Albicy et Élie Okobo, afin de décaler Evan Fournier à l’aile en lieu et place de Timothé Luwawu-Cabarrot, décevant en préparation. Bilan : les efforts de la sangsue de Gran Canaria n’ont pas été exploités et le néo-monégasque a tout fait à l’envers (0 point à 0/4, 4 rebonds et 2 passes décisives en 18 minutes), à l’image de ses deux attaques main droite, lui le gaucher pur… « Pour Andrew, la première raison de sa titularisation était Dennis Schröder », justifie le sélectionneur. « Quant à Élie, c’est une question d’équilibre. Comme Andrew tente beaucoup moins de choses, est moins organisateur, on voulait amener de la création et pouvoir provoquer des situations à côté d’Evan. »

Fournier et Gobert, des leaders dans le dur

Où quand l’absence de Nando De Colo se voit subitement comme le nez au milieu de la figure… L’an dernier, les Bleus proposaient une équation insoluble aux défenses adverses : comment contenir à la fois l’Arrageois et le Francilien ? La nouvelle star de l’ASVEL absente, toute l’attention est désormais portée sur Evan Fournier. « Si on arrive à l’arrêter, nous aurons fait 80% du travail », nous disait un confrère allemand avant la rencontre. C’est sûrement un raccourci, mais ce n’est pas complètement faux non plus. Le New-Yorkais a passé une soirée horrible (7 points à 2/10 et 2 balles perdues), très loin de ses standards internationaux. « On s’attend à un traitement de faveur systématique en ce qui le concerne », pointe Vincent Collet. « Il va falloir qu’il s’adapte en étant plus patient, plus mobile, mais il va falloir qu’on l’aide aussi. C’est un travail collectif. » Une belle performance de Rudy Gobert aurait déjà pu constituer un plus non négligeable mais le Picard est également passé à côté de son sujet, certes en double-double (11 points à 4/6 et 12 rebonds) mais parfois naïf défensivement et trop souvent impuissant. « Personnellement, je sais que je dois être meilleur », a-t-il admis.

Evan Fournier va devoir retrouver son costume de leader offensif (photo : FIBA)

Avec les deux leaders « en dessous de ce qu’on attend d’eux », dixit le coach, c’est toute l’attaque tricolore qui a patiné. 14 passes décisives, c’est peu. 16/24 aux lancers-francs, c’est insuffisant. 17 ballons égarés, dont 11 à la mi-temps, c’est beaucoup trop. « Les balles perdues, c’est tout ce qu’on voulait éviter », peste Vincent Collet. « Il ne fallait surtout pas en commettre pour empêcher qu’ils ne prennent confiance, et on a fait tout l’inverse. » Une soirée à contresens…

Le banc allemand à la fête

Cerise sur le gâteau, même ce qui est censé constituer l’assise française s’est effritée au fil des minutes : la solidité défensive. Une fois les premières minutes dans le rétroviseur, les Bleus ont perdu de plus en plus de duels, laissant des boulevards pour les shooteurs allemands (10/32 à trois points). « On voulait éviter ces aides incontrôlées et je pense qu’ils ont scoré entre 20 et 25 points sur ces situations », pointe le technicien normand.

Johannes Thiemann a été grand (photo : FIBA)

On attendait Evan Fournier ou Rudy Gobert. On attendait aussi Dennis Schröder (11 points à 4/14, 5 passes décisives et 5 balles perdues). On a finalement eu tous les seconds couteaux allemands, tous sortis du banc, qui ont fait honneur au légendaire Dirk Nowitzki, célébré par toute une nation avant la rencontre lors du retrait de son maillot (une première en FIBA) : Maodo Lô a été chirurgical (13 points à 5/8 et 5 passes décisives), Niels Giffey a été infernal (13 points à 5/8 et 4 rebonds), Johannes Thiemann a été monumental (14 points à 4/6, 6 rebonds et un différentiel de +26)…

Déjà un match capital contre la Lituanie…

Après cet impair face au pays hôte – un scénario qui rappelle de manière dérangeante l’été 2017, même si l’on peut aussi inverser la situation en se souvenant que la France avait été couronnée championne d’Europe en 2013 après une défaite initiale contre l’Allemagne –, les Bleus vont maintenant devoir retrouver la bonne direction dès samedi avec une rencontre déjà dangereuse contre la Lituanie, elle aussi vaincue ce jeudi. « C’est un premier match de l’Euro qui nous met directement dans la difficulté », souffle Vincent Collet. « Je ne suis qu’à moitié surpris : je pensais qu’on serait mieux mais je savais que l’on avait beaucoup de choses à améliorer. Souvent, ce type de performance nous permet de réagir. Le groupe va se prendre en main, on va bosser et on va être meilleurs dès samedi. » C’était malheureusement déjà le discours tenu à la suite du revers à Sarajevo. Il vaudrait mieux, cette fois, qu’il soit suivi d’effet. Car sinon, c’est un match à immense pression, et sans filet au dessus du vide, qui se profile dès dimanche face à la Hongrie.

À Cologne,

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Qui a écrit ce papier ?

Alexandre Lacoste

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