Rouen officiellement relégué en Nationale 1, accident industriel en Normandie

À la toute fin du mois de décembre, le moral n’était pas au beau fixe en Normandie. Évreux et Rouen cohabitaient dans la zone de relégation et craignaient pour leur avenir. Plus de trois mois plus tard, l’ALM est remonté à la cinquième place, reste sur huit succès de rang et a même empoché un trophée avec la Leaders Cup. Un redressement qui tranche avec la situation du RMB, qui n’a jamais réussi à décoller.

Paradoxalement, à créditer de sa meilleure performance de la saison vendredi soir (110-74 contre Nantes), le club seinomarin a eu la confirmation de ce qu’il savait depuis plusieurs semaines : sa relégation en Nationale 1. La victoire de Boulazac à Souffelweyersheim (89-72) a scellé le sort rouennais : à cinq journées de la fin, le RMB ne peut désormais espérer mieux qu’une égalité à trois avec le NBH et le BBD, cas de figure où il ne possède pas le panier-average sur les Périgourdins et serait donc condamné à la 17e place.

Le point d’interrogation Veyronnet

Soit un véritable accident industriel pour un club qui était encore finaliste de Pro B en 2019. Sixième budget du championnat, dixième masse salariale (la seule en baisse toutefois), Rouen ne visait rien d’autre qu’un retour en playoffs cette saison. Mais tout s’est mal goupillé dès le début, avec une équipe mal constituée, avec l’erreur Ben Emelogu en point d’orgue. Arrivé très tardivement (début octobre) à la suite de problèmes administratifs, il a débarqué blessé au Kindarena et fut le premier à s’en aller. D’autres pépins physiques (Drouault, Adamovic, Injaï, Philmore) ont également émaillé le film de la première partie de saison du RMB, ce qui a constamment retardé la naissance d’une vraie équipe, malgré la somme de talents individuels. Ce groupe a également fait preuve d’une vraie faillite mentale : les Normands ont perdu huit matchs qu’ils contrôlaient pourtant largement (entre 12 et 19 points d’avance dans le troisième quart-temps).

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Arrivé fin janvier au RMB, Ousmane Camara n’a pas réussi à inverser le cours de la saison rouennaise
(photo : Laurent Peigue)

Reste deux questions lancinantes : à quel point le départ de Michel Veyronnet a-t-il pesé sur le destin rouennais et les dirigeants n’ont-ils pas trop attendu avant de changer de coach ? Bâtisseur historique du club, le directeur sportif de l’ASVEL a observé d’un œil attristé la deliquescence du RMB à peine son départ entériné. « On est toujours malheureux quand on a œuvré pendant plus de 20 ans pour qu’un club se situe de manière honorable dans les championnats de Pro A et Pro B de voir que ça ne tourne pas dans le bon sens cette année », nous disait-il en décembre. Quant à l’arrivée d’un nouvel entraîneur, les décideurs l’ont longtemps retardé en raison des états de service d’Alexandre Ménard (finaliste de Pro B avec Rouen) et de l’état d’esprit de ses joueurs qui ne le lâchaient pas. Mais alors qu’il était en grand danger avant la trêve, la victoire inespérée décrochée contre Nancy (85-84) lui a offert un sursis. Il a finalement été débarqué un mois plus tard et Ludovic Pouillart n’a pas pu faire mieux : sur les six minuscules succès de Rouen cette saison, les deux coachs s’en partagent trois chacun.

« C’est une saison cauchemar », avouait récemment le manager sportif Franck Maignan au micro de Tendance Ouest. « Beaucoup de clubs connaissent ce genre de contre-performance. J’ai rarement connu une saison aussi longue. On visait les play-offs et puis, on est dans la descente. Les supporters ne comprennent pas, nous non plus, parce qu’on a de bons joueurs avec une vraie valeur basket, mais la mayonnaise n’a pas pris dans cette équipe. […] Dans l’histoire du RMB, on peut considérer cette descente comme un accident de parcours ; et il faut que ça reste un accident. C’est obligatoire. On le doit à tout le monde, à ceux qui travaillent aux clubs, à nos supporters, nos sponsors, aux collectivités, etc. Ça va être un vrai challenge. On va repartir dans une dynamique de victoire dans un niveau de 3e division. Il faut se méfier et ne pas accuser le coup trop longtemps. Rares sont les clubs qui ont fait l’ascenseur entre la Pro B et la N1 en une seule saison. Il y a un vrai chantier. Il faut repartir d’une feuille blanche en espérant garder quelques éléments. »

La wild-card est loin derrière…

Champion de France de Nationale 1 en 2003, Rouen était resté un fidèle pensionnaire de la LNB depuis. Il avait même eu l’occasion d’effectuer trois crochets par la Pro A (2005/06, 2008/10, 2014/16) : deux grâce à des accessions sportives et une grâce à la fameuse wild-card (également attribuée à Châlons-Reims qui risque aussi fort de descendre cette saison). Parmi les plus belles enceintes sportives de France, le Kindarena était censé permettre au SPOR, devenu RMB, d’enclencher la vitesse supérieure dans son projet sportif et de passer un nouveau cap. Au lieu de cela, le club affiche le plus faible taux de remplissage de Pro B et va retrouver la troisième division 19 ans après. Avec l’espoir de ne pas s’y éterniser, quand bien même l’exemple havrais prouve qu’il peut être compliqué de s’en remettre. « Il faut faire attention, descendre de Pro B en NM1, ça peut vite devenir très difficile ensuite », prévenait d’ailleurs Michel Veyronnet dès le milieu de la saison…

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Qui a écrit ce papier ?

Alexandre Lacoste

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