Et si le joueur le plus altruiste offensivement à l’ASVEL n’était pas un meneur ?

Quand on parle d’altruisme offensif dans une équipe de haut niveau, le raccourci est presque toujours le même. On pense au meneur, au joueur qui a le ballon en main, qui organise, qui distribue, qui accumule les passes décisives. À l’ASVEL, les noms viennent vite : Nando De Colo, Thomas Heurtel, ou encore Glynn Watson Jr.
Et si cette lecture était incomplète ? Et si, chiffres à l’appui, le joueur le plus altruiste offensivement de l’effectif n’était pas un arrière… mais un intérieur ?
C’est ce que révèle une analyse différente du jeu offensif, appliquée à l’effectif de l’ASVEL.
Sortir du prisme points / passes
Les statistiques traditionnelles structurent notre regard depuis toujours. Points marqués, passes décisives, parfois l’évaluation. Elles permettent d’identifier les leaders offensifs, mais elles ne racontent qu’une partie de l’histoire.
Car une attaque ne se résume pas à celui qui tire ou à celui qui fait la dernière passe. Dans le basket moderne, et particulièrement au niveau EuroLeague, une grande partie de la création offensive se joue sans le ballon :
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un écran bien posé qui libère un tireur
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un rebond offensif qui offre une deuxième possession
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une interception ou une déviation qui génère une transition
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une occupation de l’espace qui améliore la qualité des tirs
Autant d’actions déterminantes, rarement valorisées dans les chiffres classiques.
Un indicateur pour mesurer l’altruisme offensif
Pour mieux appréhender cette réalité, un indicateur a été utilisé : l’Altruistic Offensive Creation Value, ou AOCV.
Son objectif est simple : mesurer combien de points un joueur crée pour son équipe sans prendre de tirs.
Concrètement, l’AOCV intègre :
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les points générés par les passes décisives
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les points créés via les écrans (screen assists)
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la valeur des possessions supplémentaires :
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1,2 point attendu par rebond offensif
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1,1 point attendu par interception
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L’idée n’est donc pas de mesurer le volume offensif ou le statut dans l’équipe, mais bien l’impact collectif pur, souvent invisible.
Une hiérarchie inattendue à l’ASVEL
Appliqué à l’effectif villeurbannais, cet indicateur livre un résultat pour le moins surprenant. Le joueur qui crée le plus de valeur offensive altruiste par match n’est ni De Colo, ni Heurtel, ni Watson Jr.
C’est Bodian Massa (2,10 m, 28 ans).
Avec moins de 17 minutes de jeu en moyenne, l’intérieur affiche l’AOCV le plus élevé de l’équipe, devant des joueurs qui ont pourtant le ballon en main sur une grande partie des possessions.
Ce constat bouscule les idées reçues : Massa génère autant, voire plus, de points pour le collectif que les principaux créateurs de l’équipe… sans jamais contrôler le jeu.
Un impact construit loin du ballon
L’explication se trouve dans le profil même du joueur. Bodian Massa ne crée pas par le dribble ou la passe laser. Le Marseillais crée par le détail et la répétition :
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des écrans de grande qualité, posés avec justesse et timing
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une activité constante au rebond offensif
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une capacité à offrir des possessions supplémentaires
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une mobilité défensive qui provoque pertes de balle et transitions
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une discipline tactique qui fluidifie le jeu collectif
Son apport est rarement spectaculaire, mais il est permanent. Là où certains joueurs consomment des possessions, Massa en augmente la valeur.
Un intérieur qui améliore l’efficacité collective
L’AOCV ne dit pas que Bodian Massa est le meilleur attaquant de l’ASVEL. Il dit quelque chose de plus subtil, et souvent plus précieux à ce niveau :
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il est celui qui fait mieux jouer les autres
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celui qui élève l’efficacité offensive sans monopoliser le ballon
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celui dont l’impact dépasse largement son volume de tirs
Dans un collectif ambitieux, ce type de profil est fondamental. Il ne se voit pas toujours, mais il structure l’attaque.
Une influence confirmée sur la durée
Cet apport ne se limite pas à quelques séquences isolées. Sur un échantillon large, proche de 40 matchs toutes compétitions confondues, Bodian Massa affiche l’un des meilleurs Offensive Rating de l’équipe.
Autrement dit :
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l’ASVEL attaque efficacement lorsqu’il est sur le terrain
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cette efficacité ne repose pas sur son scoring
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son impact est mesurable, stable et reproductible
On n’est donc pas sur une impression visuelle ou une lecture subjective, mais bien sur une tendance réelle.
Une autre manière de lire le jeu
Cette analyse rappelle une chose essentielle : l’altruisme offensif ne se limite pas aux passes décisives.
Il se niche dans :
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les écrans
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les secondes chances
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les possessions gagnées
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les actions qui améliorent la qualité globale du jeu
Parfois, le joueur le plus altruiste offensivement n’est pas celui qui tient le ballon. C’est celui qui permet au collectif de fonctionner à plein régime. À l’ASVEL, les chiffres racontent clairement cette histoire.

























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